DEUXIEME POINT
Le dessein de Jésus-Christ, en nous communiquant sa vie dans ce mystère, n'est point seulement de nous préserver de la mort du péché, mais de nous élever au-dessus de nous-mêmes jusqu'à nous faire perdre de vue l'humain, le matériel et le sensible, afin de nous unir à lui selon l'esprit, comme il se joint à nous selon le corps.
Tout nous dispose à cela dans la sainte Eucharistie. Elle contient le chef-d'œuvre de la charité pratique, qui se fait dans un mystère appelé tout spécialement le mystère de la foi. Ce grand mystère de foi nous retire du sensible : car dans la foi il n'y a rien de sensible ; et ce chef-d'œuvre de charité nous tire au-dessus de l'humain : car dans la charité il n'y a rien d'humain, mais tout se transforme en divin. La foi nous élève au-dessus de nos propres connaissances, en nous les faisant anéantir pour honorer Dieu ; et, en nous faisant comme sortir de nous-mêmes et nous délaisser, elle nous dispose
ainsi parfaitement pour aller à Dieu et pour nous unir à lui.
La charité qui fait comme un nouveau miracle d'anéantissement dans Jésus-Christ afin qu'il nous unisse à lui, attend aussi de nous un anéantissement de foi et de charité, qui corresponde au sien, et cela par une volonté dépouillée de tout et toute pure de nous unir à lui intimement.
Cette foi et cette volonté pure sont la correspondance à sa charité. Formons donc nos intentions et nos résolutions selon les desseins et selon l'état de Jésus-Christ dans ce mystère. Portons-y une foi vive qui ne désire point de s'appuyer sur le sensible, et une volonté pure qui ne recherche point sa satisfaction, mais qui ne cherche qu'à accomplir sa foi et son amour en s'abandonnant entièrement et comme à l'aveugle à qui elle s'unit.
L'exercice de la foi est ce qui plaît le plus à l'amour de celui qui nous montre singulièrement dans ce mystère qu'il veut être honoré par notre foi. Plus notre foi sera dépourvue du sensible, plus elle sera exercée ; et par conséquent il faut estimer et conclure que la sécheresse d'une âme pieuse ne doit nullement la détourner de s'approcher de Jésus- Christ, puisqu'elle la met dans l'exercice de la foi : car cet exercice est celui qui purifie le plus ses intentions, qui détache le mieux des affections, et qui met la volonté en état de ne point chercher sa propre satisfaction. C'est aussi ce qui la rend plus conforme aux desseins et à l'état de Jésus-Christ dans ce mystère, où tout est surnaturel et où il n'y a du sensible qu'en apparence, puisque les acci-
dents y demeurent miraculeusement sans sujet propre qui les soutienne.
Il n'est donné au prophète Elie que du pain et de l'eau : l'un est sec, l'autre sans saveur ; mais cependant « il marcha quarante jours et quarante nuits par la force de ce pain, qui était la figure de l'Eucharistie, jusqu'à ce qu'il fût parvenu jusqu'à la montagne de Dieu, Horeb l ». Nous aussi nous avons plus besoin de marcher généreusement que de goûter la consolation. C'est ici le pain des forts et des amis parfaits, qui n'ont en vue autre chose que d'accomplir la volonté de leur Maître. Ce pain sacré opère son effet sans qu'il soit besoin que nous le sentions. Quittons donc volontiers tout le sensible pour l'immoler à la volonté de celui qui veut nous faire vivre par sa vie, et non point par la nôtre. Pourvu que nous marchions bien après lui en portant notre croix, ce nous doit être assez.
Portons à sa table sainte une foi pratique et effective, une volonté pure et une ferme confiance que ce pain céleste opérera en nous les effets que nous devons en attendre. Ce sont là, âme pieuse, les meilleures dispositions avec lesquelles nous devons en approcher : car elles sont les plus conformes aux desseins et à l'état de Jésus-Christ dans ce mystère. Là en effet sa charité a voulu faire une union miraculeuse avec nous, en nous donnant son propre corps, et il a voulu en même temps nous engager à l'honorer et à nous y disposer par l'exercice de notre foi, qui rencontrera tous les goûts dans cette
1 Ambulavit in fortitudine cibi illius, quadraginta diebus et quadraginta noctibus, usque ad montem Dei Horeb. UIReg. xix, 8.
manne céleste, quand Dieu voudra la lui rendre sensible.
Vous trouverez dans ces vérités de quoi former votre préparation à la sainte communion, et de quoi vous occuper dans l'acte même de la sainte communion. Mais pour les exercices qui suivent la sainte communion, vous les tirerez de notre troisième Point.