‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 138 sur 164 · TROISIÈME POINT · texte numérisé non relu

TROISIÈME POINT

i° Entretenez un colloque avec Jésus-Christ sur l'état d'anéantissement et de sacrifice, où il se met encore dans ce mystère pour vous unir à lui, et reconnaissez les obligations que vous avez de vous étudier à lui ressembler et à correspondre à sa charité dans ces deux états qu'il a pris dans sa naissance, dans sa vie et dans sa mort, et qu'il reprend encore pour vous conserver ce qu'il vous a acquis, pour ne point vous quitter d'un seul moment, et pour vous montrer qu'il se sert toujours des mêmes moyens pour vous perfectionner. 11 joint l'anéantissement et le sacrifice à la vie et à la charité qu'il vous communique dans ce miracle d'amour, afin de vous instruire par des actes et des effets réels qu'on trouve la vie et la charité par la voie de l'anéantissement et du sacrifice.

2° Souvenez-vous que la sainte Ecriture appelle la Sagesse incarnée, que vous recevez dans ce mystère, « le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté ' ». Servez-vous de ce miroir

1 Spéculum sine macula Dei majestatis, et imago bonitatis iliius. Sap. vu, 26.

divin pour vous regarder, pour découvrir les taches de votre intérieur et pour tout réformer sur son exemple; et en y voyant la charité de Jésus-Christ toujours ardente, présentez-lui tous vos défauts afin qu'il les consume, comme un miroir ardent met le feu à tout ce qu'on lui expose. Considérez aussi Jésus dans ce mystère comme une véritable image de la bonté de Dieu : car il la représente au souverain degré, puisqu'il s'y communique à nous sans réserve et qu'il se laisse approcher par les bons et par les méchants, de même que notre Père céleste fait luire son soleil sur les uns et sur les autres. Vous trouverez dans cette image tous les traits de sa patience, de sa persévérance à faire le bien, et vous verrez jusqu'à quel point sa bonté se communique. Honorez donc cette image vivante par vos adorations, par votre confiance, etc.

3° Rappelez à votre esprit ces paroles de l'Apôtre : « Je vis, il est vrai, ou plutôt ce n'est plus moi, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi l » ; et pensez que ces paroles s'accomplissent vraiment dans ce mystère, puisque vous y recevez la vie de Jésus-Christ qui vous fait vivre, et que sans elle vous n'auriez point de vie. Ici donc considérez sa vie comme étant devenue la vôtre, et voyez s'il n'est point juste que vous viviez selon la sienne, puisque vous n'avez la vie que par lui. Tout l'exercice de notre vie doit être d'honorer la vie de Jésus-Christ en nous et de ne point nous servir de la nôtre au préjudice de la sienne. Si nous ne pouvons pas douter que sa vie ne vaille infiniment mieux que la

1 Vivo autem, jam non ego ; vivit vero in me Christus. Galat. 11, 20.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 727

nôtre, quittons volontiers notre vie pour la «lui abandonner, et étudions-nous à cesser d'être nousmêmes jusqu'à ce que nous ne le soyons plus du tout.

40 Enfin persuadez-vous bien qu'il vous dit toujours ces paroles : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et êtes accablés, et je vous soulagerai ' ». Exercez envers lui votre confiance à cause de cette charitable parole, exposez-lui vos besoins, et soyez convaincue que si votre volonté se trouve abandonnée à lui sans réserve, il répandra dans le fond de votre âme des secours qui seront réels et effectifs, quoique vous ne le sentiez pas, comme il est présent dans ce mystère, quoique vous ne le voyiez pas.

1 Venite ad me, omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Matth. xi, 28.

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