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I. La Profession, consécration spéciale au culte divin

Que Dieu par sa grâce, âme pieuse, vide de plus en plus votre cœur des désirs et des affections terrestres, qu'il vous remplisse de lui-même, et qu'il vous soit tout en toutes choses.

C'est son dessein bien manifeste, puisque sa grâce vous fait tout quitter et renoncer aux avantages que votre naissance vous donne dans le monde pour n'être qu'à lui. Mais la nouvelle que vous m'apprenez de votre réception à la sainte Profession religieuse et de la résolution que vous avez de la faire, m'indique clairement que vos désirs s'accordent avec son dessein.

Sa voix vous a appelée pour sortir de votre pays et de chez vos parents, et vous l'avez heureusement suivie. Les attraits de sa grâce ont tellement gagné votre volonté que vous allez bientôt vous engager à demeurer au lieu qu'il vous a montré. Que peut-on souhaiter de plus favorable pour établir une liaison si sainte entre lui et vous qu'elle le rendra tout à vous comme vous vous donnez tout à lui?

Dieu est trop bon et trop libéral pour donner

moins qu'on ne lui donne. Il se donne à celui qui se donne; et en se donnant il remplit l'âme : car, dit le Prophète, « c'est lui qui remplit le ciel et la terre ' », et hors de lui il n'y a que vide et néant.

Le désir que vous avez de bien faire cette action me donne lieu d'en espérer tous les avantages qu'on en peut attendre, et me presse agréablement de répondre à la demande que vous me faites de vous donner quelques avis pour bien accomplir ce grand acte et pour mieux remplir les devoirs de votre profession.

Le simple nom de Religion et Religieux, bien considéré, suffit pour faire connaître à quoi s'obligent ceux qui le prennent.

Tous les chrétiens, il est vrai, doivent être religieux : car la religion est la première des vertus morales, et elle est pour tous d'une nécessité indispensable, puisque c'est par elle qu'on rend à Dieu le cuite qui lui est dû. De là vient que la différence des cultes qui ont été et qui sont encore rendus à la divinité, est ordinairement exprimée par ce terme « religion », et que l'on dit : Celui-ci est de telle religion, celui-là de telle autre, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Pourquoi donc applique-t-on ce nom de Religieux aux âmes qui se retirent dans les monastères? C'est qu'outre l'obligation générale qu'elles ont, et qui est commune à tous les chrétiens, de pratiquer la vertu de religion, elles s'engagent par état et par profession à consacrer leur vie et leurs actions au culte divin, afin que tout ce qu'elles feront soit rapporté à la gloire de Dieu et devienne un

1 Numquid non cœlum et terram ego impieo ? Jer. xxiii, 24.

acte de religion. La qualité de religieux fait donc assez connaître ce qu'on embrasse en la prenant et ce que le religieux doit s'étudier à bien faire.

Il n'y a point de religion qui n'ait son sacrifice, et même le sacrifice est ce qui fait comme la consommation de la religion. Or l'état que vous embrassez a aussi le sien, et il est d'autant plus précieux qu'il ne s'agit pas d'y immoler des animaux, mais de s'immoler soi-même pour paraître toujours devant Dieu dans l'état d'une hostie vivante. Cette qualité d'hostie vivante est celle qui plaît le plus aux yeux de sa majesté, ainsi que S. Paul nous l'assure ' : car c'est elle qui fait la ressemblance avec le sacrifice du Fils de Dieu, qui a été toute sa vie la victime de notre rédemption, qui est mort dans le sacrifice de notre salut, et qui s'est fait encore après sa mort une hostie vivante par un miracle d'amour, afin de nous apprendre toujours par son exemple à offrir à Dieu des sacrifices de nousmêmes pendant tout le cours de notre vie mortelle.

L'âme religieuse s'engage aussi par état à cette mort volontaire que Dieu reçoit comme une oblation et une victime d'agréable odeur ; mais il est bien juste que Dieu unisse ce sacrifice à celui de son Fils, puisque sa charité s'unit l'âme à luimême en qualité d'épouse. C'est l'honneur que vous recevrez par votre profession ; et on peut dire qu'il vous a déjà comme épousée par procuration, en vous recevant par le consentement de ses autres épouses, qui composent votre communauté. Vous devez être persuadée que c'est la volonté de Dieu,

1 Obsecro,..ut exhibeatiscorpora vcstra hostiam viventem, sanctam, Deo placentem. Rom. xn, i.

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puisqu'elles l'ont bien consulté avant que de donner leur suffrage dans une affaire de cette importance où il s'agit de l'intérêt de Jésus-Christ, qui serait blessé si l'on admettait au nombre de ses épouses une âme non disposée à tout quitter, de cœur aussi bien que de corps, pour le suivre partout. La Religion aussi recevrait un grand dommage, si elle était chargée d'une âme n'ayant ni vocation véritable, ni désir sérieux de la perfection. Enfin il y aurait à craindre pour le salut de la personne même qui se présente : car elle serait exposée à beaucoup de dangers dans un cloître, si elle n'avait, avec une volonté ferme, les dispositions nécessaires pour y converser selon les règles de la sainte Religion. Mais les épouses du Seigneur vous ont acceptée de la part du Fils de Dieu, et vous êtes sans doute prête à vous lier par les liens de la charité pour lui appartenir à jamais. Il s'agit donc ici du mariage le plus saint, d'un véritable mariage qui va être conclu de part et d'autre. S. Paul dit en parlant des âmes fidèles : « Je vous ai fiancées à l'unique Epoux qui est Jésus-Christ ' », et Dieu lui-même promet « d'épouser l'âme pour toujours2»; mais il ne faut que consulter les règles de la foi pour prouver la vérité de ce mariage entre Dieu et l'âme.

Le mariage n'est sacrement qu'en tant qu'il représente l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise, c'està-dire avec les âmes chrétiennes qui composent l'Eglise. Or, vous m'avouerez que la chose repré-

1 Despondi enim vos uni viro virginem castam exhibere Christo. II Cor. xi, 2.

2 Sponsabo te mihi in sempiternum. Osée 11, 19.

sentée est préférable à ce qui la représente seulement, et par conséquent que le mariage est plus véritable entre Jésus-Christ et les âmes qu'il ne Test entre les personnes unies corporellement.

Les liaisons et les unions des mariages matériels ne sont qu'une ombre très imparfaite de cette union toute spirituelle.

Jésus-Christ s'est uni à notre nature par son Incarnation, à nos âmes par le Baptême, à nos corps par la sainte Eucharistie, et son union tend à l'éternité ; il n'y a rien de semblable dans les mariages corporels : tout y passe, tout y change, tout y périt avec la vie.

Ce mariage est toujours véritable de la part de Jésus-Christ; il est vraiment l'Epoux des âmes, mais beaucoup ne correspondent point à la dignité de cette qualité et ne lui rendent pas les devoirs d'épouses; quelques-unes lui font affront par leurs dérèglements, d'autres cherchent à partager leurs affections entre lui et les créatures; mais celles qui embrassent l'état religieux font une profession généreuse et solennelle d'être ses fidèles épouses. Elles fuient les occasions de se dérégler, et en renonçant au partage de leurs affections avec une créature, elles témoignent à la face des anges et des hommes qu'elles font choix d'appartenir uniquement à l'Epoux céleste et de lui rendre tous les devoirs qu'il demande de ses épouses.

Déjà vous avez fait les fiançailles de ce mariage en prenant le saint habit de religion, et pendant 1 année de votre noviciat vous avez pu connaître ce que l'Epoux demande de ses épouses religieuses; vous savez comment il les attire après

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lui par l'odeur de ses parfums, et vous connaissez par expérience que l'Epouse du Cantique avait bien raison de dire : « L'odeur de vos parfums surpasse tous les autres parfums ' ». En effet tous ceux que le monde présente ne peuvent être comparés qu'aux épices, qui brûlent la langue et qui causent des maladies très dangereuses, à moins qu'on ne s'en serve avec beaucoup de modération ; mais l'odeur des parfums de l'Epoux céleste chasse le mauvais air du péché, fortifie l'âme au milieu des plus grandes tribulations, et l'attire si suavement à lui qu'elle court à Dieu et à son éternité, sans que toutes les épines, qui se trouvent dans les chemins de cette vie des mourants, soient capables de l'arrêter ni de la retarder.

Vous savez tout cela et vous n'ignorez pas qu'il se sert de ses parfums pour engager plus suavement et plus fortement ses épouses à travailler généreusement à la gloire de son Père. Vous savez aussi que ses épouses les plus fidèles estiment ses parfums, mais sans s'y attacher, ne voulant s'attacher qu'à lui seul et ne désirer de lui rien autre chose que l'honneur de l'aimer uniquement.

Ainsi donc pour contracter ce mariage tout spirituel avec la perfection que je souhaite et que vous désirez vous-même*, il ne vous reste qu'à bien considérer les points suivants :

1 Odor unguentorum tuorum super omnia aromata. Cant. IV, 10.

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II. Quelle est la fin des vœux que vous ferez dans voire Profession ?

Le vœu de Chasteté tend à dégager l'âme des soins et des embarras d'une famille, à mettre son cœur et ses affections à couvert de beaucoup de tempêtes et de troubles qui proviennent du partage que le sentiment naturel y veut faire. Il tend aussi à donner à l'âme une grande liberté pour être entièrement appliquée à Dieu et à son salut, et enfin à lui rendre la pratique des vertus facile, en la mettant au-dessus du sensible, et en la délivrant des occasions de beaucoup d'attaches, que se forme la faiblesse humaine pour ajouter de nouvelles misères à ses misères naturelles.

Le vœu de Pauvreté a pour fin de dégager l'âme de la possession des biens temporels et de la délivrer de ces soins cuisants qui les accompagnent et qui sont comme les pointes des épines auxquelles Jésus-Christ compare les richesses, qui blessent l'âme et troublent son repos. Il retranche aussi ce qui peut nourrir l'inquiétude de l'esprit, qui s'empresse pour prévenir la nécessité, comme si l'on devait vivre toujours sur la terre, et enfin « en ôtant la volonté de devenir riche, il préserve de tomber dans la tentation et dans les pièges du démon et en beaucoup de désirs inutiles et pernicieux, qui précipitent les hommes dans l'abîme de la perdition et de la mort ' ».

1 Qui volunt divites fieri, incidunt in tentationem, et in laqueum diaboli, et desideria multa inutilia et nociva, quse mergunt homines in interitum et perditionem. I Tim. vi, 9.

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Le vœu d'Obéissance délivre l'âme du soin d'ellemême et la met à couvert des dangers de la propre volonté, de ses incertitudes et de ses inconstances.

Peut-on rien désirer de plus convenable pour éloigner de l'âme ce qui la pourrait occuper inutilement, « pour l'attacher à Dieu uniquement », pour vaquer aux pratiques de son amour, et « pour devenir un même esprit avec lui ' »? En effet l'âme étant exempte du soin d'une famille, des inquiétudes des biens temporels, et des soucis de sa propre conduite, rien ne peut ni la retirer, ni l'interrompre, ni la retenir, à moins qu'elle ne veuille librement s'engager et s'envelopper dans des sollicitudes superflues.

De plus, si ces vœux contiennent le véritable moyen d'être tout à Dieu, ils contiennent aussi toutes les dispositions nécessaires pour faire un heureux et saint mariage avec Jésus-Christ : car tout y est conforme aux désirs de cet Epoux céleste, et il n'est question que de bien correspondre à la fin de ces vœux pour accomplir ses desseins, sans que rien ne les interrompe, ni ne les trouble.

Par la Chasteté l'âme livre son corps, afin que ses membres, étant éloignés de ce qui sympathise beaucoup avec le péché et avec la servitude du mal, répandent devant Dieu la bonne odeur de la pureté en expiation de ce que ce corps a usurpé sur elle. L'âme livre ce corps, afin qu'il ne serve plus qu'à la gloire du Fils de Dieu et à l'honneur de sa chaste Mère ; et en fermant généreusement la porte aux attraits des sens, qui séduisent facilement la

1 Qui autem adhaeret Domino, unus spiritus est. I Cor.vi,ij.

raison par les illusions trompeuses qu'ils produisent dans l'esprit, elle éloigne d'elle-même les servitudes et les liens qui pourraient interrompre son application à l'amour de cet Epoux divin, au service duquel son corps est entièrement dévoué par le vœu de chasteté.

Par l'Obéissance la religieuse ne quitte pas seulement son père et sa mère pour s'attacher à son époux, selon la règle commune du mariage, mais elle se quitte elle-même pour se livrer tout entière, corps et âme, et pour abîmer sa volonté propre dans la volonté de l'Epoux divin, afin que rien ne manque à la parfaite soumission qu'elle lui doit et qu'elle s'oblige à lui rendre.

Enfin, par la Pauvreté elle embrasse l'état de son Epoux, qui a sanctifié la pauvreté d'esprit et des biens extérieurs et qui l'a rendue la plus précieuse de toutes les choses du monde. En effet, venant du ciel sur terre, il l'a choisie de préférence à tout ce qui s'y rencontre. En naissant dans la pauvreté et en mourant dans un dénûment absolu, il prouvait par la nudité de son corps la parfaite pauvreté de son esprit qui s'était dépouillé par avance de tous les biens extérieurs pour les remettre entre les mains de son Père. Mais ce qui enchérit par-dessus tout, c'est que cet Epoux céleste, étant dans sa gloire, a choisi encore la pauvreté dans le mystère de l'Eucharistie, qui est celui de son union, afin d'obliger ses épouses, en s'unissant à lui, d'embrasser la pauvreté et de reconnaître que la meilleure disposition pour attirer sa complaisance est celle de la véritable pauvreté.

N'est-il donc pas vrai que ces vœux contiennent

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tout ce qui est nécessaire pour rendre heureux et paisible le mariage spirituel ? C'est aussi, âme pieuse, tout ce que votre Epoux demande que vous lui portiez au festin nuptial. Présentez-lui donc vos vœux avec une généreuse liberté, qui les fasse par le pur motif de lui appartenir entièrement, et avec une volonté qui soit riche en résolutions de les accomplir fidèlement moyennant le secours de sa grâce : car c'est ce qu'il attend de vous pour vous bien accueillir à son festin nuptial, pour subvenir en tout à tous vos besoins, et pour vous doter d'une dot dont le revenu se prendra sur lui-même et sur les trésors de sa béatitude pendant toute l'éternité.

III. Ce mariage spirituel doit èlre accompagné d'un sacrifice.

En effet, votre Epoux est Dieu et homme tout ensemble ; or, si vous contractez un mariage avec son humanité sacrée, à l'honneur de laquelle vous livrez votre corps et votre liberté, vous devez aussi faire, un sacrifice à sa divinité; et puisque les mariages corporels, qui se font à la face de l'Eglise, sont accompagnés de la dignité du sacrement, il est bien juste que ceux qui se font d'une âme avec Dieu, soient aussi accompagnés de quelque chose de relevé. Mais comme l'Epoux divin n'est pas capable de participer aux sacrements, parce qu'il est Dieu, il faut qu'il s'y rencontre un sacrifice qui ait du rapport à sa divinité. Les vœux de votre Profession vous en fournissent une belle matière,

et ils lui feront un sacrifice d'agréable odeur, si vous les faites dans les vues suivantes :

i° De renoncer à vous-même, pour présenter à Dieu tout ce que le motif de sa pure charité l'a porté à vous donner, et de vous efforcer de lui témoigner votre reconnaissance en protestant que vous avez tout reçu de lui et en dévouant tout aux dispositions et à l'accomplissement de sa sainte volonté.

2° De joindre toujours le sacrifice à l'union, en détruisant en vous-même par esprit de sacrifice tout ce qui y paraîtra opposé au pur amour de Dieu, et en considérant le sacrifice comme l'exercice de votre union, lequel doit se réitérer et durer toute votre vie, de même que votre Epoux a continué toute sa vie celui de votre rédemption et qu'il est mort dans le sacrifice.

3° D'imiter votre Epoux pour être une épouse fidèle et une bonne victime ; et pour le bien apprendre il ne faut que jeter toujours les yeux sur ses exemples : car il n'a jamais quitté pendant un seul moment l'exercice de l'un et de l'autre. Vous y verrez aussi la pratique de vos vœux.

En sortant du sein de sa mère « comme un époux qui sort de son lit nuptial l », il était déjà une victime, et dans sa Nativité il a formé le modèle de la profession religieuse, en naissant dans la chasteté, dans la pauvreté et dans l'obéissance. Il a pratiqué le premier ce que ses épouses religieuses doivent lui rendre, et l'on peut dire que l'étable de Bethléem est le premier monastère où s'est fait

1 Tanquam sponsus procedens de thalamo suo. Ps.xvm, 6.

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l'établissement des vœux de votre Profession. Il a passé sa vie dans le travail, sans jamais se séparer de l'obéissance, de la pauvreté et de la chasteté, et ainsi il vous donne l'exemple pour les bien pratiquer. Enfin il a consommé toute la perfection de ces vertus dans sa mort, et elle vous doit servir d'instrument et d'attrait pour mourir heureusement, à son imitation, par un sacrifice continuel.

Or sus donc, épouse de Jésus-Christ, préparezvous pour entrer dans la maison de votre Epoux avec de saintes résolutions, formées sur ce que nous venons de dire de la fin de vos vœux et des obligations de votre Profession. Entrez-y avec une volonté dépouillée de toutes les affections du monde, afin que rien ne se rencontre entre Dieu et vous qui puisse empêcher votre union, avec un saint abandon à toutes ses volontés et avec une ferme résolution de lui enfanter de bonnes œuvres dans le travail, sans considérer ni les aversions, ni les contradictions, ni les douleurs de la nature, et de lui produire des fruits de pureté et de vertu qui demeureront pour l'éternité.

Victime de Dieu, montez sur le bûcher où doit se faire votre sacrifice ; et si vous voulez qu'il brûle bien et qu'il répande partout la bonne odeur, portez-y avec vous ces trois choses :

i° Le parfum de la pénitence dont sainte Madeleine s'est servie chez Simon le Lépreux : car ce parfum, jeté sur le feu de la charité, produit une grande flamme, et en le versant pour vos péchés, répandez-le aussi pour les miens, afin que j'aie part à votre sacrifice.

20 Le baume de la confiance en votre Epoux, qui

vous servira partout de compagnie et de secours, et qui ne vous quittera jamais, même un seul moment, ni dans la vie, ni dans la mort, ni dans l'éternité : car il n'a pas cherché partout ses épouses, comme il les a cherchées, pour ensuite les abandonner.

3° Enfin portez avec vous l'encens de la dévotion, qui s'exhale d'une volonté disposée à toutes les bonnes œuvres et qui soit reconnaissante de la grande grâce qu'il vous fait de vous choisir pour être à lui en vous attachant à son amour par les liens de votre Profession. Déjà vous lui appartenez par droit de création et de rédemption ; mais c'est une grâce très singulière qu'il vous fait de vous attirer à lui appartenir par l'engagement volontaire de votre liberté : car par ce moyen vous serez du nombre des âmes auxquelles il dit : «Vous êtes à moi ' ».

Tout ne lui appartient-il pas? Pourquoi donc dire à quelques âmes en particulier : « Vous êtes à moi»? C'est que sa charité qui a donné la liberté à toutes les âmes ne prend plaisir à compter comme étant à lui que celles qui par le choix de leur liberté s'engagent à lui appartenir. Celles qui ne sont à lui que par la création et par la rédemption ne sont point comptées, à moins que leur liberté ne lui rende la reconnaissance qu'elles doivent à son amour par un véritable choix de lui appartenir et de lui être fidèles. Rapportons ici le passage d'Isaïe en entier, afin de mieux connaître quels sont les avantages des âmes qui sont

1 Meus es tu. Is. xliii, i.

ainsi à Dieu, ce qu'il fait pour elles, et aussi ce qu'il demande d'elles en retour. Voici ce que dit le Seigneur par la bouche du Prophète : « Ne craignez pas, car je vous ai racheté et je vous ai appelé par votre nom. Vous êtes à moi. Quand vous passerez au travers des eaux, je serai avec vous, et j'empêcherai que les flots ne vous engloutissent; quand vous passerez par le feu, vous ne serez point brûlé et la flamme ne fera point d'impression sur vous, parce que je suis le Seigneur votre Dieu, le Saint d'Israël et votre Sauveur1. »

Je laisse ce passage de la sainte Ecriture à méditer à votre dévotion : car je suis assuré qu'il vous inspirera de meilleures pensées que celles que je pourrais vous exprimer. Par les eaux et par le feu, entendez toutes les tribulations de la vie et les attaques de la concupiscence. Considérez ce que Dieu est prêt à faire pour vous et le soin fidèle qu'il prend des siens, puisqu'il les accompagne et qu'il les secourt partout. Ce qu'il vous demande seulement, c'est de ne rien craindre; et cela vous signifie la parfaite confiance qu'il veut que vous ayez en lui. Si vous portez cette confiance avec vous dans votre sacrifice avec les parfums dont nous venons de vous entretenir, et si vous les avez toujours avec vous, jamais le feu de la charité ne cessera de brûler dans votre âme; et il y produira de temps en temps la douceur de cette ardeur dont brûlaient les

' Noli timere, quia redemi te, et vocavi te nomine tuo : meus es tu. Cum transieris per aquas, tecum ero, et flumina non operient te ; cum ambulaveris in igné, non combureris, et rîamma non ardebit in te : quia ego Dominus Deus tuus Sanctus Israël salvator tuus. Js. xliii, i-3.

cœurs des disciples d'Emmaûs. Fasse Dieu que dans la voie de notre pèlerinage sur terre nous prêtions toujours l'oreille à l'appel de Jésus, afin que dans la patrie nous voyions celui qui est le Seigneur béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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