DEUXIEME POINT
Dans l'oraison, le corps doit être dans une posture décente, modeste et sans contrainte, c'est-àdire éloignée de ce qui le fatiguerait trop, afin d'avoir l'esprit plus libre.
L'âme doit avoir aussi la sienne, et, se présentant devant Dieu, elle doit apporter avec soi la foi, l'espérance et la charité, qui sont les trois vertus convenant à son état.
Par la foi, l'âme doit être persuadée que Dieu est partout, et qu'il connaît tout ; et partant qu'il sait très bien toutes ses nécessités, avant même qu'elle les lui expose; mais que sa Providence qui pourrait parfaitement satisfaire tous ses besoins,
1 Lettie cclxxxiv, tome XI des Œuvres complètes de S. François de Sales. Edition L. Vives. (C'est la sept cent quarante-cinquième de Biaise, et la trente-quatrième du livre II des anciennes éditions.)
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sans qu'elle fût obligée de le lui demander, a ordonné qu'elle les lui représenterait dans l'oraison, pour en faire la demande, et qu'elle lui rendrait ainsi la soumission qui lui est due.
Par l'espérance, l'âme doit avec une fermeté constante, inébranlable, être pénétrée de la confiance que Dieu lui octroiera tous les secours nécessaires pour diriger, selon sa loi, les actions de sa vie mortelle et pour parvenir à la vie éternelle, non pas qu'elle mérite d'elle-même qu'il lui accorde tous ces biens, mais parce que sa bonté, qui est aussi fidèle dans ses promesses qu'elle est infaillible dans ses vérités et incompatible avec le mensonge, les lui a promis.
Par la charité, l'âme doit avoir pour certain et indubitable que Dieu l'aime d'un amour éternel qui ne diminue jamais, si ce n'est par notre faute; elle doit s'élancer elle-même vers Dieu et se plonger en lui tout entière, afin d'y puiser les grâces nécessaires pour accomplir sa loi, pour être préservée du malheur d'être séparée de lui, et pour s'avancer de plus en plus dans la perfection de son amour; renfermant uniquement dans ces trois choses tous ses désirs, sans en former d'autres que sous la condition de son bon plaisir.
Pour mieux comprendre cette situation de l'âme dans l'oraison, disons qu'elle doit y être en état de répondre ainsi à ces trois propositions ou interrogations :
Où vas-tu, mon âme? — Je vais me tenir devant Dieu, que je crois ici plus présent que moi-même, qui connaît tous mes besoins, mais qui veut que je les lui expose.
Qu'espères-tu de lui? — J'espère tout le secours qui me sera nécessaire pour lui plaire, et pour parvenir à lui.
Mais encore, que veux-tu pour toi? — Rien autre chose que sa crainte, son amour et le bonheur d'être éternellement unie à lui.
Si nous sentons notre conscience prête à répondre ainsi au sujet de ces interrogations, notre âme alors est dans la situation où elle doit être devant Dieu.
Mais remarquez-le bien : il n'est pas besoin de se former une idée de quelque chose de corporel, pour se représenter Dieu comme dans une image; au contraire, si, de soi-même, il se présente quelque chose de tel en l'imagination, il faut s'habituer à le rejeter comme ne convenant point à Dieu, puisqu'il est pur, très pur Esprit. Cela toutefois doit se faire doucement et peu à peu, pour ne point tomber dans l'empressement et l'inquiétude : car il n'y a point de doute qu'un esprit, encore tout grossier, qui n'est accoutumé qu'à travailler sur les objets matériels et sensibles, se trouve tout étonné quand on lui retranche tout d'un coup l'usage de ses idées, et qu'il ne voit plus rien de sensible dans sa manière de concevoir les choses ; mais quand il sera doucement formé à cette pratique, il verra qu'il n'y a rien de plus conforme à la disposition naturelle de son âme, et il en recevra beaucoup de consolation.
Pour se former l'esprit à cette pratique, on peut user de cette comparaison. Quand vous êtes dans un appartement, et que, vous le savez, votre ami est caché derrière la tapisserie, est-il besoin, pour
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lui parler, de vous figurer l'idée de son portrait dans l'imagination? Non, assurément, et vous estimeriez cette représentation inutile, superflue. Vous dites à votre ami ce qu'il vous plaît, sans vous former une idée de son visage ; car il vous suffit de savoir certainement qu'il est présent et qu'il vous entend.
Faites de même à l'égard de Dieu ; parlez-lui avec confiance, car il vous entend ; et n'allez point le chercher ailleurs qu'au milieu de votre cœur, puisqu'il y est assurément. Chercher Dieu au plus intime de son âme, s'habituer à l'y trouver, le regarder par les yeux de la foi et non de l'imagination, traiter avec lui, lui parler confidemment comme étant au milieu de nos cœurs, sans se mettre en peine d'en sortir pour aller le chercher ailleurs, c'est le moyen et le meilleur d'apprendre bientôt à marcher en esprit pour aller à la vérité, de vous rendre la présence de Dieu facile et familière, et de vous servir de votre esprit selon la droite raison ; c'est aussi ie moyen de calmer l'imagination, dont l'usage indiscret soulève des tempêtes, et d'éviter beaucoup de fatigues d'esprit superflues ; c'est enfin le moyen de se former à faire fréquemment des élévations à Dieu et des actes de vertu avec autant de facilité que l'on ferme l'œil, et de devenir maître de son cœur autant qu'on le peut être en cette vie.
Quant â ce qui regarde l'Humanité sacrée de Jésus-Christ, où se rencontre avec vérité un corps qui tombe sous nos idées sensibles, on peut s'en servir ; mais il vaut mieux s'habituer à regarder par la foi tous les mystères de sa vie et de sa mort
que de se former dans l'esprit quelque image de sa personne et de ses actions.
Tout ce qui occupe l'imagination ne doit être regardé qu'en passant; il faut néanmoins en ceci user de liberté d'esprit, et les âmes qui commencent ne doivent pas rejeter l'attrait qui les porte à se servir de l'imagination pour se représenter l'Humanité sacrée du Sauveur. Elles peuvent donc s'en servir librement, ingénument ; mais cette imagination doit être simple, c'est-à-dire sans embarras ni multiplicité de particularités, et l'on en doit user comme de l'aiguille pour enfiler dans l'esprit les affections, ainsi que le dit S. François de Sales.