II. Deuxième vérité : Dieu est la bonté
Dieu est la bonté même, voilà la deuxième vérité. C'est le propre de la bonté de communiquer le bien et de se répandre. Or, qu'est-ce que Dieu pouvait nous communiquer de plus grand et de meilleur que lui-même, puisqu'il est tout le bien du ciel et de la terre? C'est ce qu'il a commencé de faire dans le temps et ce qu'il consommera dans l'éternité. Cette bonté nous a fait assurément beaucoup de bien, en nous donnant tout ce que nous sommes et en créant pour notre usage tant de créatures ; mais elle a voulu, pour notre salut, nous accorder des bienfaits beaucoup plus grands, en employant les trois adorables personnes de la très sainte Trinité, -qui se sont partagé l'œuvre de notre rédemption. Le Père nous a donné son Fils, dès lors que peutil nous refuser? « Celui, dit S. Paul, qui n'a pas épargné son propre Fils, en le livrant pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas toutes
choses avec lui ? » car elles sont bien moindres que son Fils \
Le Fils s'est livré lui-même, et jusqu'à quel excès d'amour? Qu'est-ce que sa charité ne lui a pas fait entreprendre? Qu'est-ce que sa bonté ne lui a pas fait nous communiquer? Il semble qu'il ait voulu enchérir sur son Père éternel, puisqu'en soufflant sur ses disciples, à l'imitation de ce que Dieu fit en créant l'homme, il leur a communiqué sa puissance, leur donnant avec l'infusion du Saint- Esprit le pouvoir de remettre les péchés.
Enfin le Saint-Esprit s'est répandu dans les âmes pour les remplir et les posséder, en y mettant par sa bonté l'amour, la force et l'esprit.
L'effusion de cette bonté a épuisé pour nous tout le possible dans la nature de Dieu même ; mais dans ses opérations sur nous, il est aisé de voir qu'elle tient toujours de l'infini et qu'elle tend toujours à l'infini d'où elle procède : car ni nos misères ne la peuvent rebuter, ni nos ingratitudes la changer, ni nos fautes la fatiguer, ni nos abus tarir ses bienfaits ; elle est toujours prête à se répandre dans les âmes, car, dit la sainte Ecriture, « elle attend afin d'exercer sur nous sa miséricorde 2 ».
Au livre de la Sagesse il est écrit : « Ayez des sentiments conformes à la bonté de Dieu 3 » ; n'entretenez donc dans votre âme aucun sentiment qui ne soit conforme au mérite infini de cette bonté.
1 Qui etiam proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illurn : quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit ? Rom. vin, 32.
2 Expectat Dominus ut misereatur vestri. Is. xxx, 18.
3 Sentite de Domino in bonitate. Sap. i, i.
l52 AVIS SPIRITUELS SUIVIS DE
L'exposé de cette deuxième vérité nous montre clairement quelle est la bonté de Dieu, comment il Pexerce sur nous et combien elle est infinie. Avec Isaïe elle nous dit : « Voilà que je me répandrai sur eux comme un fleuve de paix 1 ». Or cette bonté, qui s'exprimait ainsi par la bouche du Prophète, est toujours la même. Faites-vous l'application de ces paroles, et croyez qu'elle est prête à se répandre sur vous comme un fleuve de paix, et que tout ce qui ne s'accorde pas avec cette vérité doit être traité de fausseté et d'erreur. Si cette bonté recherche avec tant d'empressement ceux mêmes qui ne la cherchent point, que ne fera-t-elle pas pour ceux qui la cherchent et la sollicitent par la persévérance de leurs prières?