DE L'AME
Vous ne sauriez croire combien, de sa nature, l'âme est désireuse de faire le bien avec liberté; c'est pourquoi ne regardez pas tant le mal pour le
découvrir trop subtilement, mais regardez plutôt le bien pour vous animer à le faire librement avec un grand sentiment d'amour. Et puisqu'il n'y a rien de plus nuisible au bien qu'une liberté gênée par les anxiétés de la crainte, il vaut beaucoup mieux se tourner vers l'amour, pour nous encourager à faire le bien, que de nous tourner vers la crainte et d'examiner minutieusement si le mal que nous redoutons ne se serait peut-être pas glissé dans le bien que nous tâchons de faire.
En poursuivant le bien de la vertu, on s'éloigne du mal, et on le fuit ainsi, sans qu'il soit besoin de le considérer.
Vous savez que dans les saintes Ecritures Moïse parle souvent du poids du sanctuaire. C'était à ce poids qu'il voulait que tout fût pesé pour être livré et estimé selon sa juste valeur; et moi je désire qu'un tel poids soit aussi posé dans l'âme du chrétien, pour reconnaître clairement les maux qu'elle doit éviter, en observer les différences, et s'établir dans un jugement ferme qui lui serve comme de règle, de poids et de mesure, pour juger ce qu'il faut craindre, ce qu'il faut faire, et quels sentiments de douleur doivent la pénétrer touchant le mal qu'elle découvrira. Par ce moyen en effet, elle évitera plus facilement les pièges des craintes excessives et des empressements inquiets, que le démon tâche de jeter dans les âmes timorées et peu instruites, qui ne sont pas habituées à suivre les règles du véritable discernement que l'on doit faire des maux.
Or ce jugement de la droite raison servira beaucoup pour remettre l'âme, troublée après les chutes,
dans une tranquillité convenable, pour tempérer l'excès d'un zèle s'enflammant sur le mal plus qu'il ne convient, pour dissiper le chagrin et le découragement qui en sont la suite, pour ramener l'âme à la douce paix de l'humilité, et enfin pour éviter les voies de l'inquiétude, où un cœur indiscret va souvent s'égarer.
Aussi pour bien faire ce discernement et pour bien former votre jugement, je distingue cinq sortes de maux : i° Le péché mortel; 20 le péché véniel volontaire; 3° le péché véniel d'infirmité; ^l'imperfection ; 5° le manque de perfection.
Je les distingue ainsi afin que vous ne preniez pas l'ombre pour le corps, et que vous sachiez ce que chacun d'eux pèse au poids du sanctuaire, pour l'estimer selon sa juste valeur.
Ainsi donc quand vous verrez la paix de votre âme attaquée sur la matière du péché, recourez à ces vérités.
ARTICLE PREMIER