‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 38 sur 164 · II. Du péché mortel de simple consentement · texte numérisé non relu

II. Du péché mortel de simple consentement

Quant à ce qui regarde les péchés qui se peuvent commettre par un simple consentement, c'est ici, âme pieuse, qu'il faut bien vous instruire de la différence qui existe entre les premiers mouvements (motus primo primi), les seconds mouvements (motus secundo primi), et les mouvements raisonnables (motus rationales). C'est vous dire qu'il faut bien vous rendre compte de la différence qui existe i° entre voir le mal qui nous tente et qui produit ses impressions dans les pensées et dans les sentiments de l'homme animal, 20 entre regarder ce mal ou y prêter une simple attention, et 3° entre vouloir ce mal positivement. En effet, si elle n'est pas formée à bien faire ce discernement, une âme timorée confond souvent l'un avec l'autre, se met à la torture, et se jette même dans le péril de consentir au péché par la fausse persuasion d'avoir consenti. Ses angoisses viennent de ce qu'elle n'a pas arrêté certaines choses qu'elle aurait pu, lui semble-t-il, arrêter, mais qui en réalité ne sont point en son pouvoir, et qui par conséquent ne peuvent la rendre coupable devant Dieu; aussi cette crainte, ou fausse persuasion, lui abat le courage et pourrait la mettre dans le danger de s'abandonner aux flots de la tentation, qui l'entraînerait comme l'eau emporte la nacelle d'un batelier, lorsqu'il cesse de ramer par une vaine appréhension qui lui est survenue : c'est pourquoi il faut s'étudier à bien fermer toutes les voies

qui donneraient entrée à ces erreurs pernicieuses. Examinons donc ces différents mouvements :

A. Premiers mouvements (Motus primo primi).

Les premiers mouvements, qui se forment dans l'esprit ou ailleurs, ne sont pas plus au pouvoir de l'homme qu'il n'est en son pouvoir d'empêcher un miroir bien exposé de refléter les objets qui lui sont présentés. Que dirions-nous de celui qui s'irriterait contre un miroir, parce qu'il lui représente des objets odieux qu'il ne veut pas voir? Nous l'accuserions d'impatience déraisonnable.

Mais, me direz-vous, ces objets se forment en moi et y résident? Je réponds : Le miroir aussi est en vous-même, c'est votre sens intérieur qui se forme des images et des fantômes sur les choses passées et sur les présentes, et qui assemble une multiplicité d'idées pour en faire des compositions chimériques ou vraisemblables; mais les objets sont hors de vous ; ils paraissent en vous, il est vrai, mais ils sont formés sans vous, tant que votre volonté y résiste et qu'elle ne se détermine pas à fixer librement son choix sur ces objets, quels qu'ils puissent être. Il est tout à fait superflu de raisonner sur des fantômes, et de rechercher pourquoi tel objet paraît plutôt que tel autre : car cela doit être rapporté entièrement à la disposition de la Providence, qui le permet ainsi. 11 n'est nullement au pouvoir de la volonté d'empêcher qu'ils ne paraissent, et qu'elle ne les aperçoive dans le miroir intérieur de l'âme; mais ce qui dépend de son libre arbitre, c'est d'en in-

terrompre le cours, ou bien de les mépriser, en n'y apportant aucune attention volontaire. L'âme n'est pas plus responsable de ces premiers mouvements qu'elle ne l'est des songes qui arrivent pendant le sommeil, et ils ne sont pas plus en son pouvoir que ne le sont les songes de la nuit suivante : c'est le même miroir qui représente les unes et les autres pensées ; il faut seulement regarder cette rébellion contre la raison comme une matière de pénitence et de sacrifice.

B. Seconds mouvements (Motus secundo primi).

Les seconds mouvements sont ceux dans lesquels la volonté s'aperçoit que la nature cherche sa satisfaction, et que la concupiscence tâche de l'y attirer par ses sollicitations, qui font quelque impression d'attendrissement sur elle ; mais tant que cette volonté y contredit par sa liberté et qu'elle n'y veut point consentir, parce que la chose est contraire à Dieu, il ne peut y avoir tout au plus qu'un péché véniel, pour s'être arrêté peut-être trop longtemps à cette concupiscence ou pour s'être comporté à son égard avec quelque mollesse et négligence.

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