I. De l'imperfection
La quatrième vérité est que l'imperfection et le manque de perfection ne sont que des déficits dans le bien et non pas des maux. Je les mets néanmoins parmi les maux, parce que souvent les âmes
1 Magna divinae Providentiae dispensatione effectum est, qucd infirmitatem culpae a nobis omnino non abstulerit. (S. August.)
pieuses les estiment pour tels et les confondent avec les autres, quoiqu'il faille les en séparer et les distinguer.
J'entends par imperfection quelque défaut ou quelque excès, qui se glisse dans une bonne action : par exemple, dans la correction du prochain, par un zèle excessif on ne modère pas assez les paroles ; dans l'observance des règles, on tombe en quelque petite lâcheté, négligence ou omission; dans une œuvre de charité, on n'a pas suffisamment considéré le temps, les circonstances, ce qui a été cause d'indiscrétion, de surprise, etc.. Sur de telles imperfections il ne faut pas raisonner scrupuleusement. L'épouse qui aime bien son mari et qui sait qu'elle est aimée de lui, n'examine pas son visage avec tant de soucis, pour en ôter les moindres taches. De même en ceci il faut plus donner à l'amour qu'à la recherche minutieuse ; aussi lorsqu'on s'aperçoit de quelque imperfection, le mieux est de la reconnaître avec la douceur de l'humilité, pour corriger le défaut, si l'on peut encore le faire avec prudence ; puis, quoi qu'il arrive, se reposant sur ce qu'on a pensé bien faire, et espérant qu'une autre fois on sera plus sage, il faut se tenir calme et tranquille. Enfin l'âme doit ensuite s'appliquer à faire de bonnes œuvres, comme si de rien n'était, et regarder Dieu avec la même confiance ordinaire : car si elle s'étonnait outre mesure de constater en elle-même des imperfections, elle ne serait pas humble et mériterait de voir Dieu lui montrer un visage austère.
MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX I 73