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IV. Dans les aridités, considérez ces trois vérités

i° Que Dieu les permet pour détruire en nous la recherche de nous-mêmes et nous apprendre à le chercher purement.

2° Que nous sommes plus en sûreté si nous tenant la main il nous conduit lui-même au milieu des ténèbres, que si un ange nous guidait même en pleine lumière.

3° Que par ces aridités il fait plus avancer notre âme dans le progrès spirituel, et qu'il la fortifie ainsi davantage pour fuir le mal et faire le bien, que s'il la comblait de suavités.

V. Dans les contradictions venant du dehors, et que vous appelez persécutions, recourez à ces vérités :

i° Que Dieu les empêcherait facilement s'il ne voulait pas nous éprouver; mais il les permet, parce qu'il veut s'en servir pour notre bien.

2° Que nous ne pouvons rien faire autre chose

que ce qui est en notre pouvoir; quant au reste, il faut le confier à la volonté de Dieu et espérer un secours plus abondant de sa grâce, puisqu'il prend le parti des affligés.

3° Que le succès dépendant de la divine Providence et non pas de nos soins, il faut par conséquent le remettre dans son sein.

VI. Dans les tribulations, quelles qu'elles puissent être, il faut avoir recours à ces trois vérités :

i° Que la tribulation est nécessaire pour servir de remède contre les prospérités, les applaudissements et les charmes trompeurs du monde.

20 Qu'elle est nécessaire encore pour détacher l'âme de soi-même, du prochain et des biens extérieurs, et pour faire reconnaître le besoin de recourir à Dieu et de s'attacher à lui seul.

3° Qu'elle est nécessaire enfin pour que l'âme, au milieu de ses labeurs et de ses luttes, rende à Dieu l'honneur qui lui est dû, et pour qu'elle reconnaisse sa présence dans les dispositions de sa Providence et dans les secours qu'il lui accorde.

Et cependant, âme fidèle, si après avoir recouru à la vérité pour retrouver la paix, vous vous trouvez encore secouée par les tempêtes, n'oubliez pas qu'elles agitent seulement vos sens et non pas le fond même de votre âme ; et c'est là ce que Dieu vous fera connaître avec grande consolation, si vous vous tenez résignée à son bon plaisir et confiante en sa bonté, en attendant que l'orage passe. Il est parfois, à la vérité, des orages et des tempêtes terribles, accompagnés d'éclats de ton-

nerre ; mais cela ne fait que donner un peu de crainte : chacun s'empresse de se munir du signe de la croix, de recourir à l'eau bénite et de faire maintes et maintes prières ; de même aussi, par ces tempêtes qui s'élèvent en votre âme, le dessein de Dieu sur vous est de vous porter à une plus grande confiance et à une plus entière conformité à son bon plaisir, jusqu'à ce qu'il plaise au Seigneur « de se lever et de commander aux vents et aux flots de s'apaiser, et alors se fera un grand calme, une grande tranquillité ' ».

Assurément c'est une bonne marque que l'âme est dans une belle et excellente paix que de la mettre en pratique jusqu'au milieu des ombres de la mort, par la fermeté de ses résolutions et par la fidélité de ses actes ; et quand bien même la douceur de cette paix ne se trouverait pas dans le sentiment, elle produirait des fruits dans l'âme, en l'unissant davantage à Dieu ; mais si vous vous tenez bien ferme, humble, confiante et patiente aux pieds de la vérité, elle inondera enfin votre cœur d'une paix surabondante.

îl y a une grande différence entre le sentiment de la paix et la paix elle-même; et si Dieu, notre père, ne la laisse pas toujours sentir et goûter par ses enfants, c'est qu'ils vivent dans un temps de guerre, où le repos de la douceur sensible leur nuirait autant que nuit aux meilleurs poissons l'eau croupissante d'un marais, où on les jette après les avoir retirés de l'eau courante d'une rivière

1 Tune surgens, imperavit ventis et mari, et facta est tranquillitas magna. Matth. vin, 26.

limpide : s'ils ne meurent pas aussitôt, ils prennent un goût de vase détestable. L'expérience n'apprend que trop qu'il en arrive de même aux âmes qui se reposent trop dans la douceur des sentiments : c'est pourquoi Dieu ne les y laisse qu'autant qu'il en est besoin.

L'âme doit donc être persuadée qu'elle est dans une paix très bonne et très utile, tant qu'elle a une ferme résolution d'être fidèle à Dieu et une sainte obstination de lui demeurer attachée. Pour connaître plus clairement encore l'excellence de cette paix, il ne faut qu'interroger l'une de ces âmes qui l'ont perdue par une lâcheté volontaire. Elle vous dira que c'est bien en ceci, et pour son grand malheur, qu'elle a éprouvé combien est vrai ce qui se dit de toutes les choses dont l'habitude nous fait jouir paisiblement : à savoir, qu'on ne connaît bien ce qu'elles valent que par la privation. En effet, la nature de l'homme est ainsi faite que, privée d'un objet, elle en ressent aussitôt la perte ; au lieu que, quand elle le possédait, elle n'en sentait même pas la jouissance et en faisait peu de cas : car, dit l'axiome, « de l'habitude, point ne se forme de passion ' ».

Elle vous dira encore qu'elle a perdu une paix intime, qui s'est comme envolée, pour la laisser dans la crainte, dans les remords, dans l'indigence, dans l'esclavage, et que par sa propre expérience elle a constaté la vérité énoncée par le Prophète : « La couronne est tombée de notre front ; malheur à nous parce que nous avons pé-

1 Ex assuetis non fit passio.

MEDITATIONS SUR L ETAT RELIGIEUX 17g

ché ' ». Mais pour vous donner une comparaison plus sensible, il ne faut que consulter l'expérience commune des enfants de famille, qui sont bien nourris, bien entretenus et à qui rien ne manque dans la maison paternelle ; cependant le désir effréné d'une vie licencieuse les tente, et ils s'éloignent de leurs parents pour se livrer aux plaisirs et se donner du bon temps quand ils seront hors de leur conduite. Les voilà devenus enfants prodigues ; mais à peine se sont-ils plongés dans le dérèglement, qu'ils connaissent combien est différente une vie désordonnée, sans soutien, ni secours, ni tranquillité pour la raison, et une vie sage, ordonnée, pourvue des biens paternels. De celle-là les délices ne sont que mensonge; mais de celle-ci le bonheur est vrai et plein d'une douce paix, telle qu'on peut la goûter ici-bas. Aussi estil bien juste de dire avec un pieux auteur : « Que sert-il à l'homme de sentir quelque moment de paix dans ses sens, s'il n'en a point dans sa conscience et sa raison2?»

Je prie le Dieu de la paix et de la sainte dilection de demeurer toujours en votre cœur, et je me recommande bien fort à vos prières.

1 Cecidit corona capitis nostri ; vas nobis, quia peccavimus. Thren. v, 16.

2 Quid prodest homini momentaneam in sensibus pacem percipere, nullamque in mente ac conscientia pacem possidere ?

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