‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 46 sur 164 · SUR LA SUPERBE · texte numérisé non relu

SUR LA SUPERBE

Le scrupuleux, sous l'apparence d'une plus grande exactitude, nourrit souvent un orgueil très subtil, qui lui fait aimer et estimer son propre jugement plus que de raison. Or ce jugement propre, qui, lui semble-t-il, ne lui montre que le meilleur et le plus parfait, le porte à mépriser ceux qui ne

1 Sémite de Domino in bonitate, et in simplicitate cordis quaerite illum. Sap. i, i.

font pas comme lui, de là il les accuse facilement de négligence ou de relâchement; il le mène encore à ne pouvoir goûter les conseils qui sont opposés à ses idées; et enfin il le précipite dans un embarras d'esprit dont il ne peut se retirer soimême, ni recevoir de secours d'ailleurs : car il est devenu comme incapable de concevoir les conseils d'un sage directeur et d'en profiter. Il ne voit que des péchés qui l'environnent de toutes parts, et sa liberté, enveloppée comme dans des filets, ne sait par où s'échapper, ni où trouver de l'adoucissement à la plaie douloureuse de son esprit blessé par le scrupule.

U homme de bonne conscience sait que son esprit peut se tromper en toutes choses : car il est sujet aux ténèbres et à l'erreur; c'est pourquoi, sans écouter son propre sens, il se soumet au conseil des personnes expérimentées. De là il entre dans la connaissance de plusieurs vérités, par lesquelles il découvre qu'il serait tombé dans de grands pièges, s'il avait suivi les apparences de vérité que son propre sens lui montrait. Ensuite il fait un progrès notable dans la discrétion, il devient disposé à recevoir au milieu des difficultés l'assistance et la consolation des bons avis qu'on lui donne, il avance beaucoup dans l'usage de la sainte liberté des enfants de Dieu, et il se rend d'autant plus propre à tout qu'il est devenu plus capable de recevoir les bonnes instructions et de prendre les bons remèdes.

ARTICLE III

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