‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 50 sur 164 · II. Ignorances sur la confession · texte numérisé non relu

II. Ignorances sur la confession

Le scrupuleux, sur la matière de la confession, se forme des idées touchant l'examen et l'expression de ses péchés auxquelles en pratique il est presque impossible de satisfaire : car il agit, s'empresse, s'examine avec anxiété, comme si la mémoire lui devait tout rendre à force de la presser, comme si elle ne devait rien oublier, et comme s'il était responsable de tout ce qui pourrait lui échapper. Il ne peut souffrir la distinction qui doit être faite entre les choses qu'il est nécessaire d'exprimer et celles qui ne sont pas absolument nécessaires; il lui semble qu'il n'en a jamais assez dit, et il pense que le plus sûr est de s'accuser de faute mortelle, comme si en confession les choses ne devaient pas être exprimées avec pure et simple vérité ; aussi le pauvre scrupuleux ne voit pas que toute cette façon d'agir ne s'accorde nullement ni avec les sentiments qu'il doit avoir

de la bonté divine, ni avec la foi et la confiance qu'il doit avoir à l'égard du sacrement, qu'il déshonore par ses empressements inquiets, ni avec la doctrine de la vérité.

L'homme de bonne conscience sait que des trois dispositions nécessaires pour le sacrement, à savoir : i° Le regret d'avoir offensé Dieu, 2° le propos de s'amender, 3° l'aveu des péchés, cette dernière disposition est la moindre en importance. Il sait que les deux premières font comme l'essentiel de la conversion de l'âme à Dieu, et que la troisième est nécessaire, il est vrai, mais que cet aveu des péchés doit être fait avec confiance, selon la portée naturelle d'une mémoire qui de bonne foi s'applique à se ressouvenir de tout ce qu'elle croit être péché. Ayant donc fait l'examen et l'aveu selon son possible, et ayant un regret qui s'étend sur toutes ses fautes pour les détruire, sans vouloir rien réserver, l'homme de conscience droite se repose avec confiance en la divine miséricorde, dans laquelle il se persuade que tous ses péchés sont engloutis comme dans un abîme, et il traite le sacrement de Pénitence avec beaucoup plus de foi et bien mieux que celui qui va toujours comme fouillant dans sa conscience sans jamais se reposer. Ainsi donc les deux premières dispositions, à savoir : le regret d'avoir offensé Dieu et le propos de s'amender, doivent faire la grande application et l'occupation principale de l'âme pénitente ; or elles se rencontrent souvent bien faibles chez les scrupuleux, pendant qu'ils se rompent la tête sur des bagatelles.

L'homme de bonne conscience sait que les pé-

chés véniels sont une matière suffisante pour le sacrement, mais qu'ils n'en sont pas une matière nécessaire, en sorte que quand on n'en dirait qu'un seul en confession, en étendant son regret devant Dieu sur tous les autres qu'on ne dit pas, ils seraient tous remis par le sacrement. Appuyé sur ce principe de vérité, il agit avec douceur, avec force, avec liberté et avec tranquillité. Il s'applique à examiner ses péchés véniels, pour les dire librement à son confesseur par un esprit d'exactitude, d'humiliation et de pénitence amoureuse envers Dieu; mais il ne se donne point de gêne par un esprit minutieux et craintif, comme fait le scrupuleux qui pousse tout aux extrêmes, comme s'il y avait nécessité de déclarer les péchés véniels non moins que les fautes mortelles, ce qui est entièrement opposé à la véritable doctrine.

Retenez donc bien ceci, âme pieuse ; c'est au regret amoureux d'avoir péché et au propos humble et plein de confiance en Dieu de s'amender qu'il faut principalement s'appliquer. Par contre, hélas ! on en voit beaucoup à l'esprit pointilleux qui, oublieux de ce point, font de longs récits dans leurs confessions jusqu'à exprimer en détail leurs plus intimes pensées ; mais ils en demeurent là, comme si tout était fait, sans avancer dans la pratique de la vraie et solide vertu. N'est-ce pas là vraiment un bel exercice?

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