‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 6 sur 164 · QUATRIEME QUESTION · texte numérisé non relu

QUATRIEME QUESTION

Suffit-il d'aspirer et de soupirer après les pratiques de perfection qui mortifient le plus les sens, sans faire grand effort pour les pratiquer, quand Dieu en donne l'idée, et que l'on ne se sent pas le courage de les embrasser ; d'où il arrive que l'on éprouve une peine de n'avoir pas été fidèle à l'inspiration ?

RÉPONSE

Il n'y a rien de plus nécessaire dans la vie spirituelle que de bien écouter les inspirations et de les mettre en pratique : car l'inspiration est proprement l'avertissement intérieur qui nous porte au bien ; mais il n'y a rien aussi où la droite instruction et direction soient plus nécessaires, parce que, sous des idées d'inspiration mal comprises, beaucoup d'âmes passent à des extrémités indiscrètes, et par suite se trouvent renfermées dans un labyrinthe de peines et d'inquiétudes. Ainsi donc, pour éviter ces écueils, marchez par la voie que je vais vous tracer. L'expérience que la fidélité vous donnera, vous fera connaître qu'elle est plus sûre qu'aucune autre pour bien profiter des véritables inspirations.

Les grandes inspirations, générales et assurées, sont celles qui nous portent à pratiquer de mieux en mieux ies conseils évangéliques et les règles de notre profession. C'est à celles-là, âme pieuse, que je vous renvoie d'abord, pour les recevoir, les suivre et vous y tenir attachée avec fermeté : car si une fois vous commenciez à compter pour ins-

pirations de Dieu toutes les vues, toutes les idées du bien qui vous pourraient venir, tout le bien possible vous passerait par l'esprit ; vous croiriez le devoir faire, et vous seriez toujours dans l'inquiétude d'être coupable d'infidélité à l'inspiration. Pour vous apaiser et vous rassurer, ditesvous à vous-même que tout ce qu'il y a à faire dans une grande maison ne se fait pas par un seul valet, et que c'est assez que l'un fasse bien une chose pendant qu'un second en fait une autre.

Quant aux inspirations particulières, les personnes libres, qui sont dans le siècle, ont plus besoin d'être attentives à leur discernement que celles qui sont engagées par vœu au service de Dieu : en effet celles-ci ont un état fixe et des règles qui leur marquent assez quelles doivent être leurs occupations ; mais les autres, demeurant maîtresses de leur volonté, ont beaucoup de moments et d'actions qui dépendent de leur liberté et de leur choix. Il est néanmoins fort à propos qu'elles se fassent une fois une sorte de règlement pour les actions ordinaires qu'elles doivent accomplir, afin d'employer leur vie selon Dieu; mais avec une telle discrétion qu'elles ne suivent pas la ferveur de leur zèle dans les choses extraordinaires sans le conseil d'un prudent directeur : car il leur est tellement nécessaire que, si elles ne prennent bon conseil, elles passeront souvent à des résolutions extrêmes qu'il faudra quitter, comme aussi à des inconstances et à des indiscrétions. En un mot, comme dit le proverbe, elles se tueront pour ne faire rien qui vaille.

MEDITATIONS SUR L ETAT RELIGIEUX 3o,

Observez donc en matière d'inspirations les deux règles suivantes :

i° Il n'y a rien dans les inspirations qui soit assuré d'une certitude de foi, c'est-à-dire qui ne soit pas sujet à erreur, sinon ce qui nous porte à la pratique des conseils évangéliques et des devoirs de notre profession. Tout le reste peut apparaître à l'esprit d'une manière humaine, sans que nous puissions, à moins d'une révélation, connaître avec certitude que c'est bien une impression surnaturelle que Dieu fait en nous pour en tirer l'exécution. Ainsi donc, ce que nous pouvons dire de certain, et cela suffit, c'est qu'après avoir pris conseil et soumis notre jugement, nous pouvons faire la chose que, de bonne foi, nous pensons nous être inspirée, et croire fermement qu'en la faisant nous plairons à Dieu : en effet, nous ferons ainsi, avec intention de lui plaire, une action qui est matière de vertu et qu'il a soumise à notre liberté.

Voilà à quoi il faut s'en tenir : car les autres certitudes qu'on veut quelquefois chercher et établir en des choses particulières, ne sont appuyées d'aucune autorité de la sainte Ecriture, qui nous dit que « tout est incertain sous le soleil ' »; mais au contraire elles sont assez souvent accompagnées d'une présomption secrète, et sont presque toujours suivies de quelque erreur ou de quelque aveuglement d'esprit, précédé de grandes inquiétudes.

2° Il faut toujours se souvenir que le bon fruit

1 Vidi subsole...tempuscasumque in omnibus. £cc/e.ix, 1 1.

croît dans la patience, qu'on n'atteint d'un bout à l'autre qu'en marchant pas à pas, et que l'on doit agir fortement dans l'exécution, mais suavement dans la manière d'exécuter.

Voilà, me semble-t-il, tout ce qui demande réponse dans votre lettre.

Je prie Dieu qu'il vous attire après lui par le lien de sa charité, jusqu'à ce qu'il vous établisse dans la liberté de la gloire.

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