QUATRIÈME LEÇON
Texte. — « Omne quod tibi applicitum fuerit, accipe ; et in dolore sustine, et in humilitate tua patientiam habe : quoniam in igné probatur aurum et argentum, homines vero receptibiles in camino humiliationis. » Eccli. u, 4, 5.
Paraphrase. — Recevez sans raisonner tout ce que la main de Dieu vous appliquera ; soyez ferme dans la douleur, sans vous laisser aller à l'impatience ou au murmure, et ayez patience dans votre humiliation : car de même que l'or et l'argent se purifient par le feu, ainsi les hommes qui sont agréables à Dieu sont éprouvés dans la fournaise de l'humiliation.
Réflexions. — L'esprit humain a une grande pente à raisonner sur tout ; mais c'est ici qu'il importe beaucoup d'arrêter son raisonnement : car si on lui donnait pleine liberté, il discuterait selon ses propres vues les causes et les effets de ses souffrances et trouverait, dans ce qu'il souffre, de grandes disconvenances de raison. Il lui semblerait que de toute autre chose il pourrait se consoler, mais qu'à l'égard de ce qui le presse présentement il ne peut pas faire autrement que de s'en affliger. Réprimons radicalement ces sortes de raisonnements : car les arguments en sont basés sur l'erreur, et c'est l'amour-propre qui en tire la conséquence. Pour l'esprit raisonneur tout lui paraît de la couleur de son affection, parce qu'il ne le regarde qu'à travers la tentation ; cependant ceci est cause d'une grande illusion qui dessèche l'âme et arrête son progrès dans la vie spirituelle, à moins qu'on ne l'évite avec soin.
Il ne nous appartient point de choisir à notre guise ; il faut que Dieu soit le maître et qu'il se serve de chacun de nous comme d'un instrument de musique pour faire entendre les suaves accords de sa sagesse; sa main doit être libre pour pincer les cordes qu'il lui plaira, et, pincées par cette
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main, elles seront toujours en parfaite harmonie. Mais si nous y voulons mêler notre manière de raisonner et de concevoir les choses, cela ne fera que troubler l'harmonie du concert. Acquiesçons donc humblement aux conseils divins, et attachonsnous ferme à cette vérité : que l'état où Dieu nous met est toujours le meilleur et le plus proportionné à notre guérison et à notre salut. Ce qu'il choisit pour nous vaut mieux que tout ce que nous pourrions désirer. A mesure que notre fidélité croîtra par la pratique de la vertu, cette vérité deviendra pour nous de plus en plus évidente; et la meilleure preuve aussi que nous puissions avoir de notre avancement dans l'amour de Dieu, c'est d'estimer, de vénérer, d'aimer avec une sainte indifférence tout ce que nous envoie la divine Providence, et Cela sans faire aucune distinction. Laissant donc de côté tout raisonnement, embrassons tout ce que veut l'adorable volonté de Dieu, puisque ses ordres se rencontrent dans l'état de la tentation aussi bien que dans celui de la consolation. Ne vous arrêtez pas même aux remontrances que votre esprit voudra vous faire : telle celle-ci, que c'est vous qui avez donné lieu à la tentation, ne l'écoutez pas, mais passez outre ; car quand même il en serait ainsi, ce qui est fait est fait, et cela n'empêchera pas que ce que vous souffrez présentement ne vienne d'un ordre de Dieu qui veut vous purifier et vous châtier tout ensemble. Acquiescez donc à son bon plaisir et recevez de sa main tout ce qu'il lui plaira de vous appliquer. Une âme qui s'est habituée à respecter et honorer les divers états où Dieu la met, n'offre
presque aucune prise au démon ; il n'est rien qu'elle puisse craindre, et pour elle les tentations s'évanouissent comme de la fumée. Soyez forte en supportant la douleur des petites révolutions du cœur et de l'esprit, qui ont de la peine à quitter leurs pratiques ordinaires, et ayez patience dans votre humiliation. L'homme est tout entier rempli d'orgueil et rien ne le choque plus que la vue de sa propre abjection ; l'esprit se détourne de peur de la voir, et le cœur ne' la peut souffrir. Néanmoins c'est un remède souverain qu'il faut appliquer sur l'orgueil, si l'on veut le guérir : la tentation en fait fort bien l'application, en découvrant au cœur sa faiblesse et à l'esprit son insutHsance.
Ne faites donc point d'état de leur soulèvement, ni des détours qu'ils voudraient faire pour ne point voir leur abjection ; prenez plaisir dans le fond de l'âme à la leur faire regarder, et par votre patience dans cette humiliation, contraignez-les de s'accoutumer à considérer paisiblement leur bassesse, jusqu'à ce qu'ils la regardent volontiers et avec tranquillité.
La raison du conseil de Dieu, que Jésus, le fils de Sirach, tire de la comparaison de l'or et du feu, vous doit être plus précieuse que l'or luimême. Vous devez estimer l'état de la tentation et de l'humiliation qui l'accompagne, plus que le plus riche trésor, puisque Dieu vous fait l'honneur de vous admettre dans l'accomplissement des décrets de ce conseil. L'humiliation opère dans le cœur ce que le sublimé fait à l'égard de l'or. Il fait entendre un bruit strident tant que l'or est
impur; mais il n'en fait plus quand il est épuré; de même aussi, quand le cœur regarde son abjection sans s'étonner ni se décourager, c'est un signe qu'il est bien purifié.