CINQUIEME LEÇON
Texte. — « Crede Deo, et recuperabit te ; et dirige viam tuam, et spera in illum ; serva timorem illius, et in illo veterasce. » Eccli. n, 6.
Paraphrase. — Ajoutez foi à la parole de Dieu, et que votre confiance en lui soit éloignée de toute défiance, et vous expérimenterez sa fidélité, qui vous retirera de la douleur et du danger, pour vous rétablir dans votre premier état. Dirigez votre voie en tournant vos intentions et toute votre espérance vers lui. Conservez bien sa crainte et vieillissez avec elle.
Réflexions. — Dieu permet quelquefois que la tentation réduise l'âme à un tel état qu'il lui semble qu'elle ne tient plus qu'à un fil, et que l'esprit ne voit rien qui ne lui dise qu'il n'y a plus que de la tristesse et de l'affliction à attendre, et qu'il ne retrouvera plus sa première tranquillité.
Ne vous étonnez pas de cela, âme pieuse, et ne croyez rien de tout ce que votre esprit s'imagine voir dans son obscurité : car ce n'est que vaine frayeur de nuit. Demeurez ferme dans l'estime que vous devez à la fidélité de ses paroles et dans la confiance que vous devez à son amour : car pour croire comme il faut, il est nécessaire que ces deux choses se rencontrent, et alors il vous
recouvrera. Vous vous estimiez perdue, mais lui, il vous retrouvera et vous rendra vous-même à vousmême. S'il vous jette dans l'air comme une coupe de cristal, ne vous effrayez pas; il a le savoir et le pouvoir de la faire retomber dans le creux de sa main, sans qu'elle se brise, et parfaitement intacte.
S'il vous place sur le bord même de la fenêtre, comme pour vous précipiter en bas, souvenezvous que c'est un Père qui veut par ce moyen mettre votre confiance à l'épreuve et qui vous tient plus fort que jamais, quoiqu'il ne le vous semble pas, et qui vous tient d'autant plus que le péril est plus grand. Rejetez donc toute crainte et n'ayez pas peur de Dieu, car il ne veut vous faire aucun mal ; étudiez-vous seulement à diriger votre voie vers lui par une intention droite, qui rapporte vos actions et vos peines à sa plus grande gloire et à l'accomplissement de sa sainte volonté.
C'est lui « qui frappe et qui guérit ' » ; la sainte Ecriture joint l'un avec l'autre : car ses coups sont des remèdes de guérison, et il sait convertir la douleur des plaies en consolations très agréables.
Conservez bien sa crainte : il en sera ainsi si la tentation ne vous fait rien omettre de vos pratiques de vertu, et si vous ne les entremêlez pas de lâcheté et de négligence. Mais si vous vous relâchez dans les bonnes œuvres que le devoir de votre état demande de vous, vous aurez perdu quelque chose de cette crainte, puisque la sainte Ecriture
1 Percutiam et ego sanabo. Deut. xxxn, 89.
nous enseigne que « celui qui craint Dieu véritablement ne néglige rien l ». On ne peut point faire un seul pas hors de cette crainte, sans avancer d'un autre dans la tentation, puisque pour peu qu'on perde de cette crainte salutaire, on en devient lâche et affaibli, et la tentation devient plus forte pour attaquer et combattre.
Je dis ]qu'il faut fuir le relâchement dans les bonnes œuvres ; mais je n'en dis point de même du travail de l'esprit : car il est à propos quelquefois de modérer son application excessive et de lui donner un divertissement honnête pour le récréer. La plus grande indiscrétion qu'on puisse commettre dans la tentation, c'est de s'obstiner à tenir son esprit appliqué sans relâche et de se charger de reproches continuels. C'est en effet le moyen, pour ainsi dire, de mettre toujours le fer dans la plaie et irriter l'esprit au lieu de le soulager. Il faut le traiter comme un malade qui a perdu l'appétit; un directeur sage, qui veut l'aider à retrouver son état normal, doit ici se gouverner comme un ami qui le provoque à manger : il choisit les morceaux avec soin et les lui présente gracieusement ; il y ajoute encore des entretiens propres à lui dilater le cœur, réservant pour un autre temps les paroles plus graves et plus sérieuses. Apprenez de David comme il traite son âme en cet état d'angoisses pénibles, il lui demande doucement : « Pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu? » Il la console ensuite en lui disant : « Espère en Dieu, et tu
1 Qui timet Deum, nihil negligit. Eccle. vu, 19.
verras que ses secours me donneront encore de nouveaux sujets de lui rendre des actions de grâces, qu'il est le salut et la joie de ma face, et qu'il est mon Dieu ' ».