‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 70 sur 164 · SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LEÇON

Texte. — « Metuentes Dominum sustinete misericordiam ejus; et non dcflectatis ab illo, ne cadatis. » Eccli. ii, 7.

Paraphrase. — Vous qui craignez le Seigneur, attendez avec confiance sa miséricorde, car elle ne vous manquera pas. Cependant ne vous détournez pas de lui, de peur que vous ne tombiez.

Réflexions. — ■ Jésus, fils de Sirach, va recourir à l'exhortation pour faire mieux pénétrer ses instructions ; ou plutôt l'abondance de son cœur le presse d'en faire une effusion pour communiquer les vérités dont il est convaincu par sa propre expérience. Il ne peut pas mieux exprimer les sentiments qu'il a de la fidélité de Dieu à secourir ses serviteurs que par les exclamations qu'il fait dans le présent verset et dans les trois suivants ; et ces exclamations sont très propres pour animer les combattants et pour leur apprendre dans le combat les pratiques les plus parfaites de la milice spirituelle. Il parle dans celui-ci de la confiance en Dieu et de la fidélité avec laquelle on doit lui demeurer uni. Puisque la bonté de Dieu ne cesse pas un mo-

1 Quare iristis es, anima mea ? et quare conturbas me? Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor il li : saiutare vultus mei, et Deus meus. Ps. xli, 12.

ment d'exercer son influence sur toutes les créatures, pour les conserver dans l'être et pour les diriger à leur fin selon l'ordre de sa création, pouvons-nous douter que sa miséricorde, qui porte toutes les qualités de cette bonté et qui en est inséparable, ne veuille agir aussi sur nos misères spirituelles sans discontinuer un moment, afin d'en éloigner le venin du péché et de les changer en vertus ? Son principal ouvrage sur la terre est celui de notre salut ; et s'il a permis que nous fussions accablés de misères, ce n'est que pour faire paraître davantage les trésors et l'efficacité de sa Rédemption. Qui donc pourrait croire à bon droit et avec justice qu'il prend moins de soin de son œuvre principale que des ouvrages plus communs de sa création, dans lesquels cependant il ne cesse d'exercer l'influence de son concours protecteur? Mais, en vérité, à moins que nous ne voulions courir les risques de succomber, faute d'appui, et de mettre en péril notre salut, il nous faut, fidèles et fermes, nous attacher à Dieu toujours sans nous en détourner jamais.

S. Paul nous l'assure : « Dieu est parfaitement fidèle, et il ne permettra jamais que nous soyons tentés au delà de nos forces ' ». Sa grâce supplée à notre infirmité, elle donne de la force à notre volonté, et par là même elle établit, à notre avantage, une proportion excellente entre nous et nos ennemis. Aussi, avec l'aide de cette grâce, nous pouvons les combattre généreusement et les vaincre

1 Fidelis autem Deus est, qui non patietur vos tentari supra id quod potestis. I Cor. x, i3.

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certainement ; mais pour avoir le bienfait de ce secours, il faut demeurer étroitement uni à celui qui le donne. Si, dans le combat, notre union avec Dieu reste fidèle et constante, cette proportion tournera à notre profit; mais si nous diminuons quelque chose de cette fidélité, la proportion se trouvera aussi diminuée par le relâchement de notre volonté, qui, selon le dire de S. Paul, « aura contristé l'Esprit de Dieu ' », en voulant s'appuyer sur elle-même ou sur les créatures.

Si, après avoir commis quelque négligence volontaire, nous n'avons recours à Dieu pour nous unir à lui avec une nouvelle ferveur, nos ennemis en concevront de l'espérance, et ils nous deviendront plus importuns qu'auparavant, parce que nous leur aurons donné plus de prise sur nous. Mais si nous négligeons de nous remettre en bonne grâce avec Dieu et qu'ainsi notre lâcheté augmente, la proportion se trouvant fort diminuée entre nous et nos ennemis qui seront alors les plus forts, nous serons en grand danger de succomber à la tentation, à moins d'un coup de grâce extraordinaire.

Voilà ce que le fils de Sirach nous déclare en nous exhortant à ne pas nous détourner de Dieu afin de ne pas tomber. En effet, si nous ne nous tenons bien unis à lui, nous ferons de petites chutes, qui peu à peu nous disposeront à tomber dans d'autres plus grandes.

Cet avis, âme pieuse, est de grande importance pour tous les chrétiens, mais il l'est très particulièrement pour ceux qui se sont eux-mêmes engagés

1 Nolite contristare Spiritum sanctum Dei. Ephes. iv, 3o.

dans un combat volontaire par le choix d'un état, où se rencontre la privation de beaucoup de choses et où l'on en embrasse bien d'autres auxquelles la nature a de la répugnance : car la nature s'y trouve souvent d'humeur à faire querelle, et l'âme est dans la nécessité d'être toujours sous les armes pour la combattre. Que l'âme se tienne donc parfaitement unie à Dieu, de peur que sa négligence ne diminue les effets de la grâce de sa vocation : car c'est la grâce qui établit la proportion entre l'âme et les obligations de son état, et si l'âme n'en est soutenue, elle tombera bien vite.

O âmes religieuses ! écoutez donc bien la voix de ce Jésus qui vous dit : Ne vous détournez pas de Dieu par des négligences volontaires dans les devoirs de votre état, de peur que vous ne tombiez. Cependant vous me direz peut-être que la plupart de ces devoirs n'obligent pas sous peine de péché. Je vous répondrai que la négligence à les observer diminue l'onction qui vous est fort nécessaire pour persévérer. Plus vous aurez de cette onction, et plus votre joug vous deviendra aimable et suave, et plus aussi votre vie participera à la paix et à la joie du bon esprit ; mais au contraire, à mesure que vous vous en éloignerez par manque de fidélité, vous disposerez votre faiblesse à tomber plus facilement ; vous enlèverez ainsi le bâton au malade, et il faudra de toute nécessité qu'il s'arrête ou qu'il tombe, n'ayant plus l'appui qui sert à le soutenir.

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