TREIZIEME LEÇON
Texte. — « Vae his qui perdiderunt sustinentiam, et qui dereliquerunt vias rectas, et diverterunt in vias pravas. Et quid facient, cum inspicere cceperit Dominus? » Eccli. n, 16, 17.
Paraphrase. — Malheur à ceux qui ont secoué le joug de la patience, et qui s'étant lassés du com-
1 Qui autem sperant in Domino, mutabunt fortitudinem ; assument pennas sicut aquilae... et non déficient. Is. xl, 3i.
MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 329
bat de la raison contre la cupidité, ont délaissé les droits chemins de la vertu pour marcher par ceux de la malice de leurs cœurs. Hélas ! que deviendront-ils, quand le Seigneur aura jeté ses yeux sur les désordres de leur vie, pour les examiner et les punir selon l'ordre de sa justice?
Réflexions. — L'auteur de l'Ecclésiastique décrit ici en peu de mots le progrès du malheur de ces hommes spirituels qui se sont écartés du droit chemin de la vérité et qui ont quitté le combat pour suivre leur cupidité ; mais elle les mènera bien loin : car elle n'entend aucune raison et ne sait point garder la juste mesure; c'est un fleuve débordé qui étend ses eaux jusqu'où elles peuvent se répandre. Ils se sont rendus à l'ennemi, et il les conduira dans des désordres qui sortiront du commun. C'est ici, âme pieuse, que l'on voit par l'expérience la vérité de l'axiome philosophique : rien de pire que la corruption de ce qui a été très bon. Aussi Dieu se sert de la tentation pour engager l'âme à surmonter le démon et à réparer par la fidélité du combat les lâchetés qu'elle a commises en péchant; mais au contraire il semble que le démon veuille exiger de ces spirituels pervertis une réparation de l'injure qu'il a reçue de leurs victoires passées, en les jetant dans des désordres tout extraordinaires.
Leur esprit s'est aiguisé dans les luttes de la tentation ; mais la malice de leur volonté, qui s'est détournée de Dieu, en est devenue plus clairvoyante et plus subtile pour parvenir à ses fins. Ils ont éprouvé la subtilité des ruses du démon aussi bien dans les pensées et dans les mouve-
ments dont il s'est servi pour les tenter ; mais ayant perdu la fidélité, leurs connaissances plus éclairées leur servent de moyen pour raffiner dans le mal. La nature se trouve chez eux dans une pente plus rapide vers le mal, et elle est toute prête à courir à tous les vices, comme un cheval haletant et débridé court vers l'eau pour étancher sa soif. Faut-il donc s'étonner des grandes chutes, si déplorables, de ces spirituels pervertis, dont la iin funeste met souvent le comble aux malheurs de leur vie? Le fils de Sirach, Jésus, fait sur eux cette triste lamentation : Hélas ! dit-il, que feront ces pauvres pécheurs, que deviendront-ils quand Dieu se mettra à scruter à fond leur misérable vie, pour leur faire sentir l'indignation de son amour méprisé ?
Gémissons, nous aussi, âme pieuse, sur leur sort infortuné, car il est bien cligne de larmes, et prions Dieu ardemment « qu'il nous fasse la grâce de lui être fidèles par un effet de cette miséricorde l » dont se glorifiait S. Paul, et afin que nous soyons du nombre de ces combattants qui craignent vraiment Dieu, tels que l'Ecclésiastique en décrit les caractères et les avantages dans le reste des versets de ce deuxième chapitre.