‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 78 sur 164 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

Texte. — « Qui timent Dominum, non erunt incredibiles verbo illius ; et qui diligunt illum,

1 Juxta quod misericordiam consecuti sumus, non deficimus. II Cor. iv, i.

MÉDITATIONS SlTR l'ÉTAT RELIGIEUX 33 I

conservabunt viam illius. Qui timent Dominum, inquirent quae beneplacita sunt ei ; et qui diligunt eum, replebuntur lege ipsius. » Eccli. n, 18, 19.

Pahaphrase. — Maintes personnes ont l'apparence de craindre Dieu ; mais pour faire un bon discernement et bien constater si ces gens sont ce qu'ils paraissent, sachez que ceux qui craignent Dieu véritablement ne feront pas comme les faux spirituels. Dans la tentation ils ne seront pas incrédules à sa parole ; et ceux qui l'aiment demeureront fermes dans ses voies et y marcheront sans que la tentation les en détourne.

Mais de plus ceux qui ont la vraie crainte de Dieu chercheront à connaître de plus en plus ce qui est conforme à son bon plaisir, afin de l'accomplir ; et ceux qui l'aiment trouveront leur nourriture dans la loi.

Réflexions. — L'amour et la crainte doivent être inséparables dans les bons soldats de la milice spirituelle, et ce sont les caractères qui les distinguent d'avec les autres : c'est pourquoi notre auteur sacré, Jésus, les joint ensemble.

Cette crainte ne met personne en désespérance, puisque vous voyez qu'un de ses effets est « de nous porter à croire facilement à la parole de Dieu », qui s'est engagé envers nous par les promesses de son amour. Elle est plutôt un effet du respect et de l'amour qu'une impression de crainte servile : c'est pourquoi elle attire plutôt que d'éloigner, et elle monte par des degrés, qui vous sont ici marqués, pour s'approcher plus près de

Dieu et de sa propre félicité. Etant forte dans sa foi, elle devient ferme dans la pratique des vertus, sans que rien puisse l'en détourner; son désir de la perfection s'augmente ensuite et lui fait rechercher ce qui est le plus agréable à Dieu, et de là enfin elle parvient à cet état bienheureux, où dès cette vie Dieu lui est « tout en toutes choses et où l'accomplissement de la loi contente tous ses désirs ».

Voilà les quatre degrés qui sont ici marqués : arrêtons-nous un peu sur le dernier, car nous avons déjà parlé des autres.

On peut dire avec vérité « que celui qui feint de voir un rude travail dans l'observance des commandements de Dieu, veut se faire un siège d'iniquité pour s'y reposer ' », car ils ne contiennent rien qui ne soit naturellement imprimé dans l'âme raisonnable : ce sont, selon la pensée de David, des caractères que Dieu a gravés au centre de l'âme par «l'impression de la lumière de sa face2». Le péché originel a répandu sur eux une poussière qui nous empêche de lire clairement toutes les injonctions et toutes les conséquences des règles de justice qui y sont écrites de la main de Dieu; le péché actuel en a encore davantage obscurci les traits ; mais ils sont par eux-mêmes ineffaçables, et tout homme, quelque méchant qu'il puisse être, y lit toujours la preuve de sa rébellion et de sa condamnation.

1 Numquid adhaeret tibi sedes iniquitatis, qui fingis laborem in praecepto ? Ps. xcm, 20.

2 Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine. Ps. iv, 7.

L'âme fidèle enlève avec soin cette poussière par l'exercice de la vertu, et à mesure que le caractère devient plus net, il se montre à elle de plus en plus beau et brillant ; elle en reconnaît l'excellence, et considérant qu'il n'y a rien qui lui soit plus convenable que la loi de Dieu, son esprit et son cœur en sont épris d'amour; sa volonté s'enflamme à la poursuivre avec un respect empressé, qui lui fait trouver dans son exécution l'accomplissement de tous ses désirs ; elle ne craint rien davantage que d'y contrevenir en la moindre chose, et l'expérience lui apprend que la loi de Dieu est plus que suffisante pour la remplir en toutes manières. C'est ainsi qu'on reconnaît par la pratique le sens et la vérité des promesses que nous fait ici le fils de Sirach, Jésus.

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