SEIZIÈME LEÇON
Texte. — « Qui timent Dominum, custodiunt mandata illius, et patientiam habebunt usque ad inspectionem illius, dicentes : Si pœnitentiam non egerimus, incidemus in manus Domini, et non in manus hominum. Secundum enim magnitudinem ipsius,sic et misericordia illius cum ipso est. » Ec-
Clî. II, 21-23.
Paraphrase. — Rien ne retire ceux qui craignent Dieu de l'observance de ses commandements, et quelle que soit l'adversité ou la tentation qui leur arrive, ils auront une patience constante, jusqu'à ce que le Seigneur les ait favorablement regardés.
Bien éloignés de se plaindre, ils accorderont le zèle de la pénitence avec leurs souffrances, en disant : Si nous ne faisons pénitence, nous tomberons entre les mains du Seigneur, et non pas entre les mains des hommes.
Et puis, jetant les yeux sur sa miséricorde, ils reconnaîtront qu'elle est égale à sa grandeur, et cette connaissance les consolera et nourrira leurs espérances.
Réflexions. — Voici la conclusion du chapitre dans laquelle vous verrez, parmi les caractères des vrais enfants de Dieu, jusqu'où les pousse la fidélité du combat dans la tentation, et quels sentiments elle leur imprime. Ils joignent à la patience l'humilité de la pénitence, et en se reconnaissant toujours moins châtiés qu'ils ne le méritent, ils attendent patiemment que Dieu les retire de cet
état où les a placés le conseil de sa volonté : car ils savent bien qu'un seul de ses regards dissipera tous les nuages qui les enveloppent. Ils retirent de leur espérance et de leur confiance une consolation si grande que, si on leur demandait alors quels sentiments ils ont de Dieu dans le fond de leur âme, chacun d'eux n'hésiterait pas à répondre avec Job : « Quand même il devrait me tuer, j'espérerais toujours en lui ' ». C'est qu'ils sentent que la tentation les porte avec plus d'ardeur vers le bien et la vertu, et quand ses flots sont apaisés, ils reconnaissent avec grande joie et consolation qu'elle n'a servi qu'à les élever au-dessus des créatures, comme l'eau du déluge porta l'arche de Noé au-dessus des montagnes.
Vous voyez dans ce chapitre, âme pieuse, toutes les grandes règles qui sont applicables aux tribulations de la vie, quelles qu'elles puissent être; il y faut donc en pratique conformer toutes vos actions et ne faire aucun cas de tout ce qui ne concorde pas avec ces règles si sages. Si nous les considérons bien, nous trouverons que la perfection de la vie chrétienne y est contenue, et que la tentation sert comme d'éperon pour nous y faire avancer; et si nous les mettons bien en pratique, nous pourrons chanter à la fin avec le fils de Sirach son Confitebor, que je vous expliquerai aussi, quand de la tentation en général nous serons venus au détail de celles qui vous exercent.
L'un des grands conseils qu'il donne est de recourir aux paroles de l'entendement : il faut donc,
1 Etiamsi occiderit me, in ipso sperabo. Jobxiu, i5.
MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 337
après avoir demandé à Dieu qu'il m'en inspire de bonnes et salutaires, vous dire quelques paroles sur chacune de vos tentations présentes.