‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 83 sur 164 · SUR LA MORT DU DIRECTEUR · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU DIRECTEUR

Tout ce que nous venons de dire précédemment doit aussi bien être appliqué sur cette plaie causée par la mort du directeur de conscience ; mais il me faut encore y ajouter le baume de quelques paroles de l'entendement pour en adoucir la douleur : car je vois qu'elle est aiguë et qu'elle fait verser beaucoup de larmes.

On ne s'étonne pas si la privation de la consolation divine met l'âme dans la douleur : cela est tout à fait conforme à la raison. En effet l'absence d'un état qu'elle a goûté, qui lui semble si juste, si saint et si nécessaire, et la présence d'un autre qui lui est pourtant naturel, mais dont elle sent l'insuffisance et la misère, la jettent dans la peine, et la différence de ces deux états si opposés l'un à l'autre est là cause de sa tristesse.

C'est là une contrariété qui est pleine de douleur, mais Dieu s'en sert pour nous faire profiter. Il ne faut donc pas s'étonner si une âme se trouve toute triste de la privation de son directeur, lui qui savait tous les secrets de son cœur et qui en dirigeait tous les mouvements pour la conduire à Dieu : car cette liaison semble fort juste, fort consolante et fort utile, et ces douleurs ont une grande ressemblance

l'une avec l'autre. L'absence du sentiment de Dieu afflige, et la privation du secours de son serviteur désole. S. Paul lui-même aurait eu compassion de ces sortes de peines : car il blâme les hommes « qui n'ont point d'affection l » ; mais la conduite de Dieu, qui retire à lui son serviteur, n'en est pas moins sage et admirable.

C'est au maître à user de ses domestiques comme bon lui semble, et ce serait lui faire injure de craindre que pour avoir retiré un ouvrier du travail son ouvrage ne vienne à être interrompu. De même si le Seigneur retire à lui son serviteur, c'est pour nous apprendre qu'il faut nous dépouiller des affections spirituelles aussi bien que des autres, et pour nous faire mieux connaître que ses ministres ne sont que comme des orgues que sa main touche à son gré pour les faire résonner.

Ces privations servent encore à nous mieux persuader de cette vérité, que c'est Dieu lui-même qui imprime dans les cœurs ce que les hommes sont seulement capables de dire à l'oreille; et de plus elles nous rendent plus fermes pour n'attendre que de Dieu seul la lumière intérieure et les moyens de croître en son amour.

Si vous vous tenez bien aux pieds de sa Providence pour écouter la leçon qu'il veut vous donner par cette privation, vous trouverez un trésor dans votre résignation ; mais pour cela il faut adorer ses conseils, garder le silence de la patience et se servir du langage de la confiance. C'est qu'en effet s'il vous reprend quelque chose d'un côté, il a mille

1 Sine affectione. Ro?n. i, 3i.

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voies et mille moyens pour vous dédommager d'un autre côté ; et comme il est le Père des esprits, il se plaît à se répandre dans les âmes qui attendent de lui l'esprit en toute sa plénitude ; et puisqu'il dit lui-même « que celui qui aura perdu son âme pour lui la retrouvera1 », il y a assurément beaucoup d'avantage à perdre avec lui : car ce que l'on perd de bonne grâce pour Dieu, se retrouve avec grand profit.

C'est ici que nous pouvons remarquer un trait de la bonté de Dieu et de sa grande condescendance à notre égard. Quand il nous ôte quelque chose, il ne fait que disposer de ce qui lui appartient, car il est le Seigneur universel. Il veut néanmoins nous faire retirer du gain de ce qu'il nous enlève, quand nous le quittons de bonne grâce. Sa bonté agit envers nous, comme si elle ne pouvait se résoudre à nous priver de ce qu'elle nous a seulement prêté, sinon en nous donnant à sa place quelque chose de meilleur pour nous apaiser.

Consolez-vous donc, âme pieuse, et souvenez- Vous que si un petit canal, par lequel l'eau se répandait sur vous, ne paraît plus à vos yeux, la source demeure toujours tout entière. Elle coulera par ailleurs, ou bien si elle déborde sur vous, ce vous sera un plus grand avantage. Elle saura bien par où nous prendre pour nous remplir, si elle nous trouve appliqués à nous vider de nous-mêmes pour la recevoir, et nous ressentirons que sa bonté est si équitable qu'elle ne veut pas prendre ce qui lui ap-

1 Qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. Matth. x, 39.

partient, en causant le dommage d'un tiers. Il s'agit en effet de sa propre cause en cette privation ; et si Dieu vous a ôté un directeur, vous avez à présent dans le cher disparu un ami qui se tient auprès du Juge et qui a sa faveur. « Ayez confiance, et votre foi vous sauvera ' » ; celui qui vous a ôté cet instrument vous pourvoira d'un autre, ou bien il suppléera par lui-même, et pour vous ce sera plus utile et plus glorieux.

ARTICLE IV

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