‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 85 sur 164 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

CONCLUSION

Oraison de Jésus, (ils de Sirach. (Eecïi. u.)

Texte. (Verset i.) — «Confitebor tibi, Domine rex, et collaudabo te Deum Salvatorem meum. »

Paraphrase. — Je le proclamerai toute ma vie et je le confesserai : Vous êtes mon Seigneur et mon Roi ; et j'inviterai toutes les créatures à vous louer avec moi, ô Dieu le Sauveur de mon âme.

Texte. (Vers. 2, 3.) — «Confitebor nomini tuo : quoniam adjutor et protector factus es mihi, et liberasti corpus meum a perditione, a laqueo linguse iniquœ et a labiis operantium mendacium, et in conspectu astantium factus es mihi adjutor. »

Paraphrase. — Je glorifierai incessamment votre saint nom, parce que c'est vous qui vous êtes fait vous-même mon secours et ma protection et qui avez délivré mon corps de la perdition, en me donnant la force et la résolution de ne point le prêter au vice pour lui servir d'instrument; c'est vous qui m'avez préservé de la subtilité des pièges de la mauvaise langue, qui a autant de facilité à produire

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 385

l'iniquité qu'elle en a à se remuer; c'est vous qui m'avez détourné d'écouter les discours trompeurs de ceux qui, quittant l'observance de vos lois, dans laquelle toute la vérité du bien est contenue, vivent en péchant, dans l'exécution d'un perpétuel mensonge ; c'est vous enfin qui avez fait paraître à tous ceux qui me considéraient, combien votre secours m'était fidèle et favorable.

Texte. (Vers. 4, 5.) — « Et liberasti me secundum multitudinem misericordiae norhinis tui a rugientibus, praeparatis ad escam, de manibus quaerentium animam meam, et de portis tribulationum quae circumdederunt me. »

Paraphrase. — C'est vous, mon Dieu, qui, selon l'abondance de la miséricorde convenant au nom de Père que vous prenez, m'avez délivré de ces bêtes rugissantes, toujours prêtes à dévorer les âmes et à s'en servir comme d'aliments pour nourrir leur rage et leur désespoir; c'est vous qui m'avez préservé de tomber entre les mains de ces esprits révoltés, qui cherchaient de toutes parts les moyens de surprendre mon âme, afin de s'en repaître; enfin c'est vous qui m'avez fait sortir avec avantage de toutes les afflictions et de toutes les tentations qui m'environnaient.

Texte. (Vers. 6.) — « A pressura flammae quae circumdedit me, et in medio ignis non sum aestuatus. »

Paraphrase. — C'est vous qui m'avez délivré des assauts de mes passions, et qui m'avez si bien préservé de leurs flammes, qu'étant tout au milieu du feu allumé par la concupiscence, mon âme n'en a pas été échauffée.

Texte. (Vers. 7, 8, 9.) — « De altitudine ventris inferi, et a lingua coinquinata, et a verbo mendacii, a rege iniquo, et a lingua injusta. Laudabit usque ad mortem anima mea Dominum. Et vita mea appropinquans erat in inferno deorsum.»

Paraphrase. — Vous m'avez empêché de tomber au profond des enfers, et de profaner ma langue par des entretiens déréglés et par des paroles de mensonge. Vous m'avez retiré de l'injuste domination de l'amour-propre qui, s'accordant avec ma concupiscence, voulait se faire le roi de mon cœur, et vous m'avez préservé de faire servir ma langue à l'injustice. Ma vie, environnée de tant de dangers et d'ennemis, était au hasard de se perdre éternellement, si le secours de votre protection ne m'avait assisté : c'est pourquoi, Seigneur, mon âme vous bénira jusqu'à la mort.

Texte. (Vers. 10.) — « Circumdederunt me undique, et non erat qui adjuvaret. Respiciens eram ad adjutorium hominum, et non erat. »

Paraphrase. — Mes ennemis m'ont environné de toutes parts, sans qu'il se trouvât personne qui me pût secourir; et alors oppressée par la tribulation, ma pauvre nature ne considérant que le sensible, avait laissé se glisser dans mon esprit un léger oubli de votre présence, et elle se tournait du côté des hommes pour en tirer un secours qu'ils ne pouvaient pas lui donner.

Texte. (Vers. 11, 12.) — « Memoratus sum misericordiae tuae, Domine, et operationis tuœ, quae a seculo sunt : quoniam eruis sustinentes te, Domine, et libéras eos de manibus gentium.»

Paraphrase. — Mais ce premier mouvement

étant passé, je me suis souvenu de votre miséricorde, Seigneur, et je me suis rappelé comment elle a traité de tout temps ses sujets ; aussi j'ai mis ma confiance en elle, parce qu'elle se porte à délivrer tous ceux qui s'abandonnent à votre Providence et qui attendent de vous tout leur secours, jusqu'à les retirer de la puissance des nations étrangères, comme nos pères l'ont tant de fois éprouvé.

Texte. (Vers. i3.) — « Exaltasti super terram habitationem meam, et pro morte defluente deprecatus sum. »

Paraphrase. — Ma confiance ne m'a pas trompé, parce que vous ne vous êtes pas contenté de me retirer de mes afflictions ; mais de plus vous m'avez mis sur la terre dans un rang élevé, et là je n'ai pas oublié de vous prier pour la conduite de ma vie et pour l'heureux succès de ma mort.

Texte. (Vers. 14, i5.) — « Invocavi Dominum Patrem Domini mei, ut non derelinquat me in die tribulationis meae, et in tempore superborum sine adjutorio. Laudabo nomen tuum assidue, et collaudabo illud in confessione, et exaudita est oratio mea. »

Paraphrase. — Je vous ai invoqué vous, mon Seigneur et Père de mon Sauveur, et puisque vous avez eu tant de pitié de mes misères, je vous ai prié, comme le Père des miséricordes, de ne point m'abandonner au jour de la tribulation, et de ne pas me laisser dépourvu de votre assistance, tant que les superbes auraient leur temps et le pouvoir de m'éprouver. Ma prière a été exaucée; j'en louerai incessamment votre saint nom, et je solliciterai

tout le monde, en reconnaissance de vos bontés, de vous louer avec moi.

Texte. (Vers. 16, 17.) — «Et liberasti me de perditione, et eripuisti me de tempore iniquo. Propterea confitebor, et laudem dicam tibi, et benedicam nomini Domini.»

Paraphrase. — Vous m'avez donc délivré de la perdition, en me retirant des chutes dont j'avais tant d'occasions dans un temps où régnait l'iniquité : c'est pourquoi j'unirai toujours vos louanges à ma confession et j'y joindrai sans cesse les bénédictions que je dois au nom de mon Seigneur.

C'est ici la fin de cette touchante oraison, et moi j'y finis aussi ce discours avec mille souhaits que vous et moi nous la puissions chanter avec une âme aussi pure et aussi élevée que l'était celle de Jésus, le fils de Sirach.

Vous ajouterez à mes souhaits vos prières pour mon salut.

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