‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 86 sur 164 · PRINCIPES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

PRINCIPES GÉNÉRAUX

Il n'est personne qui ne soit persuadé qu'avant d'embrasser un état il faut le bien connaître, et qu'on ne peut pas en prendre l'esprit et en suivre les usages, si ce n'est après s'être formé une juste idée de ce que doivent prétendre et pratiquer ceux qui en font profession. C'est pourquoi l'état religieux étant le plus élevé et de plus grande conséquence que tous les autres, parce qu'il a Dieu seul pour objet, et qu'on y engage sa liberté à l'honorer par un genre de vie tout différent de celui du siècle et tout dévoué aux pratiques de la perfection chrétienne, il est de grande importance de le bien connaître et de s'en former une idée conforme à ce qu'il est, afin d'y conformer aussi ses résolutions et ses pratiques.

C'est ce qui me porte, âme pieuse, à vous faire comme un tableau de cette idée, afin de vous aider à vous la former telle qu'elle est et à ne point vous en faire une qui soit fausse ou défectueuse.

Je commence par vous exposer ce que Dieu est pour vous et ce que vous devez être pour lui, les

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sentiments qu'il a de vous, ceux que vous devez avoir de lui et l'estime qu'il vous faut faire des desseins qu'il a sur vous, afin qu'étant bien établie sur ces deux grands principes, vous vous appliquiez, comme il convient, aux exercices de la vie religieuse.

Jésus-Christ dit : « Je suis la vigne véritable, vous êtes les rejetons, et mon Père en est le vigneron ' ». Cela étant d'une vérité infaillible, nous devons nous considérer comme des rameaux de cette vigne, unis à elle, qui ne vivons que de sa racine et de ses influences continuelles, et de laquelle dépend entièrement notre vie spirituelle. Il nous faut tout attendre d'elle et rien de nous-mêmes; nous devons nous reposer sur cette vigne ; et la vertu de sa racine qui, de sa part, ne nous manquera jamais, ne discontinuera pas d'un seul moment d'exercer sur nous son influence pour nous faire croître, tant que notre malicieuse liberté ne se séparera pas elle-même du principe de sa vie, comme un rejeton qui s'arracherait de sa vigne pour s'en séparer.

Si c'est Dieu lui-même qui prend le soin de nous cultiver, nous devons nous abandonner entièrement à sa main, afin qu'elle nous traite selon son bon plaisir. Nous ne pouvons pas douter que la vigne ne lui appartienne, qu'il n'ait la volonté de la rendre belle et fructueuse, et que sa main n'ait autant d'expérience que de sagesse pour la cultiver, et par conséquent nous devons recevoir tout ce qui nous arrivera par l'ordre de sa Providence comme une très prudente opération de cette main adorable,

1 Ego sum vitis vera; et Pater meus agricola est Joann.xv,i.

MÉDITATIONS SUR l'ÉTAT RELIGIEUX 3g I

qui coupe, qui émonde ou qui laboure la vigne de notre âme, de laquelle il prend plaisir de retrancher tout ce qui peut empêcher la production, la conservation et l'accroissement des fruits de notre salut. Ces fruits, il veut nous les faire porter, et il nous les donne, ne réservant pour lui-même que le soin et la complaisance de nous cultiver, avec la gloire de nous sauver éternellement. Ainsi donc de quelque manière que Dieu opère en nous, tout est très sage et très parfait.

Nous devons nous imprimer cette pensée bien avant dans lame, puisque c'est Jésus-Christ luimême qui nous l'inspire et qui la déclare; il faut aussi, dans tous les états et les événements de notre vie, nous considérer comme des rejetons de cette vigne céleste, dont il est la souche et la racine et Dieu son Père le vigneron ; il faut enfin recourir à lui avec ces paroles et ces sentiments de David : « Du haut du ciel regardez et voyez, visitez cette vigne et la perfectionnez, puisqu'elle a l'honneur d'être plantée de votre main l ». Mais si nous voulons qu'il la visite avec complaisance et qu'il la cultive à son gré, il est nécessaire qu'elle soit abandonnée à son bon plaisir, comme le rejeton de la vigne l'est à la main du vigneron. Qu'adviendrait-il si le rejeton lui résistait? Il lui faudrait l'abandonner ou le retrancher pour le jeter au feu. Les âmes religieuses doivent pour une double raison imprimer en elles cette pensée, puisqu'elles sont comme des ceps que Dieu a choisis et qu'il a retirés du milieu

1 Respice de cœlo, et vide, et visita vineam istam. Et perfice eam, quam plantavit dextera tua. Ps. lxxix, i5, 16.

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des vignes publiques pour être transplantés dans un jardin fermé, où il veut prendre plaisir à les cultiver et à les mettre hors de beaucoup de dangers de ruine et de pillage. O Seigneur, jetez donc les yeux sur cette vigne choisie, doublement honorée de vos faveurs et placée sous votre conduite et sous vos soins paternels.

C'est ainsi qu'une âme religieuse doit s'adresser au céleste Vigneron, lui demandant le soleil et la pluie, la culture et le secours, ainsi que tout ce dont elle a besoin, avec une ferme résolution de ne jamais résister en quoi que ce soit à ses divines opérations.

Voilà un premier avis général que je vous donne. Venons à présent au détail des principes et des idées sur lesquels vous devez former l'ordre et la conduite de vos bons désirs. Commençons en premier lieu par l'exposition suivante :

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