‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 87 sur 164 · SENTIMENTS QUE NOUS DEVONS AVOIR DES DESSEINS DE DIEU SUR NOUS · texte numérisé non relu

SENTIMENTS QUE NOUS DEVONS AVOIR DES DESSEINS DE DIEU SUR NOUS

Il faut être persuadé de cette grande et indubitable vérité : que Dieu a des desseins éternels sur les hommes, non seulement en général, mais

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aussi en particulier, et que tout ce qu'il exécute dans le temps n'est qu'un effet des desseins que sa sagesse a formés de toute éternité, d'une manière conforme à son amour, à sa bonté et à sa paternité.

Croyons-le fermement, rien ne peut se trouver dans ses desseins qui ne soit conforme à ses qualités ; car sa nature étant très simple, non seulement elles s'y trouvent conjointes, mais la sagesse, l'amour, la bonté et la paternité ne sont en lui qu'une seule et même chose. Cependant quand l'Ecriture nous dit « qu'il est terrible dans ses conseils sur les enfants des hommes ' », cela doit s'entendre du secret de ses conseils sur ceux qui, rebelles à ses desseins, ne veulent pas y acquiescer et qui l'obligent à exécuter les décrets de sa justice et à faire paraître qu'il est aussi terrible pour punir qu'il est miséricordieux pour supporter, patienter, attendre et pardonner.

Puis donc que la divine sagesse a formé un dessein sur nous, on ne peut douter qu'elle n'ait une fin parfaite et très accomplie, sans qu'il puisse s'y rencontrer aucun défaut, et qu'elle ne dispose avec autant de suavité que de force les moyens nécessaires pour y parvenir ; et puisque sa paternité, son amour et sa bonté ont concouru avec sa sagesse pour le former, toute âme doit se reconnaître étroitement obligée d'adorer ce dessein de Dieu sur elle, de désirer de le connaître et de s'appliquer à l'accomplir, quand, de bonne foi, elle croira l'avoir connu.

Dieu a un dessein général sur tous les hommes,

1 Terribilis in consiliis super filios hominum. Ps. lxv, 5.

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conforme à la charité qu'il a pour eux de toute éternité, qui est de les sauver tous ; mais il a un autre dessein particulier sur les moyens extérieurs qu'il veut fournir à chacun d'eux pour parvenir à ce souverain bien du salut ; et ces moyens sont différents selon la variété des états de vie qu'il a ordonnés par le conseil de sa volonté.

Mais, me direz-vous, pourquoi cet état sera-t-il pour chacun plus avantageux qu'un autre? Je vous répondrai d'abord que cela rentre dans l'abîme des jugements de Dieu, et puis l'on peut dire que cette ordonnance divine vient d'une certaine convenance plus grande que cet état rencontrera avec le caractère et avec la liberté de celui qui y est destiné; mais de plus il y a plusieurs autres raisons qui sont renfermées dans les secrets de la divine Sagesse et qu'il ne nous appartient pas de vouloir pénétrer.

Dans ses desseins Dieu veut premièrement sa gloire ; mais elle est tellement unie avec notre salut qu'il ne la veut prendre qu'en procurant notre bien suprême. Il nous montre ainsi qu'il est un bon Père, voulant tirer sa gloire de l'avancement de ses enfants, de leur vertu, de leur préservation, de leur délivrance et de l'usage de ses secours : car tout cela se trouve mêlé avec sa gloire dans l'exécution de ses desseins.

De ces principes, qui sont indubitables, il faut que vous tiriez de bonnes conclusions et que vous vous établissiez fermement sur les vérités suivantes :

i° Puisque les desseins que Dieu a sur nous sont éternels et contiennent tout notre bonheur, il ne faut pas se contenter de connaître ce plan général

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qu'il a de nous sauver, si nous voulons l'honorer comme il convient ; mais de plus il est nécessaire d'apporter toute la diligence possible pour bien connaître son dessein particulier à l'égard de l'état et des moyens extérieurs dont nous devons nous servir pour correspondre à son amour, à sa bonté, à sa sagesse et à sa paternité, et pour avancer vers la fin qu'il s'est proposée pour chacun de nous.

2° Nombreuses sont les âmes environnées de misères, d'infortunes et même de dangers, pour n'avoir pas voulu considérer et consulter les desseins de Dieu sur l'état qu'elles ont voulu choisir. Hélas ! combien y en a-t-il de damnées pour n'avoir pas suivi l'inspiration divine dans le choix d'un état, où le Seigneur leur avait préparé des moyens non seulement utiles, mais encore absolument nécessaires à leur salut, eu égard aux dispositions secrètes de leur liberté ; au lieu que dans l'état qu'elles ont choisi à leur gré, elles ont rencontré certaines occasions qui, selon la prévoyance de la divine Sagesse, devaient entraîner leur liberté et les précipiter dans le mal !

Remarquez bien ceci, âme pieuse, car c'est une vérité de grande importance; mais la connaissance certaine pour l'appliquer à chacun en particulier, n'appartient qu'à Dieu seul. Sans doute on est libre de s'engager dans l'état religieux ou de choisir une autre condition, comme aussi David était libre de se promener dans le lieu d'où il vit Bethsabée, ou bien de rester à l'intérieur du palais; mais néanmoins s'il ne s'était pas trouvé dans ce lieu, qui permettait à sa vue de s'étendre au loin, peut-être le malheur de sa chute ne lui serait-il pas arrivé. De

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même également, tel se tient ferme dans la religion, qui serait infailliblement tombé par l'abus de sa liberté, s'il s'était trouvé dans une autre position, où quelque occasion aurait été pour lui une cause de chute désastreuse ; c'est pourquoi il est vrai de dire que Dieu sait parfaitement que pour ces raisons l'état religieux est absolument nécessaire au salut de plusieurs personnes. O Seigneur, qu'il est grand le nombre de ces âmes qui se sont ainsi perdues !

3° Si la sagesse de Dieu est si exacte qu'elle tient compte de tous les cheveux de notre tête, elle ne l'est pas moins dans ses desseins, et ainsi il faut être persuadé qu'ils ne s'étendent pas seulement sur l'état en général, mais aussi sur tous les moments et sur tous les événements de cet état. Si donc nous voulons honorer les desseins éternels de Dieu sur nous et les traiter avec le respect qu'ils méritent, il faut y rapporter tout ce qui nous arrive par l'ordre de sa Providence, comme y étant compris, comme en faisant partie et comme une occasion qui se présente de leur rendre nos adorations.

Voilà trois vérités dont nous devons être bien persuadés : car elles sont certaines ; mais si nous nous pénétrons de la connaissance de la troisième, et si nous nous formons à sa pratique, en jetant tout d'abord les yeux sur les desseins éternels de Dieu pour leur rendre nos hommages dans toutes les rencontres qui se présenteront, qu'elles soient douces ou amères, nous avancerons beaucoup en peu de temps.

Cependant je vous entends me poser la question suivante :

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ARTICLE II

COMMENT POUVONS-NOUS CONNAITRE LE DESSEIN PAR- TICULIER DE DIEU SUR NOUS TOUCHANT LE CHOIX DE NOTRE ÉTAT ?

Telle sera ma réponse : C'est une règle de la conduite de Dieu à notre égard de nous faire marcher dans l'obscurité, tant que nous sommes encore en cette vie de pèlerinage; et bien qu'il nous ait donné un désir instinctif de le connaître et de l'aimer, il ne paraît néanmoins à nos âmes que sous le voile de la foi et sous les attraits de sa charité; aussi il ne faut pas s'étonner si ses desseins à l'égard du choix d'un état de vie ne sont pas si évidents. Tout cela ne tend qu'à enflammer nos désirs et à exciter notre diligence pour le chercher avec plus de fidélité, en mettant en pratique le conseil qu'il donne lui-même : « Demandez, et il vous sera donné ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l'on vous ouvrira ' ».

Mais si cette réponse vous paraît trop générale, je vous dirai : L'attrait que Dieu donne à une âme pour embrasser l'état religieux et pour quitter le monde, de cœur encore plus que de corps, doit être considéré comme la marque d'un grand dessein qu'il a sur elle; et puisqu'il ne tend à rien moins qu'à se l'approprier sous un titre nouveau, ce dessein doit être estimé comme quelque chose

1 Petite, et dabitur vobis ; qualité, et invenietis ; pulsate, et aperietur vobis. Matth. vu, 7.

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de précieux, sublime et doublement paternel. C'est signe en effet qu'il veut exercer sur elle ses qualités de maître qui instruit, de père qui corrige, et de médecin qui guérit les nombreuses langueurs et infirmités qu'elle a contractées par ses actions et ses habitudes passées, et qui la veut préserver de beaucoup de maladies dangereuses : car le monastère est un lieu privilégié pour cela.

De plus, ce dessein de Dieu sur une âme appelée à l'état religieux dénote une application de grâce singulière, dont le Seigneur veut l'enrichir pour l'aider à conserver sa dignité de filiation divine et pour la faire parvenir à la liberté de ses vrais enfants, liberté qui s'augmente dans la proportion où ils s'élèvent au-dessus d'eux-mêmes et de toutes les créatures, parce qu'ils deviennent indépendants de tout, hormis de Dieu seul qui est le centre de la liberté vraie. Il faut donc regarder cet attrait avec d'autant plus de respect et de reconnaissance que le dessein d'où il procède est plus honorable, plus charitable et plus avantageux.

Mais parce que le choix de l'état religieux est une chose de grande importance, une œuvre sublime, et aussi parce que selon l'apôtre S. Jean « il ne faut pas croire à tout esprit, mais éprouver s'ils sont de Dieu l », et encore parce qu'il est nécessaire que le désir et la résolution correspondent à l'excellence du dessein divin, pour l'exécuter avec honneur et louange, je crois qu'il est à propos de vous exposer et de vous montrer plus intimement les qualités de l'état religieux, afin qu'une

1 Nolite omni spiritui credere, sed probate spiritus si ex Deo sint. I Joann. iv, i.

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vue nette et claire des avantages de cet état vous fasse mieux connaître par le détail le dessein de Dieu sur ceux qui le veulent embrasser ou qui déjà y sont engagés.

De là la question suivante :

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