‹ Avis spirituels et méditationsChapitre 91 sur 164 · PS. LIV · texte numérisé non relu

PS. LIV

. 2 Nihil solliciti sitis ; sed in omni oratione et obsecratione, cum gratiarum actione, petitiones vestrae innotescant apud Deum. Philipp. iv, 6.

commande à tout ; mais pour nous, nous n'avons ni science, ni puissance, ni domination, et même nous n'avons de pouvoir sur ce qu'elle a soumis à notre liberté qu'autant qu'elle nous en donne.

Cependant s'il est à propos de prévoir .quelque chose par rapport à ce que nous avons à faire, ce doit être une simple prévoyance et non pas une sollicitude. Je dis par rapport à ce que nous avons à faire : car pour ce qui regarde les choses futures qui peuvent arriver ou ne pas arriver, le mieux est de les laisser tout entières dans le sein de la divine Providence, en se souvenant de cette parole de Jésus-Christ : « N'ayez pas de sollicitude pour le lendemain, car ce jour aura lui-même sa peine; à chaque jour suffit son mal ! ».

Mais pour mieux vous faire comprendre la différence qu'il y a entre cette prévoyance et la sollicitude, je vous distingue ici quatre choses :

i° L'application de l'esprit, pour connaître ce qu'il est à propos de savoir;

2° La prévoyance de ce qu'on doit faire ou éviter;

3° La diligence vigilante, pour faire ce que l'on peut, sans rien omettre;

4° La sollicitude.

Expliquons chacun de ces points.

Et d'abord X application de l'esprit est une étude bonne et utile, tant qu'elle est accompagnée de modération, de tranquillité et de patience.

Et puis la prévoyance, qui considère attenti-

1 Nolite sollicili esse in crastinum; crastinus enim dies. sollicitus erit sibi ipsi. Suftïcit diei malkia sua. Matth. vi, 34.

vement soit ce qu'il faut faire, soit les moyens dont on peut se servir pour bien agir, est bonne aussi, pourvu qu'elle soit modérée et tranquille, sans passer aux extrêmes dans ses vues et ses desseins, sans chercher des certitudes là où Dieu n'a pas voulu que nous en ayons, sans avoir d'autre prétention par rapport à l'avenir que de faire ce que l'on peut et ce que l'on connaît présentement, et enfin sans se promettre d'autre succès que celui que Dieu voudra nous donner.

De plus la diligence déploie une application fidèle, qui travaille sans discontinuer, ni s'épargner, ni rien omettre, non plus que le laboureur qui cultive la terre pour la rendre fertile, et il faut s'en servir exactement.

Mais la sollicitude engendre des inquiétudes et des anxiétés dans l'esprit, comme si tout dépendait de son industrie et de ses soins, et comme si le succès devait toujours s'accorder avec ses désirs et ses prévoyances. Elle ne se contente pas de travailler comme le laboureur ; mais de plus elle veut s'agiter et se mettre en peine, comme pour faire venir le soleil, la pluie et le temps tels qu'elle les souhaite. Que dirions-nous d'un laboureur qui en userait ainsi à l'égard de ses champs? Nous lui porterions compassion, et même nous aurions de la tristesse de voir un homme qui trouble ainsi son repos, qui travaille inutilement et qui se blesse l'esprit. De même, et plus encore, celui qui nourrit une telle sollicitude sur l'état de son âme et de son esprit est digne de compassion : car par là il ne fait que s'amasser des sujets de peines, et il perd la douceur de l'humilité qui entretient le repos de l'âme.

Mais si au contraire nous jetions bien tous nos soins dans le sein de la Providence, et si nous nous reposions sur elle avec le respect qui lui est dû, sans rien négliger de ce qu'elle nous met entre les mains, nous l'attirerions à prendre soin de nous avec complaisance et abondance de secours.

Dieu se montre encore plus volontiers le Père des esprits qu'il ne l'est des corps, et s'il nous fournit incessamment l'air qui fait vivre notre corps, sans qu'il soit besoin que nous en ayons aucune sollicitude, il nous donnera plus volontiers l'air de sa grâce pour faire vivre notre âme. Il y a égalité de raison dans l'un et dans l'autre cas, et par conséquent nous devons nous reposer sur lui autant pour l'un que pour l'autre; quant à nous, il n'est question seulement que de tenir notre cœur ouvert et libre, et de ne point mettre d'obstacles volontaires à l'air de la grâce.

Si néanmoins la sollicitude se présente à vous avec importunité, il faut la traiter comme les distractions dans l'oraison, sans s'étonner de la voir venir et revenir plusieurs fois : car cela est devenu comme naturel à l'esprit humain, blessé par le péché ; mais quand on l'aperçoit, la volonté doit se retirer auprès de Dieu, comme pour abandonner cette sollicitude dans le recueillement, sans vouloir ni l'estimer, ni la nourrir, ni même la regarder. En effet ce qui aiguise la pointe de la sollicitude et ce qui la fortifie, ce sont nos désirs et les adhésions qu'on lui donne. Si donc nous nous étudions à retrancher les uns et les autres, ce sera retirer le bois hors du feu et ce sera le vrai moyen de l'éteindre complètement.

MEDITATIONS SUR L ETAT RELIGIEUX 41g

ARTICLE II

DEUXIÈME MOYEN '. l'ORAISON.

L'oraison est un canal par lequel Dieu veut faire écouler ses secours sur nos besoins. Son importance nous est assez signifiée par la pratique de Jésus-Christ, qui a joint ses exemples à ses instructions, afin de nous la faire connaître et de nous en faciliter l'exercice. Vous en avez plus haut ' un traité spécial pour vous formera sa pratique ; mais gravez profondément en votre esprit que l'un des points principaux pour former une âme à la vie spirituelle, c'est l'industrie à faire l'oraison d'une manière proportionnée à son état naturel et surnaturel. Ce mot comprend beaucoup de choses : car il retranche plusieurs superfluités dans les idées, les considérations et les lectures, où l'esprit humain se forge souvent de vains mystères, et de plus il coupe le chemin à beaucoup d'embarras et de travaux.

Il n'y a rien de plus simple que l'oraison, rien de plus facile à l'âme, quand elle y est bien formée, bien conduite, selon la portée de son état, et bien instruite de ce qu'elle peut et de ce qu'elle ne peut pas. Cette instruction l'encourage à faire ce qu'elle peut, et l'aide à ne pas se désoler si elle n'accomplit pas ce qu'elle voudrait bien faire, puisque souvent il n'est pas en son pouvoir de l'accomplir.

Mais pour faire l'application de plus près à la question que nous traitons en ce moment, élevez souvent votre esprit à Dieu, en vous dépouillant de

1 Voir page 76 et suivantes.

toute volonté propre pour en faire la remise entière dans la volonté divine, déposez tous vos désirs dans le sein de Dieu, où déjà vous avez jeté tous vos soins, et avec une confiance filiale répétez ces paroles de David : « C'est vous qui m'avez tiré des entrailles de ma mère, vous êtes, Seigneur, mon espérance depuis le moment où j'ai sucé le lait maternel. J'ai été jeté entre vos bras, dès que je suis sorti de ses entrailles ; vous êtes mon Dieu dès le sein de ma mère, Seigneur, ne vous éloignez pas de moi ' ». — « Faites-moi connaître la voie par laquelle il vous plaît que je marche : car j'ai élevé mon âme vers vous2. » — « Seigneur, tous mes désirs sont devant vos yeux, et mes gémissements ne vous sont point cachés 3 » ; je vous les offre avec protestation de ne vouloir absolument que l'exécution de vos desseins éternels.

En produisant ainsi cordialement de semblables aspirations avec une volonté qui corresponde au sens des paroles, les intentions se purifient, et l'âme se trouve disposée à recevoir les impressions de la volonté divine, comme l'eau d'une fontaine reçoit les impressions du soleil, quand elle est calme et limpide.

Mais pour tirer un profit plus abondant de cette ouverture et de cet épanchement du cœur, qui se fait devant Dieu par l'oraison, il faut ouvrir son cœur à ceux qui sont députés de sa part pour vous

1 Quonîam tu es qui extraxisti me de ventre ; spes mea ab uberibus mairis meae. In te projectus sum ex utero ; de ventre matris meae Deus meus es tu, ne discesseris a me.

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