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QUATRIÈME MOYEN : LA CONFIANCE EN DIEU

Voici le quatrième et dernier moyen pratique pour bien préparer votre âme à recevoir les grâces de Dieu en l'état religieux, c'est la confiance ; elle doit comme surnager au-dessus des autres, les remplir et les vivifier : car si elle fait défaut les autres ne feraient rien. La confiance en effet s'a-

dresse et s'attaque à l'amour même de Dieu, et de la manière qui lui est la plus naturelle et la plus agréable, en l'estimant selon son mérite et reconnaissant qu'il est grand, admirable et capable de faire tout le bien possible. Elle le provoque à se répandre selon la mesure du vaisseau qu'elle lui prépare : c'est pourquoi il convient qu'elle s'étende et qu'elle dilate l'âme, comme si tout l'amour de Dieu y devait être répandu.

C'est elle qui attire les miracles : car nous voyons dans l'Evangile qu'elle est la seule disposition que Jésus attend de ceux qui lui en demandent. Sans confiance, point de miracles ; mais tout est possible à celui qui a une foi pleine de confiance : « Tout est possible à celui qui croit ' », dit Jésus- Christ lui-même ; et pour nous montrer combien elle lui est agréable, il lui attribue ce qui est le propre de la puissance. C'est sa puissance qui fait les miracles, et cependant nous voyons souvent ces expressions dans l'Evangile : «Ayez confiance, votre foi vous a sauvé 2 ». Remarquez que la foi dont parle ici Jésus-Christ, renferme la confiance, et il le montre assez en joignant l'une et l'autre ensemble. Ce serait peu de chose de croire qu'il a le pouvoir, si l'on ne se persuadait aussi qu'il a la bonté du vouloir : la foi remplit la première condition, et la confiance la seconde. La foi reconnaît la puissance; mais la confiance de la foi se joint à l'espérance et à la charité, pour produire un acte qui provoque l'amour de Dieu à faire une œuvre de sa puissance.

1 Omnia possibilia sunt credenti. Marc, ix, 22.

2 Confide, fîlia, fides tua te salvam fecit. Matth. ix, 22.

Mais comment faire, me direz-vous, pour avoir cette confiance? Je sens parfaitement bien qu'il n'y a rien de plus juste, rien de plus doux; je voudrais l'avoir, mais il me semble que je ne le puis. — Pour vous montrer clairement que vous pouvez l'avoir et même la garder et l'augmenter toujours de plus en plus, je vous dirai qu'il faut distinguer trois sortes de confiance : celle de la foi, celle de la volonté et celle du sentiment.

i° La confiance de la foi doit être commune à tous les chrétiens; en effet, s'ils ne l'avaient pas, ils cesseraient d'être fidèles à la foi : car la confiance que toute âme chrétienne doit avoir en Dieu, est une vérité de foi aussi bien que les autres mystères ; et s'il n'est pas permis de nourrir un doute volontaire contre les vérités de nos mystères, sans offenser celui qui en est l'auteur, il n'est pas non plus permis d'admettre un doute volontaire par rapport à la confiance en Dieu, qui a déclaré par les paroles de son Fils et par les saintes Ecritures sa volonté de voir les hommes s'adresser à lui avec confiance.

2° La confiance de volonté est celle qui combat contre la défiance, contre l'abattement et contre le chagrin, toutes choses qui d'ordinaire attaquent les hommes dans les tribulations. Je l'appelle confiance de volonté parce qu'elle y demeure comme renfermée, alors qu'il semble que le sentiment ait perdu tout le goût de la confiance.

C'est elle qui gagne les grands mérites et qui donne de la complaisance à l'amour de Dieu, qui se sert des tribulations et des luttes intérieures pour enraciner plus profondément la confiance et pour la faire croître, comme il se sert du vent pour

fortifier les plantes. C'est son amour qui met en l'âme de ses enfants la racine de la confiance, et il prend plaisir à la cultiver pour la faire croître; mais s'ils sont fidèles à bien conserver la confiance de la foi par la prière et par un ferme acquiescement de volonté à la vérité infaillible, ils verront croître à vue d'œil la confiance de la volonté. Elle leur procurera des victoires, et par l'excellence de ses effets elle leur fera connaître que ce que l'amour de Dieu attend surtout de nous, c'est une confiance qui dise généreusement comme David, en se voyant abandonné du goût sensible : « De ma franche et libre volonté je lui rendrai mes reconnaissances ' ».

Cette confiance est donc annexée à la foi, comme l'acte l'est à la puissance, et personne ne peut s'en excuser, sans vouloir contredire aux vérités révélées, ou sans accuser Dieu de manquer de fidélité aux promesses qu'il a faites à ceux qui auront recours à lui.

3° La confiance de sentiment est cette confiance sensible qui se répand dans toutes les facultés de l'âme ; et alors l'âme se sent toute reposée en Dieu, sans que rien ne s'y oppose : elle voit en effet clairement qu'elle a vraiment de la confiance en lui, et elle sent qu'il n'y a rien de plus naturel, rien de plus suave à son goût. Rien ne lui coûte, rien ne l'épouvante, tant que sa confiance est ainsi manifeste à ses yeux ; mais cela ne se fait que par un rayon de grâce que Dieu donne quand il le veut, et qui ouvre cette sorte de confiance dans l'âme, comme le soleil ouvre une fleur, et souvent cette faveur

1 Ex voluntate mea confitebor ei. Ps. xxvn, 7.

est une douce récompense de la fidélité qu'on a bien gardée dans l'exercice de la confiance de foi et de volonté.

La confiance de foi et celle de volonté doivent donc être le sujet de notre application et de notre étude : car c'est ce que la grâce met en notre pouvoir; et si peu à peu nous y faisons quelque progrès, en demandant souvent le secours de la même ^ràce pour l'accroissement de notre confiance aussi bien que pour l'augmentation de notre foi, le soleil divin répandra ses rayons sur la fleur du sentiment, pour y faire épanouir la confiance sensible, que nous verrons briller alors avec beaucoup de consolation.

Mais comme il n'y a que le rayon du soleil qui naturellement fasse ouvrir les fleurs et qu'elles se referment lorsqu'il a disparu, il n'y a également que le rayon du Soleil de justice qui puisse donner ce sentiment. La fleur, pour être refermée, n'en est pas moins fleur; de même aussi la confiance ne sera pas moins véritable, pour n'avoir pas le sentiment ouvert ; au contraire plus elle aura de foi et de volonté, plus elle sera agréable à l'amour de Dieu.

Tenez pour certain que si la confiance est si agréable aux yeux du Seigneur, ainsi qu'il nous le témoigne lui-même, ce n'est pas seulement parce qu'elle s'applique à obtenir son amour, l'estimant selon son mérite ; mais c'est aussi par la raison du grand sacrifice qu'elle lui fait de l'homme pécheur, qui ne sait se confier qu'en lui-même à cause de l'aveuglement de son orgueil. C'est le tirer hors de lui-même et ôter à son amour-propre le morceau le plus délicat, que de lui faire quitter sa propre

confiance. C'est le moyen le plus sûr pour lui faire faire la plus belle protestation de la reconnaissance de son néant : car en le forçant de se confier uniquement à Dieu, on l'oblige d'avouer qu'il ne trouve rien en lui-même sur quoi il puisse s'établir en assurance. Voilà d'où vient qu'il se présente souvent à l'esprit des craintes, des contradictions et des prétextes qui veulent mettre des obstacles à la confiance ; mais souvent ce n'est pas tant la vue de notre indignité qui en est la cause, qu'une ruse de l'amour-propre et une subtilité de l'aversion qu'il a de sortir de lui-même et de quitter entièrement sa propre confiance; cependant il faut qu'il la délaisse afin de n'avoir plus de confiance qu'en Dieu seul.

Ainsi donc dilatez cette confiance, selon le conseil du Sage qui nous dit : « Ayez confiance en Dieu de toute l'étendue de votre cœur, et ne vous appuyez pas sur votre prudence ' ». Sachez aussi qu'on ne peut excéder en cette vertu, à moins qu'on ne veuille s'en servir pour flatter sa négligence : car pour lors la confiance dégénère en insolence. Quand je dis flatter, j'entends s'en servir pour étouffer les avertissements de sa conscience, pour éluder les effets de la correction, et pour demeurer volontairement dans ses défauts.

Mais, me direz-vous, que deviendra cette crainte de notre propre infirmité, qui nous doit tenir dans une continuelle défiance, en nous faisant voir que nous sommes toujours capables de pécher? Je vous

Habe fiduciam in Domino ex toto corde tuo, et ne innitaris prudentise tua?. Prov. in, 5.

réponds : L'âme fidèle doit l'avoir incessamment auprès d'elle, comme le forgeron tient de l'eau auprès de sa forge, et il lui faut se servir de cette crainte comme le forgeron se sert de l'eau : de temps en temps il en jette un peu sur le feu, et cela sert à l'exciter et à l'allumer avec plus d'ardeur qu'auparavant. Cette comparaison vous explique naïvement de quelle manière il faut recourir à la crainte et l'effet qu'elle doit produire : elle doit en effet servir de moyen à la confiance pour l'enflammer davantage par le contact de l'eau de sa propre infirmité; mais la crainte ne doit être versée sur la confiance que dans une quantité suffisante pour la mieux exciter, et non pas avec une abondance qui soit capable de la diminuer ou de l'éteindre.

Ces quatre moyens pratiques que je vous prescris, à savoir : la remise en Dieu de ses sollicitudes, l'oraison, l'abandon et la confiance, contiennent toute la préparation que Dieu demande d'une âme, pour y verser abondamment les secours de sa grâce, et renferment la meilleure disposition qu'elle puisse avoir pour accomplir envers lui les devoirs de sa fidélité.

Mais pour vous faire mieux concevoir cette vérité, je vous exposerai la comparaison d'un malade et d'un médecin. Que fait le malade qui se voit atteint d'infirmités et en danger de mort? Quatre choses :

i° Il jette les yeux sur quelque bon médecin, et, autant qu'il le peut, il se repose sur son habileté et son expérience.

20 II l'invite à venir le voir, et le prie affec-

tueusement de faire sur lui l'application de son art.

3° Il lui promet de s'abandonner entièrement à tout ce qu'il voudra ordonner : car autrement qu'adviendrait-il? Si, je le suppose, le médecin ordonnait une saignée et que le malade voulût autre chose, le médecin aurait-il tort de quitter le soin de ce malade capricieux ?

4° Enfin le malade doit avoir une vraie confiance en son médecin : car si celui-ci voyait à découvert le cœur du malade et qu'il y aperçût de la défiance, il ne le traiterait qu'avec chagrin, et s'il ne le voyait point revenir à la confiance, il le quitterait tout en colère, pour n'avoir pas l'opinion qu'il devrait avoir de lui.

Appliquez cette comparaison à l'âme chrétienne qui est tout environnée d'infirmités et de dangers, dont le péché est la cause et dont Dieu est le seul médecin.

La remise de ses sollicitudes dans le sein du Seigneur constitue la première démarche ; l'oraison accomplit la seconde ; l'abandon fait la troisième, et la confiance achève la consommation de la disposition qui attire le céleste Médecin, qui voit le fond des cœurs, et le porte à traiter son malade avec complaisance.

Si les quatre dispositions que je vous ai marquées pour une maladie du corps contiennent tout ce que peut souhaiter le médecin pour pouvoir faire honneur à son art et pour guérir son malade, elles renferment aussi tout ce que Dieu attend de nos âmes pour nous traiter comme des malades sages et prudents ; et plus nous perfectionnerons ces dispositions, plus aussi nous nous conformerons à l'excel-

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lence et aux désirs du céleste Médecin, qui a composé ses médicaments de son propre sang, de sa vie et de ses douleurs pour rendre notre guérison certaine, si nous voulons correspondre à ses desseins. Mais pour bien faire pénétrer en votre âme ces quatre moyens pratiques, voici l'idée d'un exercice qui peut se faire chaque jour, le matin, et qui renferme en lui-même ces quatre dispositions.

ARTICLE V

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