Lettre à M. Marie, 24 mai
« ces digues brisées, qui relèverait ces ruines » ; et dans les événements politiques qui se développèrent alors sous ses yeux, Sapey crut démêler assez distinctement pour s'v soumettre les desseins cachés de la Providence \
L'un des torts graves de la révolution de Février avait été de prétendre au pouvoir sans être prête à l'exercer, de trouver assez peu de ressources en elle-même, et, sauf des exceptions éclatantes, de n'être guère bien servie que par des hommes qui n'étaient pas de sa famille. République ou monarchie, sous tous les régimes et dans tous les temps, il faut à la magistrature des hommes doués de ce sens particulier de la justice, beaucoup plus rare qu'on ne le pense, qui va souvent avec le talent, mais que le talent seul ne remplace pas. Dans les premiers jours, les rangs du parquet avaient fourni aux nécessités, aux convenances ou aux revanches de la République, des victimes nombreuses et choisies. Mais une fois la première rancune soulagée et les ambitions les plus intraitables satisfaites, il se trouva que si les places étaient toutes occupées, elles n'étaient pas toutes remplies; et il fallut bien redemander au passé des magistrats qui ne fussent pas seulement d'anciens amis de la maison.
On fit à Sapey des avances honorables. Il s'y refusa, tant qu'il pensa que la transformation politique du pays amènerait dans l'organisation de la justice de profonds changements. Mais dès qu'il cessa de le craindre, dès qu'il reconnut que l'exercice des fonctions publiques ne demandait plus que du talent et du courage, il accepta celles qui