‹ Avocats et magistratsChapitre 29 sur 43 · Berryer · texte numérisé non relu

Berryer

compte de leurs opinions et de leurs croyances. On voulut savoir ce qu'ils pensaient des affaires de l'Europe, au lieu d'écouter comment, à l'audience, ils plaidaient les procès de leurs clients. Ce fut là pour nous un grand mal, et le principe de beaucoup d'autres maux. Il ne fit qu'augmenter sans cesse, et, vers les derniers temps du règne \ il était devenu intolérable.

Il y a de cela plus de vingt ans; et, comme il arrive quand on vieillit, il me semble que c'était hier. C'était là-bas, dans cette salle étroite et sombre, que, tout le jour, se menaient à grand bruit les affaires de la France et du monde. Rien n'était curieux comme cet essaim de robes noires se pressant autour des orateurs pour se donner, à distance, le spectacle et les émotions de la tribune. On débattait, à vide, des plans de campagne et des projets de constitution. On agitait les nouvelles de la journée et les événements de la saison. C'était, là comme ailleurs, ce mélange prodigieux de déraison et de bon sens qui sera l'éternel désespoir et la ressource éternelle de ce pays. Je ne crois pas que nulle part, en France, il se soit dit sérieusement plus de folies. Mais nulle part, à coup sur, il ne s'est dépensé plus d'esprit inutile.

Parfois, dans ce coin jaseur, on voyait se révéler des vocations imprévues; des avocats ignorés y obtenaient des succès éclatants. Ils avaient, dans ce demi-jour, de la verve, des traits justes, du talent, et quelquefois de l'éloquence. Ils prodiguaient dans leurs causeries toutes les épargnes de leurs discours. C'était la décadence et comme l'ombre alourdie d'un art charmant et tout français, — la

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