‹ Avocats et magistratsChapitre 33 sur 43 · Victor Lefranc · texte numérisé non relu

Victor Lefranc

bulance où il venait d'assister un mourant. — Celui-là était radieux. 11 avait reçu la veille, du bout de la France, par un pigeon, trois lignes que sa fille avait elle-même écrites. Le billet avait un mois de date. Mais qu'importe? On n'avait pas la joie difficile \...

Au milieu de tant d'émotions, le Conseil avait des semblants d'affaires qui trompaient son oisiveté. Les chefs de la défense lui ont fait un grand honneur. Ils l'ont invité à choisir parmi vous des juges militaires chargés de rétablir dans les bataillons la discipline trouiilée par de scandaleux méfaits; et dans ces fonctions pénibles, le Barreau a pu rendre encore au pays des services qui n'étaient ni sans importance ni sans dangers.

Tout à l'heure, Messieurs, j'ai dit un mot que je n'aurais eu garde d'oublier : l'ambulance. — Pour qui ne pouvait pas combattre, c'était là, en efTet, l'œuvre civique la plus pressante, et le Palais ne devait pas y demeurer étranger.

C'est dans l'ancienne salle des assises, dans ce grand prétoire abandonné, où jadis nous nous pressions pour entendre Chaix d'Est-Ange, Bethmont et Berryer, que, pendant près de cinq mois, les blessés et les malades ont trouvé l'hospitalité qui leur était due. C'est là que, jour et nuit, à travers tous les dégoûts, au milieu des spectacles hideux et des sanglantes immondices de la guerre, — médecins, religieuses, femmes du monde, maîtres et serviteurs, riches et pauvres, tous égaux devant le devoir, — ont lutté, à l'envi, de dévouement et de zèle.

Jamais la fraternité tant de fois vantée de la magistra-

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