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Commune? — Je n'en sais rien, répondait Raoul Rigault; mais pas assez. Si l'on m'écoutait, ils y seraient tousW y
En présence de ces attentats, de ces menaces, de ce jury trié par la Commune et surveillé par son procureur, de ces g-eôles oii l'assassinat allait tenir ses grands jours et rendre ses arrêts, les avocats cherchèrent à faire leur devoir.
Pour voir les prisonniers ordinaires, il ne fallait qu'un peu de persévérance. Il fallait traverser les trihus armées qui campaient dans les couloirs de la sûreté, escalader des groupes de femmes et d'enfants endormis, et, au milieu des tonneaux, des brocs et des bouteilles, pénétrer jusqu'à quelque fonctionnaire important.
Mais pour voir les prêtres, on se heurtait à des résistances presque invincibles et l'on pouvait courir quelques dangers.
Malgré ces obstacles, plusieurs de ces saints prêtres, avant de mourir, ont pu voir un visage ami, serrer une main dévouée, entendre des paroles d'encouragement et d'espoir, et recevoir, d'une bouche profane, ces consolations que tant de fois ils avaient portées aux âmes voisines de la mort. La veille de sa chute, la Commune avait résolu de les faire juger, et de toutes parts des citoyens courageux s'offraient pour les défendre'. Hélas? ils ne devaient avoir ni juges ni défenseurs; mais il leur est resté parmi vous un témoin pour attester leur courage, la sérénité de leurs derniers entretiens, l'émotion avec
1. Parmi les hommes étrangers <iu Barreau, qui devaient concourir avec lui à la défense des otages, il faut citer au premier rang M. Ploux et M. de Pressensé.
laquelle, s'oubliant eux-mêmes, ils parlaient des douleurs de la patrie ; et pour dire que, près de paraître devant Dieu, ils élevaient vers lui leur pensée et le priaient pour leurs bourreaux...
Messieurs, en massacrant ces victimes, la Commune n'avait pas accompli toutes ses menaces; elle n'était pas au bout de tous ses crimes. Longtemps à l'avance, elle avait annoncé la mort des otages; on ne l'avait pas crue. Elle avait annoncé qu'elle brûlerait Paris ; on ne l'avait pas crue encore. Vous savez comment elle a tenu sa parole. Dans cette dure sentence, le Palais était justement condamné. Ce n'était pas seulement, dans le passé, la demeure de nos anciens rois, le siège de l'unité nationale, un des foyers les plus brillants de la civilisation et du génie de la France. Au cours du temps, ce vieux Palais était devenu, pour Paris, le centre de la vie civile et l'asile inviolable oii le droit de chacun trouvait sa charte, ses preuves et ses sûretés. Dans ses réduits obscurs, dans ses greffes poudreux, il cachait un trésor : les parchemins, les blasons et les archives de cette société maudite que l'on s'était promis d'anéantir sans retour. Il fallait que tout pérît : les contrats, les jugements, les titres d'iiérédité, ces lois volontaires qui nous gouvernent et qui nous lient; tout, jusqu'à nos noms, jusqu'à nos antiquités domestiques, jusqu'à ces actes sacrés que les générations se transmettent l'une à l'autre, comme le seul témoignage durable de leur passage d'un jour sur cette terre.
La salle des Pas-Perdus, que l'Europe entière connaissait, est tombée dans cet immense brasier, couvrant de
ses décombres la place où fut la Table de marbre, et où I. 16
se pressaient les plus anciens souvenirs de notre histoire. Vous avez eu là l'effrayant chef-d'œuvre que le génie du mal a su faire : ces voûtes déchirées, ouvertes sur le ciel; ces fers gigantesques tordus dans la fournaise; les dalles soulevées par l'incendie et se heurtant en tumulte; les statues mutilées; les murailles dorées par les flammes, comme sont dorés par le soleil de la Grèce les marbres du Parthénon ; ces colonnes rugueuses, rongées et ciselées par le feu, comme des arbres qu'a broutés la dent des troupeaux.... Et seul intact au fond de la scène, éclairé par un brusque rayon de lumière, ce bas-relief étrange : la Justice impassible, l'immuable Thémis tenant la balance, appuyée sur le glaive, et regardant les coupables. — Mais déjà cette vision s'est évanouie; l'apparition vengeresse
est rentrée dans l'ombre; et ces ruines même ont péri
Eliam periere ruinae!
Messieurs, dans ce grand désastre, nous n'avons point été épargnés. Vous voyez ce qui reste de notre antique héritage. La salle du Conseil s'est effondrée dans les flammes. Les bustes de Paillet et de Marie, qui semblaient présider encore aux délibérations de vos anciens, ne sont plus que des débris informes; 16 000 volumes de notre bibliothèque sont brûlés, les deux tiers de nos richesses! nos livres d'étude, les compagnons, les maîtres de nos jeunes années! Si tout n'a pas péri, vous le devez au courage du gardien fidèle auquel ce dépôt précieux était depuis longtemps confié*. Et si une partie de nos pertes peut èlre un jour réparée, vous le devrez à la générosité