‹ Avocats et magistratsChapitre 6 sur 43 · L'affaire Caumarlin-Sirey, h Bruxelles · texte numérisé non relu

L'affaire Caumarlin-Sirey, h Bruxelles

cents ans, notre langue a dû un chef-d'œuvre de simplicité, de grâce et de finesse sérieuse'. Le bàtonnat de M. Chaix d'Est-Ange fut marqué par un de ces accidents domestiques.

Je ne crois pas manquer de respect envers la mémoire de M. le premier président Séguier, en disant que d'autres ont porté plus loin que lui la gravité du maintien, la dignité du langage, et cette solennité sereine qui semble un des attributs consacrés de la magistrature. Héritier d'un grand nom juiliciaire, vieilli lui-même, sous quatre règnes, dans l'exercice d'une charge éminente à l'ombre de laquelle avaient vécu ses ancêtres, il considérait le Palais comme sa maison. A l'audience, il était chez lui; et il y recevait la Justice avec le sans-façon de son brusque caractère et de son esprit impétueux. Conseillers, avocats, avoués, les plaideurs, les huissiers et le public, étaient pour lui comme une famille façonnée de longue main à ses habitudes, et vis-à-vis de laquelle il ne songeait pas à se contraindre.

Je vois encore ce petit vieillard alerte, blotti et comme tapi sur son banc, ramassé dans les plis de sa robe, le mortier sur les yeux, l'air à la fois spirituel et chagrin, le regard inquiet, semblant guetter plutôt qu'attendre les plaidoiries. Il les écoutait d'abord avec une sorte d'impatience résignée, puis bientôt il s'y mêlait par un entrain involontaire. Son front, ses yeux s'animaient, et sa familiarité turbulente débordait en interruptions et en saillies. Tantôt il approuvait l'avocat; et, pour le lui faire bien

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