‹ AvranchinChapitre 10 sur 13 · M. P. I.XXV1I · texte numérisé non relu

M. P. I.XXV1I

Cosedias M. P. XX.

Fanwn Martis M. P. XXXII.

i Ilom. de Rou, v.3,4»6.— aV. 3,627.-3 Carte de Tédit. de Scbeyb.

Ad Fines m. P. xxvn.

Condate m. P. XXIX.

Coseaïœ est Coutances , Condate Rennes : il ff*y a pas de doute sur ce point : mais il est difficile de localiser Fanum Martù et Fines. La difficulté vient de la différence qu'offre l'appréciation totale, 77 lieues gauloises, avec la somme des détails, 108 , c'est-à-dire, en lieues actuelles, 38 et 54. On pourrait peut-être s'en tenir au total , sans s'occuper des détails , et jalonner la dislance par des localités d'une importance et d'une antiquité authentiques : le problême serait assez simple et se réduirait à deux questions : 1° la direction ; 2° les localités. Comme la voie de la Carte de Peytinger est, ainsi que nous espérons le démontrer , l'ancienne route de Coutances à Avranches par la Haye-PesneP, et forme une ligne intérieure, celle de l'Itinéraire est cette roule littorale, parfaitement marquée , comme la première , sur la carte de Cassini , traversant un pays important , et surveillant le littoral plus important encore. C'est cetle ligne qui partant de Coutances passe la Sienne à l'ancien gué du Pont-de-la-Roque, et longe la côte jusqu'à Saint-Pair , et de là entre plus avant dans les terres , côtoie la route royale actuelle , passe la Sée au Pont-Gilbert , traverse le Val-Saint-Père , puis la Sélune au Gué-de-l'Épine , franchit la Sélune et la grève , passe à Huisnes et aboutit à Pontorson pour entrer en Bretagne et arriver à Rennes. Cette ancienne route , que nous appellerons Littorale , se dessine avec netteté dans Cassini , et forme avec l'autre , que nous appellerons Intérieure , les deux grandes lignes antiques de l'Avranchin. Les anciens diplômes déterminent sa direction : une charte du duc Richard l'appelle via publica à Saint-Pair , dont elle dessinait le triangle en le limitant à l'est2; une charte de Montmorel , relative à la pa-

i Voir la Haye Peenel. — a Voir plus loin celte charte.

roisse de Lolif, traversée par elle , rappelle magnum Queminum régis*. Sa longueur répond généralement an chiffre total de l'Itinéraire, 77 lieues gauloises ou environ 40 de nos lieues. En indiquant ici ses principaux jalons, nous renvoyons pour les détails aux communes qu'elle traverse.

Quant aux lieux désignés sur l'Itinéraire , il n'y a de difficulté que pour Fonum Martis et Fines, Alaumum, Cosediat et Condate étant reconnus pour être Valognes , Coutances et Rennes : ce sont aussi les stations qui semblent appartenir à T Avrancbin. Nous croyons avec M. de Gerville 3 que Fanum Martis est Saint-Pair , et parce que saint Pair y trouva un Fanum, Fanum Sessiaeum*, au vi* siècle, et par une foule d'autres raisons qui constatent l'antiquité et l'importance de cette localité , et qui ressortiront de notre étude sur ce point. Nous croyons avec d'Anville « que Fines se trouve à Ruisnes , anciennement Isnes*. La démonstration pour la direction et les stations , ainsi convenablement espacées , serait peut-être suffisante ; mais il reste à expliquer les distances intermédiaires. Nous pourrions dire que tous les antiquaires les ont reconnues pour avoir été faussées par l'inadvertance des copistes, et qu'ils se sont efforcés de les modifier pour les harmoniser avec leur tracé : nous pourrions donc négliger ce détail erroné. Pourtant, nous hasarderons, sans y attacher trop d'importance, une rectification hardie , mais autorisée par nos prédécesseurs.

L'Itinéraire donne xx M. p. d'Alaunium à Cosediœ : c'est la distance exacte ; de Cosediœ à Fanum Martis xxxil M. P.:

i Curta BeHn de Olive abbatiœ Monlit MoretU. Archive» de Saint-Lo. — a Estai sur tes VUlts et Foies romaines de ta Basse-Normandie. — 3 € VW quidam AmabUis detinuit tôt dieent ut in Fano Settiaeo te dignanter conderent ae sua intercetsione diabotiea enttura quant gentiti sub errore mati eenerabantur cet tard. • VUa S. Pater ni, par Fortunat, év. de Poitiers, «on contemporain et son ami. Aet. s, s. Ord. S. B. sec a. p. i îoo. — 4 Ferbo Cosediœ. — 5 Voir cette commune. t. i. 38

c'est beaucoup plus que l'espace compris entre Coulantes et Saint-Pair jc'est là que nous soupçonnonsuneerreur, c'est-à-dire l'addition du premier et do dernier, chiffre. En les supprimant, nous obtenons le chiffre xxi , ou une dizaine de lieues , distance à peu près juste, si on tient compte de la direction de la route par le Pout-de-la-Roque, et des flexions de son tracé*. De Fanum Martis a Fines, ou de Saint-Pair à Huisnes, l'Itinéraire indique xxvii , distance trop grande , car il n'y a qu'environ huit lieues et demie. Le premier chiffre est erroné, et sa suppression nous donne xvii ou la distance réelle. Le chiffre de xxix de Fines à Condate exprime parfaitement la distance de Huisnes & Rennes. Ainsi modifiés , les -chiffres du détail sont ramenés au total.

Telle était la grande ligne littorale des Romains : il y avait des lignes secondaires , dont nous avons donné ou dont nous donnerons à des articles divers la direction 2. Le Mont Saint- Michel était le centre où aboutissaient toutes ces voies secondaires ou chemins Montais , dont le principal était celui de flayeux à Genêts8. Il y avait encore 1° celui de Genêts à Saint-Pair, sur la côte même4; 2° cëlui qui allait des Biards au Mont, par Ducey, appelé Montais ou Biardais*; 3e celni

i Les Romains soumettaient naturellement leur tracé aux exigences typographiques et politiques : c'est dire assez qu'ils ne suivaient pas toujours la ligne droite. C'est ce qu'on comprend sans peine en principe ; c'est ce qui d'ailleurs est prouvé par les angles et le demicercle du tracé de la Carte de Peuttngcr de Corimllum a Condate, Table Tftéod., édition de Scheyb. — a Voir Ducey, Genêts, Ârdevon, Saint-Léonard à Vains. — 3 Voir Genêts et les communes qui sont sur cette ligne depuis Villedieu. — 4 Voir Bouillon et les communes du littoral. — 5 Voir Ducey. Voici quelques détails nouveaux sur cette ligue: Partant des Biards, elle aboutissait au Mont, passant par Ducey, Poilley, les Forges, la Chaussée, Bas-Courtil*. Aux notions paléographiques qne nous avons données , nous ajouterons la mention d'une chaussée et d'un gué entre Poilley et Ducey : « Joh. de Hulmo... ekm

qui allait de Pontorson au Mont, ou chemin Breton ; 4° enfin , celui de Saint-James au Mont par Brée et Ardevon. Ainsi , avant d'être un centre religieux et le but des pèlerinages , le Mont Saint-Michel, ou plutôt le MonsJovù, était le Mille doré du pays des Abrincaies : les médailles , les poteries qu'on y a trouvées ne laissent pas de doute sur le séjour des Romains en ce lieu 4.

Quel était le tracé de la voie romaine dans Saint- Pair ? Entrant dans l'arrondissement d'Avranches à Donville , où nous avons signalé des débris antiques , laissant à l'ouest le cap de Granville , elle entrait à Saint-Pair par la Rue Mallais , et s'y prolongeait par la Croix-Millet, la Fosse , les Trois-Croix ou Maladrerie de Saint -Pair, Catteville, Quéron, et passait le Thar au Pont-Guygeois.

Le nom primitif de Saint - Pair , son nom gaulois, était Scessiacum , que les Romains avaient changé en Fanum MarttSp du nom du Fanum qne saint Paterne ou saint Pair changea en oratoire, après avoir converti les babitans. Ces trois noms représentent les trois grandes périodes de l'histoire de la Gaule. Tout le littoral était alors couvert de forêts , qui étaient encore très-nombreuses au Moyen-Age , puisqu'au xe siècle , le duc Richard donnait au Mont Saint- Pair cwn silvù. D'ailleurs le bois d'Allemagne , qui existe encore , les bois de Bivie , de Neirun , de Crapoult , le bois de Vains ou

cmtentio vericretur super quadam eakeia facta et quodam molendino facto apud vadum motendinorum inter parrochias dû Polleio et de Duxe... Charte de Saint-Lo. M. Desrocbes cite un titre qoi fait mention pour ce lieu du Pave du Roi. Recherche* Historique* sur les Paroisses limitrophes de ta Baie du Mont Saint Micl»el. .

i Voir les médaille* romaines insérées dans le Mont Saint-Michel de Marimilien Raoul , et une Notice sur des poteries du même lieu par M. Mangou-Delalande.

Tremblai \ qui sont mentionnés dans les Cartoîaires , prouvent combien la côte était encore boisée. La forêt de Saint-Pair s'appelait la forêt de Sciscy.

Cette forêt littorale de Sciscy est devenue , grâce à la tradition qui exagère toujours une vérité , et grâce aux archéologues qui ont amplifié un texte , et cédé aux séductions d'un système et du merveilleux , une forêt immense qui , selon les uns , couvrait toute l'étendue de la Baie , qui , selon d'autres , se développait jusqu'à Ghausey , et qui , selon les plus intrépides , allait jusqu'à Jersey. En 709 , une marée prodigieuse , chargée par un vent violent , submergea cette forêt, et ce qui était \terre devint mer et carène. Des inondations partielles sur les côtes , des vestiges d'arbres sur le littoral , des empiétemens de la mer , point de départ vrai des récits et des traditions , devinrent un cataclysme immense , balayant une immense forêt. Voilà ce que fit la tradition : voici l'œuvre des savan8. *

Un manuscrit du Mont Saint-Michel, du ix* ou x* siècle, renferme une phrase qui a enfanté le système de la forêt de Sciscy: « Qui prxmum locus (le Mont Saint-Michel) , sicut à veracibus cognoscere potuimus narratoribus, opacisrima claudebatur silva, longe ab Oceani, ut estimatur, astu miï/ibus distans sex, abditissima prebens tatibula ferarum *. • Admettre autour du Mont un bois épais , dont on verrait des restes dans les broussailles qui sont sous la Merveille , ad-

i Voir pour ces bois les communes do littoral et les Cartulaires du Mont et du Chapitre d'Avranches. Le bois du Tremblai existait encore au xvi* siècle : Cenalis en parle plusieurs fuis. L'auteur du livre intitulé lu Druides cite encore la Forêt d'Avranches , consacrée par une tradition bretonne. L'enchanteur Merlin y fut eofermé au fond d'un tombeau. M. Desroches cite la même tradition d'après un manuscrit du xiv* siècle , de la bibliothèque de Rennes. R<xk$rchtt, p. 6a. — a Msa. n* 5$. fiibl. d'Avranches.

mettre même du côté d'Austeriac ou Beauvoir ou d'Ardevon < r une forêt qu'une grande marée aurait pu entamer , c'est ce qui peut se concilier avec ce texte; mais l'admettre prolongée vers la mer et étenduo comme la Baie , c'est ce que repoussent les mots ab Oceani œstu millibus distans ses: le Mont était donc alors comme aujourd'hui distant de six iniÙcs ou de deux L'eues et demie du Oot de l'Océan. Que devient cette forêt de Sciscy ou Saint-Pair , qui s'étendait au moins jusqu'à la* hauteur de cette localité , et dont le nom , invention moderne , ne parait nulle part dans les documens originaux ? La merveille d'un cataclysme d'une seule marée ne s'évanouit-elle pas encore devant ce passage du même texte : • Mare quod longe distabat paulatbn assurgens omnem silve iUius rnagnitudinem virtute complanavù et in arène sue formant cuncia redegii prebens iter populo terre ut enarrentmirabilia Dei*? » Est -il même bien certain que c'était une forêt, malgré ces mots de silva opacùsima et de magnitudinem omnem illius silve , d'une époque si peu précise dans l'expression? Dans le même récit , le chroniqueur peint Tétonnement des envoyés de saint Aubert à leur retour au Mont Saint-Michel : « Quasi novum ingressi svnt orbem quem primum veprium densitate reliquerant plénum 8. o La forêt n'est plus qu'un bois , un terrain couvert de buissons. Telle est la base du système de la forêt de Sciscy : c'est un édifice bâti sur le sable , sur la mobile arène de cette Baie qui engloutit tout dans ses profondeurs mystérieuses , antiques comme le bassin des mers. D'ailleurs, on peut juger de la créance, que mérite ce passage fameux , quand on le trouve dans une chronique de merveilles et de légendes , auprès de l'étymologie de Beauvoir , de l'histoire de l'Ane et du Loup , de celles de Bain et de ses

i Arden , celtique , forêt. ArdeTon est souvent appelé dans Ici documens anciens Ardeno et Ardenon. — * M «s. n# 34. —

3 Ibid.

enfans , de la chapelle Saint-Àubert et autres poétiques curiosités.

Ce passage du chauoine de Saint-Aubert fut copié deux ou trois siècles plus tard, dans le Cartulaire de l'Abbaye* et dans les autres manuscrits du monastère. Mais l'idée assez vague qu'il contenait fut un peu plus positivement exprimée par un poète du XIIe siècle , moine du Mont Saint-Michel , Guillaume de Saint-Pair. Il inventa la forêt et lui forgea un nom trèsmaladroit, un nom impossible , la forêt de la terre des Coques ouKokelunde. :mK

« Dessous An-anchcs fers Brctaigne Qui tous tems fu terre grifaiue Ert la foresï de Quokelunde Duot grant parole est par le munde Ceu qui or est mer et «reine Eu i cels tems ert forest pleine....* • .

Mais cette forêt sous Avrancfies vers la Bretagne ne peut pas être une forêt qui couvrait l'étendue de la Baie : ce serait tout au plus un bois situé sur les bas terrains de Beauvoir, sur lesquels on peut concéder raisonnablement une invasion , sans admettre le bois de Sciscy.

Enfin, dans ces derniers temps, un savant a donné à cette hypothèse une forme scientifique qui pourrait séduire, si son érudition confuse n'était par trop moderne , et si , perdu dans les

i Voir le Cartulaire, au commencement, le premier Mss. du n° 34, et 1« na a4> Ces passages furent traduits dans le xvn" siècle par D. Huyncs et D. Le Roy. Le Ncuslria Pia, fondant ensemble plusieurs versions, affirme et nie l'existence de la foret. Mais ces autorités modernes n'ont pas de poids dans la question. — a Ap. M. de La Rue, Histoire des Joncteurs et Trouvères, etc. Voir plus loin pour Guillaume d« Saint-Pair. Rouault,cure de Saint- l'air au xvm« siècle , affirma, en ampliCant , l'existence de la forêt.

recherches physiques et géologiques', il ne confondait trop la possibilité du cataclysme avec sa réalité historique : nous voulons parler de Al. Manet , l'auteur de Y État ancien et actuel de la Baie du Mont Saint-Michel *. L'élégant ouvrage de Maxûnilien Raoul est venu après donner une certaine popularité a cette merveilleuse hypothèse3.

L'examen de la chronique du chanoine de Saint-Aubert nous semble à peu près avoir résolu la question et démontre mie la formation de la Baie du Mont Saint- Michel ne date point du commencement du vin* siècle. Cependant cette démonstratioa négative peut être complétée par des documens

positifs. Comme ils sont nombreux , nous n'emploierons que; ceux qui auront un caractère d'antiquité , c'est-à-dire qui précéderont ou suivront de près l'événement supposé.

Le silence des historiens contemporains sur une inondation qui aurait englouti un espace de quinze lieues carrées, est tout d'abord une forte présomption contre sa réalité : Fredegaire, Eginhard n'en ont pas parlé. La mention vague d'une chronique légendaire ne peut pas être non plus considérée comme le langage de l'histoire et l'expression d'un fait positif et important , et d'un souvenir terrible au point de vue humain , miraculeux au point de vue religieux.

Mais le chanoine du ixe ou du x* siècle , qui a écrit la phrase

i La question physique est un point que nous ne vot ions pas aborder : elle est au fond étrangère au problème. Cependant, cl c'est un des argument principaux de Maximilien Raoul , on se plaît à voir des traces d'inondation dans quelques bois épars qu'on trouve sur ia côte. Ces couarons, débris d'arbres du littoral) épaves, ou défense de digues, ne se trouvent que sur les côte» , et se trouvent sur toutes les côtes. M y a loin de ces petits empiétemeus , dont l'bisluite ne parle pas » à une invasion qui fait des Zuiderzées. — a M. Manet, né à Pou toi son , a passé sa vie à Saint-Malo. — 3 Sous ce pseudonyme se cache M. Le Tellier, de Marcey, au moins par sa famille, auteur du Y Histoire pib> tonsque du Mont Saint-Michel, avec les bonnes gravures de Boisselai,

sur laquelle on a bâti le système du cataclysme, est la meilleure autorité contre lui-même, ou plutôt contre ses interprétateurs. Il dit , quelques lignes plus loin , ces mots positifs : « Aubertus admonitus est angelica revetatione ut in jctm dkii summitate loci amstrueret in honore Archangeli adem ut cujus cœlebrabatur peneranda commemoratio in Oargani monte non minori tripudio ccelebraretur in pelago «. •

Fortunat , évôque de Poitiers , écrivit à la fin du vr siècle la vie de saint Pair , que nous raconterons plus loin. Ce récit précieux , qui établit à saint Pair l'existence d'un Famtm profani cultûs , détermine aussi l'état géographique de ce lien , qui ne différait pas de ce qu'il est aujourd'hui , c'est-à-dire qu'il le place au bord de la mer. En effet , saint Pair et saint Scubilion, son ami , qui habitait le monastère de Mandane *, étaient séparés par un bras de mer, d'environ trois milles: « Sed brachio maris opposito non vaimt nocturno temport transfretare. . . cum a se sancti fere triamillia spatio intérêt* sent*. »

D'Argentré dit que les Gallois s'établirent en Bretagne en 383, et cite un passage de Rois de Gildas, auteur du vr siècle, d'après lequel Maxime leur donna des terres depuis Yètang du Mont Jou ou du Mont Saint-Michel jusqu'à Nantes; « Dédit Mis multas regiones a stagno quod est super verticem Montis Jovis usque ad civitatem guœ dicitur Cantiguic et usque adtumutum occidentalem quod est supra Couerchidient\ *

i Mm. n* 34* — a Mandaninse monatttrittm. 11 est difficile de localiser ce monastère dé Mandane ou de Madwin : cependant, comme le corps de Scubilion fut rapporte de Mandane par un évêque étranger aux diocèses de Coutances et d'A Tranches, on peut le supposer en Bretagne. M. Manct, qui le nomme Manden, le place à Test de Sàiot- Malo. — 3 Fila S. Patenii apud Acla S. S. Ordinis B., tom. », à la fin. —4 D'Argentré, p. u. Dans la Driiennia de Camden ce passage

offre une variante : • Super montem Jovis ad tumulum oc-

cidtntatém id ut crut ocehidient. . C'est la-*cule mention ancienne que

V Histoire Littéraire des Bénédictins cite , d'après Mabillon , un anonyme , auteur de Y Apparition de saint Michel au Mont Twnba, que ce savant a cru avoir été un des chanoines de saint Âubert , appartenant à ce vm* siècle , et auquel il attribue du savoir et de la lecture. Ce contemporain serait une des plus grandes autorités dans la question ; mais nous n'avons pu nous procurer son texte que Mabillon a cependant édité , et que nous avions espéré trouver dans les Actes de saint Bénoît v sur la fausse indication de l'Histoire littéraire \

Un capitulaire de Louis-k-Débonnaire désigne le Mont Saint-Michel comme environné d'eaux stagnantes, d'un marais, mariscum. « Monasterium sancti Mickaelis Maresciprimi, ou comme lisent Baluze et André Duchêne, Maris pericuU, in latere Montis \ o

Le Roman de Brut, écrit par R. Wace, au xii* siècle, imitation d'un livre latin de Geoffroy de Montmouth , fondé sur les plus antiques traditions galloises , décrit la grève telle qu'elle est aujourd'hui. Des cavaliers, au v siècle, arrivent au Mont,

Que ou Mont S. Michtcl apele

Ni avait autel ne capelc

Del fluet dcl mer montant art clos3.

De môme dans le Roman de Rou :

nous connaissions du nom de MonsJovis applique au MontTumbe. flou» avions cru long temps que le nom de Mont Jou, comme le Mont Bden, était une invention de Deric, de Sainte- Fois , et de cette école romanesque d'an faax druidisme , a laquelle appartient ta Gaule poétique de Marcbangy.

i Elle indique Àct. B., tom. m. 83 et 84. Nous n'avons rien trouvé d'après cette indication. — a Baluze , tom. p. 590. Capiiulaires. — 3 Passage de la Légende de Toinbelaiucou Tombe Hclcne.

Li Muni S. Micbicl II moostra Flot de nier montant l'ariroune

Tous les noms topographiques des bords de la Baie , particulièrement les noms saxons qui datent du v* siècle , attestent la situation littorale des lieux qu'ils désignent 3.

Le Mss. le plus vieux de la bibliothèque d'Avrauches , du ix* ou du x' siècle , nous apprend qu'au commencement do vnr saint Àubert reçut de l'Archange Tordre de bâtir un édifice sur le Mont Tumbe 3 au milieu de la mer : « Admonitus est angeiica revelatione ut jam dicti sotmnitate loci sancti construeret in honore Archangeli œdem ut cujus celebrabatur commemoratio in Gargani monte non minori tripudio celcbraretur in pelago* », phrase précieuse que nous avons cru devoir répéter.

Le Neustria Pia, racontant la révélation faite à saint Aubert par l'Archange au moyeu du taureau dérobé, représente le Mont comme une ile : « Taurus in eadem insula a latrone furtim captus... quœ dum Epùcopus retulùset populo, ad iocum navigio accesserunt*. »

Sigebert, chroniqueur du xP siècle, parlant de la même révélation dit : « Monuit semel et iterùm ut in loco maris qui propter eminentiam sui tumba vocatur fundaret ecclesiam, volens talem venerationem sibi in pelago qualis exkibetitr sibi in Monte Gargano °. » Nous croyons ces citations suffisantes pour attester l'identité de l'état de la Baie avant et après 709. Cependant nous continuerons la série des temps par des témoignages antiques sur son état dans les x* et XIe siècles.

i Édit. Pliiquel, t. ii, p. 5ia. — a Voir te* communes de la côte. — 3 t Rinssi est appelée Tombe pour la bautece de li. • Ghron. de S. Denû, 1. v. Voir encore Recueil des HUt.de France Dom Bouquet, totn. ni , p. 63 1. «*- 4 Ce passage est aussi dans le Cartulaire, fol. x Terso. — 5 Pages >7*4 et 3;3. — G Ap> Ntustria Pia, p. 3jî, et Labbe, Chronohgia Mis t., tom. i", p. 558.

En 966 , le roi Lothaire rendit un Praceptum en faveur du Mont : « Situm in pelago morts . »

Raoul Glaber , historien du XP siècle , dit que le Mont est situé sur un promontoire de l'Océan 2. « Ecclesiam B. Michaelis cremari incendia : quœ scilicet constùuta in quodam promontorio iittoris Oceani maris *. »

Dudon de Saint-Quentin , son contemporain , représente le Mont au péril de la mer : « In periculo maris ecclesia monte posita 4. »

La charte du duc Richard , au commencement du xP siècle (1022) , prouve que Saint-Pair était au bord de la mer : « Abbatiam sancti Paterni... quœ temiinatur ab occasu mare OceanoK »

La Tapisserie de la reine Mathilde , œuvre du XP siècle , nous montre l'armée de Guillaume -le- Bâtard traversant la Baie, où plusieurs soldats, enlisés à l'embouchure du Couêsnon, sont retirés par Harold : » Et hic transierunt flutncn Cosnonis , dit la légende , el Haroldus trahebat eos de arenâ •. »

Nous croyons donc que ces simples et belles paroles , iusérées au xiP siècle dans le Gartulaire du Mont ont toujours été vraies : « Hic locus Tumba vocitatur ab incolis, qui tnmorein tumuli quasi ab arenis emcrgens in altum spatio duccntorirm

i Telle est l'expression antique et antérieure a celle de in perieuto maris. M. Laisné l'interprète par le plein de ta mer, comme leTteXaYO; Trjç Goc^aardYjÇ qui signifie la haute mer. Cependant , comme le Moût n'est point au plein de la mer, ne pourrait-on pas la traduire par plage de ta mer, plage venant de petagus? La langue romane avait le mot petagium quia cette signification, et le mot pelage pour exprimer le droit perçu sur les bateaux à la côte , à la plage. Voir Roquefort. — a A la ligueur, on peut dire encore aujourd'hui que le Mont est sur un promontoire , l'intervalle entre lui et la Rive étant aiie espèce d'isllime qui n'est submergé qu'après l'invasion du côlé de l'est. — 5 Historia Franc, lit. m. — 4 Duda de S. Qttinlino Ilisl» — 5 Foh i(i verso. — G Lancçlot , Acad, des Inscriptions»

cubuorum porrigitw , Oceano undiquc cinctus , angustum admirabilis insuie prebet s'patium, intcr ostia ritus ubî im-

Nous avons essayé de résoudre trois grandes questions qui se rattachent a Saint-Pair , l'ancienne circonscription et division de l'Avranchin , la direction de la voie romaine d'Alaunium à Condatc avec la localisation de Fanum Martis, enfin l'hypothèse de la forêt de Sciscy ; l'ordre des temps et des idées nous amène à la vie do saint qui donna à cette localité son nom et sa célér ité. Elle « été racontée par Fortunat, évéqoe de Poitiers , son contemporain et son ami : nous ne pouvons mieux faire que de suivre cette narration qui a tout le parfum de la poésie et de l'antiquité En éclairant la topographie et l'histoire locale, cette biographie nous rappellera cette grande époque primitive , toute d'action et de prière , épopée mêlée, de poésie lyrique, chantée par les hagiographes et les ascètes.

« Le très-saint évôque Paterne , citoyen de Poitiers dans l'Aquitaine, issu , dans l'ordre du siècle, de parens nobles, né pour l'administration publique , plus noble encore par ses mœurs , élevé avec distinction par sa mère Julita , veuve d'environ quarante ans, par une inspiration céleste, dès les années de l'enfance, montra la maturité de l'homme et désira porter le joug du Seigneur dans le monastère de Saint-Jouin,

i Cart. fol. 11 recto. — a Nous nous étions d'abord attaché a la Fie de Saint-Pair , par Rouault, curé; de cette paroisse, séduit sans doule par son apparence naïve et légendaire ; mais, en remontant aux sources, noua Pavons trouvée moins simplement naïve que les originaux, et beaucoup plus légendaire. Cet ouvrage oscille entre ta légende et l'histoire, sans poésie bien arrêtée et sans autorités positives. La Vie de saint Pair, dans les Boltandisfes et dans Baillet, n un caractère ptus Terme et plu» arrêté : ils ont raconté sur les originaux, Rooauft a fait nne amplification. Mabitlon ou d'Achery a dit de celte Vie de saint Pair : Ilote vita Van. Forlunali $(ilum et gravitatem tapit.

Bientôt élevé par son abbé au grade de cellérier , il montra dans ce premier poste qu'il deviendrait an grand pontife... Sa mère , voulant faire une tunique pour son fils , qui était déjà frère eoovers , plaça par hasard la toHe sur son toit : enlevée par un milan et portée dans son nid , après une année , elle fut retrouvée intacte , de sorte que ni la pluie de l'hiver ni la chaleur de Tété n'avaient pourri ni altéré sa trame : elle resta aussi entière que si ello fût sortie du fuseau de la filandière1.

» Ensuite s'élcvant à.une plus grande vertu avec les années de l'adolescence, franchissant les limites de l'enfance, il se concerta avec Scubilion , moine de la même cellule , et ayant abandonné leurs parens par amour pour le Christ , ils voulurent se faire ermites dans le pagus du Cotentin3, couchant sous le même toit , ne portant qu'un psautier. Alors Scubilion , quoique le plus âgé , voyant que le bienheureux Paterne devait être honoré scion ses mérites , pour égaler sou frère à lui-même , abandonna son pallium 3. Comme ils désiraient se retirer dans une certaine île pour la solitude4, un homme nommé Amabiiis , craignant Dieu , les retint en leur disant qu'ils auraient beaucoup de mérite à se confiner dans le /cumin de Scessiac*, et par leur intervention à faire cesser le culte diabolique que suivaient les méchans dans les erreurs du paganisme °.

» Alors il entra comme ermite avec son compagnon dans le réduit d'une caverne , creusée dans le flanc d'une montagne 7.

i Ae si tune fuso torquente de manu penduta tant fiée proetssisset. — a In Constantino pago, — 3 La tonique était l'habit des novices ; le pallium celui des parfaits » perfeclorum» — £ 7n quadam Insula de sidéraient accedore'. — 5 II est probable qu'il s'agit de Chauscy, dont le nom semble dériver de Scessîaeum. — 6 Ccntiti sub errore malt vencrabantur. — 7 Circa sinum montii in reeeptaeuto cavernes. Comme le sol de St-Pair est peu accidenté, il est difficile de préciser la montagne : il est cependant probable que la grotte de saint Pair était dans le monticule où est l'église.

Comme le peuple , selon sa coutume , s'abandonnait à des sacrifices exécrables auprès de son fanum, il fut averti par des hommes saints de ne pas se croire sauvé par de vaines pratiques4... Le peuple, méprisant irrévérencieusement ces hommes vénérables», exerçait opiniâtrement son culte. Alors le saint et son collègue armés autant de la ferveur de la foi que de l'étendart du Christ, s'approchant des vases où ils faisaient cuire leurs mets, les renversèrent avec leurs bâtons: ils voulurent même renverser leurs coupes , dédaignant le danger pourvu qu'ils combattissent en braves soldats pour le Christ , désirant le martyre... Ensuite comme ils revenaient à leurs injures , une femme se dépouille de ses vêtemens devant eux ; mais par une juste vengeance elle est saisie d'une maladie dans tous les membres. Pendant une année elle languit jusqu'à ce que le remède fût venu de la main d'où était partie la vengeance... Une fois, comme il ne leur restait que la moitié d'un pain , Paterne le donne à un pauvre. A l'heure du repas, Scubilion lui fait entendre qu'il faut manger, Paterne répond : le Christ , qui est toujours riche, prépare aux siens de la nourriture. Le frère reçut mal cette réponse... Cependant AVitherius , le premier de leurs disciples , leur apporta des vivres abondans. Comme ils manquaient d'eau, Paterne , comme un autre Moïse , en fit jaillir en frappant le sol avec son bâton3.

» Comme la renommée de Paterne croissait , le vénérable Generosus*, leur abbé, après trois ans , alla à la recherche de ses moines qui avaient si heureusement fui vers le Christ5. Les ayant trouvés , il reconnut que saint Paterne s'était en-

i Ne vana colendo se eredertt tattxtri. — a Reverendot vint irreverenter dôsplcient. —3 La tradition place l'endroit au Caillou-du-Thar ou Roche Sainte- Anne, et la source qui jaillit est cette fontaine renommée qui coule de ce rocher. Voir Rouault. — 4 Saint Généraux. — 5 Tarn benè ad Christum fugitivos.

chaîné dams les liens d'une vie pénible , car il ne prenait que du pain, de l'eau, et des légumes assaisonnés de sel. 11 éloignait de sa présence non-seulement la vue des femmes , mais encore celle des hommes, afin qu'isolé de tout le monde, il attendît avec impatience la venue des anges , et que la divinité s'accrût en lui 4e ce qui manquerait à l'homme1. N'ayant jamais de 1k, ne connaissant pas les couvertures9, ne couchant jamais sa tête sur la plume , il se contentait pour passer la nuit du vêtement du jour. Son abbé , voyant ces austérités au-delà de la règle, le rappela à des jeûnes modérés, lui ordonnant de ne pas être aussi étroitement reclus , et de visiter régulièrement , sur une voiture , les cellules qu'il avait lui-même construites * Pois rappelant Scubilion au monastère , il lui permit de revenir au bout de quelque temps auprès de son frère. Ensuite Paterne fut ordonné diacre et prêtre par saint Léonce , évêqoe de Goutances. Grâce à ces deux cultivateurs , un si grand fruit de grâce , né de la semence de la parole , se développa à Scessiac4 que le fanum du culte profane 5 fut consacré aux troupeaux , et que ce lieu de folie devint la retraite des animaux. Mais la caverne qui avait reçu de tels hôtes commença à se parfumer de l'odeur des plus belles fleurs, de sorte que , sortant de là comme de la maison d'un père et du sein d'une mère , nourris avec tout le neelar de la religion0, beaucoup d'essaims de moines se dis-

i Vt cresceret in divinitate quod deestet in homine. — a L'hymne du Bréviaire de Ceutances peint cette rie au*t£re de Scesuac : « Sunt domus rupet, lapides eubiie Lympha dat potum, eibus est tegumen:

Tegmen hirsutum laetrat caducot, Non foret arlut. • — 3 Intnper et cellutas qttas ipte construxerat in eurro vicibus visitaret. Ce» mot* prouvent que les cellules étaient éparses sur une grande étendue. Voir plus bas. — 4 Scctsiaco , véritable forme de ce nom primitif. — 5 Fanum eultût profimi. — 6 Cum ioiiue religUuitatie

persèrent. Enfin , dans les cités telles que Bayeoi , le Mans , Avranches, Reunes, beaucoup de monastères furent fondés au Seigneur par saint Paterne , dont la foi éclata par les œuvres, et dont la vie fut consacrée par des miracles.

» Aussi un jour à Scessiac , te prêtre Aroaste lui présenta sa servante qui était muette. Alors le saint homme lui prenant les lèvres ne pouvait lui desserrer les dents. Bénissant de l'huile , il en frotta les mâchoires qui rendirent nn bruit comme de chaînes brisées , et la jeune fille répondit à ses paroles.

» Une autre fois allant de Scessiac à Avranches , il demanda à son frère Scubilion de lui permettre d'emporter deux petites colombes qu'il avait lui-même élevées. Celui-ci refusa en disant : qu'an moins ces colombes me tiennent lieu de ta présence. Paterne lui dit : qu'elles restent auprès de celui qu'elles aiment le mieux. Lorsqu'il fut arrivé à environ dix-huit milles du monastère , au second jour de son voyage, les colombes volèrent vers l'homme vénérable et suivirent ses traces. Ainsi ces oiseaux, en suivant Paterne, avouèrent leur prédilection.

» Ensuite , sa renommée se répandant, il fut invité par les grandes "prières du roi Childcbcrt à venir à Paris, renfermé . dans un char couvert , vers ce glorieux prince. Dans le bourg de Mantes, un enfant avait été mordu par un serpent, et, comme il était sur le point de mourir , l'homme saint s'ap- . procha de lui. Faisant le signe de la croix et versant de l'huile , il le guérit par cet antidote du poison qui avait pénétré dans son corps. Dans ce lieu même on éleva une basilique au nom du Christ en témoignage de ce miracle. Les esprits immondes connaissant son arrivée à Paris s'enfuirent des corps qu'ils obsédaient. Ensuite comme le prêtre faisait une demande au roi , pour le soulagement des pauvres, le glorieux Childebert or-

nectarc. Dans toute cette poésie règne une grande confusion de l'image et du «eus propre, par exemple txamln* fundarentuu

donne a Crcscentius, à qni le soin des affaires était confié, de donner an B. Paterne ce qu'il demandait Celui-ci promettait d'obéir , mais il mentait : étant parti pour la Bourgogne, à Tinsu du saint, Crescébtius erra, pendant deux jours, frappé de cécité. Reconnaissant sa faute , pour laquelle une obscurité profonde était tombée si soudainement sur ses yeux , étant revenu promptement , il obtint sa grâce , et en même temps que le péché sortait de son cœur , la lumière rentrait dans ses yeux. Plus instruit après sa cécité , il remplit les ordres du serviteur de Dieu , de sorte qu'on pouvait croire qu'il avait plutôt reçu les lumières de l'âme que celles du corps.

» Comme Paterne s'acquittait des vertus d'un abbé, à l'âge de soixante ans , et qu'il reposait dans la cellule qu'il avait bâtie à Sessiac * , dans une certaine nuit, ce lieu lui sembla inondé d'une clarté merveilleuse, et, venant vers lui, des saints qui étaient allés vers le Seigneur , les évêques Melanius , Léontius et Vigor , l'ordonnèrent pontife par révélation. Alors stupéfait , mais se renfermant en lui-même , il garda le silence , mais il prouva plus tard la vérité de la vision. Car peu de temps après , à la supplication tant du peuple que du prince , il succéda à Avrancbes au prélat qui mourut. Devenu pontile , il se livra tellement à la restauration des églises, ou à leur complète édification , à la réparation des maisons religieuses ou au soulagement des pauvres, qu'il était admirable en chaque chose et habile dans toutes3.

i Qtmm primùm œdificaverat Sessioci. — a In singulis mirabilis et omnibus singutaris, jeu de mot» difficile à traduire. Nous passons uo miracle opéré sur une femme de Rennes, h'Teudcciac, localité qui nous est inconnue , mais qui nous suggère une remarque : c'est que les localités de ces temps a demi-celtiques ont presque toutes la terminaison acut : ainsi dans TAvranchin, Austeriacut, Patricliacus, Sessiacus, qui, selon l'usage, devinrent Aastry, Patry, Sessy. t. i. 39

» Comme l'homme de Dieu accomplissait sa 13e année de pontificat, le second joor de Pâques, comme il désirait visiter ses frères à Sessiac , il tomba dans la maladie. En même temps Scubilion tomba dans la maladie dans le monastère de Mandane *. Ils se dirigent l'un vers l'autre , pour se voir encore avant de sortir du siècle. Alors des envoyés se croisant avertissent Scubilion de venir an-devant de son frère : mais, un bras de mer s'y opposant , il ne put passer pendant la nuit Cependant comme les saints étaient distans d'environ trois milles , dans la même nuit , le B. Paterne avec son saint frère , dans un noble triomphe , et un heureux voyage, an milieu d'un chœur d'anges , dans une céleste assemblée , exhalèrent de la terre leurs pieuses âmes vers le Christ.

» L'évéque Lauto3, qui était venu huit jours auparavant a Sessiac pour les visiter , conduisant les funérailles du 8. Paterne à la basilique de Sessiac3, et l'évéque Lascivius conduisant le corps de Scubilion a la même basilique, comme les deux chœurs faisaient entendre leurs chants , se réunirent en un seul cortège , sans l'avoir prévu ; et ce lien de prière que les saints avaient bâti , ils l'occupèrent également le même jour dans cet heureux voyage, afin que l'accident de la mort ne séparât pas ceux que toujours une même vie avait unis ; et l'un fut enseveli avec l'autre dans le même monument, puisque l'un avait suivi l'autre dans son pélerinage4. •

Telle est la vie de saint Pair racontée par Fortunat , que nous voudrions avoir rendue avec la simplicité dont il l'a empreinte : telles sont ces Fleurs des Saints, qui naissaient sans effort et sans culture dans les livres ascétiques des premiers temps , et qu'ont altérées les hagiograpbes modernes , Surius, en éteignant leurs couleurs, Baillet, en les effeuillant,

i Mandanemt monatttrto. — % Saint Lo. — 3 Cum ad BasUicam Settiaco B. PaUmm dtduartt. — 4 Acta, Ban, ne, u , p. 1 100.

Rouault, en les enguirlandant de ses fastueux bouquets*.

Fortunat , poète important dans la littérature de cette époque, où la latinité païenne s'effaçait devant la latinité chrétienne , a consacré la piété de son ami par des vers qui ne sont pas exempts de recherche , mais qui ne sont pas dénués de grâce :

Ad Paternum abbalem* « Bominis auspieio futgmt tua farta, Paterne, Munere qui proprio te faeis esse pat rem. Servi tii nostri non immemor omnia prœstas. Et tibi devotis das pia vota tibens, * Ut bona distribuas modo qui tam prompt us haberis, Vndé magis prœsies, amplificentur opes* •

Et dans une antre Epigramme':

« Paruimus tandem jussis , venerande sacerdos :

îiominis Ofpctis jurv , faicmo, regis.

Qui propriis meritis ornons attaria Ckristi,

Tàm prece quàm voto das p lotit ura Deo. Supplico t cède tamen, si quid me forti fefeiiit :

Nam solet iste m cas crror habere manus. Obtineat suppléa; modo pagina missa sa lut cm :

Hœc quoque eum reliquis me memorart vêtis*. •

Les Annales ecclésiastiques ont encore consacré le nom de saint Pair. Il souscrivit au premier concile de Paris , en 557, avec beaucoup d'illustres prélats. Pair brillait entre tous : « Prœter alios sanciitaie Paternus conspicuus extitit episcopus Abrigetisù*. »

Le saint le plus renommé de Saint-Pair , après le patron

i Surius a mis cette poésie en prose ; Baillet y a substitué la dureté d« ta critique et la gravité de l'histoire ; Rouault en a fait une déclamation. — a Epigramme dans le sens antique, comme lesEpigrammes de l* Anthologie. — 3 Carminum, Rb. ix. — 4 Baronius. Annales, I. vu.

n'est pas saint Scubilion, comme on le pourrait croire : c'est saint Gaud. Ce serait ici le lieu de raconter sa vie ; mais outre que nous en dirons quelque chose en décrivant sa chapelle, elle ne se recommande pas par un caractère original et authentique.

Après que les Paierons, les Scubilio, les Gaudus , les Laudus, les Senator, les Aroastes eurent vécu dans celte Thébaïde , cette terre des ermites et des miracles devint un sol sacré , placé à la limite de deux pagus et de deux diocèses , le but des pèlerinages , la terre sainte du pays.

Une église s'éleva en l'honneur de saint Pair : Fortunat l'appelait une basilique. Le saint y reposa auprès de saint Gaud et de saint Aroasle. Le corps de son cher Scubilion fut déposé dans le chœur auprès de lui : « Ut qid in vitâ affectu et oratiomtm communione non fuerant divisi in morte non sépararentur1, e Saint Gaud eut aussi son oratoire qu'on voit encore. L'archange saint Michel , dont ce lieu devint la propriété au commencement du x* siècle , fut honoré dans une chapelle , sur laquelle s'éleva plus tard le presbytère de Saint-Pair : quam Thomas de Vincheneys fecit fieri supra muros capelle sancti Mïchqclis Sur la plage s'éleva la chapelle Sainte-Anne , puis sur un mamelon , au bord de la Mare de Bouillon , la chapelle du Petit-Monastère , ou l'église de Quéron.

A saint Pair , dans la lin du yi* siècle , succéda saint Sérier , dans cette dignité d'abbé que Venantius Forlunat attribuait au fondateur 3. L'histoire ne parle plus du monastère : il est probable qu'il fut absorbé dans celui que saint Aubert fonda sur le Mont Tombe, ou ruiné par les Normands. Toutefois le nom d'Abbaiiam sancti Paterni lui restait encore au commencement du XIe siècle.

i Brtviarium Consi. die a3 $ept. — a Livre Blanc, fol. *8 r*. Voir plut loin. — 3 Ad Paiernum abbatem Epigramma Vcn* For l un. iib. «.

Au commencement du vin* siècle , saint Aubert délivra cette côte d'un dragon : on sait que les bêtes , détraites par les saints , figurent généralement le paganisme aboli , métaphore matérialisée dans la suite par une interprétation littérale Il s'agit sans doute de quelque reste d'idolâtrie aboli par saint Aubert : en effet , le druidisme persista encore si long -temps qu'il y a des prescriptions contre le* culte des pierres dans les Capitulaires de Charlemagne.

Dans le xr siècle , le diocèse de Coutances fut horriblement ravagé par les Normands. Les églises et les monastères souffrirent surtout de leurs dévastations. Dans le Cotentin ils pillèrent plusieurs abbayes, entre autres celle du Ham : « Li Hamaveit riche abbéie2. » « Anno 865, secundo. Rollonis ebulUente persecutione tota Neustria... Sacra Comtantiensis ecclcsia funditus evertitur... Constantinus pagus chrùticolù vacuus erat et paganismo vacabat. "Wace désigne clairement le rivage oriental de la baie comme le champ des ravages des hommes du Nord :

• E le riraige contre mont De si kc en Bretaine sont •

Le monastère de Saint-Pair fut enveloppé dans ces ravages ; car nous le trouvons dans le domaine des ducs de Normandie4; mais les Normands convertis devinrent des chrétiens aussi ardens qu'ils avaient été païens fanatiques. Rollon luimême fut un bienfaiteur du Mont Saint -Michel , et un de ses

i La sculpture a matérialisé souvent cette idée. Le monstre enchaîné sur le portail de l'église romane de Sainte-Croix à Saint-Lo n'a pas d'autre signification. Voir, pour ce miracle de saint Aubert, l'article de Saint-Nicolas. — a Rob. Wace , Roman de Rou. — 3 Roman de Rou , v. a8o ; c'est-a-dire : Et le rivage vis-à-vis des lieux qui sont en Bretagne. Voir l'article de Vaios. — 4 Baitlet dit positivement qu'il fut détruit par les Normands. Vie de eaint Pair.

petits-fils , le duc Richard II , réparant les torts de ses pères , donna à ce monastère cette terre ravagée par eux , cette localité de Saint -Pair qui faisait partie de ses domaines. Les religieux inscrivirent dans les premières pages de leur Cartulaire , avec l'image solennelle de la donation , la charte que le duc Richard leur octroya en 1022 , et dont nous détachons ce qui est relatif à Saint-Pair.

« Ego Ricardus... pœnas infemi cupiens effugere etparadysi gaudia desiderans habere trado loco S. ArchangeU Michaelis sito in monte qui dicitur Tumba abbatiam S. Paterni sitam in pago Constantino quœ terminatur ab oriente via puplica (sic) tendente Constancias , a Septemtrione rivuto nomme Venleio , a meridxe fluviolo nomine Tarn , ab occasu mari Oceano que dicitur Catsoi cum ter-

ris cultis et incultis , cum ecclesiù et molendùtis , cum pratis et silvù »

Ce titre d'Abbaye, appliqué à Saint-Pair, consacrait sans

i Cariai, du Mont. Cataoi est Chausey. Le* lies de Jersey, Guernescy, Chausey portaient, au xn« siècle , le nom de Caisoi, Gersoi, Guernoroi. Ici le Thar est appelé Tarn , comme l'affluent de la Garonne. C'est le nom primitif": une autie expression confirme cette forme, c'est le nom de son affluent, le Tbarnet : • Inter Thar et Thar*e*iam », dit une charte de it66, insérée au Cart. du Mont et de la Luzerne. On pourrait croire, et M. Le Canu l'a cru (p. 47->), qu'il s'agit ici de la Ventée, grande rivière à large embouchure, un astuaire, qui se jette dans la mer au nord de Bréhal , et que VMbbatia S. Paterni renfermait un grand territoire , qui serait représente aujourd'hui par une dizaine de communes ou fragmens de communes II est à priori difficile de croire à une si grande étendue. Ensuite l'expression même de riva Ut nomine Fenteia, en contraste avec le fluviolo nomine Tarn, prouve qu'il s'agit d'un faible cours d'eau , et ce ne peut être que la rivière de Saint-Pair, appelée Saigne par Casaini. La Venlée du texte est plus petite que I*: Thar : la Venlée d'entre Bréhal et Lingieville est beaucoup plu* considérable.

doute plutôt un soutenir qu'un fait actuel, et nous ne le retrouvons plus après cette époque. Quéron rappelait aussi un souvenir monacal, car il était appelé « ecclesia N. D. de Porto Monasterio*. » Propriété du Mont Saint- Michel , et prieuré de l'abbaye , baronnie , centre religieux entre deux diocèses, but de pèlerinages , Saint-Pair s'éleva à un haut degré de prospérité, et devint, sinon une ville, au moins un de ces gros bourgs du Moyen -Age, qui ne différaient des villes qu'en ce qu'ils n'étaient pas clos.

Dans le xi* siècle , Saint-Pair donna un guerrier à la Conquête : il est cité dans la liste rimée de Brompton :

Crenawel et Sciât Quentin Deoeroux et Seiut Martin Seint Mor et Seint Léger Seint Vigor et Seint Per K

Il est probable que ce fut aussi sur ce rivage que furent construites les six nefs que l'abbé Ranulphe envoya en Angleterre avec des moines dont quatre devinrent abbés 3. C'est à la fin de ce xr siècle ou au commencement du suivant que fut bâtie l'église dont nous voyons encore des restes et qui fut le développement d'une église antérieure , celle de Yabbatia donnée par Richard. Ce n'est pas rompre la série des faits que de placer ici l'esquisse et l'histoire de cet important édifice *.

i Mm. du Mont Saint-Michel , n« 14. — a 11 ne serait cependant pas impossible que ce fût le seigneur de Saint-Poix ou Saint-Pair, ou Saint-Paterne, arrondissement de Mortain : Saint- Pair «ur-Mer n'avait pas d'autre seigneur que le Mont Saint-Michel. Crenawel est probablement GranTilte, Seint Quentin probablement Saint-Quentin, du canton de Docey. Seint Mor, d'où est venu le nom de Seyroour, est Saint- Maur-dcs-Bois. — 3 Voir Saint-Plauchers. — 4 H » été l'objet de quelques observations de M. de Gaumont dans le Bulletin Monumental > tom. m, et d'un Mémoire de M. Hantraye, inséré dans le premier volume de la Société d* Archéologie tfÀvranchet.

L'église de Saint -Pair s'élève, en face de la mer, sur un petit coteau qne baigne la Saigne ou Venlée , et qui, correspondant a la Roche-Gautier, enferme avec elle le terrain plat appelé la Miellé. C'est on des plus beaux sites de ce magnifique littoral qui associe la variété et la grandeur : c'est encore un beau Heu pour la pensée religieuse; une église et la mer, c'est deux fois l'idée de Dieu. La vague vient battre à quelques pas du cimetière : au-dessous de l'église sont les ruines d'un château-fort. Le sol du cimetière s'est considérablement élevé et on descend dans la nef par plusieurs degrés. On reconnaît de loin cette église à sa flèche tronquée , que décapita un ouragan mêlé de foudre, il y a environ soixante ans. La vue de ce cône tronqué , de cette flèche arrêtée dans son élan, est pénible à l'œil et à la pensée'.

Cette église offre l'alliance du roman et do gothique. Nous analyserons d'abord la tour , puis la nef, enûn le chœur.

La tour est la partie la plus belle et la plu* entière de l'édifice. Elle a tous les caractères d'appareil et de lignes de l'architecture romane , et un ancien manuscrit latin cité par Rouault assigne l'année 1131 pour date à sa construction: « Dans le temps que Henri Ier duc de Normandie , fils de Guillaume-Longue-Épée régnoit glorieusement en Angleterre, sous le pontificat de Richard de Bruère, évêque de Coutances, en l'an 1131 , il y avoit un nommé Gautier, curé de Saint- Pair sur la mer , homme très- zélé pour son église, qui exhortait souvent ses paroissiens à faire bâtir une tour ou clocher. Il entendit uue nuit une voix qui lui dit de commencer son ouvrage sans se mettre en peine de la réussite. Aussitôt que le jour parut, il alla se prosterner devant l'autel de saint Pair. Ayant fini sa prière , il entra dans l'église un homme autant

i 11 y a lieu de n'étonner qu'un ne reconstruise pas la pointe de celte pyramide, mu tout lorsque le* pierre* du sommet, assises ëtoilées d'une pyramide octogone, gisent dans le cimetière et dam» la nef.

distingué par sa piété que par sa naissance , nommé G. Piquerelie , son paroissien , auquel il communiqua en secret ce qu'il avoit entendu. Celui-ci conseilla à Gautier d'en conférer avec son vicaire appelé Pierre. Ce qu'ayant fait , ils gardèrent la chose secrète dans l'espérance que Dieu manifesterait sa volonté. Gautier entendit encore vers le milieu de la nuit suivante la même voix qui lui dit de commencer la tour : « Tu trouveras dans l'église un trésor plus précieux que tout l'or et l'argent du monde. » Gautier communiqua la chose à ses paroissiens le dimanche suivant ; mais, s'étant élevé un tumulte entre les délibérateurs, l'affaire demeura indécise. Quelque temps après la même voix s'étant encore fait entendre à Pierre, vicaire de Gautier , il n'en fit rien connoître à personne , de sorte qu'on ne pensait presque plus à la tour , lorsqu'il arriva dans la Semaine-Sainte que le vicaire entendit la même voix qui le menaçait de le punir , et au même moment il se sentit frappé au visage jusqu'au sang et il reçut quelque perte dans ses biens. C'est pourquoi il communiqua tout à Gautier qui engagea les paroissiens à contribuer à l'accomplissement de son dessein. A quoi les paroissiens répondirent qu'ils feroient chacun leur pouvoir pour l'ouvrage que Dieu demandoit. Ce qui fut arrêté le dimanche dç Pâques de 1131 » Le même manuscrit apprend en même temps le nom de l'architecte : il s'appelait Robert de Haute-Maison 3.

Il résulte de cette histoire qu'avant ce xir siècle il y avait une église sans tour. La charte de Richard , la Vie de saint Pair et plusieurs autres inductions ne permettent pas d'en douter. Celte église n'a pas laissé de vestiges sensibles. Malgré cette charte , l'église de saint Pair n'aurait pas appartenu au

i Rouault, VU de S. Pair et de S. Caud. — a Ce nom de métier, de confrérie, ferait croire qu'il appartenait a une de ces association» mireligienses , mi-laïque», qui bâtissaient les édifices, presque Uni» anonymes du Moyen- Age, et qui s'appelaient les Logeur* du Don Dieu.

Mont à cette époque , si nous en croyions dom Le Roy qui dit que le patronage de Sartilly et de Saint-Pair lui fut donné en;il58 « ; .niais le Cartulaire ne cite que Sartilly.

Élégante et régulière , même en moyen appareil , cette tour offre un évident caractère d'unité , que déparent tontefois ses quatre clochetons qui ont dû être ajoutés après coup; mais elle n'apparaît pas dans son port primitif, l'exhaussement du chœur et de la nef ayant dévoré une partie des faussesbaies et alourdi son mouvement Ces fenêtres simutées , d'une courbe gracieuse , rappellent celles des clochetons du portail de Pontorson K Au-dessus s'enfoncent sons leurs profondes voussures quatre belles ouïes géminées dont chaque division est formée par une colonne robuste et trapue. Sous la corniche règne une ligne de modillons sans images , ou rendus frustes par les érosions du vent marin. Sur cette base carrée, s'élance, par une hardiesse encore nouvelle au xir siècle, une flèche octogone dont les angles sont accusés par un tore. La tour elle-même repose sur quatre massifs , sur les faces intérieures desquels s'appliquent deux colonnes élevées , séparées par un pilastre , appuyées à une base simple , mais dont les chapiteaux sont historiés de crosses végétales , de feuilles de chêne, de cônes de pin, de grappes de raisin. En somme, cette tour présente le double caractère de son époque de transition , le roman pur avec ses formes solides , sévères et trapues , représenté par la tour et ses bases , et des élémens de transition qui tendent vers un nouvel ordre de lignes, représentés par la flèche élancée et les colonnes élevées des piliers intérieurs. Quelques plaques de maçonnerie de la nef où l'arèle est irrégulièrement dessinée , les pierres angulaires de la face occidentale , la croix ronde du cimetière composent avec la tour les restes de l'époque romane. Mais l'objet le plus an-

i Mm. de D. Le Roy. Livré des Curieuses Recherches. Cari. Fuie, raganctlus ecc. de Sartilleio. ii58.— a Voir cette commune.

tique de cette église , ce sont les fonts baptismaux. C'est une cuve simple, carrée , insculptée de glyphes hiératiques , croix latine, croix de Jérusalem , oiseaux qui rappellent la colombe symbolique. Cette pierre est assurément fort antique , et la plus vieille de l'arrondissement , puisque la Vasque de l'île Saint-Samson , auprès de Pontorson , n'en est pas 4.

La nef a été refondue à diverses époques. L'époque romane y est attestée par des plaques d'appareil irrégulier en arête de poisson , par deux fenestrelles bouchées , et par quelques pierres angulaires. Sa face occidentale est pleine et opaque , et son gable est légèrement en retrait sur la base. Sa. partie intéressante est son porche latéral , voûte ogivale obtuse posée sur des colonnes courtes et ramassées : cette œuvre , d'une transition prononcée, doit être de la fin du xir siècle. Par l'effet du temps ou du mouvement du sol, il dévie d'un angle de plusieurs degrés. Profondément enterré, il ressemble à l'entrée d'une crypte, dont il a les formes robustes et trapues. A l'intérieur trois colonnes dégagées , de chaque côté , et deux d'un module plus gros vers la face extérieure , soutiennent la corniche. Sa porte intérieure semble appartenir à la Renaissance : elle rappelle celle de Granville. Un chambranle arrondi qui monte le long de ses jambages se replie en zigzags dans le linteau supérieur , comme si la pierre flexible eût plié sous le faix.

Le chœur appartient à trois époques représentées , la première par les colonnes, la deuxième par la voûte, la troisième par les fenêtres et les contreforts. Ce chœur est vaste et beau: il occupe plus du tiers du plan général. Sur chaque face sont appliquées, à demi-engagées, quatre colonnes d'un caractère de transition , romanes par le fût , gothiques par le chapiteau : c'est la fin du xii" siècle. La Flore de ces chapiteaux est d'une remarquable élégance , et le granit en est si bien fouillé que

i Voir celte commune.

le Mont Saint-Michel lui-même n'a rien de supérieur sous ce j rapport. Ce sont des couronnes délicatement ouvragées, une fili^râoc ffliouticuso où s'â^encent hâriQooicusocQdi^ des i*3— meauxf des feuilles et des fruits, branches de chêne glandées, pampres d'une végétation luxuriante. Une figure est encadrée dans des touffes de feuillages ; c'est un homme nu suspendu dans ces rameaux enlacés : en face était une figure sem- ! blabie , mais elle a été brisée. Nous trouvons là ces nudités que la statuaire gothique aimait à mêler, avec ses grotesques, aux représentations ascétiques. Ces frêles découpures portent des traces de mutilations1. La voûte élevée est divisée en trois travées par des arceaux prismatiques, nervures souples et hardiment filées qui s'encorbellent sur des anges , porteurs de phylactères ou d'écussons. Les points d'intersection sont ornés d'une rosace , de deux statuettes , celle de saint Pair et j celle de saint Gaud , et par des écussons parmi lesquels brille l'écussou squammé et fleurdelisé du Mont Saint-Michel. La fenêtre orientale , splendide mosaïque autrefois , aujourd'hui bouchée, appartenait, d'après son gable extérieur , à l'époque de la voûte, c'est-à-dire an xve siècle. Maintenant, une mau-" vaise toile tient lieu d'une fenêtre où flamboyaient les lignes de l'architecture et les couleurs de la peinture. Au xvir siècle appartient le reste du chœur , c'est-à-dire les murs des entrecolonnemens , les fenêtres trilobées , et les trois contreforts à triple étage , objets qui n'ont de valeur que parce qu'ils rappellent l'art d'autrefois.

On lit dans un ouvrage dè Rouault 2 : « Pendant le pontificat de Roger, le chœur de l'église de Saiut-Pair fut bâti eu

i Nous assignons celle époque à cet colonnes, après un exatnea attentif, quoique une grande autorité, M. de Canmont, les date du »■¥• et même du sv« siècle. (BulUtin Monumental, tom. ni.) — a Hist. abrégé* dit Évéqua de Coutance* , p. 176, et aussi dans M. Le Caou, P. 47».

Ma- , comme il paraît par le chiffre gothique gravé avec le mot Dies sur une pierre de tuf qui sert de base à une des arcades. » D'abord un chiffre gothique ne peut dater de 1114, et il n'a dû être écrit que quelques siècles plus tard. Ensuite le caractère indubitable de son architecture refuse au chœur entier cette antiquité ; si cette date a de la réalité , elle ne pourrait s'appliquer qu'au chœur primitif qui a précédé celuici , dont la zône la plus antique ne peut elle-même remonter aussi haut

Dans ce sanctuaire on voit les deux tombeaux de saint Pair et de saint Gaud. Ce sont deux cénotaphes3 sur lesquels sont couchées les statues des deux saints en habits pontificaux , mitrés et crosses, la tête appuyée sur un coussin affaissé. Elles sont d'un bon travail , et ne paraissent pas antérieures au xvr siècle : l'inscription gothique, S. Pater et S, Gault, qui est à leurs pieds , ne permettant pas de les reculer beaucoup plus loin. Les manipules semblent être des additions assez récentes. Les crosses sont en bois. « Non-seulement, dit M. de Caumont, elles sont du même artiste , mais on n'a pas cru devoir leur donner une figure différente d'expression , de sorte qu'on serait tenté de regarder ces deux figures, couchées côte à côte , comme une double représentation du même homme3. »

On pourrait s'étonner de ne pas trouver de dalles turau-

1 Les anciennes statues de Saint-Pair ont été ou brisées on enter* réos. On voit encore une jolie statue de sainte Barbe. Bouault parle d'une porte qui s'ouvrait au midi, entre la nef et la tour, devant le tombeau de saiut Gaud : elle n'existe plus. — a Les reliques de saint Pair, saint Sénier, saint Scubilion ne sont à Saint-Pair qu'en partie. M. Le Ganu, p. 5j3. Ces tombeaux sont appelés cenotaphia , dans une note des Bénédictins, à la Gn de la Vie de saint Pair. n« siècle, p. i to3. Saint Sénier fut aussi plus tard enterré dans ce sanctuaire : c In Sessiaco mowulerio migravit i vita, in r.ujus morte cœlcitcm angeforum eoneentum monaehi audiêrunt. » Drw. Itollu 16 sept. — 3 Bulletin Monumental, tom, m.

laires dans le chœur d'une.cglise aussi ancienne, qu'administrèrent des prieurs distingués , dont un devint abbé du Mont Saint-Miche), Le Bréviaire du diocèse en donne la raison : Saint Lo conçut un si grand respect pour le chœur de cette église , rempli de corps saints , qu'il défendit d'y inhumer personne

Toutefois , il y eut une solennelle exception. Quand saint Sénier eut expiré entre les bras de saint Romphaire , celui-ci l'inhuma dans l'église de Saint-Pair , entre saint Gaud et saint Aroaste , devant les tombeaux de saint Pair et de saint Scubilion2. Aussi ce chœur, le cimetière des saints, était-il au Moyen-Age le but des pèlerinages , et le théâtre des miracles3. Saint-Pair et le Mont Saint-Michel étaient les lieux consacrés par leur sainteté, toutefois à des degrés divers , et avec toute la différence qu'il y a eutre un bienheureux et un archange4. Au Mont, les moines chantaient cette antique prière :

• Signifer exereitus Angelorum Michaol Bege nos in pretio fidtli patrocinio Debettaturus hottem apostatam Ad laudem summi régis et gbriam* O ierarcha Michaet averte a nabis divine

i Brev, Consl, a5 sept. — a Abrégé de P Histoire des Évêques de Cou tances , p. toi. Brev, Bot h. 16 sept. — 3 11 y arait autrefois beaucoup d'cwvoto a Saint-Pair. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'un joli n a rire et une mauvaise peinture représentant une guérisou. Rien de plus étrange que la chasse des Bienheureux, couverte de syrènes, d'angea cupidons, de volutes, etc. A la vue de ce paganisme enjolivé , on a peiue à croire qu'en ce lieu les cénobites chrétiens convertirent les prêtres d'un Fanum romain. — 4 C'est cette vénération qui a fait dire à Nodier de sa Fée aux Miettes : « Elle passait souvent ses nuits en prière à l'ermitage Saint-Paterne. •

Plagat iraeundie Et pro caritate rea Pruinetus cîrca pectue tema aurea ». •

A Saint-Pair , on chantait cette hymne du patron , dont tîeux strophes associaient le doobie souvenir de la cellule de Termite et du siège de i'évêque :

t Sunt domut rupes , lapides cubiU.n.

Tuque quant eurà propiore serval Civitas felix, quoties, Abrinccc etc.* .

Si le chœur de Saint-Pair ne renferme pas de dalles tu malaires , si la nef en renferme peu , c'est que cette paroisse avait, outre son cimetière *, un champ de sépulture. Au bord de la route de Quéron , en face de l'ancienne Audience de la Baronnie, est un terrain appelé Chelous, dans lequel on trouve fréquemment de ces sarcophages , si souvent employés pour les sépultures dans tout le Moyen-Age , et que Ton a faussement pris pour une composition 4 , puisqu'ils sont on agrégat de fossiles. Ce sont des cercueils de ce tuf qu'on exploite encore particulièrement à Sainteoy, entre Carentan et Périers. Cette pierre ne se trouve que dans ce quartier pour toute la Manche , et on rencontre partout un si grand nombre de ces sarcophages, que ce terrain devait être le théâtre d'une vaste exploitation, d'où les cercueils se répandaient dans toute la Normandie. Nous avons encore vu dans le champ

i Prière a saint Michel , notée en lettres et en signes toniques. Mss. du xi* siècle , n# 34. — a Office de saiot Pair. Brev, Consi. — 3 On remarque quelques tombes dans le cimetière, celle de H. de Gatigny, capitaine deftégate, mort en 1828; celle de M"- de Vallefleurs, 1818; et cette inscription : « Cy gît, victime d'un accident funeste, à l'âge de 24 ans , Alfred Duhamel, fils de M. le baron Duhamel. • — 4 C'est dans cette idée que Rouault a dit que lès restes de saint Pair et de saint Gaud icposent dans des tombeaux de ciment.

Chclous des fragmens considérables de ce travertin des sépultures.

L'église de Saint-Pair était an Mont Saint-Michel. Les Registres de l'évêché de Coutances détaillent ses revenus , le Livre Noir, registre du xii* siècle , sous une forme concise : « Ecclesia S, Patcrni abbas Montis S. Michaelis patronus percipit omnes garbas et duas partes décime piscium, Rector residuwn et valet L lib. Abbas Montis. L lib. ' », et le Livre Blanc, Pouillé du xrve siècle, avec les détails suivans qui annoncent une progression sensible dans la richesse du Prieuré :

« Abbas et conuentus de Monte Sancti Michaelis in périculo maris sunt patroni ecclesie de Sancto Patemo supra mare et percipiitnt totas décimas btadorum in dicta parrochia crescencium et décimas Uni et canabi et décimas noua* lium; percipiunt etiam duas partes decimarum piscium et quatuor libras annue pensionis ad Pascha. Pars dicte parrochie proucntuum et reddituum ad rectorem ipsius ecclesie pertinentium valet qmnquaginta libras et hoc in mimais decimis videlicet oblationibus sepulturis in décima agnorum lanarum et aliorum ad altalagium pertinentium rector habet terciam partem decimarum piscium quos sui parrochiani capiunt ubicumque et habet unam peciam terre de elemosina et cameram quam Thomas de Vincheneys fecit péri supra muros capelle Sancti Michaelis 2. Idem rector soluit procapa Episcopi sex decim solidos collectos per decanum dicti loci ex consuetudine antiqua et decem cenomon. pro Chrtsmate ad synodum Pasche pro circata 8 decem et nouem cen 4. »

Eu 1154 , le prieur de Saint-Pair s'appelait J. de La Porte;

i Fol. 39 v». — s Voir le presbytère. — 3 La Cerclée ou Chapelle de la Vierge de la cathédrale de Coutances, bâtie à la fin du xiv siècle par Sylvestre de La Cervelle , originaire de l'Àvranchin , de Saint- James ou de Villiers. C'est là qu'on faisait l'appel des curés au Synode de Pâque. — 4 FoL a8 t:

il figure dans une charte (le la Luzerne : « Fratrem Joh. dictum de Porta, priorem nostrum de S. Paterne supin mare. . . Prière de S. Paterne tenente vùionem divisionuni \ *

En 1250 , l'archevêque de Rouen Odon Rigault, visitant les monastères et les églises de la Basse-Normandie , vint à Saint-Pair , et il consigna sur le livre de ses visites le résultat de son inspection : « XYI kaL septembris apud S. Paternwn €um expensis prioratus : ibi surit duo monachi de Monte S. Michaelis in periculo maris; cames comedunt et utuntur ctilcitris ; usum predictorum eisdem ùuerdixùnus. Habent in redditions circa mille libras , de quibus reddunt monasterio suo XL; octingentas libras debent a. »

Il visita encore ce prieuré en 1266. Il y trouva deux moines qui y étaient depuis peu \ D'après le Livre des Constitutions, le«prieuré de Saint-Pair était taxé à 65 liv. vers cette époque *.

A la Gn de ce xnr siècle , le prieur s'appelait aussi Jean de La Porte. C'était un personnage fort distingué , qui devint abbé du Mont Saint-Michel5. Il serait intéressant de con-

t Dan» un bornage, ce prieur douna l'alignement. i3oa. — a Visites d'Odon Rigault, fragmeos publiés par M. deCaumont,p. 18. — 3 Page 5*7 du Mss. de la Bibl. roy. M. Bonnin est sur le point de publier en entier le texte d'Odon Rigault. Le Mss. a 766 pages petit in-K — 4 Mss. n« 34, p. 34t. — 5 Un double fait, relatif à J. de La Poite, prouve toute la célébrité du Mont Saint-Michel à cette époque. La reine de France, Jeanne, lui adressa 6. de Couvez pour l'initier à la vie monacale : l'abbé lui répondit : € Très-excellente dame et reine , comme vous en avez mandé par vos lettres que nous reçussions 6. de Couvez en frère et en moigne jusque en ladminiatralion vivre vêtement obéissons bonnement et obéirons toux jors et aurion mile

grâces que il vous pleust de ce faire que ledit G. de qui n avion nulle connoissance fut tele personne que il toumaat et au salu de lame de yoos et que nostre religion et nostre monastère en valussent plus en temps advenir. • N*34. Ver* ce temps, Edouard, roi d'Angletenc, t. 1. 40

naître la série des prieurs de Saint- Pair ; mais l'histoire n'en fournit que de rares élémens. Le dernier prieur distingué fut Rouault , auteur de Y Abrégé de la Vie de saint Pair et de saint Gaud, etc. * , de La Vie abrégée des Évêques de Coutances*, et d'ouvrages ascétiques. Il mourut en 1750.

Saint- Pair avait aussi sa forteresse, qui fut peut-être le berceau du Seint Per de la Conquête 8. Contigu à l'église et bâti vers le même temps , le château se rattache à l'église par le lien du temps et par celui de l'espace. Ce double rapport amène ici sa description et son histoire.

Le château de Saint-Pair , dont il n'y a que de faibles débris, n'était pas dans une de ces fortes positions naturelles où s'élevaient ordinairement les constructions féodales. Il était sur la pente d'un petit coteau qui limite au sud la miellé de Saint-Nicolas , au-dessous de l'église , près de la mer , et qui est baigné par la rivière de la Saigne eu Venlée. Le moulin est construit avec ses débris. 11 y a quarante ans les ruines du château étaient encore considérables : on y voyait des voûtes et des entrées de souterrains où les jeunes gens de Saint-Pair allaient jouer aux cartes 4. Quelques pans de mur d'une grande épaisseur, d'un ciment un peu friable, qui n'atteste pas une haute antiquité , mais qui appartient peut- être <a des reconstructions , consacrent aux regards le souvenir de

ïui envoyait un clerc, J. de Fonlene : « Cum vos ration» norœcrtationis teneamini unum de clericis nottris in quadam pensione, mandamus J. dé Fonlene. » En même temps, l'abbaye envoyait ses moines dans les piieurésétrangers. Voici un fragment d'un procès-verbaldu Chapitre: « Anna i3i5, Abbale content u omnibus prioribus et sociis torumdem presentibus exeeptis socio de Cornubia, socio de Octritonia, socio de Lihou, socio Cenoman , injuncla fuit obediaxtia fratri Rie. de AUoduno ire ad prioratum de Oclritonia... et ventre ad abbatiam de trianno in triannum.,. Pctrus de HarviUa fuit constituas prior prierai à s de Cornubia. »

i Paris, 1734. — a Goutances , — 3 S. -Poix pourrait le

«clamer. — 4 Scion le lécit d'un vieillatd.

«il

fa forteresse. Le château, qui existait au moins en H 37 , appartint d'abord aux dues de Normandie, ensuite au monastère du Mont Saint-Michel auquel Richard donna l'Abbaye de Saint- Pair au commencement du xia siècle. Sous ses murs eut lieu un événement important et assez dramatique , peutêtre le seul que l'histoire y rattache. En 1137, à l'époque des guerres des partisans d'Étienne de Bloîs et du comte d'Anjou , « dans le pays d'Avranches, Richard , surnommé le Silvain S établit un château très-fort à Saint-Pair3, et ayant réuni des brigands de toutes parts , après la mort du roi Henri, fit un cruel carnage des peuples du Seigneur8. Mais, après qu'il eut long-temps exercé ses fureurs, Dieu , dès qu'il le voulut , le précipita aussitôt de son bras justement vengeur. En effet, comme ce brigand était sorti un certain jour pour se livrer au pillage, une troupe de chevaliers des places voisines vint livrer aux flammes le bourg (le Saint-Pair. Alors Silvain , voyant la fumée de cette place , tourna aussitôt bride avec ses compagnons par le même chemin : plus prompt qu'eux il chargea le premier l'ennemi , et, dans cette rencontre, percé d'un coup de lance par un chevalier , il trouva la mort qu'il méritait. Ensuite les chevaliers du roi se rendirent à la forteresse , et exigèrent qu'elle fût remise à leur monarque par la garnison. Comme elle ne voulait pas y consentir , ils lui firent voir le cadavre de Silvain qu'ils jetèrent honteusement devant la porte. Alors la garnison, voyant cette cruelle in-

i Sitvanut, Dumoulin traduit ce mot par La Forêt , M. de Gerfille par Dubois. Il s'agit ici des Silvain qui ont donné l'a (fixe du nom de Saint-Poix , dont ils étaient les seigneurs. Connue le nom de Saint- Poix de l'arrondissement de Mortain dérive de Saint-Paterne , il ne «erait pas impossible qu'il s'agît de cette localité dans ce récit d'Ordeiic Vital. Nous le plaçons ici d'après M. de (ierville. Voir ses Châteaux* éa département de ta Manche, — a Apud 5. Palernum foriisnimam mttnUUmem firmavit. — 3 Dei.

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