‹ AvranchinChapitre 6 sur 13 · II. HsiasY, Sketches of Avranchct · texte numérisé non relu

II. HsiasY, Sketches of Avranchct

ÇÇ£) e Val-Saint-Pèrc est une presqu'île ou plutôt un cap resserré entre les deux grandes rivières centrales de l'arrondissement, la Séc et la Sélune. Son extrémité s'arrondit en tnusoir et forme comme un môle opposé aux fleuves et à la mer.

i Dcscriftiic and Ilisiorieal Shctehcs of Avranchcs , p. 70.

Le ruisseau de Changeons sépare cette commune de cette drAvranches. La grande roule d' A vranches à Pontorson la sépare de Saint -Martin et de Saint -Quentin. Cette commune est donc nettement déterminée par la nature et par l'art. Le sol , quoique bas , est généralement plus élevé que la ligne des hautes marées : aussi y a-t-il peu de digue» et la côte est bordée de salines et de mondrins. A l'angle le plus saillant dans la grève est un point appelé le Gué-de-l'Épine, le passage le plus fréquenté , sur la Sélune , d'Avranches au Mont Saint- Michel. La rivière de Lait-Bouilli,, qui baigne le sud de cette commune , y a son embouchure et y forme une crique ou port au moulin de la Basse-Guette.

Çe triangle est relevé à sa base en un bourrelet ou coteau, qui est le flanc de la montagne d' Avranches et forme ce coteau de la Naffrée, un des plus beaux points de vue qui existent, sur lequel se trouve la Maison qui voit au loin Plusieurs ruisseaux sillonnent cette croupe toisée, semée de quelques cottages aimés des Anglais 3 , dont le principal est celui du Bois-Guérin , près duquel vécut l'agronome Le Berryaîs * ; ce sont à partir de l'est , le ruisseau du Mont-Jarry , formé de plusieurs filets très-encavés , celui du Bois-Guérin , celui de l'Kr-

i JBdet latè protpiciens , inscription de cette maison. — » Les Anglais entendent parfaitement le comfort de* maisons et l'élégance capricieuse des Jardins : nous croyons que la mobile colonie anglaise qui vit depuis long-temps au milieu d'Avranches n'a pas été sans influence sur l'élégante propreté et le comfort de cette ville qui se distingue trèsheureusement sous ce rapport des villes de France. Plus flexibles que la race anglaise , nous avons peut-être plus reçu que donné ; cependant il s'opère a A vranches entre les deux peuples une fusion qui doit avoir une réciproque influence. Notre charmante ville est pourtant encore bien loin de la tenue de Jersey , un jardin, un parc , the brtgktesl gem oflhttea. — 3 Le philosophe du Bois Guérin... M. Le Chevalier, Catat»gu*du Jardin ries Plantes d'Avranches, Voir sa biographie a Brcccy.

mirage, qui tons trois Tout vers le centre de la commune, appelé la Lande, celai de la Roche, qui va à la grève, celui de Changeons avec son aniique doné , — ductum de Changom 1222 , — le pins considérable , qni aboutit à la grève \ers i esu*caa(ï aes riatancs. Le aeveioppemcni u Avrancrics vers ce coteau , où la magnificence du spectacle appelle les habitations, l'utilité et l'agrément appelleront bientôt une modification de limites entre cette ville et le Val-Saint-Père. Dans U partie plate on remarque le Lait-Bouilli, qui va se jeter à la grève, le ruisseau de la Maralcherte « le ruissei de la Marescheric 1 , vers les embouchures desquels le littoral s'appelle les Esseltans , le ruisseau des Verdi ères, près du Guéde-l'Epine, le ruisseau de Bouillé, marqué dans Gassinî. Ces derniers partent du centre de la commune , de la Lande, qui est comme le réservoir des ruisseaux venus des hauteurs d'Àvranches.

L'église du Val-Saint-Père s'élève dans un site agreste — beautifully situated little church of tbe Val-Saint-Père , — à peu près au centre de ce triangle boisé, dont deux côtés sont formés et rongés par les eaux de la Sélune et de la Sée, et dont le troisième s'appuie à la montagne d'Avrancbes , dernier coin de cette vallée de Sciscy , que la mer a épargné ou dont elle ajourne la destruction. Vue des hauteurs de la Naffréo dans l'hiver, son clocher blanc se détache du fond sombre des rameaux dénudés , et dans l'été de la verdure des arbres cl des prés. Elle a la forme d'une croix dont l'arbre serait faiblement débordé par le croisillon. Sa tour carrée, bordée au sommet sur deux faces par une balustrade découpée en arcades ogivales, et couronnée d'un toit conique , ajourée par des baies carrées allongées à barres prismatiques , ressemble a plusieurs de ses voisines , celles de Marcey, de Saint- Jean , de Ponts. Le portail a un faux air roman , et la moitié de sa fenêtre est abritée

i Livre Vtrt* *

SOft

par un porche ogival voûté , d'un galbe très-aigu , couvert à l'extérieur de dalles imbriquées qui lui donnent une apparence de grande solidité , flanqué de quatre petits contreforts. Son galbe a été réparé en 1698. Les côtés de la nef ont été refaits à une époque rapprochée , et n'ont conservé d'ancien que les contreforts à trois Jégers retraite et une fenêtre trilobée. L'antiquité du monument réside principalement dans les transepts et le chœur. Le pignon du transept méridional est percé d'une fenêtre trilobée et couronnée d'une croisette prismatique : son opposé n'offre qu'une fenestrelle ogivale qui renfermait un vitrail dont il ne reste qu'un compartiment. Assez bien conservé , rappelant la verrerie du XVe siècle , il représente une Mater doiorosa ayant a sa droite un évêque debout, en habits pontificaux , qui est peut-être Saint-Pair, et à sa gauche Saint- Roch , vêtu en pèlerin , et son chien qui tient un pain à sa gueule. Le coloris est pâle, mais le dessin est pur. Le chœur a été refait en partie. A la base d'une de ses fenêtres rajeunies est une pierre mutilée dont l'inscription est renversée , et sur laquelle on lit : Gilbert père1, vicaire, 1636 ; c'est la date de la reconstruction : de l'ancienne corniche il reste quelques modillons , dont l'un représente une tête humaine avec une fleur de lys, l'autre un rameau à cinq feuilles. Mais ce que le temps et les restaurateurs ont épargné c'est l'intéressante fenêtre du chevet , spécimen de l'art vers la fin du XIV* siècle. C'est la colonnette arrondie du siècle de Saint- Louis , à laquelle se joignent les formes angulaires d'une époque ultérieure : elle est divisée en trois lances par deux meneaux composés d'une plate-bande sur laquelle se colle une colonnette arrondie , et son tiers- point encadre trois quatrefeuilles à lignes prismatiques. Une arcature retombe et s'appuie sur deux modillons à face humaine , à la naissance du tiers-point Cette fenêtre renfermait un vitrail dont il reste des

i Sous-eutendu , saiut. . •

fragmens. Les anciens fonU de pierre ont été remplacés par an baptistère en marbre noir et ils sont maintenant dans le cimetière , a la porte de la maîtresse d'école. Près des fonts, dans le mur , est une jolie piscine. Les arcs de la croisée sont plats et angulaires, et chargés des noms des maçons qui Jes ont mutilés. Sur les deux devants des autels latéraux se retrouvent ces peintures aux vives couleurs, ces volutes végétales du xviir siècle, si communes encore. Au centre de l'une est une tête du Christ , au centre de l'autre , une tête de Vierge : elles sont probablement de l'artiste auquel sont dus les panneaux qu'on voit dans la sacristie de Servon. Dans le cimetière est un tombeau armoirié, en pierre de Caen , d'une demoiselle de Monlalembert , cousine du pair de France?. Elle mourut à Avranches, au retour d'un voyage en Angleterre.

En 1648 , cette église , qui était à l'évêque d'Avranches , avait un revenu de 300 liv.* En 1698 , le curé avait une part txmgrue de 300 iiv. , il y avait un vicaire ; on comptait 24 tailiables qui payaient 1,690 liv.4 La paroisse était de la ser- *genterie de Pigace et comptait 142 feux en 1763 *.

Au village de la Croix- Verte subsiste encore la base d'une croix, avec la date de 1598.

A quelques pas est la croix de Chaney , assez jeune , sur un pied ancien. Chaney est un fief quelquefois désigué dans le Livre Vert: « Costa vendkioms de Chasnei. 1253/ » Ailleurs, dans une charte relative à Montviron, on trouve le nom de Normannus de Chasneio1.

i Bien n'est discordant comme ces baptistères en marbre noir, aux formes maniérées , dans nos pauvres églises de granit. — a L'archéologie reconnaît en loi un de ses plus chaleureux défenseurs : le vandalisme n'a pas eu de plus vif adversaire. — 3 Pwiltè, p. a. — 4 Mèm. tur ta Gèn. de Caen. — 5 Expilly , DU*, des Gaulée» — 6 Livre Fcri, fol. 77. — 7 II ne faut pas le confondre avec le fief de Haubert de Chasnei en Saint-Pair • feodum torice de Chasnei et de Boitlon, • Cariul, du Mont Saiut-Micbcl» Voir Buuillon et Saint» Pair*

Au bord de la grève est un village de laboureurs et de pécheurs , calme retraite cachée derrière les mondrins et les arbres* Entre un grand bâtiment qui est la grange - dîme et le presbytère , se voyaient tout récemment les murs croula ns d'une masure qui avait été l'antique chapelle de Saint-Georgesde-Bouillé. En face de son portail roman est le vieux puits, avec sa grossière margelle monolithique , placé au bord de la plaine de sable , et rappelant ces puits bibliques au bord du désert. De la vieille chapelle romane , il ne subsistait que les deux pignons : une restauration avait eu fieu au commencement du xvir3 siècle , comme l'attestait l'inscription Lefebvre thrcsorier 1606 Le portail , destiné a macadamiser le chemin rural , a été sauvé par la Société d'Archéologie , qui l'a réédifié sur la roche du Jardin des Plantes. Cette porte, simple d'ailleurs, y figure comme fabrique et comme spécimen d'une période dont la ville n'avait pas de représentant. Le portail Tenait retrouver sa cloche , qui tintait depuis plusieurs années dans le clocheton du couvent , contigu au Jardin.

Le dernier chapelain fut un M. Doderaan , dont le nom se lit gravé au-dessus de la porte d'une maison qui fut le modeste presbytère. A sa mort , vers 1780 , on cessa de dire la messe dans la chapelle , et le bénéfice fut réuni à l'église du Val- Saint-Père. Elle est citée dans la Statistique de A/„ Foucault; elle avait un revenu de 50 liv. Elle est appelée Boclley dans le Livre Vert\

» C'est une tradition que la chapelle de Bouillô fut brûlée et qu'elle fut diminuée à la suite de l'incendie, sans doute dans la reconstruction de Lefebvre, en 1G06. Nous tenons cette tradition .d'un pêcheur du village, âgé de plus de 8o ans, le père Jugan, qui avait été enfant Je chœur de la chapelle dès 1774* Nous avons cru remarquer les traces du feu sur ses débris. — a M. Boudent dit , dans son Eisai Hist. et Stat. sur edvranchin, que la chapelle de Bouillé était sous le vocable de Saint Georges et de Saint Hubert. Noos craignons qu'il ne l'ait con-

Ce village est cité dans une charte du xnr siècle du Livre Vert: « Carta presbyteri Lamberti supra masuram quam tenebat de Gestino de Baillie*. » Trois abbesses successives de Moutons s'appelaient Elisabeth et Marie de Bouillé2. Dans l'impôt de 1522, la chapelle de Bouillé fut taxée à 20 liv.»

Dans la région de cette chapelle , dans la vase sablonneuse de son rivage, nous avons trouvé une rare cypéracée, le Carex extensa.

Le Gué-de-l'Épine , à l'extrémité du Val-Saint-Père, est un passage sur la Sélune , la route la plus directe d'Avranches au Mont Saint - Michel , celle des militaires et des pêcheurs. C'était autrefois la route des pèlerins qui faisaient une station a Avranches à Notre-Dame-des- Champs. Quand les yeux ont admiré le beau pays qui se démasque soudain au débouché de la route du Gué-de-l'Épine , l'imagination s'éveille et voyage dans le passé où elle voit sur ces grèves se dérouler les files bariolées des pèlerins de toutes les nations , et lessplendides processions, où elle entend les voix des cantiques et des instrumens se mêler aux vents et au bruit de la mer et des rivières , toutes choses que chantait en les voyant un moine du Mont Saint-Michel, Guillaume de Saint-Pair, poète du xir siècle:

Les mesebioes (les plies) et les valiez ( valet t) Chescnns dels dit vers ou sonnez , Cil jngleors (jongleurs) la ou il vuat

fondue avec une chapelle voisine, celle du Coodray, au Pont-Gilbert,

dont saint Hubert était le patron et dont nous possédons la statue. 11 •joute à ce sujet un souvenir d'enfance relatif à l'influence de saint Hubert sur la rage : t J'ai connu dans ma jeune enfance cette dame Le Breton , et je lui ai vu appliquer la clé de saint Hubert sur la tête d'un chien.... c'était une cautérisation. • Toin. i*v, p. 34o«

1 Livre Vert, fol» 4o. — a Galiia Christiana , eccl. Abrinc. col. 5a4» tom. xi. — 3 Elle e*t citée auprès de celle de la Chaussonnière qui paya 4o liv. Mes, de M. Guilon de La Villeberge.

Tult (toutes) lors vicies traite* ( Virée* ) unt

Lais et sonnez vont viciant»

Le tetnpa est beals, la foie est grant ,

Cors et boinnes {buccint) et freateals {flûtes à tept tuyaux)

Et fleustes et chalmeals

Son noient , si que les montaignes

En retintoieot et les pleignes «. . . .

Le roman de Charlemagne nous montre encore ce prince, après avoir entendu la messe à Saint-Gervais* , s'acheminant à travers les grèves , vers la montagne vénérée, avec une suite brillante :

An Mont s'en va le bon roy de saison A Saint-Michel faire son oraison Et y fist moult riche et grande oblation Un marc dargeot offrit et un riche mangon Lors se devalle aval le sablon A cheval monte et se prend a larcon Ly ost eareste et sans nulle tanson Sonnant tours cors de cuivre et de leton De cors qui sonnent moult grand le tressons La vçïssiés maint dextriers d'Aragon Mainte bannière et maint bel gonfanou Et mainte lance et mainte bel fernion Et maint escu qui fut paint a Lion.

Lors ils chevauchent la grève et le sablon Et passent Senne sy feirent ils Coynon

i Guillaume de Saint-Pair, le Roman du Mont Saint-Michel. M. de La Rue a retrouvé ce poète dans les archives anglaises, et lui a consacré tin article dans son Histoire des Trouvère». M. Francisque Michel, éditeur de quelques belles pièces de littérature anglo-normande , entre autres de la Chronique des Duce de Normandie, par Benoit de Sainte- More, trouvère du »i« siècle (Document inédits relatifs à r Histoire de France), doit publier Guillaume de Saint-Pair, - a Voir l'article de Saint-Gervaif»

Ce toot dèui eaui qui portent te dongeon Entre iy Normand et entre ly Breton*.

Un poète anglais , qui a chanté le Mont Saint-Michel avec enthousiasme , a surtout mis dans ses vers les couleurs du passé , et Ta fait revivre de sa vie véritable. 11 fait ainsi allusion aux pèlerinages» :

No mail-clad knight from Palestine

No sandal'd monk from fablcd lands, With bosom more devout than mine

E'er cross'd thy bluc and channell'd sanda

Mais combien trouvèrent la mort dans ces sables et dans ces eaux ! Si la grève ouvrait son sein pour rejeter ses victimes , la plupart des cadavres nous apparaîtraient avec le bourdon dans la main et le mantelet de coquilles sur les épaules *.

i Roman de la Conquête de ta Bretagne par Cbarlemagne , Mes. de la bibliothèque Sainte-Geneviève , communiqué par M. Motet. — a « Avant la Révolution , dit M. de La Rue dans son ouvrage sur les Trouvères, on voyait encore les bourgeois des villes de notre basse province former des associations pour aller en pèlerinage au Mont Saint- Michel. On partait avec le drapeau , tambour battant et le bourdon en main ; celui qui, le premier, apercevait le Mont était déclaré roi de l'association. On revenait de même en corps, le manteau orné de coquilles : le roi portait la couronne, et on formait des confréries de Saint-Mkhel dans la paroisse d'où l'on était parti. » Le fameux abbé Saint-Martin, « affubU de huit bonnets gras, botU de huit paires de bas, • fut roi d'un de ces pèlerinages, dont il écrivit la relation curieuse : « Le voyage du Mont Saint -Michel avec M. de Chamboi, fils du gouverneur de Coin, qui fut nommé capitaine des 200 jeunes gens qui furent du voyage,» Ce livre est rare. — 3 M. Wiffen , auteur d'une traduction en vers anglais de ta Jérusalem et des Œuvres de Gar ci lasso dà La Vega, mort en iS35. >— 4 On est frappé de cette grande destruction de pèlerins quand on parcourt le Nécrologe de l'Abbaye. Nous choisissons quelques exemples parmi beaucoup d'autres: « i3 pèlerins

Au Gué-del'Kpine se trouve le bac sur lequel on traverse la Sélune. Quand le flot est en grève , le passage d'une rive à l'autre, sur ce bras de mer , d'où l'on jouit d'un des plus beanx spectacles du monde, est peut-être la circonstance dans laquelle le visiteur des grèves et du Mont Saint-Michel éprouve, nous ne disons pas la plus profonde , mais la plus douce émotion , celle qui laisse place aux mille recherches d'une poétique curiosité. Au Moyen-Age , le passeter abritait sa barque sous la vieille léproserie, dite de l'Hôpital, où une cloche avertissait et ralliait les voyageurs égarés, noyés dans les brouillards ou fascinés par le mirage des sables brillans.

On comprend aisément que cette position a dû être le théâtre d'engagemens dans ces guerres du Moyeu-Age, qui étaient l'état constant de la société. Si on a suivi , dans l'article précédent , la marche de Talbot , on reconnaîtra par exemple que les Français durent couvrir ce rivage du G u6-de l'Epine pour tenir les Anglais en échec1 , lorsqu'ils cherchèrent un gué et qu'ils se furent postés à Saint-Léonard.

On a dit que l'Hôtel-Dieu d'Avranches fnt transféré de la place Saint-Gervais au Gué-de-l'Epine, dans les bâtimens appelés la Terre-de-l'Hôpital. Cette assertion est contredite par les plus positifs témoignages2. Elle se trouve cependant dans le Cartulaire de l'Hôpital , mais dans un récit qui ne remonte guère

étouffés par la foule en ce Mont, 4 entraînés par la mer, 18 submergés l'an i3i8; îa ensevelis sous le sable, 7 décédés l'an i3o4 en ce Mont; €7 dans une autre année, 5 ensevelis sous le sable en i3o4; »3 en i3o5, etc. V. le Nécrologe, ïih' et xiv« siècles. La coquille des Michelots était la coque, ce bivalve que la nature a répandu dans ces sables, comme la manne dans le désert, décrit ou plutôt chanté par Charles Nodier dans sa Fèe aux Miettes et ses Annale* romantiques.

1 M. Desroches a placé une affaire au Gué-dc-l'Epine, mais c'est plutôt une supposition qu'une assertion authentique, — a Voir les ar» tlcles d'Avrancbea et de Ponts.

au-dela du siècle dernier , et qui ne s'appuie sur aucune autorité :

« L'Hôtel-Dieu institué dans la maison située devant le portail de l'église de Saint -Gémis qui est aujourd'hui l'hostebcrge ou auberge des Trois-Roys fut transféré dans la parroisse du Val-Saint-Père proche le Guey-de-l'Epine où il y a une terre qui appartient à notre seigneur évêque et qui s'appelle encore aujourd'hui la Ferme-de-l'Hôpital. Ce qui donne lieut d'avancer cela , c'est le bruit commun de beaucoup de personnes anciennes qui disent que cet Hôtel-Dieu estoit dans ce lieu là avant que d'estre à Malloûey où il est à présent. Cela parroist vraysemblable et pour ainsi dire indubitable, parceque le domicile du fermier de cette terre consiste en une grande cour quarrée , close et fermée de bons murs de pierre avec une grande porte d'entrée et une petite porte à costé ronde et de pierres de taille , une belle grande maison propre à loger un chapelain et ses gens , une autre petite maison dans un coin de la cour à la drokte en entrant par la grande porte où ir y » une salle et une chambre avec chacune une cheminée propres à loger du moins douze personnes , six de chaque sexe séparément. On dit aussi que dans l'autre coin de laditte cour à la gauche en entrant il y avoit une chapelle qui a esté destruite et démollie , le tout massonné avec du morthier de chaux et sable et avec des arrances ou appuis tant aux maisons qu'aux mur* de clôture de laditte cour. *

Cet état de lieux est encore généralement exact : seulement la porte d'entrée n'est plus ronde et a été décapitée. La» maison située à droite est , dit-on , celle où logeait l'évêque. Le mur de ce côté est pénétré d'une grande porte cintrée. L'ancienne maçonnerie, faite de granit et de quartz , liée par un ciment très-dur, a résisté aux morsures du vent marin, et s'est revêtue d'un lichen dru et rude. Les ouvertures sont intérieures : il n'y en a qu'une du côté de la grève : c'est une portelette dont le cintre semble avoir été tronqué et remplacé par un linteau horizontal La maison du fermier était , dit-on , le loge-

ment du chapelain et de ses gens. La cuisine offre une vaste cheminée qui , à la hauteur de ses longères 1 , est accostée d'une pierre en encorbellement. Une semblable se trouve à la cheminée qui est en face, ce qui laisserait croire que ce côté a été \oute. Jbuiin ces baumens ollrcnt quelques caractères a arcnitecture et assurément une physionomie de grande antiquité. Quelle était la destination de la ferme de l'Hôpital , qui appartenait à l'évêque d'Avranches' ? Si l'Hôtel- Dieu n'y a pas été transféré, n'était-ce qu'une simple ferme ou une villa épiscopale? Une ferme eût été plus simple, une villa plus belle. Nous croyons qu'on peut donner une explication qui concilie la tradition et l'histoire. Ne serait-il pas possible que la ferme de l'Hôpital , sans avoir été positivement F Hôtel- Dieu , en eût été comme une succursale P n'aurait-elle pas été affectée à recevoir, dans un lieu salubre, le trop plein de l'Hôtel -Dieu d' Avranches? n'aurait-elle pas reçu surtout ces ladres, pour lesquels pouvaient être insuffisantes les léproseries de Saint-Nkolas et de la Madeleine ? Ce cap isolé , si bien aéré , ne conve* nait-il pas parfaitement à cet usage , et , s'il y convenait , n'estil pas probable que ses propriétaires , les évêques d'Avranches, fondateurs de la léproserie et de THotel-Dieu d'Avranches , avaient fait de cette maison comme le complément de leur œuvre de charité ?

Le dernier évoque d'Avranches , M. de Belbeuf , avait formé le projet de rendre la maison de l'hôpital habitable poulies évoques: il y avait fait faire des plantations et bâtir un colombier ; mais la Révolution l'arrêta. Dans son Aveu à François Ier, Robert Cenalis déclare qu'il possède dans la paroisse du Vai-Saint-Père une terre de 60 à 80 vergées , appelée la Terredu-Gué-de- l'Épine , sur la rivière de Séluae

Le Val-Saint-Père était une terre sacerdotale : presque tous

i Corbeaux qui «nutiennent le manteau. — a Voii plu» loin, — 5Mw. de M. Cousin , tom.

les fiefs considérables appartenaient à l'évêque ou au Chapitre : aussi le nom de cette paroisse reparaît- il continuellement dans le Cartulaire du Chapitre , le Livre Vert, avec celui de Saint- Jean-de-la- Haize.

Nous allons les énumérer en les accompagnant de quelques détails.

L'évêque possédait donc la terre de l'Hôpital ou du Gué-del'Épine *. U possédait encore le fief de Ponesse auquel s'attachait la redevance suivante : « Levesque a droict , quand il y a gland, fesne ou aultre peusson en la forest de Lande-Pourrie, de faire mener et garder par ses tenants du Val-St-Père du fief ou ainesse de Ponesse cent porcs pour estre engraissés et peussonnés dans ladicte forest, les mener depuis ledictlieu du Val-St-Père jusqu'à ladicte forest „ les y garder ou faire garder durant le paissage et les ramener jusqu'en son manoir d'Avranches à leurs dépens, a Et villam terres quœ Pones appeUatur a. L'église paroissiale et la chapelle de Bouiilé étaient aussi à l'évêque. Il possédait encore la terre d'un clerc de la paroisse, appelé Floeres: « Floeres, clerc de la proesse du Val-Sainct-Père recogneut de sa boue volonté et sans nul perforcement quil avait donne et otrie a henorable pere par la grâce de Dieu eveque d'Avrancbes tout son eritage (1805)3. »

Quatre chanoines de la cathédrale avaient leur prébende dans le Val -Saint-Père, dont les terres ou les noms subsistent encore : c'étaient les chanoines de Montceaux, de Binthin, de la Lande, de Haut-Manoir4.

i Mm* de M. Cousin. L'habita hydrographe qui a fait les belles cartes des eûtes de l'Océan, M. Beauteznps-Beaupré, plante an de ses amers sur le cap du Gué-de-l'Epinc, et deux autres sur le cap Torin et à Céaux. Ils formaient la dernière triangulation du fond de la Baie. — « Livre Vert. — 5 Livre Vert. — 4 Nous n'arons pu retrouver le fief de Ponesse. Montceaux, la Lande, Haut -Manoir existent. De Binthin, on connaît encore le pré de Biotnin. Dans un registre de i5as,

2tft

Le Chapitre possédait la terre de Cbaney : « Costa vendicionis de Chasnei (1256) *. » Il possédait des rentes sur la Maraîcherie : • Rente de treize chapons sur une pièce de terre assise en la proisse du Val-Saint-Père en la Marescherie, 4307 » ; et ailleurs : « 56 souz torneis de rente , cinc chapons et dous gelines de regart sur la Marescherie 9. » 11 reçut en 1246 le don de l'église du Val-Saint-Père qui fut la prébende du doyen : « De donatione prébende Sancti Pétri de voile decanatui Abrincensi. . . Guillelmus Dei gratia... attendentes quod decanatui ejusdem ecctie erat exilium facultatum de votmtate Copituli prebendam Sancti Pétri de voile propter paupertatem ipsius decanatus....* » Un individu , appelé fils de Nicolas, lui avait vendu un champ près du doué de Changeons: « Costa vendicionis filii Nichol. super clausum juœta ductum de Changons (1244)*. » Il avait un pré à la Boutonnière : • Un pré qui est appelé le pré des Forneax assis en la proisse du Val-Saint-Pé à la Boutonnière*. » L'archidiacre avait acheté une rente sur la terre de la Roche : * Thomas filius Gaufridi burgensis Abrincensù vendidit dno. Roberto Bertrando Abr. archid. undecim solidos armui redditus guosjure hereditario possidebat apud la Roche in quadam prebenda Abrinc. quœ dicitur Sti Pétri de campis*. «La Roche ellemême était une prébende , comme le confirme l'expression de prebenda de Rocha. Il jouissait encore des vignes du Mont Sorel : « Duabus vineis sitis in parochia Sancti Pétri de voile,

que nous a communiqué M. Guiton de La Villebergc, et qui est te livre de compte d'an impôt mis à cette époque sur te clergé d'A- ▼ranches , sans doute pour nos rudes guerres d'Italie , ces prébendes sont ainsi taxées : Montceaulx (mont cettus), 37 U>.; Hault-Manoir, 3i Ut.; la Lande, 3 1 lir.; Binthin, 55 lir.

1 Livra Vert. — a Livre Vert. — 3 Livre Vert, p. 77. — 4 Vert. — 5 Livre Vert, p. 164. — 6 Livre Vert, p. 3;. Ailleurs: Rêdditut quoi postidebam ttpud ta Roche in quadam pr a fonda.

tu

wta videtxcet in monte Sorelti. . . . . * » Un manuscrit du Mont Saint-Michel mentionne une des terres de cette paroisse : « Une pièce de terre est assize en la paroisse du Val-Saint- Pé entre la vigne G. Guiton d'une part et la terre des homes Thomas Hurebiche d'autre. M. CGC et seipt8. » Après cette description des lieux, des monumens et de l'bis-

i Livre Vert t p. 75. Ce Mont Sorel serait-il le Mont-Jarry? Nous avions projeté de présenter des détails sur les vignobles de l'Avranchin, à propos des vigaes du Mont Sorel. 11 nous a semblé depuis que la preuve de la culture de la vigne dans nos pays était maintenant établie , et que d'ailleurs clic résulterait des citations de cet ouvrage. Il paratt que le pommier est indigène en Normandie à laquelle il donne sa physionomie et son originalité , mais le cidre est une boisson d'un usage général peu ancien. Aucune de nos nombreuses charte» Iccales ne parle du cidre on du pommé. Une des plus anciennes mentions du cidre est celle qu'en fait Fortunat, qui dit que sainte iladegonde (fin du vi« siècle) buvait habituellement du cidre et du poiré. Le curieux voyage du moine Raoul Tortaire dans le Dessin noua apprend qu'on y buvait du cidre à la fin du xie siècle : Et suecus pomis datus est txtortus acerbit. Cur propinasù , serve, venena mihi?

Annales Bénédictines, tom. vu Mais ta plus ancienne mention est dans la Bible , d'après une remarque de M. Ch. Garpentier : « Fortifiez-moi avec do jus de pommes, car je défaille. • Cent, des Cant. Trad. de Salvador.

Le cidre était on vil breuvage. Le vin le plus renommé de l'Avranebin était celui de Brion* Le plus mal famé était celai d'Avraucbes* témoin ces vers :

Le vin tranebe-bouyau d'Avrancbes A rompt-ceinture de Laval A mandé a Renaud d'Argencea , Que Goilinhou aura le gai (sera le coq.)

(Dumoulin et Rob. Gtnalis.)

— a Usa. n* i4*

toire do Val-Saint-Père , retenons un moment vers son coteau où nous appellent des sites et des souvenirs.

Nous ne dirons pas que les grands spectacles de la nature ne peuvent être peints par la plume ou le pinceau : les œuvres des grands artistes et des grands écrivains prouveraient le contraire ; mais nous croyons qu'il faut plus que du talent pour reproduire ces grandes scènes aux yeux du corps ou à ceux de l'imagination. Peindre la nature par l'effet moral , par le sentiment produit , est moins difficile, et ne demande que de savoir voir et sentir. Dire que la vue de la Naffrée est le plus beau spectacle que Ton puisse voir de la montagne d'Avranches , si féconde en points de vue , dire qu'elle remplit d'admiration , de sentiment religieux, d'élan poétique , et de la tristesse qu'inspire ce qui est sublime , c'est tout ce que peut faire celui qui n'a pas la puissance de peindre cette scène immense et variée , une des plus belles pages du bvre de la terre.

Un homme de goût , M. Hairby , tout en comprenant l'éclat dé cette scène , vue du bois de la Naffrée , n'en a pas compris la grandeur : « Should the colouring of the Naffrée be thought too vivid , he cannot clothe tbe scène in more sober hues : grander and bolder views are often to bc met with , but rarely indecd anything so rich , so soft, and loveiy, 9 Mais bientôt il consacre deux belles pages à la peinture du tableau , dans lequel il répand les images du passé*.

Miss Costello, s'abstenant de peindre le tableau , a dessiné la vignette : elle a décrit la Naffrée comme lieu de promenade — rambling — comme sentier , comme site de cottages : * La promenade favorite est le bois de Naffrée , qui s'étend le long

i Cette description de la perspective de la Naffrée est remarquable de couleurs et de souvenirs, et forme peut-être les deux plus poétiques pages d'un livre plein d'érocations historiques et de paysage». Shciche* of Avranchts and ils Viciait y , p. i4q.

gft

d'une large terrasse , à mi-côte de la montagne , formant une écharpe , des ouvertures de laquelle par intervalles les deux monts , la mer , la côte de Bretagne se détachent magnifiquement en relief sur un ciel pur et inondé de soleil. Celte promenade dans les bois est agréablement entrecoupée de prairies et de buttes de bruyère ; et plus loin , en continuant de suivre le chemin tortueux , tous vous trouvez une fois encore abrité par de jeunes arbres. De place en place surgit au-dessus et au-dessous un cottage couvert de chaume ft ou la maison nouvellement bâtie de quelque résident anglais , située toujours dans la plus belle position8. »

i A thatchcd cottage peeps out. — % A iummer amongst the BoM$e§ and the Wine* , tom. t«% p. 100. Ce que miss Costcllo a saisi te mfoux et peint te plus heureusement dan» notre paya, ce sont nos paysages , nos sites , nos promenades, nos bois. Ella a peint les villages de Saint- Quentin et de Saint-Loup , la gorge de Bouillant , la foutelaie de l'Ile- Manière, qu'elle appelle le bois de Quenouailles (Quesnoy prononcé a l'anglaise), le bois d'Apilly, qui a pour elle un charme particulier ut dans lequel elle récite ces vers de Drummond :

Thrice happy be vvho by sa me shade's grove, Fur froru the clamorous world, doth live bis ovvn , Tho, solitary , who is not alone !

Woods* barmlcss shade, only true dellgbts. t. p. io3.

Cette iVmme de talent qui, avec les Wiffen , les Gally-Knight , le» Hairby, a célébré che* les Anglais nos beautés naturelles, nos mo- Bumens et notre histoire , qui e6t pour ainsi dire une anglo-normande , comme ces trouvères qu'elle a affectionnés , vient de publier lecom^ raancement d'une grande œuvre : Mémoire ofeminent BngHsh Women» i844.

M. Fulgence Girard appelle la Naffîée t un site sans rival dans la contrée. • Rien de plus vrai ; mais les expressions de • riante et pittoresque perspective • nous semblent être trop jolies pour un si grand spectacle. Annuaire, p. 281. M. Motet dit que la description de ce site « est du domaine de la poésie. • Avrûnehee et tes environs, p. 1*9.

Sur ce coteau , trois endroits réveillent des souvenirs , fe Haut-du-Fort , le Bois-Guérùv et l'Ermitage.

L'endroit appelé le Haut-du-Fort sur la carte de M. BRouzé, au Mont-Jarry, rappelle la redoute élevée en 93 qpntre l'armée vendéenne : une autre fut élevée à l'entrée de la ville dans les champs du Séminaire , et une troisième sur la Plate- Forme. On a dit qu'elles ne furent pas défendues ; mais M°* dfr La Rochejacquelein , qui venait à la suite de l'armée , dit qu'Avranches fut prise après une faible résistance1.

Dans cette retraite du Bois-Guérin , dans un jardin créé par ses soins , vécut un homme dont le principal titre intellectuel est la spécialité de l'horticulture , mais doué d'une si heureuse variété d'aptitude , qu'autour de cette spécialité se groupent la connaissance des langues , le dessin , l'architecture. . Cette tête pleine d'une richesse modérée était associée à un cœur plein de bons et de beaux senlimens. L'auteur du Nouveau La Quintinie, le philosophe du Bois-Guérin , comme on

i Le passage des Vendéens , les derniers hommes de guerre qui aient envahi Avrancb.es, fut signalé par des morts héroïques : au haut du Tertre» Mochon fut tué pour avoir répondu par : Vive la Ré publique ! au cri de : Vive le Roi ! qu'on lui demandait. Dans la rue de» Fossés, La Pigannièrc, de Tircpicd, fut fusillé pour n'avoir pas voulu tirer sa cocarde tricolore. Des habitans de Saint-James furent guillotinés pour n'avoir pas voulu rétracter des paroles en faveur de Louis xvi. C'était le temps des héroïsmes et des horreurs, et l'historien ne peut pas plus taire les uns que les antres. Après le retour des Vendéens du siège de Granville, leurs blessés furent tirés de l'hôpital et fusillés dans le champ de Lansoudière. On comprit même dans le massacre une infirmière , qui survécut , comme par miracle, et qu'on a vue depuis, horriblement mutilée , continuant ses soins de charité. C'était une terrible époque, surtout dans l'intérieur, parce que la partie la plus noble et la plus généreuse de la nation était à la frontière. Un vieux paysan de Géaux nous disait récemment : « Dans ce temps-là , le soleil ne se levait pas. » C'est vrai, mais il se levait a l'orient, a la frontière.

disait à la fin du dernier siècle , vécut long-temps au milieu de cette douce famille d'arbres , de fleurs et de légumes , et mourut en 1807. Nous ferions ici l'esquisse de sa biographie, si nous ne la réservions pour le chapitre de Brecey , sa patrie1.

Cette habitation cachée par les murs élevés d'un jardin audessus desquels se montre la tête des sassafras , des magnolias et d'autres arbres exotiques , plantés par un amateur éclairé», est l'Ermitage. Il y a environ deux cents ans t ce beau site était d'un aspect rude et sauvage , et éloigné de la ville qui est venue vers lui à grands pas et qui vient de plus en plus , dans une poétique curiosité , regarder la baie sur le penchant de sa montagne : c'était un Ermitage. Deux ermites , frère du Fresnc et frère Âuvray l'habitaient : celui-ci était de la famille des Auvray, sieurs de Beaurepairc , de la paroisse de Saint-Gcrvais. L'ermitage contenait une vergée de terre. Un jour les deux frères virent arriver un homme qui se disait ermite d'une forêt voisine : les deux religieux le reçurent comme un frère. Après quelques jours de vie commune , le nouvel ermite , qui

i L'habitation du Bois-Guérin a un aspect assez intéressant et rappelle quelques fermes-manoirs du xvn« siècle, et quelques souvenir» du Moyen-Age. L'entrée est double et présente la porte cavalière et la porte pîélonniére. Près de celle-ci le mur extérieur s'arrondit en saillie, comme un rudiment de tourelle et offre une meurtrière. Auprès est la Porte-Malheureuse, nom sinistre, qui rappelle un duel entre deux écoliers , signalé par une double mort. — a M. Le Moine, l'ami de M. Le Chevalier, professeur de botanique à l'Ecole centrale, qui organisa et enrichit le Jardin des Plantes. Nous avons dit dans sa biogragraphie : « Il proposa en l'an xt (i8oô) à la nomination du préfet» comme conservateur de la section de minéralogie , un homme qui était son ami, qui cultivait depuis long-temps l'histoire naturelle, et qui s'était plu à enrichir le Jardin des Plantes, M. Le Moine l'alné, de la terre des Mares ; cependant cette nomination n'eut pas lieu. • p. iS. Extrait des papiers de M. Le Chevalier.

était pieux et éloquent , leur fit voir que leur retraite était trop voisine de la ville , qu'elle jouissait d'un site trop riant , qu'elle n'était qu'une demi-solitude et l'asile heureux d'une religion facile. Les deux frères furent persuadés , et , vendant tout ce qu'ils possédaient , ils amassèrent une somme , grosse pour le temps, une somme de 1,000 écus, et déposèrent leur trésor dans leur ermitage. Quelques jours après , il n'y était plus : le saint homme, le beau parleur et l'argent avaient disparu. Le frère du Fresne et le frère Auvray quittèrent l'ermitage du Val-Saint-Père et se retirèrent dans celui de Saint- Sever au diocèse de Coutances. Frère du Fresne y était encore en 1699*.

Cet ermitage nous remet en mémoire des vers anciens que leur rapport avec le sujet et leur origine ne rendront peutêtre pas déplacés ici. C'est une poésie transcrite au xiv* siècle par un moine du Mont Saint-Michel, prieur au Mont Dol2:

Dm jeune homme qui entre en religion et fut tempte du pechie de la chair

Ou il est note que Ion doit fort bataillier contre les temptations non despriser les temptes mes humblement les reconforter :

Quant ceste nouvel champion

Vit que ceste temptacion

Si asprement sur li couri

Il en fit moult espaouri

Quar bien vit que toute sa force

Ne le vauldroit pas une cscorce

i Mss. de M. Cousin, tom. xf, — a Ce Mas. renferme beaucoup de petits poèmes ou moralités , le Tombet de Chartroute et It Chant du Roussigneul. Ils sont l'oeuvre d'un chartreux appelé Eustache. J. Delaunay, moine du Mont, prieur du Mont-Dol, les transcrivit ea i33o. Les moralités ne manquent pas de mérite poétique ni de finesse d'intention. Nous en citerons comme ornement et littérature locale.

Quel ne fust vaincu tout de court Se Dieu ue li faisoit secourt

Il alla a » vieil bcruiite

Qu'il cuida pour le grant aage

Quil fust très saint homme et très sage

Et dist, je vien a vouz beau pere Quar (ay une bataille a m ère Si vous requer par charité Qua garir ma fragilité Le veillart qui mais ne sentoit Langoisse que lautre temptoit Fût lesbahi trop malement

Si li dist assez de laidure

Et li fîst rqoutt malvaise chiere

Lexemple en est a tote clerc Quar mielx valoit le jeune fiere Qui se confessoit humblement Que le vieil vivant chastement Qui le jeune homme despisoit

Tout désespère sen alla Pourquoi labbe bien lentendit.

CANTON DE BRECEY.

Rogtrius de Brafei,

(Cartultire du Mont Saint-Michel,

xn« siècle.)

Braffayt ager lacertosut.

(Rossât Gbralis.)

'ette commune affecte a peu près la disposition que les botanistes appellent Réniforme. Deux ruisseaux la limitent sur ses flancs, le ruisseau des Châteaux -Turbotins à l'ouest , celui de la Chaise à Test. Divisée par le milieu parallèlement par le ruisseau de la Delinière, elle peut-être considérée comme formée de trois vallées et de deux plateaux» Les lignes du nord et du sud sont à peu près arbitrairement tracées.

Braflfais , Brafœsium vel Brafctum 4. Une orthographe bizarre a sans doute altéré la forme primitive de ce nom qui devait rentrer dans la terminaison générale des noms de paroisse ey ou e. BrafTais devait se dire Brafé ou Brafey, comme le nom presque semblable d'un quartier voisin d'Avranchcs ,

i Mm. de M. C oui in. Nomenclature de» Paroisses en i;45.

flatté. M. Cousin a entrevu cette idée, et tout en obéissant à l'orthographe moderne en écrivant Brafmium, il a dit aussi Brafaum. Le livre Vert, à une époque peu ancienne, écrit: « Parochia de Brafaù. » Robert Cenalis écrit, selon l'orthographe du xvr siècle, Braffays, et donne une étymologie puérile à ce mot dans lequel il trouve l'idée de bras : « Braffays, ager lacertosus, quasi dicas Brachiarius*. » Nous croyons que ce mot devrait s'écrire Braffey, d'après l'analogie, et qu'il renferme probablement un nom d'homme. Du reste , oi ce mot ni ses analogues ne se trouvent dans le Domesday.

L'église de Bradais appartient presque en entier au siècle dernier: elle est bien de cette architecture sèche , rigide et régulière , qui respire plutôt le puritanisme que le catholicisme, et qui conviendrait mieux au prêche qu'à l'église. Le mur anguleux, la fenêtre en anse de panier, taillée à vive arête, la tour carrée, raide et massive, la maçonnerie sans l'architecture, le tailleur de pierre sans l'artiste , une bâtisse sans art et sans âme , voilà l'église rurale du xvur siècle. Celle de Braffais reçoit la disposition cruciforme par l'accostement de sa tour, bâtie en 1714. Le chœur date de 1743. Il reste à l'extérieur quelques faibles vestiges de l'église primitive , des restes du pignon occidental et une fenestrelle trifoliée. Aussi est-ce encore un bonheur pour l'antiquaire et l'artiste de voir qu'a y a peu de nos églises rustiques qui n'aient gardé quelque membre, quelque pierre de l'origine ou d'un glorieux passé. L'intérieur est nu , triste à l'oeil et froid au cœur. Mais il y a dans la sacristie , derrière le retable , qui masque cette curiosité , une jolie abside , à quatre arcs doubleaux , encorbellés assez bas pour qu'on croie que le sol a été exhaussé. Cette partie, précieuse en elle-même , et intéressante par contraste , semble , par ses nervures arrondies , nettes et élégamment profilées , annoncer le xnr siècle. La fenêtre orientale possède quelques

i Bierarchia Neuttriw , Mm.

débris do vitraux assez bien enchâssés dans du verre blanc. On reconnaît en haut une Crucifixion , au-dessous l'Agneau , et, plus bas, déchirant son manteau, saint Martin, le patron de la paroisse. Ces vitraux sont peu remarquables et annoncent le xv* ou le xvi* siècle,

La croix du cimetière , érigée en regard d'une plus vieille qui est hors de l'enceinte , s'élève sur une base carrée qui porte cette inscription : « J'ai esté donné par Cousin p. de ce lieu. »

La cure de Saint-Marlin-de-Braffais était a la présentation du chanoine dit de Braffais1. En 1648, elle rendait U00 1. 2 En 1698, elle valait encore 600 1. La paroisse avait quatre prêtres; elle payait 937 1. de taille et renfermait 129 taillables3. En 1735, mourut en son presbytère Thomas Pinel, curé de Braffais et doyen rural de Tirepied. Le clergé du diocèse perdit en lui un de ses plus éloquens prédicateurs \

Les documens locaux ne parlent guère de seigneurs de Braffais , qui d'ailleurs était une propriété canonicale. Cependant un Roger de Braffais, Rogerius de Brafes, souscrivit, dans le xne siècle, h la charte relative à la terre du Fougeray en Bacilly5.

Richard de Crux , Ricardus de Crudis, donna vers le milieu du XIIIe siècle au chapitre d'Avranches : « Quod acquùiverat in parochia de Brafais , in feodo de la Gwlleberdiere , videlicet quidquid in feodo habebat Guilleknus Gillcber-

En Braffais sont deux anciens- fiefs qui relevaient de l'évêché d'Avranches , celui du Domaine cl celui de Cantilly. Robert Cenalis les cite dans son Aveu à François 1er , en 1 535 :

i Dans l'impôt royal de i5aa, la prébende de Braffais paya 7 H*. 10 s. Mss. — a Pont lié, p. 6. — 3 Mémoire sur la Cèn. de Cacn. — 4 M. Fulgcnce Girard, Èphèmèridcs de l'Annuaire. — 5 Cartufuiro du Mont Saint-Michel, f.l. Sa. — 6 Livre Vert, p. 67. L'élymologie du nom de ce fief soit ici parfaitement du nom éa propriétaire.

« Sanson Hérault tient le fief du Domaine en Braffais pour un quart de ctievalier. Thebault le Mercier, écuyer, tient le fief de Cantilly pour toi quart de chevalier *. • Parmi les chevaliers défenseurs du Mont Saint-31ichel contre les Anglais au XVe siècle , se trouvait un seigneur de Cantilly. U y avait d'ailleurs uu autre fief de Cantilly en Bacilly.

Sur le flanc escarpé d'une bruyère de Braffais , dont le pied est baigné par une rivière , qui passe sous la vieille chapelle de Saut-Besnon 2 , se voit un vaste écroulement de rochers — ingentem scopuli traxêre ruinam — affectant la disposition d'un triangle ouvert. Ce sont , dit-on , les restes d'un château bâti par les fées , les Châteaux - Turbotins , palais de la fée Turbotine. Shakespeare eût fait danser Titania ou Turbotine dans cette vallée profonde et sauvage où bruit une onde claire sur des roches tombées <îu palais gigantesque. On conçoit sans peine que l'imagination populaire ait poétisé cette nature pittoresque et ces amonceliemens mystérieux , et créé des êtres surnaturels pour expliquer ces roches dispersées comme par une certaine intention de la nature. Un bloc se dresse comme un menhir au milieu de ces blocs épars : si dans ce lieu le poète évoque la féerie , l'antiquaire peut y évoquer les Druides*.

Une terre de cette commune s'appelle TrigaHe : on conte qu'en ce lieu trois Gaulois arrêtèrent l'armée de César. C'était un exploit assez commun chez nos ancêtres , car nous connaissons d'autres Trigallcj *.

i Mas. de M. Cousin , tom. v. — a Elle se jette dans la Sée au Bas- Limon en Tirepicd, et Cassini l'appelle R. de Saubesnon. — 3 M. Desroches a appelé cet ama* de pierres un monument druidique. Msi. du Mont Saint-Michel , tom. i", chap. — 4 11 est cependant bien probable que ce nom est celtique.

Ifamet de Brecclo r, cp. de xx. ti.

(Magnus Rotul. de Scaccario. Ann. uo5.)

Petrus Rex fecit fieri gr en glas de Burctvo. (Gesta Pétri Régis.)

Wberc the tread of waniors formerly resounded at Brecey, and the clarion summoned the battle or the chace , the ignoble -duug-bill cock now remains sole inhabitaot.

©y vallée de la Sée. Elle est bornée à l'ouest par la rivière du Bieu ou du Baudet 1 , au nord par le ruisseau des Parfondes, à4'est par quelques cours d'eau dont l'un s'appelle la Fontaine* à-4a-Belle. La Sée la divise en deux parties de l'est à l'ouest, et sépare deux coteaux , l'un assez escarpé , l'autre plus étalé ; on la passe sur le Pont-Roulland et le Pont-de-Pierre ou de Brecey, devant lequel eut lieu un engagement entre les troupes de Gassion et les Nu-Pieds en 1639. Le sud est une ligne idéale tracée parallèlement à la rivière sur le coteau de la Butte- Julien. Le paysage de cette commune reçoit une physionomie

1 Bieu est un nom générique celtique pour signifier un canal» un «ours d'eau. Le 00m de Baudet est dans Cassini.

particulière des sapins épars dans la campagne : son beau point de vue est du côté du Celland , sur la Butte-Julien.

Beaucoup de noms de cette commune ont un caractère ancien et rappellcut quelque chose de l'histoire locale : la terre de l'Abbaye rappelle l'Abbaye de Savigny, à laquelle appartenait l'église ; le Manoir ou la Tourelle rappelle les anciens seigneurs de Brecey. Le souvenir du vieux bourg revit dans les noms du Champ-de-Ia-Foire , de la Ville , des Portes, des Pêcheries. Le Ham-Benoît rappelle les Saxons. Nulle commune ne montre plus que celle-ci les noms d'hommes dans les noms de ses fiefs et de ses hameaux «. Brecey est généralement latinisé Breceium*. D'après celte latinité, on pourrait croire que ce mot a la même signification que Bricqueville » , c'est-à-dire l'habitation de Bric ou plutôt de Lebrec. Mais dans un manuscrit du commencement du xiv siècle , le Gesta Pétri Régis , on trouve la forme de Burceium \ qui se retrouve encore dans la prononciation populaire de Beurcey. Sous celte forme se cache un nom propre normand qu'on rencontre dans le Domesday. Serlon de Burci y figure comme Sous-tenant dans le comté de Sommerset, et comme Tenant-enchef dans ce comié et dans celui de Dorset. Il est vrai qu'un titre plus ancien que ce manuscrit , le Rôle de l'Echiquier pour la fin du xir siècle, écrit Breceium*. Mais quel que soit le nom qu'on adopte , Breceium ou Burceium, on doit lui reconnaître pour origine un nom propre , et lui donner la signification d'habitation de Lebrec ou de Burci8. Si le Livre Vert, à une

» Un coup-d'œil tar U carte de Cassini ou sur celle des cantons de M.Bitoniésuffiiapourprouvcrcetteassertion.— aNomencïat. de i735. M«s. de M. Cousin. - 3 En latin Brieavilla , Briequevitta et BrtcvUla.— 4 Mss. n» i4. — 5 Magnas Rotu/ut de Scaccario. — 6 Voir notre Introduction aux étymologies topographiqncs de l'Avranclun. Nous regrettons d'être forcé d'éparpiller dans le cours de cet ouvrage des étymologies locales dont l'interprétation n'a de force que par le rap-

époque peu reculée, a écrit Braceium : « Phitippa domina de Braceio, » c'est une variante qui ne peut prévaloir contre les formes précédentes.

D'antiques voies sillonnaient le territoire de Brecey, 1» voie romaine d'Avranches à Vire qui , en quelques endroits, a plus de huit mètres de profondeur, et sur laquelle, à Tirepied, on a trouvé des monnaies romaines 1 , le chemin de Brecey a Villedieu qui rejoignait la voie Mon toise près de cette localité, et le chemin Biardais qui allait vers l'antique bourg des Biards. 11 y avait un gué à l'endroit du Pont-de-Pierrc.

Le vieux bourg est le centre primitif de la population. C'est là sans doute que furent construites ces granges de Brecey « grangias de Burceyo » par un des plus grands abbés du Mont Saint- Michel , Pierre Le Roy, au commencement du xiva siècle2. On y retrouve des noms qui attestent une certaine importance. Au xvue siècle Masseville écrivait : « Brecey , bourg et marché du diocèse d'Avranches et de l'élection de Mortain. Il y a plus de 2 ,400 âmes et un château magnifique3. » En 1698, M. Foucault portait encore plus haut le chiffre de la population : « Brecey , gros bourg sur la Sée , où il y a un marché tous les vendredis , qui contient 513 familles et 3,200 âmes. Claude de Vassy en est le seigneur , et l'abbé de Savigny présente au bénéfice \ » Les

prochement et les idées générales qui 1» justifient. Notre principe : « Le propriétaire donne son nom à la propriété • , appliqué à la terminologie normande, a besoin, pour paraître vrai, des développe*, mens historiques et philosophiques dont nous l'avons entouré. Nous faisons cette remarque pour toutes les étymologies particulières. Voit la Revue Archéologique du département de la Manche, tom. i".

1 Cette découverte a été signalée par M. de Gcrville dans les Mémoires des Antiquaires de Normandie. — a Gcsta Pétri Régis, Mss. o# i4- — 3 État géographique de fa Normandie. — \ Mèm. sur lu dén. de Caen.

Ml

foires sont des preuves de l'importance d'une localité, et les foires anciennes prouvent l'importance d'une localité au Moyen- Age: Brecey a un grand nombre de foires, dout cinq existent depuis un temps immémorial.

Auprès du vieux bourg était l'habitation primitive des seigneurs de Brecey , la forteresse des guerriers de la Conquête. On appelle aujourd'hui l'emplacement le Manoir ; il était sur le bord du chemin Biardais , au flanc d'un petit coteau , dont le pied est baigné par la Séet que l'on passait à gué , à une époque reculée , a l'endroit où s'est élevé le Pont-Roulland. Il y avait encore récemment une tourelle dont le nom s'applique encore au terrain. C'est là qu'il faut placer le château féodal de Brecey , le berceau des Brecey de la Conquête \ Leur château nous conduit à leur histoire,

Un seigneur de Brecey était à la Conquête. II est appelé de Burci dans le Domesday, et de Brecey dans la liste de Dumoulin 3 et dans celle de Masseville9. M. Desroches dit que le seigneur de Brecey reçut des biens dans le Worcestershire 4.

Masseville cite encore le seigneur de Bressay, dans la liste des^nobles qui prirent part à la croisade du duc Robert *.

Dans le Rôle de l'Echiquier pour l'année 4195 , on trouve la redevance d'un seigneur de Brecey , dans le voisinage de Richard Silvain de Saint- Pois et de Pierre du Celland : • Hamel de Breceio , r. cp. de xx 1. • •

j Dans ses beaux traTaui sur les châteaux du département de la Manche, M. de Gerville dit, après avoir infructueusement cherché, qu'il faut trouver à Brecey l'emplacement d'un ancien château : « Il est indubitable que le lieu de la Tourelle ne soit cet emplacement. » — a //cal. du duché de Normandie, p. 188. — 3 Hist. de Normandie, tom. »"» p. «99- — KH'ttt. du Mont Saint-Miche/, tom. î", chap. il — 5 //ut. du Mont Saint-Michel, tom. !•». — 6 Stapleton , Magni Holuti deScaccario, tom. i". Nous tenons à conserver la physionomie des vieilles écritures, et nous citons Gdèlement cette tachygraphie d« PB-'

Dans un rôle de 1272 , cité par Laroque «, il y a un Robert de Breccy chevalier a.

Un registre du Mont Saint-Michel renferme une charte de Nicolas de Brecey , à la date de 1294 : » Costa Nich. de Brecey o pro excambio nemorim abbatù*. »

Au xiv* siècle , Agnès de Brecey est inscrite comme bienfaitrice sur le Nécrologe du Mont Saint-Michel , où elle figure le 4 des nones d'avril.

Dans le même siècle , un clerc de Brecey devint le seizième abbé de Montniorel : Robert de Breccy fut inauguré en 4358. De son temps, en 1364 , les troupes ennemies, navarraises et anglaises, envahirent le monastère de Montmorel et s'y retranchèrent. Bertrand Duguesclin les en chassa * et, persuadé que les moines ne s'étaient point opposés à celte prise de possession , il les condamna à 40 liv. d'amende , dont il les exempta cependant , quand il eut reconnu que les ennemis avaient pris le monastère par la force *.

Sous ce même siècle encore , figure sur le Nécrologe du Mont Saint-Michel , le donateur du fief de Brecey , le prieur Jean Eon. Une bulle du pape Luce mentionne le don à l'église d'Avranches du Moulin-Robert à Brecey.

A la fin du xv« siècle Montfaut contesta la noblesse de Jean de Maigny à Breccy : Roissi le trouva noble. En ce siècle , un seigneur de Brecey fut au nombre des chevaliers , défenseurs du Mont Saint-Michel.

chiquier. Gomme cette formule revient souvent, nou* llnterpretcron* ici : « Hamei de Brcctio reddidit comptant décima xx (ibrarum. • Cette tachygraphie rappelle celle du Domesday, mais elle est plus facile à déchiffrer.

i Histoire dû la maison d'ffarcourt. — a Ap. M. de Gcrville, Châteaux du département de la Manche, quatrième volume de* Mémoires des Antiquaires de Normandie. — 3 Hegittre, Mss. n° i^. — 4 Galtia Christiana, tom. xi, col.

Dans le xvr siècle Brecey passa aux Vassy. A la fin de ce siècle , un d'eux embrassa le calvinisme , épousa Louise de Montgommery, sœur de Gabriel il, le constructeur du château de Ducey , et bâtit le château actuel de Brecey , auquel il adjoignit un prêche. C'est sans doute celui-là que Masseville désigne , lorsqu'il cite un de Brecey parmi les protestans de notre province La famille des Vassy , alliée aux Montgommery, Tétait aussi aux seigneurs d'Harcourt2.

Gabriel- Henri de Vassy-Brccey combattit vaillamment à la bataille de Leuse , où il perdit la vie à la tête de sa brigade , en 1691. 11 fit preuve de soixante -quatre quartiers de noblesse, lorsqu'il fut reçu chevalier de Saint-Lazare3.

Le château de Brecey et les Vassy sont cités dans la Recherche de Chamillard.

Les armes de Brecey étaient d'hermine au lion de gueule rampant4.

Le château de Brecey était aux Vassy à l'époque de la Révolution. A celte époque il fut nationalisé et vendu à un négociant de Granville , M. Campion.

Après la mention de l'ancien château-fort de Brecey , qui n'existe plus, et après l'histoire des seigneurs, se place naturellement la description du château de plaisance des Vassy qui existe encore.

Un Anglais observateur et quelquefois poète , M. le docteur Hairby, a assez bien peint le site du château et l'impression produite par la vue de ce monument , tel que le temps et l'homme l'ont fait, « Le paysage d'alentour renferme des ondulations étendues, ressemblant à quelques parties de l'Angleterre pour la richesse pittoresque, une rivière que l'on dit abonder en truites et une longue et étroite avenue qui

i Nist. de Normandie» t. v, |>. i3a. — a MasBeville. — 3 Richard Seguin, Industrie du Utwage , p. 267. — f Dumoulin, Catalogue de ta (roi tade.

marquait l'approche de la résidence d'un noble , avant que la baine de l'aristocratie causât la ruine des nobles édifices qui survivent comme des souvenirs de la désolation des familles qui tinrent un haut rang sur la terre. La où les pas des guerriers résonnaient, où le clairon appelait à la bataille ou à la chasse, l'ignoble coq de fumier reste le seul habitant, et. chante comme pour railler l'orgueil et la grandeur de l'homme1. •

Le château de Brecey est situé dans la vallée de la Sée sur un terrain plat : sa situation et sa fastueuse architecture révèlent des temps pacifiques et le luxe des grands seigneurs. Des chasses de châtaigniers 2 ou de hêlres conduisent au château dont on aperçoit d'assez loin les girouettes inclinées , les cheminées rouges aux ceintures blanches et les deux pavillons à toit aigu. Un beau lichen dore les murailles. Ce qui frappe d'abord a sa vue , c'est la désolation de ses cours , le délabrement de l'édifice et la mutilation de ses parties. Une des ailes a été détruite, l'aulre est mal raccordée, le vaste écusson a été gratté t les fenêtres sont vides ou déshonorées par des planches ou des bottes de foin. L'intérieur inspire encore plus vivement les tristes pensées , parce que les souillures modernes sont mêlées de beaux débris du passé, statues, poutres peintes, plafonds sculptés, trophées d'armes , peintures, consoles armoriées. Le style du château de Brecey est plus simple que celui de Ducey, dont il est le contemporain : c'est le style de la Renaissance altéré par le xvn* siècle. Il fut bâti vers 1620 par un de Vassy , seigneur de Brecey, qui avait épousé Louise Montgommery , la sœur de Gabriel II , lequel bâtit celui de Ducey vers la même époque.

La disposition générale offre deux façades à fronton infléchi,

1 Deseriptive and hittoricat Shctehes 0 f Avr anches and Ut vieini(\, p. if>5. — a Le» plantations d'autrefois sont cependant tombées : • Les plantations qui l'environnaient sont abattues, • lit-on dans le Guide pittoresque du royageur en France.

par derrière, deux pavillons peu saillans et, par devant, une aife en partie refaite et la naissance d'une autre aujourd'hui détruite. La construction est généralement plate et rectangulaire : Les seuls ornemens qu'on puisse signaler sont les modillons des corniches , des linteaux sculptés , des prismes encadrés, des plates-bandes et des écussons. L'entrée principale est plus simple que celle du château de Ducey et n'a pas de perrou. Les matériaux sont le granit qui forme les reliefs et une brique très-mince qui remplit les fonds et communique à tout l'édifice un air pittoresque et original. Comme a Ducey, les caves sont fort belles : ce sont des voûtes robustes aux arêtes fines et bien filées, sur des parois robustes. On y remarque une salle , peut-être une salle de* bains , dont l'élégante cheminée est portée par deux svelles colonnes doriques monolithiques. La partie la plus grandiose de l'édifice , quoiqu'elle soit dure à l'œil , est l'escalier central carré qui s'élance des caves jusqu'aux combles sur ses quatre piliers carrés, avec des volées alternativement simples et doubles , bordées d'italiennes, les simples portées sur des voûtes à quatre travées peintes en grisaille , et les doubles appuyées au mur. Au rezde-chaussée sont les salles à manger. Une d'elles naguère encore était toute brillante de peintures éclatantes, de guirlandes pendantes en bois sculpté et de dorures délicates. Ce beau revêtement et ce plafond splendide ont été récemment vendus à une descendante des de Vassy. Au premier étage on distingue surtout la salle des Gardes avec ses beaux trophées antiques , ses poutres revêtues d'arabesques bleu et or, avec des M et des V croisés* , ses lambris en grisaille, sa fastueuse cheminée à cariatides et à colonnes, ses statues , entr'autres la Force et la Paix. Dans les combles , on peut admirer de belles charpentes.

Le château de Brcccy , comme celui de Ducey , fort rc-

i Chiffre dc« Yainj-Monlgommcry.

marquante en lui-même , est sortout précieux comme type daus les dévcloppcmcns et les altérations de l'architecture. 11 appartient à cette décadence de la Renaissance dont le Palais du Luxembourg est le modèle , et dont Jacques Debrosse est l'architecte. Sous la régence de Marie de Médicis s'introduisit en France le genre italien qui altéra la Renaissance , ce gracieux compromis entre deux grandes architectures. Le pilastre succéda à la colonne , l'ovc à la fenêtre et à la rosace , la corniche aiguë au chapiteau , l'arc en berceau à la voûte semicirculaire ou ogivale , le relief en bossage remplaça les sculptures, la balustrade à l'italienne remplaça la broderie ouvragée. Une sécheresse régulière succédait à une richesse folle et exubérante. A. cette époque , de 1600 à 1620 , s'élevèrent le Luxembourg, la grande Salle des Pas-Perdus , le Val-de-Grace, le portail de Saint-Gervais : c'était l'époque des Dclorme, des Lescot , des Ducerceau , des Debrosse , architectes habiles qui connaissaient la statique et Vignole , mais qui n'avaient pas l'imagination puissante et riche des artistes du passé.

L'église de Saint- Martin de Brecey est un antique oratoire dont les parties romanes se retrouvent encore , spécialement dans les substructions du chœur où l'on voit quelques pierres d'ancien appareil , et dans la partie supérieure des contreforts méridionaux de la nef, repris évidemment en sous-œuvre. Les fenestreiles lancéolées du chœur , ou conservées , ou replacées dans un allongement récent , sont peut-être aussi contemporaines des contreforts, c'est-à-dire de la Transition. Le reste appartient à la période ogivale. A cette période appartiennent les contreforts solides et saillans qoi flanquent le portail et la nef du côté du nord , le portail avec sa fenêtre géminée , peu délicate , remarquable par ses degrés dans son évaseraent intérieur , et ses statuettes dorées de saint Roch et de la Vierge. La tour est plus jeune que le reste de l'église , elle se termine en toit à double égout et se raccorde avec l'intérieur par un arc ogival assez bien traité. L'intérieur d'ailleurs est pauvre en objets d'art et d'antiquité , si l'on excepte

le baptistère en forme de sablier, et un tabernacle flamboyant' qui a disparu devant un lourd et fastueux autel grec. La nef de Brecey , qui peut bien contenir U00 personnes , est littéralement toute dallée en pierres tombales. Ce vaste livre de granit, bosselé d'inscriptions, de ciselures , de croix , de calices , d'épées et d'écussons , est le uécrologe où sont venus s'inscrii%4es personnages de toutes les conditions. Al. Desroches nous apprend que quelques-unes de ces dalles sont placées sur les sépultures de la famille de Roger de Talvende, dont la postérité s'est éteinte dans ces derniers temps 2. Dans le cimetière est le dé de l'ancienne croix : on y retrouve des armes , celles sans doute du donateur ; on y remarque eutre autres deux aigles adossés.

L'église de Brecey était un prieuré dépendant de l'abbaye de Savigny. Aussi trouve-t-on dans le Gallia Chrùtiana , à l'article des Prioratus in Galliâ modo cxtincti : « Breceium in diœcesî Abrincensû* •

En 1628, d'après le Pouillè du Diocèse, l'église de Brecey rendait 300 liv.4 Elle paya 15 liv. daus l'impôt royal de 1522».

Le Pont-de-Pierre fut le théâtre d'uu combat entre Gassion et les Nu-Pieds. Voici comment Richard Seguin le raconte : • Gassion fit ensuite marcher son armée sur Avranches , par Tallevende et par Gathemot. Les Va-Nu-Pieds s'étaient réunis el retranchés au Pont-de-Pierre , près du bourg de Brecey. Le maréchal les attaqua avec vigueur ; ils se défendirent pendant deux heures avec opiniâtreté , et lui tuèrent plusieurs officiers et vingt soldats. Le marquis de Courtcaumer y perdit la vie ; mais Gassion étant parvenu à les tourner , ils abandonnèrent leurs retranchemens et s'enfuirent dans les bois. On les poursuivit chaudement , et trois cents furent taillés en pièces ,

i 11 appartient a l'auteur. — a Hul. du Mont Saint-Michel, xn* siècle. — 5 Gallia Chrùtiana, tom. »i> col. 554. — 4 Pouillè, p. 9. - 5 Mm. de M. de La VUlcberge.

deux cents faits prisonniers , et les autres se dispersèrent Le maréchal , maîlre du Pont-de-Pierre , fit passer la rivière de Sée à sa troupe , et lui accorda un jour de repos. Le lendemain il la conduisit devant Avranchcs. Cette ville bâtie sur une hauteur , près de la mer , entre les rivières de Sée et de Sellune, était alors très-forte »

A Brecey est né un homme qui mérite notre sympa tbi#et pour sa valeur personnelle et son heureuse influence sur son pays qu'il représente dans sa principale spécialité, l'horticulture, sans cesser de le représenter dans ses nobles tendances de science , d'art et de littérature. C'est un de ces hommes d'intelligence et de cœur, qui sont compris de tous et deviennent populaires par cette modération d'idées et de sentimens qui est au fond la sagesse et la vertu. La variété de leurs facultés les rend appréciables à tous , le calme studieux de leur vie ajoute à l'autorité que donne une heureuse nature , la pureté des mœurs sanctiûe l'amitié et l'admiration qu'inspire leur intelligence. Ces existences n'ont rien qui émeuve puissamment les élans de l'amour ou de la haine : on les contemple avec calme et avec sûreté : on sait que rien de discordant ne détruira leur harmonie, tandis qu'on a peurquaudon regarde la vie du grand homme. Celui-ci est une montagne qui a des torrents et des volcans : l'autre une colline arrondie et cultivée où tout est fait pour le plaisir des yeux. Il suffit de voir le portrait de Le Berriays pour deviner toute sa vie : cette figure bonne et placide est celle de l'homme de bien , de l'homme en paix avec lui-même, cet œil pénétrant et doux est la révélation d'une intelligence modérée , cette bouche fine annonce l'esprit, cet élément du siècle, elle rappelle celle de Voltaire sans l'amertume. Si cet homme offre un grand attrait pour le cœur , il en offre aussi pour l'esprit : ces deux raisons , jointes à son influence locale , nous permettront de nous arrêter avec quelque complaisance sur la bio-

i Mit. mitit. des lîocains, p. 4o5. Courteatimer fut tué à Avranches.

graphie de celui que j'appellerai le plus grand moderne de l'Avranchin , si la grandeur consiste dans la moralité et dans l'étendue des facultés. Nous emprunterons beaucoup à la Notice d'un autre homme de bien , qui consacre sa vie et sa fortune à faire le bien par les sociétés savantes : nous avons nommé M. Lair\ Il travailla sur les notes d'un élève aimé de Le Berriays.

Louis-René Le Berriays naquit à Brecey , en 1722 , d'une famille de cultivateurs. Ses heureuses dispositions engagèrent ses parens à le mettre aux études : ils l'envoyèrent au collège d'Àvranche9 , dans ce vieux collège auquel il devait plus tard substituer un local digne de la science et de sa réputation. 11 en sortit pour aller faire sa philosophie à Yire. A quatorze ans il avait terminé ses études avec la plus grande distinction. Quelques années après , il fut appelé à Paris par son grandoncle , le père Biseault , Oratorien , qui lui enseigna la théologie, et qui voulut l'engager dans le sacerdoce ; mais, sa vocation n'étant pas assez prononcée , il ne prit que les premiers ordres. Il nous semble que Le Berriays garda toute sa vie cette douceur et cette modération qui caractérisaient cette belle école, savante et polie , des Oratoricns. Son peuchant le portait vers la littérature ; mais le besoin d'une position le jeta dans l'enseignement : a Etat plein de dégoûts, mais dont il ne connut que les douceurs » dit son biographe3, à la pensée duquel nous ajouterons que ses seules compensations sont la conscience de faire obscurément un peu de bien , et l'amitié reconnaissante de quelques élèves de cœur et d'intelligence. M. Gilbert de Voisins, grenier en chef du parlement de Paris , lui confia l'éducation de son fils. Le précepteur se livra tout entier à son élève , jeune homme de grande espérance, et, profitant des leçons de

i Notice sur M. Le llcrriay*, tom. i" des Mèm. de ta Société d'Agriculture de Caen, faite sur des noies de M. Uaientun, élève de Le Berna y a. — a Notice de M. Lair.

ses différens mattres, il apprit lui-même l'italien, l'anglais, le dessin , l'architecture et la musique. L'élève de Le Berriays devint président à mortier du parlement de Paris. Le magistrat réclama plus d'une fois les conseils du maître dans les circonstances difficiles que traversèrent les Parlemens. Le Berriays s'est toujours effacé , comme nous le verrons dans la suite , et il a dû avoir une grande part dans de grandes mesures. Quand le Parlement fut dissous , et que Gilbert de Voisins fut envoyé loin de la capitale , Le Berriays le suivit.

A Paris , Le Berriays avait été honoré de l'amitié de Racine le fils, de Gresset, Coffin , Lebeau , Crevier , Mirabeau père, Malesherbes, et de Buffon, Vilmorin et Duhamel. Cette société représente ses deux tendances , la littérature et l'histoire naturelle , celle-ci l'emporta : cela devait être.

Il connaissait les agronomes et les botanistes de l'antiquité, Tbéophraste , Virgile , Columelle * , Varron , et les modernes, Olivier de Serres , la Quintinye , Duhamel-Dumonceau. Ce dernier avait publié, en 1755, un Traité des Arbres et Arbustes : il désirait le compléter par un Traité sur les Arbres a fruit. On a dit qu'il proposa 2 à Le Berriays de l'aider dans son œuvre. La proposition fut faite par Le Berriays , comme Duhamel l'a exposé dans sa Préface3. Son collaborateur ne

i Voir la Préface des Haricots , Mss. à la bibliothèque d'Avrancbes. — a Notice de M. Lair. — 3 « Les matériaux sont restés dans mon cabinet pendant plus de vingt ans. Enfin , les ayant fait voir à un amateur, M. Le Berriays, rempli des mêmes vues et occupé des mômes objets , il espéra pouvoir les mettre en œuvre ; les difficultés qui m'avaient arrêté ne lui parurent point insurmontables. Je ne lui dissimulai pas que diverses occupations importantes ne me laissaient que peu de temps à donner à cet ouvrage ; mais son zèle l'engagea à m'oCTrir de travailler avec moi pour finir les descriptions et les dessins imparfaits, et pour ajouter ce qui manquait des uns et des autres, se proposant de me mettre en état de m'acquitter avec le public des engagemeus

se borna pas à décrire : il dessina et coloria un grand nombre d'arbres , avec un pinceau d'une exactitude admirable. Le Traité des Arbres fruitiers parut en 1765 et obtint un succès extraordinaire : Duhamel en retira toute la gloire : Le fierriays eut l'honneur de voir son nom cité au bas de la marge de la Préface. Dupetil-Thouars a cependant dit que ce tivre était en grande partie son ouvrage *. Le Berriays méditait son œuvre à lui seul. En 1775 il publia en deux volumes in-8° le Nouveau de CaQuintinye ou Traité des Jardins. Le premier est consacré au jardin fruitier , le second au jardin potager. Ce Traité lui valut une grande réputation : ce fut dans cette glorieuse époque de sa vie , au milieu des charmes de l'amitié et de la société des savans , lorsque ses amis lui faisaient entrevoir tin siège à l'Académie des Sciences , et que M. Gilbert de Voisins lui offrait une pension considérable pour le déterminer à se fixer près de lui , ce fut alors qu'il voulut revenir dans son pays.

Il choisit pour retraite la terre du Bois-Guérin, près d'Àvranches2, en face de l'admirable baie du Mont St-Miche). Après avoir fondé un jardin en cet endroit, il en fonda un autre entre Àvranches et Breccy, à Tircpied position intermédiaire entre ses deux patries. Ce furent deux écoles dans lesquelles il enseigna , prêcha , popularisa l'horticulture. Pour cette mis* sion il avait ce qui donne le succès : il réussissait dans ses cultures et parlait avec une élocution facile , aidée de connaissances très- variées. Il trouva cette poire de Louise-Bonne qu'on a appelée la reine de nos vergers , et attacha son nom à une variété de Colmar et 5 une fraise nouvelle , fille de la grosse fraise du Chili3. Ses cerises étaient remarquables par leur gros-

que j'aTaii pris de donner ce ÏYailé, qui complète celui des arbres et arbustes. • Préface , p. 3.

i Biographie VniversdU. - a Voir l'article du Val-Saint-Père. — 3 11 dut cet honneur à M. Van-Mous, horticulteur belge, auteur de k Fructicologit; ■

scur et leur saveur : dans un de ses Yoyages à Paris, il présenta a Louis xv des greffes de cerisier, que le roi voulut placer luimême. Il avait introduit dans les environs d'Avranches cette Parmentière si mal accueillie , cette pomme de terre , ce froment de disette , ce grand bienfait des temps modernes.

Le troisième volume du Traité des Jardins parut sous le titre de Traité des Jardins d'ornement. Le jardin d'ornement est le caprice , Part , la poésie des jardins , comme nous disons aujourd'hui. Le Berriays le concevait avec cette sobriété de détail et cette sagesse de formes qui le caractérisent , ou plutôt son esprit pratique s'en défendait : • Je ne parlerai , dit-il , ni de leur formation ni des ornemens vrais qui embellissent la nature , ni de ceux que le caprice semble n'avoir inventés que pour la rendre difforme et ridicule. Simple jardinier dans cette troisième partie comme dans les deux premières , je me bornerai a cultiver les arbres et les plantes qui servent à décorer les jardins. »

L'esprit humain se manifeste sous mille formes , et , pour qui sait voir, les faits en apparence secondaires .et indifférons , se rattachent à une grande unité. Ainsi les jardins majestueux de Le Nôtre s'harmonisent avec la littérature pompeuse du xvne siècle. La littérature du dernier siècle avait encore beaucoup conservé de la régularité et de la sobriété du précédent. Les Jardins de Le Berriays , généralement consacrés à l'utile , sont un peu froids à l'imagination , même quand ils s'ouvrent à l'ornement. Les jardins de nos jours, admettent un élément que les siècles précédens ont peu connu , le caprice , et nous semblent reproduire cet esprit poétique d'indépendance , de sentiment vrai de la nature qui caractérise notre époque : il y a autant de distance entre nos jardins et ceux du siècle dernier qu'entre une description de Delille et une description de Lamartine.

Un Traité de l'Orangerie compléta son ouvrage On re-

i Ainsi l'œuvre entier se compose de quatre volumes io-8". Il

marque ces expressions dans la Préface : « Pendant l'hiver , lorsque nos jardins n'offrent à nos yeux que le triste spectacle de la léthargie de la nature et des ravages du froid destructeur , si nous entrons dans une orangerie , nous croyons passer en un instant dans un autre climat, et sous un toit couvert de neige , nous trouvons l'air du printemps , une verdure brillante et même des fleurs. »

Pour populariser l'horticulture , et c'est un de ses plus beaux titres , il réduisit son ouvrage en un abrégé clair et précis , sous le titre de Petit de la Quinrimye, qui parut en 1791 , chez le Court , à Avranches *.

Les orages de la Révolution ne pouvaient pas épargner celui dont la modération est la principale formule , et qui ne conspirait que contre la routine et les fausses méthodes. Il fut obligé dese retirer à Rouen où il resta caché jusqu'en 1794, époque à laquelle il revint au Rois-Guérin.

Il eut une grande part de conseils et d'influence sur l'organisation du jardin botanique de l'Ecole centrale établie à Avranches vers 1798. A cette époque se groupaient autour du vieillard, du philosophe du Bois-Guérin2, une réunion d'hommes remarquables , particulièrement comme amis de la nature, selon le langage d'alors. C'étaient M. Le Chevalier, professeur d'histoire naturelle a l'Ecole centrale et fondateur

s'ouvre par un suave frontispice digne de G rente) avec oea épigraphes : « Non oderis iaboriosa opéra et rastuationem creatam ab AUis- Wm <?..,. Qui opérai ur terrant tuant satiabitur.... •

i Deux vol. in-18. M. Le Court en donna une édition en 1807, l'année même de la mort de fauteur. Cet imprimeur, qui était un homme instruit et qui a laissé des note* Mss., était l'ami de M. Le Berriays. Nous avons montré ailleurs ses démarches pour faire obtenir au vieillard la pension qui lui avait été promise par M. Gilbert de Voisins. (Voir la Biographie de M. Le Chevalier.) Manoury l'ai né , de Caen, donna une nouvelle édition du Petit de la Quintinye, il y a quelques années. — a Expression de M. Le Chevalier dans son Catabgue.

du Jardin des Plantes , M. Dubuisson , jardinier de l'Ecole , plus tard directeur du Jardin , qui fut associé au travail du Petit de la Quintinye, M. Cerisier, littérateur de goût et helléniste distingué , M. Le Moine , fondateur du jardin de l'Ermitage , M. le docteur Guérin , ce médecin si dévoué à la science et à l'humanité , M. Le Court , imprimeur habile et homme instruit, et les professeurs très -distingués de l'Ecole centrale*. Mous ne voyons pas sans admiration et sans émotion cette élite intellectuelle groupée autour du vieillard , et leurs entretiens variés dans ces beaux jardins : on pense involontairement à d'autres temps , quand on considère la science, la sagesse de ces hommes dans ces beaux jardins en face d'une magnifique nature , et nous ne pouvons nous empêcher de regarder cette époque comme une phase lumineuse de la vie intellectuelle d'Avranches.

Le Berriays avait une conversation remarquable , et nous ne pouvons mieux faire que de citer les paroles de M. Lair qui travaillait sur les notes de M. Barenton : « Sa conversation toujours instructive s'étendait sur beaucoup de matières, qu'on aurait cru devoir lui être étrangères. Il la rendait piquante par des citations , des anecdotes et des faits qu'il racontait avec on talent particulier. Sous ce rapport on est frappé de la ressemblance avec Evelyn , le traducteur anglais du Parfait de la Quintinye. Comme Evelyn il fyait aussi instruit dans les langues que dans les sciences. Au milieu de ses autres travaux, il avait continnéde se livrer à l'élude des langues grecque, latine , italienne et anglaise. Il se fit même un plaisir d'enseigner le grec à l'âge de quatre-vingts ans à un jeune homme qu'il avait pris en affection Il possédait la musique et ii

i M. Le Chevalier écrivait de Le Bcrriayg : « Homme profondément verâé dans l'agriculture, qui, dans un corps affaibli par les années, conservant toute l'ardeur de la jeunesse, écrit constamment pour le bonheur des homme*. »

composait agréablement , si nous en jugeons par quelques morceaux que nous avons entendus. Il cultivait aussi la peioture. • Il est certain , et ses dessins 1 sont là pour le prouver , que ses peintures de légumes et de fruits sont d'une fraîcheur et d'une vérité parfaites. Ce mérite pittoresque brille avec éclat dans ses Haricots, et les planches qu'il prépara pour le grand ouvrage de Duhamel.

Le Berriays se distingua encore dans l'architecture : ses monumenssont encore parmi nous. Son œuvre principale est aussi maintenant l'édifice le plus considérable et le plus monumental d'Avranches , le collège qui s'éleva sur ses plans , avec le concours de l'évêque, M. de Belheuf, de M. Ferrey-Moniilier, lieutenant du bailliage , et de la générosité publique. Il ût l'hôtel du Motet : c'est à lui qu'on doit les deux pans coupés qui forment l'entrée de la plus belle rue d'Avranches, de cette rue de la Constitution qui serait remarquable môme dans une grande ville. On prétend que c'est lui qui rappela le projet ingénieux et hardi de Philibert Delorme pour la coupole de la halle aux blés de Paris. Il fit faire plusieurs constructions au château de Gros-Bois , qui appartenait à M. Gilbert de Yoisins.

En 1800 , il reçut de la Société d'Agriculture de Paris une médaille d'or et le titre de correspondant. La Société d'Agriculture et de Commerce de Caen fut à peine rétablie vers cette époque , qu'elle s'empressa de le recevoir au nombre de ses membres.

Homme pratique et utile, il avait commencé un travail suite cidre et le poiré, et, à la formation du Jardin des Plantes, il avait émis le projet d'une pépinière destinée à la propagation des bonnes espèces de pommes à cidre dans le pays. Prévoyant que le temps lui manquerait pour un ouvrage auquel il attachait beaucoup de prix , il désirait qu'il fût achevé par la Société d'Agriculture de Caen. Cet ouvrage est encore à faire :

i II* sont à Ja bibliothèque d'Avranches.

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la brasserie du cidre et du poire* est abandonnée a une pratique routinière. Toutefois l'idée de Le Berriays a trop d'imporiance pour qu'elle ne se trouve pas tôt ou tard réalisée.

Il avait composé sur la fin de sa vie, sur les haricots , un Traité accompagné de quaranto-neuf planches dessinées et peintes par lui, dont il fit présent à M. Barenton, son élève. Ce Traité, d'une écriture nette et ferme , ces planches exactes et brillantes , déposées à la bibliothèque d' Avranches , prouvent toute la sagacité , la vigueur de main et d'esprit d'un vieillard de plus de quatre-vingts ans.

Il préparait les matériaux d'une nouvelle édition du Traité des Arbres fruitiers. Cette œuvre monumentale eût alors été presque toute de lui-même. Aux richesses qu'il lui avait fournies en collaborant avec Duhamel , dont la mort le laissait libre, il devait ajouter le fruit de sa longue expérience ultérieure , les variétés qu'il avait obtenues , les espèces qui avaient été introduites , il devait faire des corrections et des additions , entre autres un Traité entier des Arbres et Arbustes d'agrément. 11 avait dessiné les planches. L'ouvrage eût formé trois volumes grand in-4° , et fidèle à son ancienne idée , et à sa mission popularisatrice , il eût réduit les dessins et le texte en deux volumes in-8° , sous le titre de Petite Pomone française *. Ces manuscrits furent déposés dans les mains de M. Le Court : on ne sait ce qu'ils sont devenus. Il venait d'achever le troisième volume, lorsque la mort le surprit le 7 janvier 1807 , a l'âge de quatre-vingt-cinq ans , et , comme le fait remarquer M. Lair , à peu près à l'âge où moururent Le Nôtre , Evelyn , Duhamel et La Quintinye. Il semble qu'une vieillesse longue ci exempte d'infirmités s'attache aux doux travaux du jardinage a. Dans Le Berriays , l'homme de bien ne le cède pas a

i Cette idée a été réalisée en grand depuis par la Pomotogie française, rie M. Pnitcau, cl la Pomone française, de M. le comte Lclicur. — i M. Dnhuisson mourut ,ï jn ans des Fuites de dissection d'un cachalot avance; M. Le Cli'M alin a f>8 ans.

l'homme d'intelligence : la grande idée morale de toute sa vie fut le perfectionnement et la propagation de l'agronomie et de 1 horticulture : occupations saines au corps, sereines et purifiantes pour l'àtne, qui réalisent l'idéal d'Horace: — Menssanain carpore sano. — 11 tendit la main à quiconque voulut s'instruire, et ouvrit souvent sa bourse aux malheureux. Il a eu un grand bonheur , qui serait à son comble , s'il vivait aujourd'hui : il vil fructifier ses leçons et l'Avranchin devenir un jardin et Avranches un parterre. En donnant à notre pays ce qui fait son originalité industrielle et sa richesse commerciale , Le Berriays a été un de ses plus grands bienfaiteurs.

Il nous a semblé que Le Berriays , homme d'esprit ferme et d'observation sagace , manquait dans ses livres d'une faculté précieuse , sans laquelle un homme est incomplet : c'est cette faculté qui précède cl annonce les généralités scientifiques, qui du réel extrait l'idéal , qui vivifie le fait et l'abstraction , qui colore» échauffe et harmonise , sans laquelle la nature n'a pas d'âme , l'art n'a pas d'infini , la science n'a pas d'idéal : celte faculté , c'est l'imagination. Elle n'est pas, comme on l'a dit, la mère des songes, c'est la plus haute puissance du réel; eue n'est pas la folle du logis , elle en est le rire , la grâce , et l'hôtesse courtoise et brillante. Elle n'est pas le vin des dénions comme l'appelait Bacon : elle est cetto douce ivresse qui embellit les objets , cet enthousiasme qui élève vers des régions nobles et sereines : elle est la muse des poètes , la mère des arts , et l'âme de cette nature qui ne serait pour la science pure qu'une matière organisée. Le Berriays, qui vivait au milieu des populations végétales , merveilles de tous les points de la terre , qui habitait dans un des pins beaux sites du monde , n'admire , ne tressaille , n'aime jamais. C'est à peine si , dans ses courtes préfaces , il laisse échapper un mot du cœur , un élan d'admiration en faveur des êtres brillans qu'il décrit. Les arbres d'ornement même , qui ont pour essence l'agrément et le beau , tandis que les arbres fruitiers ont pour but l'utile , le laissent aussi froid , aussi impassible. Ce n'est

pas qu'il faille voir tout l'homme dans ses livres : nous savons bien que celui qui avait fait des végétaux la passion de sa vie devait les aimer , les admirer , à raison même de son intime connaissance : mais , dans ses livres , Le Berriays est resté l'homme pratique, l'homme utile, le descripteur impassible, le jardinier, comme il s'appelle lui-même. La poésie ne doit pas usurper la place de la science ; mais elle doit lui donner la lumière et la chaleur. Ce n'est qu'à de très-rares momens que Le Berriays s'anime et colore. Une phrase caractérisera sa manière : dans son admiration pour la Normandie et le beau pays d'Avranches , il s'exprime ainsi : « Si , au printemps, on jette les yeux sur nos arbres fruitiers en fleurs, sur un pêcher, un cerisier, un pommier , peut-on envier à la Chine et au Nouveaux-Monde leurs arbres les plus vantés'? »

Il avait à un haut degré une qualité qui n'est pas une faculté, mais une méthode , qui n'est pas le génie , quoiqu'en ait dit Buffon , mais qui est un instrument merveilleux du talent , c'est la" patience, révélation de l'énergie, de la volonté, de l'amour du savoir et du calme de l'âme. La vie solitaire , un travail assidu , quelque gêne de fortune3, une réflexion constante sur mille sujets avaient donné à sa personne et à sa parole une gravité froide, voilée de quelque tristesse; mais réservé avec les étrangers , les curieux et les visiteurs , il était expansif et riche d'idées et de confidences avec ses amis.

i Introduction , tom. i". — a Nous avons écrit dans la Biographie de M. Le Chevalier: • M. Le Court , imprimeur, pria M. Le Chevalier, qui connaissait MM. Louiche et Thouin , du Jardin des Plantes de Paris, de se faire l'interprète des besoins du vénérable agronome, et de solliciter une pension de i,aoo fr. auprès du ministre François de Ncufchâteau, littérateur et poète , qui se plut à favoriser les gens de lettres. Cette pension lui élait due par M. Gilbert de Voisins, dont les biens avaient élé confisques , <•» ses droits comme c n'ancier de la nation- n'étaient pas moins légitimes que ceux qu'il avait comme savant. »

Pour couronner celte étude, nous emprunterons 5 un homme de bien ses paroles sur un homme de bien , et nous dirons avec M. Lair : « Pour achever l'éloge de M. Le Berriays, nous dirons de lui ce qu'on a dit d'un personnage célèbre du dernier siècle , qu'il fut le meilleur des hommes. Aussi son nom , resté en grande vénération dans la ville d'Avranchcs, n'y est-il prononcé qu'avec le sentiment de la reconnaissance. Heureux le pays qui a vu naître et qui a possédé un homme d'un tel mérite ! Il avait désiré ne pas mourir sans être utile à sa patrie. Ses désirs ont été doublement accomplis , puisqu'il est parvenu à faire aimer la science et à faire chérir la vertu. »

ç*^à Rfes-irrégulièrcmcnt dessinée, cette commune affecte une forme très-difficile à caractériser : la géométrie et la botanique*, ces grandes sources de la topographie, n'ont pas do figures qui lui soient applicables. Le centre, où est l'église et

Boscus Batdonii ou Baldoini.

(Charte du Livre Veit).

Cathedra Batduini.

(Rob. Cs.fAus).

Casa BafduinL

(M. Cocstn , Pfomenc. de 1 735).

1 La langue de la botanique est d'une application ( onslauU- dai s

le bourg, est un plateau-, dont les flanc» sont sillonnés dr«nc multitude de vallons : deux vallées la limitent sur les flancs et la resserrent dans le milieu : c'est à l'est, la rivière du Pas-David , et a l'ouest celle de la Chaise : le sud n'est naturellement limité qu'à moitié; le nord ne l'est pas du tout.

La Chaise-Baudouin , ou la Chèze-Baudoin^ est appelée par Robert Ccnalis Cathedra Balduini. Cette étymologie ne repose que sur un vague rapport de son , et cette traduction littérale s'appuie môme sur une idée fausse. Seulement il a bien reconnu un nom d'homme dans la seconde expression. Ce nom se trouve positivement dans le Bois-Baudouin t Boscus- Baldotni ou Baldonii, selon la charte du Livre-Vert. Un bois considérable a existé dans cette paroisse et se trouve marqué sur la carte dont Stapleton a fait précéder ses savantes Observations sur les Rôles de l'Echiquier : il y est désigné sous le nom de Foresta de l'Avranchin La paroisse, considérée comme habitation seigneuriale , s'est appelée Casa Balduini, Chaise-Baudouin , habitation de Baudouin. Ce moi Casa signifie une habitation seigneuriale secondaire, assez bien traduite par le mot ordinaire de Logis. On a même traduit cette expression par un mot très-voisin de ce dernier : on a dit les Loges ; ainsi l'on a les Loges-sur-Brecey , les Loges-Marchis , Casœ thnùaneœ, Casœ snpra Breceium, ou selon Robert Ccnalis Casa Bresscyanœ. Mais , quel que soit le sens du premier élément du nom de cette paroisse , il est évident que le second est un nom d'homme.

L'église , sur un plateau peu élevé , n'est pas entourée d'un paysage qui mérite une description spéciale. Elle appartient à la fin du xvi6 siècle ou plutôt au commencement du xyii*. Il

l'archéologie et assez fréquente dans la topographie. Cet usage n'est pas récent. On sait que la Moi ée tire son nom de sa resseroblanceovcc uoe feuille de mûrier. Un sablier représente peut-tire la forme de la Chaise. 1 Tabufa Normanniœ tub reglbas AngRœ, en tôte du i" vol.

Kl

n'y a pas de pierres tombales antérieures à celte époque. Il n'y a pas de vestiges de l'église qui l'a précédée , si ce u'est la bifurcation d'un meneau prismatique d'un bon style, qu'on trouve dans l'berbc du cimetière , et une arcalure du même caractère. Elle possède des transepts, et la base de l'un d'eux et celle du chœur sont rayées de tores et de doucincs. Le transept méridional est formé par une tour , large et courte , accolée d'un escalier bouffi , trouée de jours et de meurtrières , et terminée en bâtière. Il est percé d'une fenêtre gauchie et excentrique , surmontée d'une arcature prismatique plus ancienne que les autres parties de l'église, et qui suppose l'existeuce d'une croisée analogue dont la bifurcation précitée faisait sans doute partie. Une fenêtre trifoliée, à la face orientale de ce transept , a été bouchée. Le pignon oriental est trèsremarquable au point de vue historique : il offre un spécimen de l'art de la Renaissance , qui a laissé pou de témoins dans notre pays. 11 présente une grande baie ogivale obtuse avec les détails de la Renaissance. Son tiers-point s'appuie sur des pilastres à trois stries longitudinales dont la base est également striée. Les chapiteaux sont des barres plates horizontales. Les stries se continuent sur l'archivolte qu'entoure une arcature légèrement prismatique. Au pied de cette fenêtre est un trou triaugulaire qui ressemble à la place d'un meneau. Aux angles de ce pignon sont des contreforts carrés couronnés d'un fronton triangulaire avec une espèce de pot à feu 1 . Une sacristie latérale a mangé une fenêtre du transept septentrional, qui reproduit son opposé , moins l'arcature de la fenêtre centrale. La nef, qui aété récemment exhaussée, présente quatre fenêtres ogivales obtuses trifoliées a larges dalles. D'autres sont en anse de panier. Le portail et sa fenêtre sont de ce style , et datent de 1750. Une petite porte méridionale a un faux air roman :

i Celte agsociation du gothique et de ia Kenaissai.tr dan» !«• même membre, dans la même fcaôtre, est très remarquable

elle est sans doute de l'époque du pignon oriental , ornée d'une chambranle arrondie et fleurdelisée à la base. De ce côté , une fenêtre ogivale présente trois têtes à son tiers-point La croix du cimetière est carrée et très-élevée , selon le type actuel : un chapiteau classique unit le croisillon et le fût. Le Christ semble debout sur le rebord , attitude contraire à la tradition et à Fart. Ou remarque dans l'intérieur une grande niche dont le pinacle,* orné de feuilles contournées, s'étale au sommet en fleurs de lis , les arcs prismatiques du chœur qui se fondent dans le fût de quatre colonnes , dont deux , celles du fond , sont striées , la statue de saint Ouen , le patron , un saint peu connu , saint Lunaire , un reste de vitrail , espèce de quatrefeuilles , plusieurs tombes de l'illustre famille des d'Auray. Une de ces tombes est de 1614 *t une autre porte la date de 1696 ; celle de M. d'Auray, seigneur du Montier * et de Saint- Pois, lieutenant des maréchaux de France , est de 1704 , et celle de sa veuve, M™ Louise Tardif, est de 1734. Un d'Auray était à la Conquête , et il est désigné alors sous le nom de Willelmus d'Alré dans les AddL Exon Domesday. Il n'est cité ni dans "YVace , ni dans le Domesday, mais M. de La Rue l'a inscrit dans sa liste supplémentaire des compagnons de Guillaume , et les auteurs des Recherches sur le Domesday ont parfaitement établi sa présence à la Conquête2, et ont retrouvé sa famille à une époque ultérieure en Angleterre sous les noms de Aire , de A Ira ou d'Auré. Voici l'article du Domesday d*Exon : « Pro una virgata quam tenet Willelmus de Aire in Devon, in Sulferton liundred, rex non habet geldum. » Cette famille bretonne d'Auray s'établit en Normandie dans le comté de Mortain , vers 1385 , par le mariage de Jean d'Auray avec Jeanne de Meulan , dame de la baron nie de Saiut-Pairle-Servain. Les différentes branches s'établirent a Coulouvray,

i Fief voisin de l'église. — a Toui. , arl. Alic.

à Cuves, aux Cresnays , et à la Chaise-Baudouin. Leurs armes sont lozangées d'or et d'argent1.

En 1648, l'église de Saint-Oucn de la Chaise-Baudouin, qui était à la présentation du chapitre de Cléry3, rendait 600 liv.' En 1698 , la cure valait 1,000 liv. : il y avait deux prêtres; la taille était de 1,588 liv. et le nombre des taillâmes était de 180*. Les nobles étaient alors A. et N. d'Auray, et Florimonde Guizet, veuve de J. Dancel , sieur de Langerie*. Dans l'impôt royal de 1522, cette paroisse paya 56 liv.6 En 1764 , elle faisait partie de la sergenterie du Val-dc-Sée , et comptait 143 feux*.

« Il y a dans la paroisse de la Chaise-Baudouin un village appelé les Abbayes. La terre des Abbayes et plusieurs autres , tant dans la paroisse de la Chaise qu'en celle de la Trinité , dépendent du fief des Abbayes , lequel appartient à l'abbaye de la Trinité de Caen •. »

Au village de POurseric sont deux croix remarquables par leur position respective. Situées à l'angle d'un champ , entre deux voies, elles font face à ces deux voies, de sorte que letr croisillon se touche à angle droit. Leur fût élevé est polygonal ; elles datent de 1709. Leur patin présente une saillie destinée ou au prédicateur , ou au livre d'office , ou au Saint- Sacrement. Un bâton ou crosse est appliqué sur l'angle de l'une d'elles.

Un prieur de la Bloulière était de celle paroisse. Il gou-

i Tom. i'r, art. Aire — a Le chapitre de Notre-Dame de Clcry , église voisine d'Orléans, dans laquelle Louis xi voulut être inhumé, possédait plusieurs églises dans le diocèse d'Avranches : une part de Bouillon , la Chaise-Baudouin , Notre Dame de-Livoye, Saint-Ccorgesdc-Livoye , Tircpied , Vernix, Saintc-Eugicnnc, — 3 PouiUédu L iecèse, p. C — Etat de ta Généralité de Caen. — 5 Fief de cette paroisse. - 6 M a.*, de M Guitnn de La Vilkhc.gr. — ; Expilly, Dict des Gaules. — 8 Mss. de M Cousin.

verna le prieuré h la fin du XHIV siècle : il fut le septième abbé, concurremment avec Nicole de Bourgucnolle. • Le septiesme Nicole de Bourguenol, et l* autre Nicole Le Cornu de la Chese Baudoin, si comme ge l'ay escript par le martirologe. Le viijc fut Robert de BricqueviUe , » dit G. Le Gros , douzième prieur , qui vivait en 1371

Une localité de cette commune porte le nom saxon des Ilogues. Cette expression, si commune et si utile pour signifier une hauteur au bord de l'eau, nous permettra de grouper en cet article tous nos noms topographiques locaux qui se rattachent à la configuration du sol et à la nature du terrain.

A Tidée de hauteur se rattachent les noms suivans : la Butte, le Bulcl, en Saint-Léger; le Tertre, partout; la Roche, les Rochcttcs, en Saintc-Pience, la commune de la Rochelle3, la Rocheric, en la Haye; Aube-Roche en Saint-James, comme Ja chapelle de Pierres-Aubes en Ghalendrey3; la Motte*, le Mottet ; le Montceau , le Montcel dans les Logcs-sur-Brecey et Saint- Aubin-des- Préaux , et peut-être Montceaux dans le Val- Saint-Père ; la Bosse , en Folligny ; les Costils , en Saint- Pierre-du-Tronchet5: par figure , le mot Vent , signifiait aussi hauteur : les Hauts- Vents, en Bcauchamps; les Hauts- Vents, en la Luzerne ; la Butte-des-Quatre-Vents , en Pontaubault, et de même les Friloux , noms communs dans l'arrondissement d'Avranchcs. Les noms de Mirande , de Bcaurcgard , de Beauvoir, de Beau-Soleil , qui s'y trouvent souvent aussi , expriment la mémo idée sous uu point do vue pittoresque et poétique.

a Voir a l'article do la Bloutière cette intéressante chronique qui nous a été communiquée par M. Dubosc .architecte du département. — a I! est à regretter que ce joli diminutif ait disparu de la langue générale. — 3 Alba roca. l>eir<B al bec. — A Tertre artificiel. Les premier» châteaux normands et souvent les église* étaient érigées sur des m >ttes, mata terra , terre remuée. Voir l'article de Saint-Michcldcs-Loups. — 5 Le mot côte est reste*

Les Cosnes ou Cosnières* rendent la même Idée : les Hautes- Cosuièresen Saint-Jean-de-la-Haiie. Dansl'Avranchin, comme daus le reste de la Normandie , un cap s'appelle Grouin2. Les Ilogu.es , les Hougues , les Hoguellcs se retrouvent partout.

Nous avons cité ailleurs les Holmes , ou îles et presqu'îles d'eau douce , que nous retrouvons dans Saint-Quentin-sur-lc- Homme et à Poilley-sur-le-Hoinme ; les Houles , ou vallées eu entonnoir, que nous retrouvons dans la Houle en Saint- Quentin , et la Houle en Saint-Nicolas-de-Gran ville3.

Les pierres du sol , dues à la nature ou placées par la main de l'homme , sont signalées par une multitude de noms : le Cué-Perroux , en Aucey4 ; le Perroux , en la Luzerne ; les Perrières ,Ja Croix-des-Perriôres , en Avranches ; les Perrières dans le Grippon ; le village Perrée , eu Saint-Planchers ; le Pavé à Marcey ; le Pavement , en Poiliey ; la Chaussée , en Pontorson ; le Ferré, Belle-Ferrière , en Subligny ; la Filière , dans le Pelit-Celland et à la Trinité5; le Perron , en Saint- Brice ; to Perrellc , auprès du champ de la Pierre en Cuves ; les PerreUes , en Saint-Nicolas-de-GranvilIe; la Perruche9, à Servon et à la Rochelle.

La nature du sol donne aussi le nom saxon de Land , terre , les Landes , les Landelles , les Landières en Chéreucé-le-Uéron , leCellandT, le Friland8 que retrouve aussi M. Pluquet, a Gcûosses dans le Dessin.

La division du sol est rappelée par des noms antiques , gé-

i Cosne ou corne. — a Les Latins ont vu dans ce promontoire l'idée de tete; les Normands, celle de tètede porc.— 3 En saxon holc trou, cavité. — 4 La terminaison moderne des adjectifs en eux, était autrefois en oux, et s'est conservée dans les adjectifs anglais en ous : citons le Gué- Perroux, le Friloux, la Chapellc-des-Fiévroux , etc., dans notre localité. — 5 Ce nom annonce ordinairement un menhir : la Pilière du Petit Celland a ph.sieurs caractères druidiques. — 6 M. de Gerville rattache ce mot à la même idée. — 7 Land sur Sée ou rivière. — 8 Preeland , terre libre.

nérajement saxons. Les Crot , Croûtes , portion de terre , portxuncula terra , dit Robert Ccnalis t sont excessivement communs dans la Normandie*. Dans l'arrondissement d'Avranches , nous citerons les Croûtes dans les Pas , les Croûtes- Baron en Huynes, la Croûte en Macey, la Croûte en Ardevon. Les Theil , ou Délies , si communs dans le Bessin où l'on a fait le mot de Dcllage2 donnent le Tbcil et le Montheil en Saint- Pierre- Langers ; il y a encore les Wast, ou terres stériles, qui terminent tant de noms du diocèse de Coutances cl que nous retrouvons dans JesTerregattesdcTAvranchin. Les Devises sont d'origine latine 3 , et nous trouvons ce mot dans la Devise et les Hautes-Devises en Marcey \

I Niqcllus, fitius Roberti, r. ep. de xxiij. so. de

Capella Uslata*

(Magnus Rot. do Scaccario an. ! 180.)

The 10 ad in llic commune of the Chapelle-

Urocis intersected bya new line leading

from Saint-Illlaiic to Villedieu.

(M. H ai i»T, Àvranchesandils vicinity.)

Qfà A Chapelle-Urée forme comme une enclave dans l'arrondissement de i>U.rtain dont quatre communes l'enserrent de trois côtés : cette petite commune est à peu près carrée.

1 Croft, signifie champ. — s II signifie le nombre de sillons qui se labourent ordinairement dans le même sens. Voir M. Pluquet, Essai Msi. sur la ville do Dayeux, p. 394. — S Divisum de dividere, ce sont drs limites. —4 Nous avions projeté de placer cette digression à i'ar-

Son sol est légèrement sillonné par quatre ou cinq vallons parallèles , dout un s'appelle les Yallettes , qui appartiennent au bassin de la Sélune. La grande route qui la traverse au nord , court sur le plateau séparateur du bassin de la Sée et de celui de la Sélune.

Cette chapelle était autrefois, dit-on, au milieu d'une forêt que dévora un incendie. Elle fut miraculeusement préservée de l'embrasement Elle s'appela dès-lors la Chapelle-de-la-Forêt-Urée , et par suite du besoin impérieux d'abréger , la Chapelle-Urée. Celte étymologie ne manque ni de poésie ni de vraisemblance. D'après son nom et l'aspect de sa construction , l'église de cette paroisse, qui est maintenant une annexe du Grand-Celland, n'était qu'une simple chapelle , plus tard on y ajouta un chœur , et le campanile fut remplacé par le clocher de bois. Le chœur, dont les fenêtres sont en anse de panier à augles abattus , a dû être fait dans le xvn* siècle. 11 y avait au pignon occidental une grande fenêtre dont on ne peut plus reconnaître la forme complète et dans laquelle on a inscrit une lucarne vcarrée. La nef présente deux anciens contreforts au côté septentrional : la face occidentale est percée d'une petite ouverture cintrée qui ressemble beaucoup à une poterne , et qui n'est pas sans intérêt par sa rareté. La porte principale est sur la face méridionale , c'est un cintre rustique. On voit contre le mur l'ancien autel en pierre. La croix du cimetière consiste en un tronc polygonal avec un croisillon arrondi provenant d'une croix plus ancienne dont le fût sert d'échalier. Cet autel et ce fût rond attestent l'époque romane. Quelques objets attirent l'attention à l'intérieur, le dais de la chaire et le haut du lutrin, découpés à jour, imitation lointaine du flamboyant, une pierre tombale avec une légende gothique insérée dans le

ticle d'une commune riche en noms de cette nature, Subligny, où l'on trouTe les Monts, les Bas-Monts, la Rochelle, le Petit-Rocher , le Rocber-Carigoy, le Rocher-Boucan , le Perron , la Belte-Ferrière. z. i. 18

pavé du chœur, deux statues, l'une de saint Etienne, l'autre d'un évêque ayant un ours à ses pieds , et un grand médaillon de ronde bosse représentant le -martyre de sainte Apolline 4. Ces trois derniers morceaux sont d'assez bons spécimen de la statuaire du Moyen -Age pour notre pays. Les fonts, cuve ronde posée sur trois pieds, ont un air de monument druidique, et doivent être primitifs et fort anciens. Dans le presbytère, qui peut être appelé beau en comparaison de l'église , est une série de panneaux en bois sculptés représentant la Passion : il n'y a plus maintenant que dix compartiment Le travail est grossier , il doit être du xvr siècle , si l'on en juge par la forme de l'encadrement qui est le cintre surbaissé qu'on a appelé en Angleterre le style Tudor. Beaucoup de statues ont été enfouies <lans le cimetière.

Le Boulevert , près de l'église , est un reste d'habitation ancienne qui a eu un certain aspect militaire puisqu'elle avait une tourelle à ses quatre angles. Il n'en reste plus qu'une , dont les murs ont un mètre et demi d'épaisseur. On y voit encore trois meurtrières , une ronde au niveau du mur et deux en trémie. Cette habitation a appartenu , nous croyons , aux Bois-Adam. Cassini la désigne sous le nom de Château. En face est une assez jolie habitation moderne, avec un fronton, triangulaire.

En 1648,. selon le Pouillé du Diocèse, l'église de la Chapelle-Urée rendait 300 liv.3 Yoici l'article de cette paroisse dans la Statistique de 1698 : « La Chapelle , paroisse où il y a TU familles et U00 personnes. Julien de La Broise en est le seigneur, et l'évêque d'Avranches présente au bénéfice8. *

i Le martyre de sainte Apolline se trouve en plusieurs églises de l'arrondissement et prêle assez au bas-relief. Nous en connaissons trois sculptures , celle-ci , celle de Saint- Aubin-des-Préaux , et celle de Ste-Eugienne, groupe reformé que nous avons obtenu pour le musée d'Avranches , où il a été dessiné par un artiste voyageur. — a Pouillé, p. 9. — 3 Mèm, sur la Gin. de Cacn*

La cure de l'église de Notre-Dame-de-ia-Chapcllc-Urée appartenait à l'évêque.

Nous avions cru que le nom d'Urée était un nom propre septentrional que nous retrouvons dans le nom de deux pa- " roisscs du diocèse de Coutances , Ourville et Urville , et dans ce fils d'Ur , un des assassins de Thomas Becket En outre , un Fitz Urey était à la Conquête1. Mais ce qui fixe l'étymologie , c'est la mention qui en est faite plusieurs fois dans les Grands Rôles de l'Echiquier , sous la forme de Capella Uslata 2. Ainsi on y Ht l'article suivant : « NxgeUus fil. Robti r. q>. de xxiij. so. de Capella Uslata9. • Le Registre de l'Impôt royal de 1522 , qui la taxe à trois livres , et à trois livres la boete et la frarxe, l'appelle Chapelle-Urée \ Un registre des Synodes la nomme Capella Usta 5, Le nom de Capella Ureana ne nous semble pas authentique et paraît avoir été forgé par M. Cousin \

Le caractère de la façade occidentale, qui n'a qu'une simple poterne , lorsque l'ouverture principale est le porche du midi , peut être ici une occasion pour exposer quelques généralités sarles porches de notre pays. La Chapelle -Urée qui n'a pas pour ainsi dire de portail, Sartilty et Saint- Pair qui n'en avaient pas autrefois, Boucey etRonthon qui n'en ont pas du tout, et beaucoup de nos églises qui ont des porches anciens avec des portails neufs, prouvent que le porche latéral, presque toujours au midi , était l'entrée principale de l'église. Le porche avait une destination religieuse et civile : on enterrait sous sa voûte les prêtres ou les seigneurs : une partie des fidèles y assistaient à la célébration des offices. Le porche servait encore à la con-

i Liste du Monastère de la Bataille. — a Voir pauim daos le Bailliage— Baitl'wa — de Mortain.— 3 Stapleton , tom. i", p. 9.— 4 Mss. de H. Guiton de La Villeberge. — 5 Synodui hiematit de tS^6 a 98. — 6 Mm. Nomenclature de 1735.

fection des actes et des chartes. Plusieurs chartes ment même la porte de l'église devant laquelle elles ont été faites. M. Pluquet dit qu'on y faisait même des ventes à l'encan 4. Je trouve dans un livre qui a une grande intelligence du Moyen-Age , et dont la traduction comblerait une lacune en France en popularisant l'archéologie , le Glossary of ternis of Architecture a : « Le porche doit avoir servi à donner aux femmes cette dot appelée— ad ostium ecclesiœ : — « Assignetur eipro dote sud tertia pars totius terrœ mariti sui nisi de mittori fuerit dotula ad ostiutn ecclesiœ3. »

La crainte du vent d'ouest explique peut-être encore le porche latéral

Quant au porche appliqué au portail , il avait l'avantage d'agrandir l'église et de prolonger la perspective.

Dans la prairie située sous l'église et le Logis , en face du Chêne-Robin, s'engagea, entre les Chouans et les Biens, un combat dont le principal théâtre fut le Longchamp , dans le Grand-Celland : nous le raconterons à l'article de cette

En 1764 , la Chapelle-Urée , partie de la sergenterie de Corbelin , comptait 73 feux *.

i Essai flist. sur ftayeux , p. an. — a Dctit magniGqncs Toi. "Oxford. M. de Pirch les a donnés a la bibliothèque de la société d*Archéologie d'Avranclies. — 3 Charter 17. Hen. 3. s. 8. Glossary , ton. ier, p. î58. — 4 Empilly , Dict. des Gaules.

2ftl

Univertit Cltritti fidciibus prestntem charlam (Charte du xn« siècle.)

[5NE grande vallée sinueuse , celle de la Sée , et quatre vallons parallèles affluant à ce bassin , enfermés dans un carré, tel est le dessin de la commune des Cresnays. Elle est limitée au nord par la Sée , à Test par le ruisseau de Bellefontaine , à l'ouest par celui de la G oupillière , elle est déterminée au nord par un petit cours d'eau et une ligne idéale.

Les Cresnays — Fanum Sti Pétri de Crcneio et Fanum Sun Maria: de Creneio,~ou > selon le Registre des Synodes de 1596 , de Cresneyo Cette orthographe est sans doute l altération de la forme générale en «y ou en é, Cresney, Cresné, Creneium, habitation de Crenne. Nous retrouvons ce nom accolé à une branche des Verdun. Dans une charte du m* siècle , du chartrier de Mortain , citée par M. Desroches > on trouve Cresnayi « Gervasm de Cresnay prèsbiier salutem. » Ce nom se retrouve dans le Gef de la Crenne. H y a ^dans le Domesday des noms analogues qui autorisent à reconnaître un nom propre normaud dans le nom

1 Reg. Mas. de M. Cuit on de La Villcberget

de' ces paroisses. On y trouve un Radulfus de Cretieburn, Tenant-en-chef, et une église de ce nom, Ecclesia Creneburnemis. 11 y avait un Grene dans le comté de Suffolk.

Sous le nom de les Cresnays sont comprises deux paroisses, Saint- Pierre-de-Cresnay et Notre-Dame-de-Cresnay, dont les églises n'étaient séparées que par quelques mètres. L'église de Notre-Dame a été détruite et ses débris ont servi à l'agrandissement de celle de Saint-Pierre. Son cimetière , affecté à la paroisse survivante , est resté pour attester son emplacement On y voit encore sa croix de pierre , son vieil if qui attesterait sa haute antiquité, une cuve baptismale octogone, une pierre tombale portée sur quatre colonnettes avec cette inscription : Cy gît maître François Besnou, curé de ce lieu, 1759. En 1648, l'église de Notre-Dame-du-Cresnay, dont le patron était le seigneur du lieu , rendait 400 UV.

Une église a dû exister très-anciennement là où s'élève l'église actuelle de Saint-Pienre-de-Cresnay, comme l'attestent 6a jolie croix ronde extérieure et son if dont le tronc a plus de six mètres de circonférence. L'église d'aujourd'hui est généralement neuve, elle a deux transepts et porte une petite flèche en essentes à son portail. Le chœur qui est pentagonal porte sur sa corniche extérieure cette inscription : Julien 1 761. Sur la fenêtre du transept nord on lit : Sta Anna, ora pro nobù. Toutes les baies sont carrées ou en anse de panier. Sur la cuve baptismale on lit : C. C. dédit 1786. On trouve là la statue d'une sainte rare , honorée aussi à Saint-Pierredu-Troncbct , sainte Venice , une petite crèche flamboyante , de vieilles statues de sainte Catherine et de saint Denis. Il y a six pierres tombales dont une de 1659 , un devant d'autel où sont peints de beaux raisins et de beaux épis, symbole de l'Eucharistie. En 1648, l'église de Saint-Picrrc-du-Cresnay ,

i Pou il lé, p. 9.

qui avait pour patron le seigneur du lieu , rendait un revenu de 500 liv. f

Le logis des Cresnays est une maisou basse et sans architecture, ayant toutefois sa douve féodale. Un assez joli cintre , qui sa trouve dans la cour, vaut mieux aux yeux de l'antiquaire que toute l'habitation. L'école communale se dresse avec plus de grandeur que le logis seigneurial.

Il y a peut-être eu une habitation féodale à l'endroit que Cassini appelle le Manoir, les gens du lieu le Menet, et M. Bitouzé le Haut-Manoir.

Le. terrain où est assise l'église est généralement plat et humide. On y arrive d'un côté par une belle et longue chasse. Une rivière coule à peu de distance, affluent de la Sée qui limite la commune au nord.

L'ancien presbytère est une maison âgée de quelques sic des»

Le paysage de cette localité a cela de particulier que les sapins sont fréquemment mêlés aux* arbres indigèues. Les cintres se voient dans toutes les fermes.

A la fin du xua siècle , à l'époque où s'élevait l'abbaye de Montmorel , un prêtre de Saint-Pierre-de-Cresnay voulut apporter son offrande à l'abbaye naissante. Voici les termes de sa charte que nous trouvons dans M. Desroches : « A tous les fidèles du Christ qui liront la présente charte, Gervais de Cresnay , prêtre , salut au Seigneur : que votre université sache que pour le salut de mon âme et celui de mes prédécesseurs j'ai donné en pure et perpétuelle aumône à Dieu et à l'abbaye de Notre-Dame de Montmorel, et aux chanoines qui y servent Dieu, un quartier de froment assis en la terre de la Rabeudière, en (a paroisse de Saint-Pierre-de-Cresnay, pour être tenu librement et paisiblement par lesdits chanoines*. »

i Pouillè, p. 9. — a Hist. du Mont Saint Michel , tom. 1", chap. ut.

Au temps de la Recherche de Montfaut , au xv* siècle , fut trouvé noble Bertrand de La Roque a Saint-Pierre-de-Crcsnay.

Les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Pierre-de-Cresnay étaient , au milieu du xvr siècle , des vavassoreries dépendantes de l'é?êque d'Avranches. Dans son Aveu rendu en 1535 à François itr, Robert Cenalis énumère les feudataires de l'évêché : « Bertrand du Parc , représentant le droit de Jean Avenel, tient tes vavassoreries de Notre-Dame et Saint- Pierre-de-Cresnai*. »

Bertrand de Foissi , sieur de Gresnay, fut tué à la bataille d'Ivry2.

En 1698, Saint-Pierre-des-Cresnays avait une cure qui valait 400 liv. , un prêtre, une taillle de 756 liv., et 128 taillables. Notre- Danie-de- Crenets avait une cure de 400 liv. , payait 630 liv. de taiUe, et renfeniiait 126 taillaMes8.

Une branche de l'illustre famille des d'Auray était à Cresnay4.

En 1698, les personnes nobles en Saint-Pierre-de-Cresnay étaient Gilles et Pierre Le Maignen , et en Notre-Damc-de- Cresnay G. Poilvilain , seigneur du lieu , Jean d'Auray et la veuve d'Auray 5.

La marquise de Grequy dit , dans son Nobiliaire , que les titres des Poilvilain de Cresnay étaient antérieurs à 1399°.

Dans le siècle dernier, un Poilvilain, comte de Cresnai, fu vice- amiral de France : on lit dans les Mss. du docteur Cousin : « Charles de Poilvillain , comte de Cresnai , vice-amiral

i Mss. de M. Cousin, tom. v. — a M. Desroches, Ifist. du Mont Saint- Michel , deux, vol., chap. xvi. — 3 Àîvtn . sur ta Gên. de Caen. — 4 Recherches sur le Domesday, par MM. d'AnUy et de Sainte-Marie, tom. — 5 Mèm. sur Ut Gin. de Caen. — G Souvenirs de ta marquise de Crequy, tom. x. Elle les cite dans les familles dont on ne pouvait se procurer les dates 01 iginelles , mais qui étaient antérieures a îôrif). Mlle cite dan* la incinc culcgoiic les «le Praconlald on Piatnutal (chevalier) i3.VS, 1rs Williams™ ou d'Oillamson '>ight) 10GS. Voir los Yilliainson aux Ch*-i is.

de France dans les mers du Ponent , et grand-croix de Tordre de Saint-Louis , mourut le 31 mai 1756 ; il était entré dans la marine en 1705 et s'était distingué dans les différens grades de ce service. » Le dernier des Gresnay est un colonel de l'Empire , qui a laissé un bras sur le champ de bataille.

A l'époque de 1789 , alors que tous les ordres de l'état saluaient l'aurore d'une régénération sociale , notre pays vit deux exemples que l'on peut prendre comme le symbole de l'adhésion du clergé et de la noblesse à l'élan général des idées : les religieux du Mont Saint-Michel, par une décision canonique , offraient à la patrie les richesses sacrées de leur trésor, et faisaient don au conseil national d'Avranches de 158 marcs d'argent , de vermeil et de pierres précieuses. Le marquis de Cresnay offrait à la garde nationale d'Avranches deux canons déposés dans la cour de son château*.

Dans cette commune se trouvent les deux fiefs , la Bassc- Garlière et la Haute-Garlière : ils rappellent le séminaire de la Garlière situé à une très-petite distance, dans la commune de Saint-Laurent-de-Guves. Quand la Salle synodale de l'évôché d'Avranches se fut écroulée sous les boulets du duc de Montpensier , et que le chef des Ligueurs, Oudard Péricard, frère de l'évêque François Péricard , fut mort sur la brèche , les Synodes furent tenus quelquefois à Saint-Laurent-de-Cuvcs, dans le séminaire de la Garlière. Nous possédons un registre des Synodes pour les années 1596 , 97 , 98, dans lequel on lit : « 1 796 , Synodus hiemalis quee tenta fuit Abrincis in au là decanali propter ruinam aulœ Episcopatâs. — 1798 , Synodus hiemalis tenta fuit Cuppis per dominum Fortin , vicarùnn generalerri1. » Daniel Huct réunit la maison de la Garlière au séminaire d'Avranches , dirigé par les Eudistes. Ge fut alors dans cette maison que se fit la retraite annuelle des Bonnes- Sœurs, ou institutrices carmélites.

i M. Fulgence Girard , Ànnualrc, p. aS8. — a Plus probablement' à Cuves cependant. Voir cet article.

Fomcalt de Cuvis i. so, pro uino S, vend,— llob, de Cuvis r. ep. de. e. so.

(Magoua ltotul.de Scaccario. Ann. 1198.}

Joiumnes de Cupis vendiderat, temporû rétroacto , nemtts tuum quod vocatttr nemus de la Busardière*

(Ollm do ia66.)

L« Seigneur 6. de Cuëa.

( Liste (f armes des Chevaliers défenseur t du. Mont St- Michel au xt« siècle.)

Pfâ) A situation du bourg de Cuves au fond d'une vallée explique , selon les gens du lieu et Robert Genalis , le nom de la commune : sans beaucoup de peine la métaphore pouvait caractériser plus exactement la localité ; du moins la propreté locale ne permet pas de dire que ce soit une cuve où Ton fasse la lessive. La forme du terrain n'autorise pas cette étymologie. Cuves n'est point dans une vallée encaissée , arrondie , dans une houle : elle est sur le rebord peu élevé de la vallée de la Sée , en face des Crcsnays, situés sur l'autre rive. Ce coteau présente trois vallons parallèles qui se déversent dans la vallée de la Sée : l'oriental est baigné par la Breherie, qui sépare la commune d'avec Brecey ; le central par la jolie et pure rivière de Glanon , torrent pittoresque sous la Hague du Mont-Robert en Saint-Poix , et dont les bords sont semés de

>égélaux intércssans et rares; l'occidental pat un ruisseau qui, dans sa course , s'appelle le ruisseau du Gué-Besnier , de la Croix-Fossé et de la Hastcllerle. Enclave de l'arrondissement de Mortain 1 , et entourée par quatre de ses communes , Cuves figure un hexagone irrégulier , divieé en deux moitiés par le Glanon , et dont le grand côté est forme par la ligne tortueuse de la Sée. Le sol est schisteux , et près de la Ponterie , le schiste offre une disposition lamelliforme telle qu'on pourrait l'employer en ardoise.

Cuves est appelé , dans la Nomenclature de 1735 , Fanum Sti Dyonisii de Cupis , Cupa. Robert Cenalis, acceptant l'étymologie populaire , l'explique ainsi : « Le doyanuey de Cuves.... sic dictus quod tota loci figura hine et indè prominentibus collibus cava sù et aquis irrigua magnâ sut parte ad modum vasù quod Cupam appelUmt. » Ou trouve le nom de Cuves, Cuvis, dans le Grand Rôle de l'Echiquier pour l'année 1198, comme on le voit dans nos épigraphes. Ce mot est quelquefois contracté en Cuës, comme il est écrit dans la liste des seigneurs qui défendirent le Mont Saint-Michel au xv° siècle. Il y a dans le Domesday plusieurs noms propres qui peuvent rendre raison de cette double forme. 11 y a un de Cus, sous-tenant dans le comté de Suflblk après la Conquête. Trois possesseurs d'avaut la Couquéte portent un nom dont la contraction se résout à peu près dans le nom de Cuves : ils s'appellent Gudutfus et Cuulf. Il y a eucore un Cudulfus dans le comté de Wilts. Cuver est un nom normand : il y a quatre Cuverville en Normandie. Cuve ou Cuver est le nom d'une localité du Dauphiné. Il y a un Cuves en Champagne et un en Dauphiné. La commune que nous étudions s'appelle quelquefois Cuves-sur-Sée.

i Le canton de Bicrey fit partie du district de Mortain lors de l'organisation administrative de 1791. La loi du a8 pluviôse an vm l'ajouta à l'arrondissement d'Avrancbes.

Sur la route de Brccey à Cuves on trouve quelques plantes intéressantes, entre autres la Mauve musquée • . La Peplide Pourpier2 y est très -abondante. Sur les bords du Glanon , qui donne son nom a utt village de Caves , nous avons trouvé, mais en Saint-Poix , les Rossolis à feuilles rondes et à feuilles allongées 3, YEpilobe tetragone k, les Scutellaires 5, une variété du Lotier*, le Jonc des marais T, le Scirpe setacé. Le quartier de Cuves est reconnu comme très-fertile 8.

L'église de Cuves est entièrement moderne. C'est un assez vaste vaisseau quo domine une tour en bâtière, revêtue de grand appareil , accosté de deux transepts , avec un portail au côté septentrional de la nef. C'est en vain que l'archéologue cherche des traces de l'église antérieure : il ne trouve guère, pour consacrer le souvenir du passé , qu'une assez belle madone , en style Moyen-Age , et deux autres statues , l'une de saint Orlairc , et l'autre de sainte Anne ; mais la première vient d'une chapelle détruite située à l'endroit appelé Servon , dans laquelle se tinrent des Synodes et de célèbres retraites de Bonnes-Sœurs ; les deux autres ont été tirées d'une chapelle particulière qui se trouvait au village du Champ -Doley. La destruction de ces deux oratoires nous permet de généraliser notre pensée et de dire que la chapelle a été l'élément le phis périssable du passé , et que , dans l'Avranchin , elles sont presque toutes détruites ou abolies. Il y a dans l'église quelques pierres tombales ; mais elles sont récentes. On n'y retrouve point celles des seigneurs de Cuves , les d'Auray , les Doisnel , à moins que l'on ne voie leur sépulture dans deux

i Malva moschata. — » PtplU portuta. — 3 Drosera tolttndifolia et tongifolia. — 4 Epilobum tetragonum. — 5 Scuteltaria gaterieulala. S. nùnor. — 6 Lotus cornicutalut tenuifoliui. — 7 J une us uliginosus. — 8 Expilly dit de Cuves: « Son terroir est très-fertile, » et de Saintrierrc-de-Cresnay : « Cette parowsc est située dans nnc contrée fertile en grains et en pâturages. » Dict, des Gantes.

tables tumulaires qui sont sons la grille du chœur ; mais elles sont muettes : entièrement piquées, elles rappellent la réaction démocratique de la Révolution. Le cimetière offre un genre de clôture propre aux enclos de ce pays de granit : c'est une enceinte formée de blocs allongés , plantés debout : les antiquaires de l'avenir la prendront peut-être pour un cercle de menhirs, un cromlech , ou un draconium

L'église de Saint-Denis-de-Cuves avait pour patron le Chantre de Mortain , et rendait 300 liv. en 1648 a. Quand Robert, comte de Mortain , après la Conquête dans laquelle il avait eu la plus riche récompense , eut fondé la collégiale de Mortain , il y attacha la prébende de Cuves. En 1698 , M. Foucault écrivait dans sa Statistique : « Cuves , autre bourg sur la rivière de Sée , contenant 229 familles et 1,300 âmes. René Douennel en est le seigneur , et le Chantre de Mortain présente au bénéfice. Tous les mardis de chaque semaine , il y a dans ce bourg un marché et une juridiction tenue par le vicomté et les officiers de Mortain3. » Cuves était le centre du doyenné de ce nom. En 1522 , l'église du

i LWiquaire est on type : Walter-Scolt l'a peint admirablement. Le fond de ce type est une crédulité facile a mystifier ; mais c'est un type qui s'en va : Old-Buck n'existe plus guère. Une des plus remarquables erreurs dues à cette tendance de l'archéologue à vieillir ce qui est ancien , et à rendre merveilleux ce qui est admirable, a été commise par un homme qui a écrit deux volumes sur la Normandie, le docteur Dibdin. On lui apprit que la pierre intérieure de la cathédrale de Coutanccs venait des carrières d'Allemagne , commune voisine de Caen : il écrivit qu'elles venaient de l'Allemagne — from Gcrmany. — Mais si l'antiquaire s'en va , l'imagination et le roman pourront seuls s'en plaindre : l'expression d'archéologie n'est pas qu'un néologisme : elle annonce peut-être une nouvelle ère dans la science du passé. — a PeuUUdu Diocèse, p. 8. — 3 Mèm. sur la Généralité de Caen.

lieu paya 21 Uv. dans l'impôt royal *. En 1764 , cette paroisse , de la sergenterie de Roussel, comptait 214 feux *

Cette commune a troisfoiresqui existent de temps immémorial .

Principale paroisse du doyenné de ce nom , situation assez intermédiaire entre Avranches et Mortaio, les deux grands centres de diocèse , Cuves servit plus d'une fois à la réunion des Synodes , au moins a la fin du xvr siècle , quand la salle synodale de l'Évcché eut été ruinée par l'artillerie royale. Le Synode d'hiver de 15% fut tenu dans le doyenné d' A vranches, — « in aulâ decanali propter ruinant aulœ Epùcopatûs 9. • Le Synode d'hiver de 1598 fut tenu à Cuves : • Synodushiemalis tenta fuit Cuppis per dominum Fortin, vicarium gêneraient. » Ce vicaire-général était un homme fort distingué : c'est le même qui est appelé par François Desrues , son contemporain : « homme des plus célèbres et des plus parfaicts de ce temps*. » Il dit ailleurs: * Et entre iceux chanoines y en a quatre qui sont comme les quatre lumières, sçavoir maistre Fortin, docteur en la Sorbonne de Paris, doyen et grand-vicaire du seigneur Evesque d* Avranches *. » Le Gallia Christiana le cite dans sa liste de Aliquot Decani Abrincenses, et le fait mourir à St-Laurent-de-Cuves ft. Nous croyons que les Synodes et plus tard les Retraites des Bonnes-Sœurs se tenaient dans la chapelle de Servon.

Il y a eu à Cuves une habitation seigneuriale, probablement forte, d'après l'importance de la localité et d'après l'illustration de ses seigneurs. Elle était au bord de la rivière, sur un terrain peu élevé. Dans les derniers temps, elle

i Mss. de V Assiette pour te Roy. — a Expilly, Dlct. des Gantes. — 3 Registre Mm. des Synodes , communiqué par M. Guiton de La Ville berge. — 4 Doscript. de ta France, fin do xvi» siècle. 5 Descript. de In France, fin du an» siècle. Nous croyons que Jean de Vile! lui a aussi consacré un vers dans son Discours d Messieurs c? Avranches. — 6 Gai t. Christ., loin. xi.

s'appelait le Logis ; mais elle a disparu , et son souvenir est conservé par la Ferme-du-Logis. Une localité s'appelle la Motte.

Le comte de Mortain parait avoir été le seigneur de Cuves. Robert , le frère du Bâtard , donna cette paroisse a la collégiale qu'il fonda après la Conquête.

La plus ancienne mention que nous connaissions des seigneurs de Cuves se trouve dans l'Echiquier, à la date de 1198. On y trouve les noms de Fournel ou Fourneaux et de Robert de Cuves : « Forneals^de Cuvis x. so. pro vino Sr vend, — ,Rob. de Cuvis r. cp. de. c. so. * » Un Fourneus était a la Conquête2.

C'est peut-être ce même Robert qui , au commencement du xur siècle , prêta serment de fidélité à Philippe-Auguste , qui venait de conquérir la Normandie. Duchesne cite Robert de Cuves dans le Registre des fiefs de Philippe- Auguste3.

En 1266, sous Saint-Louis, le bois de la Busardière, en Cuves , fut l'objet d'une contestation relatée dans les Olhn du Parlement de Paris , dans lesquels on lit : « Inquestâ factâ, de mandato Régis 9 per baiUivum Constantiensem ad sciendum utrùm antecessori Johannis de Cupis vendiderat , r?mpore retroacto, nemus suum quod vocatur nemus de la Busardière Nihil invention est per istam inquestam*. »

L'ancêtre de Jean de Cuves était probablement Robert de Cuves.

G. de Cuves ou de Cuës était un des défenseurs du Mont Saint-Michel au xv* siècle. Ses armes sont de sable à deux barres d'argent , l'une avec trois angons de sable9.

Les d'Auray furent seigneurs de Cuves.

En 1698, René DoucsncI était le seigneur de cette paroisse.

Les babilans de ce canton , c'est-à-dire ceux des environs

i S la pie ton, tom. n, p. 336 et — a Liste de Brompton. — 3 Ap. Duchesne, p. i,o49> — 4 Le* Otim ou Document inédits relatifs d l'Histoire do France, 1" vol. an. t»66. 5 Ruherdies sur le Domesdoy.

de Brecey, Moi tain, Juvigny , St-Poix, sont appelés Ventres pelés, « à cause de la grande abondance de cerises qui croissent dans cette contrée , et qu'ils cueillent en les mettant dans leurs chemises, tout autour d'eux , autant qu'il y en peut , ou a cause du grand nombre de tripes et de fraisures de bœufs et de vaches qu'ils mangent , et dont ils font un déjeuner délicieux tous les dimanches en buvant de l'eau-de-vic *. •

va.

Mutier forte* processif in aetus.

( A ▼m*, Poe m. de Virgin. )'

Ê&feN plateau et le flanc d'une vallée , une disposition en Cër5 un croissant : telle est la topographie de celte petite commune , dont le terrain est très -accidenté, et dont le plus joli site est le vallon de Saut-Besnon au pied de la bruyère des Châteaux-Turbotins.

Le nom de sainte Eugienne est l'altération du nom de sainte Eugénie dont on célèbre la fête le 25 décembre.

La vie de sainte Eugénie , vierge martyrisée à Rome , qui vivait aux IIIe et ivé siècles , transmise en grande partie par Avilus dans son poème », est généralement fabuleuse, selon Baillet3 : « Suivant ces Actions, dit-il, Eugénie nous

i Richard Seguin , Histoire de f Industrie du Bocage , pv 5*7. — a Avit. de Viig., liv. vi. — 3 Vîedet Saints, totn. mi, a5 décembre.

est représentée comme tille de Phitippcs envoyé de^Rome par l'empereur Commode pour être préfet d'Égypte , élevée dans les sciences des Grecs et des Romains , surtout dans la philosophic, savante , vertueuse , bel esprit, bien faite de corps , recherchée dès-lors, mais en vain , par des consuls et d'autres grands partis de la ville et de l'Empire , convertie' depuis par la lecture des Épîtres de saint Paul , retirée et travestie dans un monastère d'hommes , devenue abbé et père de religieux , comme parle saint Avit :

Mu lier forte» processif in actut,

Cùm sti ponte ehoro tandorum furet abùas, Atquc patrem comptent cetaret iegmine mat rem.

persécutée en Égypte , retournée à Rome , et couronnée par le martyre sous les empereurs Yalérien et Gatlien. »

L'idéal du Moyen-Âge fut la virginité : la beauté de l'âme ne s'associait qu'avec la pureté absolue du corps : aussi la Vierge eut-elle un culte général. Cette réflexion nous est suggérée par la vie de la patronne de cette paroisse et est confirmée par une poésie qui a quelques rapports avec notre sujet. 11 s'agit d'une femme qui réalisa en partie cet idéal , et vécut vers le même temps que sainte Eugénie , et d'une poésie de notre pays , recueillie dans le Mont Saint-Michel par un prieur du xive siècle *.

De sainte Gale qui ne se voult remarier Ou il est demonstre que Ion doit plus penser de la beauté de lame que du corps iaquelle fait enorguillir soy priser et le corps folement désirer :

En cet temps que les GoU régnèrent En Ytale que moult grevèrent II ot a Rome une pu celle

1 Poéaics Ms». à la bibliothèque d'Arranche*, «ans n«. T. I. 19

De hault lignage riche et belle Gale fut par son nom nommée Qui attourna cuer et pensée A Dieu des son petit a âge A un Romain de graot lignage Fut mariée en sa joucs.ee Mes pou -en dura la lieace De son mari veuve devint Et m don h m tel sen revint Triste ploreusc et adoolée

Labit du secle delessa Et au joug si son col plessa A St Pere o les bonnes dames Qui pour faire belles lours âmes Les corps forment enlaidissoicnt Quar en abstinence vivoient

Or donc avoit en usage Que près du lit ou el jesoit Deux chandelles qui y ardoient Quar ténèbres mal li faisoient

Une nuit gesoit moult grevée

Si vit entre les 1 1 lumières Devant son lit saint Pierre ester Que cognut bien sari arrêter

Gomme sage et dévote anccllc Quest ce meschir seigneur dist d!e Me sunt mes pechea pardonne*

Saint Pere amicablement Le dUt vienlen o moi en gloire De tes pechea bien le peux croire E Jésus Christ plain pardon toctroye

Quo moi v venge seur beoccte , Cestoit une seur moult dcscrete

Sur toutes les autres la moi t Et a saint Pierre reclam oit Quel venist en sa compagnie

Et celle de quoi tu me proies Vendra es pardurablcs joies Dedcns xxx jors vreaiment Apres ces mots isnellement La vision scsvaooit.

L'église de Sainle-Eugicune est une croix mutilée par le retranchement du bras méridional : elle porte l'empreinte de trois époques. Sur sa face méridionale est une porte romane , bouchée , dont le cintre ne présente plus que la nervure la plus saillante : il s'appuie sur deux chapiteaux ornés de formes végétales , les colonnes ne se voient plus , la porte s'enfonce au-dessous du sol et atteste l'exhaussement que l'on constate dans les anciens cimetières. L'époque gothique est représentée par le transept du nord, dont la belle fenêtre associe les formes arrondies du style décoré * avec les angles du style prismatique, et indique la transition de l'un à l'autre, c'est-à-dire le xivc siècle. La fenêtre du chevet , simple, mais remarquablement élancée , est du XVe siècle d'après son meneau bifurqué prismatique. La grande fenêtre divisée en deux meneaux trilobés, à colonnelles rondes engagées , portant un quinte-feuille angulaire , présente une particularité : le cordon arrondi qui encadre le plus intérieurement ses lobes et sa rose , et qui correspond aux colonnettes , ne descend pas jusqu'au bas de la fenêtre et s'encorbelle en cul-de-lampe à la hauteur des chapiteaux de ces colonnettes. Les parties modernes sont : le chœur réparé en 1663 , la nef et la façade occidentale. Une tourelle carrée im-

i Le Dccorated style des Anglais : elle a été dessinée.

briquée de bois tronqnc l'angle aigu de cette façade. La nef est insignifiante. L'intérieur de cotte église est très- pauvre , et c'est probablement à sa pauvreté qu'est due la conservation d'un bel autel en pierre placé dans la chapelle du xive siècle, chapelle dont la nudité transporte sans contraste dans le passé. C'est une large table de granit appuyée sur deux colonncltcs basées et chapitées , et au milieu sur un bloc de maçonnerie cunéiforme, dont la pointe est tournée vers le célébrant et d'un effet très-disgracieux. Dans cette chapelle était un basrelief réformé par l'évêque Il représente le martyre de sainte Apolline : deux bourreaux entourent la sainte ; l'un exprime la raillerie et l'outrage, l'autre lui enfonce des tenailles dans la bouche. Il est peint et pourrait bien se rapporter à l'époque de la construction du transopt. Uu bel et vieux tableau , représentant la Madelaine au tombeau , a été donné récemment à cette église.

En 1648, cette église rendait 300 liv. selon le Fouillé du Diocèse \

En 1698 la cure valait 400 liv. : la paroisse payait 177 liv. de taille et renfermait UU laillablcs 3.

La cure de l'église de Sainte-Eugienne était à la présentation du chapitre de Gléri.

Dans l'impôt de 1522 , elle paya US liv. 9 d. 4

En face de l'église, à peu de distance, est une maison ancienne qui fut probablement le Prieuré de Saut-Besnon. Sa face méridionale offre deux objets intéressans : sa porte cintrée, et surtout une fenêtre ogivale , étroite , trilobée , traversée à son milieu par une barre qui en fait une croisée.

Au bas de la lande des Châteaux-Turbotins , au bord de

i Le curé a bien voulu le donner à la Société d'Archéologie. — a Pouilfè, p. 6. — 3 Mèm* sur ta Généralité de Caen. — 4 Mss. de M. Guiton.

verdoyantes prairies , appelées les Prés-du-Pricuré , en face d'un colombier en ruines , est une chapelle délabrée qu'on appelle la Chapclle-du-Prieuré. Elle n'est pas ancienne et elle est percée de deux baies ogivales. Le bloc de l'autel existe encore , avec quelques statues de bois pourries par l'humidité du lieu. Les ronces pendantes comme des (ils, -à travers les crevasses du toh , et un lierre vigoureux embrassant le chevet , en arrêtent la chute.

« Le Prieuré de Saul-Besnon , dit le docteur Cousin , dépend de l'abbaye de Saint-Lo. Elle possède à cause de ce Prieuré une terre de douze pistolesdc revenu annuel Jaquelle terre est exempte de toute dîme. La chapelle du prieur de Saut-Besnon est sur la paroisse de Sainle-Eugienne. On dit qu'outre la terre dont on vient de parler, l'abbaye de Saint- Lo possède des biens considérables dépendant du Prieuré de Saut-Besnon ou de Saut-Bernon »

Dans l'impôt de 1522, le Prieuré de Saut-Besnon paya 3 liv. sur la déclaration du trésorier de Saint-Lo a.

Robert Cenalis en donne l'étymologie par sa propre latinité : «< Est et alius novùsimus prioratus à Sattu Bernonis passim dictus Saultbernon, gui etiam paret cœnobio Augustiniaiut [amitia apud Divum Laudum %. »

En 1648, d'après le Pouillë du Diocèse, le Prieuré de S. Seman (sic) de Besnon rendait 1,000 fiv. 4

En 1698 , époque à laquelle M. Foucault publia sa Stalis tique, le Prieuré de Saut-Besnon valait 100 liv. de revenu •.

i Mss. du docteur Cousin à la bibliothèque d'Avranchcs. — a Mss. de V.liucttc pour le Roy. — 3 Rob. Ccnali», Hîtrarchia Ncutlriœ. Mss. de la bibliothèque royale. — 4 Pou'Ulè , p. la. — 5 Mèm. sur la 6én. de Cacn.

H Fanum divi Georgii In lolio , Galluè dt

l'Ivrayc rectiùs tamen Fanum divi

Georgii taxitani....

Livoye à Taxeto , vtluti Ghcsnoye à

Çuerccto.

(Robsat Ceic a lis , flicrar. Neuilrim.)

^^pK£ voie romaine passait , scion beaucoup de probabilités, sur la ligne des deux communes de Livoye , et c'est de là qu'elles ont tiré leur nom commun, en associant un souvenir chrétien à un souvenir du paganisme. Une pareille association se rencontre dans le double nom d'un bois voisin .dont une partie s'appelle le Bois-de-Saint-Nicolas et l'autre le Boisde-César. Si une église romane a existé là où s'élève l'église de Saint-Georges , il n'en reste plus de vestiges positifs. Cependant les deux contreforts appliqués , que l'on a surmontés plus récemment d'un cintre , et qui forment une espèce de pylône ou vestibule appliqué, offrent quelque chose de l'appareillage roman. La disposition générale de l'église est celle de la croix grecque, dont les bras débordent peu sur le tronc Chœur , nef et transepts sont du xvnr siècle. La tour est de 1657. Sur le portail on lit : George Vaugrcntc P. C. D. Livoye Cette inscription nous apprend sans doute le nom de celui qui fit faire le portail applique , cintre en anse de panier, posé sur deux contreforts d'un aspect roman , surmonté d'un

triangle avec croisette. L'église de Saint-Georges conserve de beaux restes de vitraux encastillés dans deux fenêtres du xvur siècle. Un des panneaux conservés , couleur bleu et blanc , représente , sous un beau dais d'architecture flamboyante à pendentifs flanqué de deux pinacles , saint Georges montant un cheval d'un beau mouvement d'effroi , foulant aux pieds le dragon. L'encadrement du vitrail est formé de couronnes jaunes d'une verrerie plus jeune , du xvr siècle , avec l'inscription R. p JM indiquant peut -être le nom du donateur. Le vitrail correspondant est de la même époque et présente le même dais et les mômes clochetons. Sous le dais est un Christ crucifié , et au pied de la croix la vierge et saint Jean. Les extrémités inférieures ont été retranchées. A l'intérieur, au-dessus du portail est un groupe en pierre, grossier et naïf, de saint Georges terrassant le dragon. Le saint est en costume Moyen-Age , visière levée , raide sur les étriers , tenant le bouclier de la maiu droite , et de la gauche enfonçant sa lance dans la gueule du dragon aux larges ailes éployées. Le cheval marche paisiblement , et comme sans s'en apercevoir, sur le ventro du monstre. Une pensée naïve respire dans tout ié groupe. L'artiste semble avoir voulu marquer la sûreté et la facilité de la victoire , et montrer que la lutte n'était qu'un jeu pour un si grand saint. Il a le visage riant , la visière relevée, il tient son bouclier de la main droite , de la gauche H frappe dédaigneusement la bête, et son cheval n'est pas même ému. 11 y a moins d'art , mais plus de signification morale dans ce groupe que dans le vitrail. Le maître-autel est un des plus barbares et des plus ridicules qu'on puisse imaginer : il y a un saint Georges peinturluré qui ressemble à une idole mexicaine , et qui contraste aveo le vitrail et le groupe d'une manière bien triste pour notre temps. Un Père Éternel , couché nonchalamment sur des nuages, avec son air narquois et bonhomme , servirait bien de vignette à la chanson de Bérangcr. On voit encore quatre mauvais plâtres modernes. Il y a quelques jolies statuettes antiques, A un des autels latéraux est

une jolie vierge fleuronnée et dorée , posée sur un socle sculpté : la face antérieure de ce socle représente l'enfant dans la crèche , au-dessous est un horrible tète moderne qui ressemble à une face de Gorgone. Le portail intérieur est une ogive élevée avec des colonnes arrondies à demi-engagées , à chapiteau carré avec quelques moulures. Le baptistère est une cuve polygonale , sur une base ronde courte. 11 n'y a que denx pierres tombales : elles sont peu anciennes. La croix du cimetière est d'une élévation exagérée et désagréable au regard : elle date de 1682.

La cure de Saint-Georges était à la présentation du chapitre de Cléri , et d'après le Pouitlé du Diocèse, 1648 , elle rendait 600 liv. «

En 1698 , à Saint-Georges-de-Livoye la cure valait 800 liv. : outre le curé il y avait quatre prêtres ; la taille était de 1 ,204 liv. et le nombre des taillables était de 124. Les nobles étaient P. et T. Designy a.

En 1764, cette paroisse , qui appartenait à la scrgcntcric du Val-de-Séc, renfermait 68 feux ».

Il y avait en cette commune une habitation appelée le Manoir-de-Saint-Georgcs *. Il y a aussi un Mesnil.

Quand il s'agit des grandes voies romaines , on peut se prononcer avec quelque assurance , surtout quand on en trouve les distances dans les sources authentiques5; mais quand il faut retrouver la direction des voies secondaires , la timidité . le doute , l'hypothèse sont une nécessité , surtout si , dans l'absence d'une stratification , on nTa d'autres autorités et d'autres jalons que des noms topographiques ou des tronçons, à la vérité antiques , mais d'une haute antiquité contestable. La » voie d'Avranches à Vire se trouve dans cette dernière classe :

i rouille, p. 6. — a Mcm. sur ta Gén. de Caetu — S Espilly, Dut. dts Gaules. — 4 Marque dans Cassiui. — 5 César, fa carte de Pcutinger, l'Itinéraire d'Anlonin , la Notice des Dignité* de l'Empire.

elle n'est tracée ni signalée dans aucune autorité, elle n'est que secondaire , et ne peut se retrouver qu'a l'aide de noms locaux et de quelques tronçons. Ce que nous en dirons doit être considéré comme une hypothèse sur une question non traitée jusqu'à maintenant , et sinon comme une source , du moins comme une indication pour ceux qui s'occuperaient plus tard spécialement de la voirie romaine dans l'Avranchin.

La voie romaine d'Avranches à Vire partait à Test de cette première ville par cette rue antique que des traditions appellent la Rue de la Déesse, aujourd'hui Cour de Paradis'; elle passait le ruisseau de Pivelte à Boui liant où l'on a trouré des débris qui permettent d'y placer un édiculc , et une grande quantité de coins en bronze : la route romaine devait être trèssouvent la route gauloise. Laissant a l'est le promontoire sur lequel s'élève l'église de Saint-Sénier , elle passait en celte commune dans la direction de la Pilicre , expression qui rappelle un menhir ou jalon de voie celtique. Se dirigeant vers la localité appelée du nom caractéristique du Perron*, elle longeait la Séc , passait par la Perrière en la Gohannière , et franchissait la rivière par un gué sous l'église de Tirepicd* , dont la terminaison indique un passage de voie romaine4. Ensuite passant au pied de la forteresse du Val-de-Sée , qui a pu être une station romaine, et sous le camp dn Châtcllicr, elle courait parallèlement à la rivière , à mi-côte , selon la ligne actuelle, où les expressions de la Rite, de la Ferrée signalent son passage. A la hauteur de Vernix , elle s'éloignait de la Séc, dans une déviation septentrionale, et entrait sur le

i Voir l'art. d'Avranches et celui de Saint-Sénier. — a Lieu empierre. Voir l'article de la Chaise-Baudouin. — 5 On a trouvé des monnaies romaines en Tircpicd, et Ja découverte a été signalée par M. dn Gcr ville dans les Mémoires des Antiquaires de Normandie. — 4 M. de Ccr?ille reconnaît cette signification générale aux mots ainsi termine*, et l'applique à Taiilepied.

territoire qui a fi bien gardé son nom » Saint-Georges-tfe-to- Foie, Notre-Dame-<fe-/a-IW<?; elle passait sur la lisière du BoU-de-César, en Saint-Nicolas-des-Bois1 , au pied du Mont- Jouy , et dans ce canton elle existe encore » route profonde Y ravin creusé de plus de trois moires ; c'est aujourd'hui le raccourci de Vernix à Saint-Laurent et à Saint-Poix. On remarque même une stratification très-ancienne à sa sortie de la première commune. Nous la conduisons jusqu'à l'endroit si significatif de Montjoye , où elle sort de l'Avranchin , et on nous cessons de la suivre.

omnium fox ^rnn!>'^<CCrtn^

SeJand. — Land tur Sec.

Rie. Sifvanus r. cp. de Petro de SeH*n(.

( ttotul. de Sraccarîo. — Pro Ilatliâ &t Moretomo. an. j 19S.)

Cum tpiicopus AbrineemU vende r cl boscum

suum de Sellant.

(OUmdu Parlement. 1*71.)

Phanum Sti MeJardi in latcbns, gallicè de

Cellaat.

(Roa. CiaiLis» Hierarch, Ncustricc.)

E Grand-CeOand , limité au sud par la grande roule de Morlain , qui marque la ligne des plateaux intermédiaires entre les deux grands bassins de l'arrondissement,

» Voir Tari, de celle commune.

s'étend sur le flanc de celui de la fiée , vers laquelle affluent ses trois ou quatre vallées profondes cl rocailleuses. Sa forme générale est un carré , dessiné partout par des lignes artificielles , excepté du côté de l'ouest. Le bois de la Sourdière couvre le sommet et les flancs d'un de ses plateaux. De la Butte-Julien on jouit d'une vue très-étendue et très-variée. Le paysage tire un caractère particulier des sapins dispersés dans la campagne et généralement plantés auprès des habitations.

Fanum Sancti Mcdardi CeUantiensis , vel Cetlanticum majtts*. Quand on traverse les vallons et les coteaux boisés — juga nemorosa — dans lesquels s'abritent et se cachent les habitations des deux communes de Celland , on se rend a la poésie , sinon à la vérité de l'étymologic que donne de leur nom Robert Cenalis : « Fanum Sancti Mcdardi in fetebris , gallicc de Celland , nam locus Me, cùm sit eminens, ob sytvcsccntcs arbores latebrosus est, ideàguc appcllatur de Celland2 » * Sunt tamen qui aliter vocant Sériant, super

quo cum nemine contendere velim • Nous avouons n'avoir vu qu'une fois l'expression de Sériant : c'est

i Nomenclature de 17S5. Ap. M. Cousin. — a De eclarc, cacher. Nuit» avons entendu sur les lieux une étymologie beaucoup moins honorable, mais qui n'est pas plus vraie. — 3 Werarehia IVeuttritr. Mss. de la bibliothèque royale. Nous citons souvent Robert Cenalis, mais c'est plutôt comme illustration et comme couleur, que comme autorité. 11 y a en lui deux hommes, l'évêque et le savant. Nous ne voulons juger que le dernier. L'érudition de Hobcrt Cenalis est beaucoup plus étendue que profonde, et elle manque généralement de critique. Les plus fantasques pensées , semées dans des matières sérieuses et quelquefois bien traitées, infirment son autorité générale : aussi ses étymologic», par exemple, sont-elles des rêveries primesautiêres , comme disait un de nés contemporains, Montaigne, des caprices nés d'une vague similitude, des rapprochemenf pnisc* tous dans le latin. Ses Satin-» contre les barbes , son aecnmulation d'épithètes grossières contre les

dans le Rôle de l'Echiquier de 1105, où nous trouvons, à l'article de Richard Silvain , in balliâ de Moretonio , l'expression de Sa lant et de versus les Serlandeis *. Les OHm du Parlement écrivent Sellant et Cellant2t le Livre Vert orthographie Cellanr. L'étymologie la plus probable est tirée de la topographie du lieu : situées sur le versant du bassin de la Sic-, les deux communes du Celland justifient parfaitement l'étymologie de Terre sur la rivière, land, terre , et Sée, rivière. Aussi l'avons-nous latinisée ailleurs Landa super Seiam *. «

L'église du Grand- Celland est généralement moderne et dénuée dlntérêt monumental. Elle est du siècle dernier : îc chœur date de 1732. De rares vestiges attestent une construction antérieure : c'est un pan de mur avec quelques briques dans la côtière méridionale de la nef, h croix du cimetière, une statue de sainte Barbe , des lombes , l'une de 1513 , l'autre de 1558, et deux bénitiers. La croix du cimetière est un croisillon sculpté , a son centre, d'un côté d'un Christ , de l'autre de la Vierge , et légèrement tripartie a ses extrémités. Elle est portée sur un long fût monolithique à angles abattus , ayant , au lieu des nœuds , de petits cnls-dc-lampc ou cncorbellemens. Le dé est carré à la base , ayant à ses quatre angles deux têtes humaines , une fleur de lis et une coquille. C'est une croix du xvr siècle. La statue de sainte Barbe , en tuiïeau , n'est point remarquable en elle-même , mais sa tour est une jolie minia-

femmes dans une étendue de quarante hexamètres, ses distiques en cale m bourgs, «es vers sybillins , comme celui-ci :

Pott, pen, cru, tu, ci, tunt ttmpora quatuor anni,

sont des puérilités qui appartiennent et à l'homme et à son temps , et légitiment presque tes expressions de very stupide and sorry performante que M. Ilairby applique a un de ses ouvrages.

î Slapleton, tom. n , p. 54». Sériant est sur sa carte. — a Voir plus bas. — 3 Revue archéologique du département de la Manche, tom. i".

tare d'une forteresse du xv* siècle. L'église ne représente pas bien ja croix latine , -les transepts étant presque au centre. La tour carrée, à toit conique, est a la face occidentale et forme porche. Les transepts sont larges et ont à leurs flancs une fenêtre carrée, rayée d'une accolade. Toutes les autres fenêtres , excepté une , sont en anse de pauicr. Le chœur est pcntagonaL Le portique grec du grand autel encadre un tableau médiocre imité de la Descente de Croix do Rubens. Le devant d'autel est du xvin* siècle ; c'est sa végétation fantastique , brillante et arrondie en volutes épanouies.

En 1648 , cette église rendait 400 liv. et son patron était le seigneur du lieu

En 1764 , le Grand-Gclland était dans l'élection de Mortain cl le Petit-Ccllaud dans celle d'Àvranches : partie de la sergenterie de Roussel , il comptait 201 feux *

Près de l'église est une croix basse appelée la Groix-Perrée. Elle a été faite en 1698 , et n'a rien de remarquable , mais elle a recouvert un trésor. II y a environ quarante ans la croix fut renversée , son petit dé arraché : une excavation avait été faite et le trésor avait été levé. Plus loin , sur la roule de la Guerinière est la croix du bois de la Geraudièrc.

La terre de la Guerinière présente des constructions remarquables et d'un intérêt historique , un prêche et un corps d'habitation du xvr siècle , qui appartenaient à la famille Tesson. Le prêche est un vaste vaisseau , sans contrefort , ressemblant beaucoup aux granges décimales du pays. Seulement , outre sa grande porte, il présente deux petites portes cintrées qui étaient réservées au ministre. La maison présente trois cintres dune grande pureté, une porte , une portelette,, une fenêtre : nne lucarne est carrée et grillée. Dans le plant de cette habitation on voit trois pierres disposées en triangle, dont deux semblent être les fragmens d'un même bloc. Rapprochées ,

i Pouiilé, p. 9. — a Expilly, Dtct. dit Gaula.

comme elles ont dô l'être , elles formeraient une espèce de table enterrée. Cette disposition symétrique ne doit pas être l'effet du hasard. Une autre pierre plus remarquable se voit dans le , pré contigu , sur un petit coteau. Elle a toute l'apparence d'un menhir. C'est une pierre levée de forme générale triangulaire, libre à sa base, autant que nous avons pu sonder, et dont le sommet revêtu de lierre semble de loin couronné de guirlandes. Cette roche surplombe d'un côté , et elle a été étayée en-dessous par des blocs : ce qui confirme son déracinement. Elle a deux mètres et demi dans sa plus grande hauteur , et deux mètres dans sa plus grande largeur. Ce monolithe pyramidal a dû être élevé par la main humaine. Son caractère , sa position, son voisinage du camp du Cbâlellier, et peut être aussi d'une voie romaine , sont de fortes présomptions en faveur d'une origine druidique. Le menhir et le dolmen de la Guerinière peuvent peut-être s'ajouter aux monumens celtiques du pays.

Cette commune a une foire qui existe de temps immémorial , et se tient le 22 septembre.

Une des mentions les plus anciennes que nous connaissions du Celland est celle des Rôles de l'Echiquier pour la fin du XIIe siècle : « Rie. Silvanus r. cp. de Petro de Sellant *. » Ce Richard Silvain , bailli de Mortain , descendait de Richard Silvain qui fut tué à Saint-Pair ou à Saint-Poix et qui donna son surnom à ce dernier lien2 ; on y trouve ce nom sous la forme de Sci-lant , souvent dans ces Registres , et de là vient sans doute l'expression de versùs le Serlandcis, dans le bailliage de Mortain 3. Le Petit-Celland est plus souvent cité dans les Charles , comme appartenant à l'évêque d'Avranchcs.

A l'extrémité occidentale du Grand-Cclland , à sa limite du côté de la Chapelle^Urée , sur le bord de la grande route est un village et un champ du nom de Long-Champ. Ce champ

i Slaplcton, ton», n. — a Saint-Puix-lc-.SVhvï/n , et non le Servain, comme on VvciU quelquefois. — 3 Staplcton , tom. n, p.543.

fut , en 1793 , le théâtre d'un combat entre les chouans et les républicains , les premiers au nombre de 800 , les autres au nombre de 1,000. Les républicains qui venaient de Ducey, étant entrés dans la maison de M. de La Broise , s'étaient emparés de lui , et , suivant Tubage de cette guerre d'extermination , l'avaient condamné à être fusillé dans la cour de son habitation. M. de La Broise demanda a être fusillé ailleurs. On le conduisit dans son pré qui est en face du Chêne-Robin , et que longe la grande route. En ce moment parurent les chouans qui , par une décharge , firent lâcher aux bleus leur prisonnier. Le combat , engagé en ce lieu , fut reporté , par l'arrivée des soldats des deux partis, dans le Long -Champ où eut lieu le fort de la môléc. Les chouans furent vainqueurs. Environ cinquante cadavres fureut enterrés dans le Long- Champ. Les maisons du village portent encore la trace des balles4.

Un bloc de granit curieux par lui-même et par sa légende, appelé la Pilièrc , situé entre les deux Cclland , a donné son nom au village où il se trouve. Il est placé dans l'alignement d'une haie , entre un dé foui et un pré au bas duquel coule un ruisseau fondrier. Il est profondément enterré : on a creusé plus d'un mètre sans découvrir de solution de continuité. Il s'élève d'environ deux mètres au-dessus du sol : la pensée , en y joignant la partie souterraine et la partie inexplorée , peut se représenter une hauteur de plus de trois mètres. Au rez du sol , la pierre a environ deux mètres d'épaisseur , au sommet un mètre et demi. La forme générale est un cône très-obtus , un lumulus de pierre , et si l'on y voyait un caractère celtique , ce que nous n'osons affirmer, quelque chose d'intermédiaire entre le dolmen et le menhir. On remarque plusieurs entailles dans cette pierre , un trou dans lequel passe un lutrt de la

i Nous HppeluiH ce combat celui du Long-Champ, son théàlrc ; mais on l'appelle plua sont col de la Furge-Co^uctin,

barrière , des coches comme en font les carriers pour fendre les pierres , et une rigole irrégulière plus ancienne qui part du sommet du bloc pour ruisseler sur son flanc. La Pilière , qui a peut- Cire été moins enfouie autrefois qu'aujourd'hui , a dû frapper les imaginations par, sa masse et son isolement. Elle a donné son nom au village , et a reçu une origine surnaturelle. Quand Satan bâtit le monastère du Mont Saint-Michel , il alla dans la forêt de Saint-Sever chercher les trois pierres fondamentales de l'édifice. Il les mil dans un bissac , les chargea sur ses épaules , et s'achemina vers les grèves. Quand il fut arrivé eutre les deux Celland , le bissac se déchira et une des pierres tomba sur le sol où elle s'enfonça profondement. C'était la Pilière. Satan s'efforça de la reprendre , enfonça ses ongles dans le granit qui en porte encore l'empreinte , mais il ne put la relever. Il partit donc avec les- deux autres dont il fit les pierres angulaires du monastère. Mais l'édifice n'a jamais été solide : s'il subsiste encore , c'est par une grâce toute céleste, car il chancelle souvent sur sa base, quand le vent gronde et que le tonnerre mugit En effet , il lui manque quelque chose , c'est la troisième pierre qui devait assurer son assiette. On a voulu adosser un four contre la plus large face de la Pilière , mais , comme on le comprend bien , le pain n'y a jamais été cuit. Pourquoi cela ? Un paysan quelque peu philosophe disait que le refroidissement causé par la pierre produisait cet effet». Quelques noms topographiques éveillent des souvenirs : la Bruyci c-au-Seigneur ; l'Anglaicherie rappelle ironiquement l'occupation anglaise , les Costils indiquent un coteau , Beau-

i Presque toutes les légendes de l'Avranchin se groupent autour du Mont Saint-Michel , qui devient ainsi le centre d'un cycle poétique et légendaire. Quant au bloc vraisemblablement druidique de la Pilière , rappelons que les lieux voisins ont des noms celtiques , le Celland , Vernis , et qu'il y a un Chitcl et un Chatcllicr dans la commune voisine du Petit Celland.

Soleil nn terrain découvert et élevé , le Châtet rappelle un camp romain , la Moinerie un fief d'abbaye. Beaucoup de noms locaux sont tirés de diverses essences d'arbres*.

Plénum Sti Johannis de CoraUio.

(Nomenclature de 173$.)

ette petite commune est de forme très-irrégulière : c'est en général un pentagone dont deux côtés sont tracés par la rivière du Pas-David ; une ligne idéale la limite à l'est ; les Monts- Jouy , point culminant du pays , la limitent au nord. Le sol est encore assez boisé pour expliquer le dernier aflixe de son nom patronal , Saint-Jean-du-CoraiMes-Bois , qui lo distingue de Saint-Jean-du-Corail , commuue de l'arrondissement de Mortain. Ce nom de Corail vient , à ce qu'on croit v du granit rouge qui se trouve dans le sol de ces. deux communes. Cette petite paroisse , supprimée depuis le commencement de ce siècle et réunie à Saint-Nicobs-des-Bois , vient d'être rétablie. L'église offre une particularité très-remarquable , ce sont des transepts en coin ou triangulaires. Nous n'en connaissons pas d'autre exemple. La construction est à peu près tonte de la même époque et ne doit pas remonter bien audelà dn xvir siècle. Ce qu'elle a de plus ancien , ce sont les

» Voir Sainl-NicoIas-des-BoU.

MO

pierres angulaires et les ourlets des pignons. Le pignon occidental est surmonté d'un clocheton carré en bois ; quelques fenêtres, dont le linteau supérieur est légèrement arqué, appartiennent au xvnr siècle. Au flanc septentrional est un petit cintre à chambranle ronde. Il y à dans cette église quelques anciennes sculptures qui rappellent une église antérieure: dans une niche élevée à l'extérieur , au levant , se voit un saint de style Moyen-Age ; dans une niche d'un autel latéral est une crucifixion en pierre mutilée, une sainte Barbe sans tour, une pieta qui va disparaître comme indécente. Les peintures dignes de quelque intérêt sont des arabesques rocailles en bleu aux portes qui flanquent le maître-autel et deux devants d'autel en végétation fantastique du xvm* siècle. Il y a des pierres tombales de 1638 et de 1639. La croix du cimetière est carrée et lourde : à l'entrée est le dé et le premier fût d'une autre croix dont te croisillon glt dans des débris. La grange-dîme , qui était située entre l'église et le presbytère, n'existe plus.

En 1648 , d'après le Pouillé du Diocèse de celte époque* l'église de Saint-Jean-du-Corail, qui avait pour patron le seigneur du lieu , rendait 300 liv. 1

En 1698 la cure valait 300 liv. : la paroisse payait 221 liv. 13 s. 6 d. de taille et renfermait 3& taillables. Les nobles étaient G. et F. Daniel , et J. Le Breton a.

L'église était à la présentation du seigneur.

Le logis de Saint-Jean-du-Corail n'a rien de remarquable que son large escalier. Il possède une chapelle où il y a encore une vierge : il a été long-temps dans la famille du Buat.

En 1764 , cette paroisse , qui faisait partie delà sergenterie du Val-de-Sée , renfermait 20 feux 3.

Une hauteur de cette commune, d'où l'on jouit d'un ho-

i Pouilfè du Diocèse, p. 6. — a Mém. sur la Généralité de Cacn. — 3 Expilly, Dict, des Gaules*

rizoo imménse , s'appelle le Mont-Jouy , et de son sommet l'on voit une montagne qui porte le môme nom à une dizaine de lieues de là , le Mont-Joie , près Saint-James , et un autre Mont-Joie de l'arrondissement de Mortain : trois marchepieds du maître de l'Olympe. Au pied d'un de ses versans est un endroit appelé les Deux- Croix : une des croix est de bois , l'autre est de pierre carrée, renflée vers la base avec la légende suivante sur le dé : Deuss miserere met On sait que les hauteurs étaient consacrées à Jupiter*, et que les Monts Jou, Jouy, Joie sont très-communs. Deric et Sainte- Foix ont prétendu que le Mont Saint- Michel avait porté ce nom de Mont- Jou , Mans Jovis ; mais nous n'avons vu cette idée dans aucune des archives du monastère : le Gartulaire, qui en renferme l'histoire la plus authentique, n'en parle pas.

Quoiqu'il en soit , c'est une chose remarquable que l'Avranchin renferme tant de Monts-Joie, quatre daus une distance de dix lieues, Mont-Joie dans l'arrondissement de Mortain, Mont- Jouy en Saint-Jean-du-Corail, Mont-Joie à Noirpalu, Mont-Joie près de Saint-James.

Tout ce quartier était une forêt , que Stapleton désigne sous le nom de foresta de l' Avranchin * : les localités limitrophes en ont conservé le souvenir dans leurs noms , Saint- Nicolas-des-Bois , Saint- Jean-du-Corail-des-Bois , la Chaise- Baudouin et la Trinité dont le nom est dans les chartes , Sancta Trxnitas de Bosco Baldoim*. En Saint-Nicolas est encore le bois de ce nom et le Bois-de-César : Saint-Martin-des- Bois et Saint-Aubin-des-Bois appartiennent encore à cette con-

i On sait que c'était le cri de guerre des français : on a dit que ce mot «igoifiait ma joie. Robert Cenalis prétend qu'à la bataille de Tolbiac, Clotis, associant deux religiona, s'écria: Saint-Deoys Montjoie. — 1 Caria Normannia» tab regibus Anglim, en tête du 1" volume. — 3 Lan FtrU Voir l'article de la Trinité.

trée forestière. Généralement élevée , comme étant le fatte de séparation des bassins de la Sienne et de la Sée , elle a dû être un des principaux sanctuaires du druidisme et un des principaux points d'observation et de campement des Romains : la Pilière en la Trinité , le Bois-de-César en Saint-Nicolas peuvent être cités comme le souvenir ou symbole de ces deux époques.

Le nom, le site de cette commune, et ces détails conduisent naturellement à la terminologie forestière de l'Avranchin , c'està-dire aux noms qui se rattachent à l'idée de bois.

Les Brousses, les Broussettes , d'où est resté Broussailles, sont très-communes dans l'arrondissement d'Avranches : on trouve la Broussettière dans le Petit-Gelland. En Braffais se trouvent les Essarts, broussailles, d'où le verbe Essarter K Le Bosc, le nom latin de bois, Boscus, dont est resté bosquet et bocage, subsiste dans la rivière du Bosc à Granville. La Haie, la Haize, l'ancienne Haia2, est très-commun dans l'arrondissement et se retrouve dans toute la Normandie et le nord de l'Europe. La Hayère en Brecey , et peut-être la liailerie et la Hallière, d'où viendrait Hallier, se rattachent probablement à la même racine. Les Plessis, bois fermé, en lalin Plessia, sont très-communs3. Le Plant, Plantis ou Défoul% est le nom qu'on donne dans l'Avranchin à l'enclos planté qui entoure la maison4. Le Taillis, le Taillais, qui se trouve à Yquelon , est un nom très-commun et il est resté dans la langue générale. Le Bailliveau , le Baillivel en Saint- Planchers , la Garenne en Hocquigny sont aussi restés. Le

i Voir le Glossaire de RoqueToçt et le Ducange de D. Charpentier. — a Voir l'article de Saiut-Jean-de-la-Haize. — 3 On peut remarquer combien la langue romane clait riche : elle avait des expressions pour toutes les nuances. — 4 Ce deruicr mot est peut-ltrc pour rtfoul, lieu de décharge.

Brcuil, bois taillis a disparu ' : il est resté dans les noms propres , dans son dérivé brouiller : il est sous la forme de Breil, en la Mouche. Les Verdières rappellent les vertes forêts*. Les Touches sont peut-être plus usités dans l'Avranchin qu'ailleurs , surtout dans le canton de Saint-James. Autour de la Touche - Villeberge , se trouvent la Touche- Picot , Lande- Touche *, la Touche-de-Jouet , la Touche-Gâté. — De ce nom qui signifie bois derrière une habitation, sont dérivés les Lalouche, les Destouche, du Touchet, etc. *

Ces études de terminologie topographique nous semblent avoir beaucoup de charmes , parce qu'il y a une union intimo entre le génie philologique et le génie poétique5, et une grande utilité, parce qu'elles doivent redonner à la langue générale tous les éléraens quelle a perdus. A un point de vue plusélevé , la philologie , c'est-à-dire la recherche des apports de plusieurs langues dans une langue, est un des plus puissans agens de la fusion des peuples : la langue est te lien le plus fort de la fraternité. L'archéologie , en montrant le mélange des langues dans le passé , préparc leur fusion dans l'avenir.

x Les Italiens ont ce mot BrogKo, prononcé Brolio, d'où Imbroglio, embrouiller. — a Le» garde forets s'appelaient aussi verdieru *- 3 Celle-ci est citée dans le Gallia Chrislùina et le Neustria Pi* comme emplacement primitif de l'abbaye de Monlmorcl. — 4 Voir te Glossaire de Roquefort. Voir aussi Ducange au mol Toea - Tocha. — S Citons sous ce rapport Walter Scott en Angleterre, Châties Nodier en France , Lcopardi en Italie.

Eu 1809, lors d'une forte marée, deux écoliers, Pierre Hus, mort vicaire aux Loges-sur-Brecey , et l'auteur de cet rimes, s'amusaient à se faire battre te» talons par la barre ou premier flot de la mer, au-devant de laquelle ils étaient allés près d'une deiri-lieuc an-dessous de la Bicqueterie, se trouvèrent, en arrivant à ce village, cernés par la mer. Le jeune Hus, qui savait à peine foire quelques brasses , allait se noyer* Son camarade fut assez heureux pour le sauver.

(fi. d'une Lig. en vert in. t par M. B.J

ffà) a commune des Loges - sur - Brecey offre la figure d'un ®& triangle coupé en deux triangles par le ruisseau des Lardières qui est une des branches de la rivière de Bieu. Le ruisseau la Pisse la limite à l'ouest , celui du Bois-Gateblé à l'est. Une ligne idéale la sépare de Saint-Martin-le-Bouillant et de l'arrondissement de Mortain. L'église et le village des Loges sont posés sur une montagne , dans un pays boisé et désert, d'un aspect sauvage. Le ravin sous la montagne de l'église est remarquable par sa profondeur ténébreuse. — Angusti fauces aditusque maligni \ —

1 Virgile.

dette humble commune , à part son site montagneux et boisé , n'a rien qui appelle les regards , ou qui éveille des souveiurs.

Les Loges-sue-Brecey sont appelées Cases Bresseyanœ par Robert Cenalis* , et Cas ce suprà Brcceium, dans la Nomenclature de t>35*a. Ce nom de Loges signifie habitation seigneuriale et s'est conserve dans le nom actuel de Logis *. On trouve encore dans l'Avranchin les Loges-Marchis. Il y a une trentaine de localités de ce nom en France, la plupart en Normandie.

Ce qu'il y a de plus intéressant dans son église, après son site dans les montagnes et son isolement derrière les bois, est son portail. Son porche présente à sa voûte de belles nervnres prismatiques, une ogive obtuse extérieure aux bords canaliciilés; deux beaux contreforts à ses angles. La tour a été refaite , la zone inférieure se rapporte à l'époque du porche , c'est-à-dire au .xvr siècle. L'édifice considéré dans sa disposition générale affecte la forme d'une croix grecque. Le chœur n'a pasdefenêtreorientale, contrairement à l'usage presque universel. Des deux transepts , celui qui est formé par la tour présente une chapelle en harmonie avec le porche : c'est une partie en style prismatique. Les murs sont peints de croix de Jérusalem et de foliations diverses. On remarque une pierre tombale à iuscription gothique , une ancienne boiserie , un baptistère à deux piscines, l'une ronde, l'autre carrée , dont le couvercle peint offre les fleurs du xvui'siècle. Toutes les fenêtres sont carrées et appartiennent au siècle dernier. 11 y a dans le cimetière une croix hexagone cl des débris d'une autre semblable.

La cure de Saint-Pierre-des-Loges-sur-Breeey appartenait au duc d'Orléans, le seigneur.

i Hicrarchia Ntutlri*. — % Ap. Mss. de M. Coujin. - 3 Voir 1* ChaùeBauduuia»

Dans l'impôt royal de 1522, la cure des Loges paya S lit. et le trésor 17 sous.

Un Mss. sur la Tenue des Synodes diocésains, sous François Péricard (1596, 97 — 98) mentionne celte paroisse sous le nom de Sanctus Petrus de Logiis super Breceyum

En 1628 , à l'époque où fut imprimé le Potfillé de tous les évêchés dépendant clu siège archiépiscopal de Rouen, l'église des Loges-sur-Brecey , qui avait pour patron le seigneur du lieu , rendait un revenu de 600 liv. 2

En 1764, cette paroisse, qui appartenait à l'élection de Mortain et a ta sergenterie de Roussel , comptait 98 feux3.

Une localité de cette commune porte un nom qui rappelle celui d'un savant mathématicien qui naquit aux environs: c'est le Bois-Gâtebled , contigu à la commune de Saint-Martinle-Bouillant. Christophe GadMed naquit en cette dernière commune, selon M. Pluquet, ou comme nous inclinons à le croire r aux Loges, au Bois-Gâtebled , en 1734. Il fut professeur de mathématiques et d'hydrographie dans l'université de Caen. 11 « leva l'étude de l'analyse tombée depuis Varignon. Il forma des élèves distingués , au premier rang desquels brille La Place. Gadbled mourut à Caen le 11 octobre 1 782*. Il a laissé quelques manuscrits et est l'auteur des deux ouvrages suivans : 1° Exposé de quelques-unes des vérités rigoureusement démontrées par les géomètres et rejetées par l'auteur du Compendium physique*, imprimé à Caen , 1775 ; Amsterdam (Caen) 1779, in-8°; 2° Exercice sur la Théorie de la Navigation, 1779, in-U*.

L'étude d'une petite commune perdue dans les bois , loin des villes, est bientôt faite ; mais son nom appelle et autorise une digression sur tes noms locaux qui renferment l'idée d'habitation.

i Mss. de M. de La Villebeigc. — 2 Ponittè du Diocèse.—* Did. da Gaules, par Expillv.— 4 Annuaire de la Manche. 1839. — 5 M. Adam.

En première ligne ce présente te Château ou Châtel, dérivé du simple campement ou Châtellier. Noos comptons une dizaine de Châtelliers dans rarrondissement , et autant de Châtets, Ils se trouvent sous d'autres formes : les Châtelets en Saint-Laurent-de-Terrcgatte , h village Castrcl dans la Luzerne. Au-dessous du château se placent le Manoir, ensuite son diminutif le Mesml, dont la forme abrégée le Mes se trouve partout dans l'Avranchm et souvent dans les chartes. Robert Cenalis a bien reconnu cette distinction : « Major matuus Manerium dkitur, angustitm verà Mesnilum *. » Nous ne localiserons pas ces expressions : elles sont trop communes , et il n'y a guère de commune qni n'ait son manoir, ses mesnils et ses mes. Nous ne citerons que la forme Mesnie, qui esl appliquée à un village de la Haye-Pesnel, et qui se trouve dans la langue romane.

Le Logis indique encore une espèce de manoir. VHôtel ar la même signification : il est très - commun dans le canton de Viïledieu. L'Hébergement , Yhebergatnentum des chartes n'est pas rare. La Loge, la Logerie , h Mature, la Mazurie, le Mazurage*, les Mazurics* , la Mazère*, dérivés de Monsura, indiquent toutes une habitation seigneuriale.

Le Ham est un mot saxon qui signifie aussi habitation et par suite village : aussi le Ham est- il très-commun : nous te trouvons sous sa forme pure et primitive en Vessey et en Brecey , sous la forme de Hamelet * à Champeaux , diminutif de sa forme française Hamel: ce mot a donné Hamelin, d'où la Hamelinaie; de là encore la Hatnelotière , en Vessey.

Les Moitiers signifient une terre louée par moitié, d'où Métairie, pour Moitérie 6.

i ffiemrchin Neuttries. ~ïE» Saint-James. — 3 En Saint Aubindc-Terregatte. —4 En la Hoiilouse. — 5 Ce mot est anglais, et forme )« titre d'an drame de Sfaakspcare. — 6 Gtossaiie de Roqtfcfm t.

Les Toi 1 ne sont pas très-communs, cependant nous avons en Saint -Planchers Prestot et Catertot. Nous n'avons pas de Hal. Le Hou ou House ne se retrouve guère que dans la Boullouse9 ou maison de Boilon. Les villes sont rares dans l'arrondissement et communes dans le reste de la Normandie.

La Reaute signifie, en roman, terre royale. Il y a plusieurs Rcautes: il y a celle de la Rochelle et celle de Tirepied.

La Vesquerie , signifie terre de l'évôque ou Vesque en roman : il y a celle de la Rochelle, et la Petite-Vesquerie dans les Chambres. Il y a l'Arehevequerie en Fleury. On ne manque pas non plus de Moineries , de Nonneries , de Clergeries.

Le Lieu, comme le Lieu-Beaascnt en Mesnil-Drey, s'emploie quelquefois avec un nom d'homme.

La Salle, comme la Salle en Argouges, et la Basse-Salle en Mont-Joie , est synonyme d'habitation.

La Fer té, lieu fortifié3, se trouve en la Trinité.

La Cota- est un mot encore usité pour signifier la ferme d'un manoir. Il nous semble dérivé des Corte elCortis, dont une des plus anciennes inentions est dans l'acte de mariage d'Adèle avec le duc Richard, inséré dans le Spicilege d'Acheri.

Les Hébergements , déjà cités, sont assez communs dans le territoire de l'ancienne barounie d'Ardevon. Nous trouvons dans le Livre Terrier du Mont Saint - Michel 4 : l'Hébergement Sirois, l'Hébergement Godard, l' Hébergement Bevel, — Hebergamentum de Plwnbo 5. —

La commune des Loges est contiguëà celte de Saint-Martinle-Bouiilant, dans le nom de laquelle Robert Genalisa vu l'idée de Bouleau — Sanctus Maninus Betulaceus •. — Or , on sait

i Le Toft , saxon , maison. Voir l'article de Vains. — a Bail Iloutc. Va des mon où l'étymologie est la plus transparente est A'oAou, toujours latine en Nigctti domut. Voir notre Introd. aux étyinologies de» noms de l'Arrancbin. — 3 Vient de Fur mitât , Fcrmde, Fcrti. — K Mss. u- i5i. - 5 Voir l'article de Plomb. — SHûrarch. Nêiutrm.

que ce mot signifie Saml-Martin-le-Chaud ou Saint-Martind'Été. Aussi Froissard dit , en parlant de la rencontre de» Français et des Anglais entre Montebourg et Cherbourg : « Cette déconfiture fut entre Montebourg et Cherbourg te jour Saint-Martin-te-BouMant, l'an 1379. » (Le k juiUet.')

Fanum Sancli NichoUti de Bosco Balduini. (Nomenclature de i;35.)

j, ette petite commune est généralement dessinée en triangle ; elle est divisée en deux parties presque égales par la route de Villedieu à Breccy. Elle n'a de limites bien naturelles que du côté des Loges-sur-Brecey dont la sépare uu ruisseau qui descend du Mont-Jouy. Il y a encore quelques bois , entre autres ceux de César et de Saint-Nicolas , pour confirmer l'affixe de son nom patronal. Cette grande roule porte quelque vie et quelque mouvement à ce canton bocager et solitaire. ,

Un souvenir des Romains s'est conservé dans un nom de celte commune et s'est uni à un nom chrétien : un bois est divisé en Bois-de-Saint-Nicolas et en Bois-de-César. L'église est toute jeune et date de la fin du siècle dernier; c'est dire

i Chron. lir. i", première part. Rtib. Cenalis doune cucoïc une autre interprétation : « Aut ftrvidum à loti fervore, per anliphrusinu »

assez qu'elle n'a rien de remarquable. Ici encore fo forme est une croix grecque à bras peu saillans ; le portail est une réminiscence de celui de Saint-Georges-de-Livoye1. CecpTrf y a d'ancien et de remarquable est la belle croix ronde du cimetière dont le fût monolithe s'élance à plus de cinq mètres. L'autel est très-curieux. L'artiste r rempli de l'idée qu'il était à Samt-Nicolas-des-Bois , pour bien distinguer son Saint -Nicolas des autres, a fait une forêt verdoyante de son autel , le tout couronné de cornes d'abondance , symbole païen qui signifiait sans doute , à ses yeux , les bénédictions dont le patron comble sa paroisse. Où sont donc les vestiges de l'église antérieure? On ne peut les retrouver que dans quelques statues, dans une sculpture peinte , une crucifixion , encastrée dans une niche de la sacristie , une sainte Marguerite , à couronne fleuronnée, privée de ses bras, un Christ sortant 'du tombeau , ayant près de lui quelques attributs de la Passion , une statue de saint Eutrope.

Le logis de Saint -Nicolas -des- Bois, appartenant aujourd'hui à M. de Saint -Aubin , était dans l'ancienne famille des du Perron. Il ne présente rien de remarquable qu'une tourelle hexagone et une fenêtre croisée à arêtes bien dessinées. Une tour et une galerie ont été détruites. Le logis est contigu à l'église. Le Mès s'appelle le Mès-Gautier.

Saint Nicolas , qui porta du pain et de l'or à trois jeunes filles dont leur père voulait vendre l'honneur et qui se marièrent avantageusement, est spécialement invoqué par les filles qui désirent un mariage heureux. Ainsi l'on va dans ce

i Les églises se modèlent sur leurs voisines : il est rare de rencontrer une église dont les particularités ne se trourent pas dans un cdiûce peu éloigné. Ainsi la. croix grecque est le plan de l'église de Saint- Georges et de Notre- Dame-de-Livoye, et des Loges : el|c est aussi celui d'une église du même canton , celle du Petit-Cclland. Plus tard nous trouverons les dômes communs dans le canton de Pontorson.

but en voyage à une chapelle de saint Nicolas , aux Biards, et à Saint-Nicolas-des-Bois.

En 16^8 , d'après le Poiâllé du Diocèse, l'église de Saint- Nicolas , qui avait pour patron le seigneur , rendait 300 liv. 1

En 1698, la cure de Saint-Nicolas valait 600 liv. Il y avait un vicaire. La taille était de 294 liv. et le nombre des taiilables de 102 3. Les personnes nobles étaient Marie Guyard, veuve de Jean de Juvigny, et Renaud de Juvigny.

La cure de Saint-Nicolas-des-Bois , Sanctus Nicholaûs de Bosco Batduini, était à la présentation du seigneur.

Cette commune est une fraction de celte for es ta de l'Avranchin, comme l'appelle Stapleton 3 , et de ce bois que les chartes appellent Boscus Baldoini, ou encore Nemus Balduini*. En 1764, elle faisait partie de la sergenterie du Val-de-Sée et renfermait 52 feux \

Quelques observations sur les noms de lieu tirés des végétaux , peuvent être placées à l'article d'une commune qui tire son affixe des bois et appar tient à un canton éminemment forestier.

Ces noms sont très-communs et se terminent en ay, et sous une forme plus moderne et française en aie. •

L'Aulne nous donne Launay en Ronthon , Launay en Marcey.'le Haut -Launay aux Chambres, le Launay en la Lande-d'Airou , Launière en Poilley 8.

Le Tilleul donne le Tilleul en Ronthon 7.

i Pouilté, p. 6.-9 Mèm. sur ta Gén. da Caen. — 3 Caria Normanniat sub regibus Angtiœ, en tête do i" vol. — 4 Decimam de Sancto Ebremondo et ea quai in nemore Batduini habet. Livre Vert. — 5 Expilly, Dict. des Gaules. ~ 6 Tout nom propre a été nom commun, est an aziôme de linguistique : les noms des végétaux sont une des sources les plus abondantes des noms propres. — 7 La rareté d'une essence explique la rareté des noms topographiques qui en sont tirés : le Tilleul, arbre d'agrément, probablement exotique, n'a pu fournir qu'un petit nombre de noms.

Le Buisson donne RonbLsson en Saint-Michel-des-Loups , Beaubisson en Vergoncey , le village do Bisson en Saint- Pierrc-Langers , en Breceyet en Précey1.

L'Épine donne les Êpinettes en Saint -Michel -des- Loups, VÉpineen Bourguenolles, YÉpinette en Saint- Jean- de- la- Haize , YÉpiney en Tirepied.

La Forêt donne la Forestrie en la Bloutière et en Vcrnix.

Le Chêne donne le Quesnoy et le Chenet en Saint-Martin , le Quesné en Lolif , le Bas-Chesnè en Bacilly , ou le Rouvre 2 en Tanis , le Rouveron en Montviron , la Chesnaie à Marcey.

Le Saule donne le Saussey ou Saucey en Vains et en Saint- Jean-de-la-Haize, la Saussaie dans le Peiit-Cellaud , la Saudraie en Bouccy.

La Fougère donne le Fougeray en Bacilly et en Marcey, le Champ -Fougeray et le Beaufougerai en Saint-Planchers , les Fougeraies en Boucey.

Le Frêne donne le Fresne en Noirpalu , les Frênaies en Saint- Aubin-de-Terregatte , le Frêne à Saint-Sénier-sous- Avranches.

Le Genêt donne le Genetel en Bourguenolles , les Gcnetels en Ducey, la Genetaie, îlot de Chausey, le Genêt en Bacilly.

La Bruyère donne les Bruyères en Sainte-Pience , la Petite- Brière en Saint-Pierre-du-Tronchet 3.

Le Coudrier donne le Coudray dans le Grand -Celland et dans Saint-Aubin-des-Préaux.

Le Houx donne le Houssay dans le Grand- Celland, la Houssaie , un îlot de Chausey , la Houssaie dans Saint-Jean-dela-Haize , le Houssay dans le Grand -Celland, la Brèche-au- Houx en Sacey , le Houx en Sainte-Cécile.

i Buisson dérive de Buis. — a Le Rouvre, dérivé de Robur , est l'ancien nom du Chêne : L'espèce commune s'appelle en botanique Qucrcus robur. — 3 Le nom ancien est Briére : aussi trouve-t-on des Brian, des Brièret, et pas de Bruyères.

Le Plessis signifie uo bois et se trouve en la Godefroy

Le Hêtre ou Fouteau donne le Fousteau en Saint -Sénier; son fruit donne la Fenotte en Precey.

L'Orme donne le village de l'Omet en Marcilly.

Le Cerisier , le Cerisel en Ducey , le Cerisay en Vessay.

Le Rosier , le Rosel en Poilley , le Rosay en Vains , la Rosière en Pontorson.

Le Pommier , le Potnmeray en Céaux , le Pommer eux en Vergoncey.

Le Néflier ou le Meslier, la Meilleraie à Saint-Aubin-des~ Préaux \

Le Bouleau , les Basses-Boulaies en Saint-Brice. Le Prunier # la Prunerie en Saint-Loup, la Prtmeraie en Monianel.

Le Cornouiller , la Cornillère en la Chaise-Baudouin , la Cornillerie à Champrépus, la Cornillère en Villcdieu9.

L'Ajonc ou le Jan , la Jannière en Ârgouges et la Godefroy.

Le Laurier, le Lauriais en Carnet , les Lauriers en Vains et en Precey.

Les Racines , le Racinoux en Sainl-Laurent-de-Terregattc.

Le Chanvre ou le Chcnevis , la Chcnevaie en Saccy , les Chen'evières en Sacey et en Aucey.

Le Tremble , le Tremblay en Sartilly , et le Bois-du-Tremblai dans le Petit-Celland.

L'Orge , YOrgerie en la Trinité.

La Laiche (scirpes et carex), le Laichet en Courlils.

i Voir l'article de la Chaise-Baudouin. — a Le Meslier est l'ancien nom du Néflier, comme on peut l'expérimenter sur les noms propres. Remarquons que les arbres ou arbustes récemment introduits ou peu nombreux, le Tamarix , le Sorbier, V Alisier, etc., n'ont donné aucun nom topographique ou propre. — 3 Peut-être dérivé de Corneille.

5ôl

G. Gombert, grand laquait do roi Charles ix et de feu Henii iu, babiUit à Notre-Damede-LWoye.

( M. Dkshochis , chapitre de VHi$t. du Mont Saint-Midui.)

N triangle dont la base ou la ligne du nord est échancrée , ou plutôt une feuille cordiforrae aiguisée en pétiole , tel est le dessin général de cette commune , dont le relief présente deux plateaux traversés par une vallée qui dessine ainsi deux triangles latéraux ; ce ruisseau de partage est un affluent du Bicu , et s'appelle ruisseau du Gué-Pichard. Une ligne artificielle , avec un tronçon de ce cours d'eau , trace la limite au nord ; a l'ouest est le Bicu; a Test est le ruisseau de Froide- Vallée : le sud est le coin formé par la jonction de ce ruisseau et du Cieu.

Bien que située sur une éminence qui commande un joli vallon , l'église de Notre- Darae-de-Livoye , ou comme on dit dans le pays l'église de Livoye , ne parvient pas à s'élever audessus des arbres. Avec ses fenêtres carrées , son campanier enfermé dans une boite et figurant une cheminée , elle ressemble à toute autre chose qu'à une église. Le portail est nn cintre rustique avec la date de 1668. Le campanier a deux loges. Ce qu'il y a de plus ancien dans cette chapelle allongée est le campanier et les ourlets des pignons. Les contreforts

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