SOS
do mur do campanicr ont été détruits ; mais rien ne remonte au-delà du xvr siècle dans U construction. Le chœur a été refait en 1768. L'intérieur offre un objet plus ancien et d'un travail exquis. C'est une broderie en bois d'un dessin flamboyant d'une raie délicatesse , ayant probablement appartenu à une chaire. Sa place serait sur Je dais de la chaire actuelle. U y a deux peintures remarquables dans deux cadres en demicercle : Tune est une Madelaine , belle avec ses traits délicats et ses mains distinguées, mais beaucoup plus mignonne que le type adopté : c'est une jolie mignardise du siècle dernier. L'autre est un ange aux ailes éployées. Le devant du maîtreautel offre une peinture de végétation fantastique du xviu* siècle: celle-ci, qui est remarquablement puissante et vigoureuse, encadre un Saint-Esprit. On trouve quelques dalles sépulcrales assez anciennes : celle de Julien Cassin , 1653 , le donateur de la croix du cimetière qui est démesurément haute et encore surmontée d'une croix en fer d'un mètre de hauteur, celle de noble homme François Gomber sieur de Livoye , 1703 , celle de M. de Besne, 1662. Une pierre tombale écussonnée , placée ad seuil d'une porte latérale , porte la date de 1595 et le nom de Jacques Picbard. Il y a encore un fragment de vitre peinte , c'est un écusson jaune clair, semé d'abeilles. Trois presbytères sont en présence autour du cimetière, l'ancien , qui n'est qu'une masure, un autre du siècle dernier, d'un aspect assez comfortable, habitation rurale aujourd'hui , et le presbytère actuel, récente maison couverte de chaume. La grange décimale borde le cimetière et s'écroule sous les étreintes d'un lierre vigoureux. Le manoir de Notre-Danie-de-Livoye est situé à quelque distance de l'église , à deux pas d'un ruisseau limpide et murmurant , qu'on appelle le ruisseau du Moulin-de-Livoye. Il est réduit de moitié, et deux contreforts soutiennent la partie intérieure mise à découvert. C'est une construction sans caractère, du xvu* ou du commencement du xviir siècle : un vaste lierre déchire •t lézarde un beau pignon. Le manoir , ancienne propriété des 1. 1. ai
seigneurs de Livoye , a passé dans la famine de Bréménil'.
En 1648, cette église, qui était à la présentation de messieurs de Notre-Dame-de-Cléry , rendait 300 liv. d'après le Pouillè du Diocèse*.
En 1698 la cure de cette paroisse valait &00 liv. ; la taille était de 594 liv. et le nombre de feux était de 70 3.
La cure de Notre- Dame-de-Livoye était sous le patronage du chapitre de Cléry.
Dans l'Impôt royal de 1522, l'église de Notre-Dame-de- Livoye paya 10 liv. 4
Ce Gombert , grand laquais de Charles ix, qui vint pastoralement abriter sa vieillesse à Notrc-Dame-de-Livove , nous «omble avoir une terrible connexion avec la royale arquebuse de la Saint-Barthélémy.
t Cette famille tire «on nom d'un Mesnil de Plomb, te Biémesnil, le Mesnil de Biée. Ce dernier nom est très- commun , et se retrouve simple dans Biée en Tanis, et avec des a (fixes divers dans Bréville, Btéhal, Bréhou, Bré mesnil , et peut-£trc Bréhonliére en Subligny. Le nom de Brctnesnil nous rappelle M. Tesnières de Biéniénil , qui, en j 787 , avait le titre de lieutenant-général , et qui fut maire d'Avianches pendant la Révolution , homme instruit , qui contribua à l'organisation de l'École centrale , et qui a laisse sur A via riches des notes intéressantes, qui nous ont été utiles, et dont nous devons la communication à M. de Saint-Victor. — a Pouillè, p. 6. — 3 Mêm. sur ta Gèn. de Caen. ■ — 4 Mm- de M. de La Villeberge.
] du sec sometbiog like a dilch, indistinct)? marki'd.
lndNtinclly — pardon me, sir, but the indU- 1incti;ess .niust be in your powcis of viiioo — nothing can be more plaiuly traeed — a proper agger or valium with ils cor-
responding ditcb or fossa.
(WiiT« Scott, The Antiquary, chapter iv.)
(Tfô, ette commune forme un triangle déterminé , quant à sa base , qui se dirige du nord-ouest au sud-est , par le ruisseau de Lambalîe et une limite conventionnelle , quant à son côté oriental , par le ruisseau de la Gannerie et de la Pilière et quant à son côté septentrional, par une l$ne brisée de voie8 rurales. Ce côté est interrompu vers le milieu, et, par un appendice très-bizarre , la commune descend jusqu'au bord de la Sée dans la presqu'île de la Sursée ou Sur-Sée. C'est un terrain singulièrement mouvementé , qui compte une dizaine de vallons alBuens à la Sée ; le mouvement général du terrain incline à cette rivière , et des flancs des coteaux la vue s'étend au loin sur son bassin étalé.
Le Petit-Celland était une paroisse épiscopale : l'évêque présentait au bénéfice et y possédait les bois du Tremblay et du Celland. Au commencement du xnr siècle , Guillaume
Tholoraei rendit a ce sujet une charte d'accord entre lui et son chapitre ;
Carta super sompositione habita inter Episcopum et Capitutum :
« Noverint universi prœsentes inspecturi titteras quod cum esset céntentio inter venerabilem patrem JVillelmum Dei •gratta episcopum Abrincensem ex una parte et Capitulum Abrincense ex altéra super qtribusdam articuRs tandem in hune moditm amicabiliter conqjtievit quod Capitulum Abrincense habebit plane et intègre decimam venditionis nemoris quod dicitur Tremblenus et venditionis nemoris de Sellant et eiiam nemoris de Parco cum eadem nemora aut partem eorum vendi contigerit, ita tamen de nemore de Parco sciendum est quod si episcopus in anno usque ad summam centum solidorum usuatis monete iantummodo vendiderit de dicta nemore Capitulum de illa venditione nichil habebit. Ita si venditio centum solidorum summam in anno excesserit, Capitulum indè plene et intègre decimam percipiet et habebit de eo vide lice t ad summam centum solidorum in anno excesserit. Si verà episcopus ad reparationem manerii stti aut molendinorum suorum sive ad ignem suum sive ad alios usus sues proprios de nemore predxcto acceperit, et ibi aliquid residuum de nemore Capitulo fuerit, quod vendi contingat ipse de eo quod sic vendiderit decimam Capitulo nullam prœstabit. Et quandoque de cetero in nemore de Parco pasnagium fuerit, decimam pasnagii Capitulo persolvetur. 1 »
i Cette charte d'accord de Téveque et du chapitre est étendue, *t noua n'en citons que ce qui se rapporte à notre commune. Mais un détail ultérieur constate le fait que les évêques d'AvranChes avaient des biens en Angleterre : « Habebit 6 lin m Capitulum decimam redaïtitum qui empti tunt aut ementttr in Jnglia de pétunia reetpta de Subie
et de Poreestre • H y a même dans le Cartnlaire une charte *pé-
ciale .s « Carta GuUUlmi epitsopi supra reddiiibui de AngUa. Universis
30fr
Vers là fin de ce siècle , 1271 , une contestation relative à ce même bois fat portée devant le parlement de Paris. On contestait H'évéque le droit de vendre son bois do Celland, mais , à la suite d'une enquête , le parlement lui reconnut ce droit Voici les principales expressions de l'arrêt , tiré du recueil des OHm. • Cum Episcopus Abrineensis venderet boscum suum de Sellant pronunciatum fuit per curiam quod Epùcopus sine tercio et dangerio venderc non poterat boscwn ipsum... factâ igilur inquestâ et postmodum quadam apprisià, pronuntiatum fuit quod dictus Epitcopus boscum ipsius de Sellant libère vendere poterat sine tercio et dangerio » En 1266, de mandato Domini régis, c'est-à-dire de saint Louis , une enquête avait été faite par le parlement pour le
Au xv siècle, J. Gaoquelm de Saint-Ouen-de-Celland, écnyer , se soumit au roi d'Angleterre En 1698^ le seigneur était Louis de Gouves, écuyer V
6. De* gratia Abrineensis epitcopu» tatutem in- Domino*' Pi 'overit uni ver situe veetra quod noe danationem factam Capituto Abrinepnsi a fotici* memorie TV . predecessora nostro saper decimis reddituum quos epitcopus Abrineensis habet in Angtia apud Porceatre Suhic et Senotuc ratam habemus et gratam concedentes et volcntes ut idem Capitulum memoratae décimas in puram Hberam et perpetuam etiam habeat et percipiat annua- Um. • Livre Vert, p. 19 et ao*
1 Olim du parlement dans le» Document inédits relatifs à F 'Histoire de France. — a Olim du parlement dans les Document inédits relatifs à l'Histoire de France. Dangerium , Dangicr c&t employé ici et dans les chartes dans un sens bien différent du mot danger d'aujourd'hui. Il signifie selou Ducange : « Jus quod rex habet in forestis Normannice , et au général il signifiait seigneurie, de Domniarium, Domigerium. Voir une remarque du «avant article de M. EdéJestand du Mérîl sur l'édition de Ducange par M. Heoichel, Journal des Savons de Normandie, n» i". — 3 M. Desroches, Hist. da Mont Saint-Michel, chap. xr. — 4 Mém. sur ht Généralité da Caen.
L'église à la forme d'nne croix grecque, car les transepts sont placés presque au milieu. Cet édifice , qui n'a que le caractère terne du xvnr siècle , refait en 1762 , a succédé à un plus ancien , complètement disparu. Les seules choses antérieures à cette reconstruction qui se voient encore , sont la tour de 1609 et une pierre tombale de 1700. La tour est une masse courte, carrée , surmontée d'un faite en bâtière. Bâtie sur le plau de la nef, elle communique avec elle par un arc qui a été en partie bouché. L'intérieur présente un objet curieux : un bloc énorme mal arrondi repose sur troi* pierres brutes en forme de pilier : tous croyez voir un dolmeu , c'est le baptistère. — On lit sur le portail : Louis Brochet owBrocmet , du Gast , m'a refaite en 1 750 «.
En 1648, cette église, dont l'évéque d'AYrancbes était le patron , rendait 300 lit. » EUe était dan» le Doyenné de Tirepied , et celle du Graod-Cdland dans le Doyenné de Cuves.
Non loin de l'église , au bout de la rue aux Prêtres, est une bruyère où s'élevaient autrefois trois croix , mais où l'on n'en voit plus que deux. Elle fut le théâtre d'un engagement entre les républicains et les chouans. On respecte encore leur sépulture 3.
Entre les Celland est la croix de Launay.
Une tradition fait naître uu archevêque de Rouen, saint Cerbold , dans la paroisse du Petit-Celland, où une maison en ruines, qui a de beaux restes du xvi" siècle , est appelée la maison de saint Gerbold. On y remarque une belle et large cheminée , une porte a accolade avec un copur et un carreau scolrftés au bas de ses jambages , et surtout une belle croisée à deux accolades pures et à barres délicatement amincies en prismes. Les trois parties ont été encastrées dans une maçonnerie terraquée indigue et récente, que transpercent déjà et
i Afflèur» : Tlet du Gatl m'a refaite, i;«o. — a Pouitfê , p. 6. — 5 C'est là que fut tué M. P. C.
que renverseront bientôt les robustes arraehemcns de la cheminée.
Sur le territoire de cette commune est une montagne isolée, île terrestre aux contours arrondis , baignée de deux côtés par un affinent de la Sec , le ruisseau d'Orceil , d'où le regard , embrassant un demi-horizon , se repose sur les prairies , les bois, les villages, les églises du bassin de la rivière. La nature en a fait une forteresse , et la main de l'homme y a tracé un camp. Une enceinte généralement double, d'un développement de 600 mètres ' , avec un fossé intermédiaire , circule autour du sommet de la montagne ; ces terres amoncelées depuis tant de siècles , affaissées par les pluies , déchirées par les vents , ont encore dans plusieurs endroits de sept à huit mètres d'élévation. La largeur moins appréciable , parce que les remparts élevés sur le bord du plateau ou sur les flancs se nivellent généralement à leur surface avec le terrain , est beaucoup plus considérable. D'après le petit pâtre qui nous servait de guide , ces amoncellemens étaient destinés à recevoir des canons a. Du côté de l'est , où un isthme incliné rend l'attaque plus facile , on voit des ouvrages avancés ou plutôt le prolongement de la gorge de deux grandes portes dont les lignes ré-
i M. Méquet, alors ingénieur de l'arrondissement d'Avranches, et M. Coutours, agent-voyer à Villcdicu, ont arpenté cette enceinte. Le premier y a trouvé ai hectares. Le plan de M. Coutours est déposé aux archives de la Société d'Archéologie. — a Les savans ont de la teudanec à vieillir l'autique, le peuple tend & le rajeunir, ou du moins Te rajeunit involontairement par ses anachronistnes. Cette mention du canon pour le Châtellier nous rappelle la même chose appliquée par les paysans au dick de Vains. Voir cette commune. L'anachronisme , effet de l'ignorance, assimile le passé au présent : l'art n'en présente pas de plus remarquable que les Noce* de Cana de Paul Véronése, tableau dans lequel tout l'extérieur, vêtemenset amenblemens, appartient au xvi* siècle, et dans lequel le Christ est en compagnie de François i*r, de Charles-Quint , de la belle Colonna.
vêlent une tactique avancée. Ce sont de véritables portes bastionnées dans lesquelles renuemi pouvait Être battu par trois faces. Ces portes gigantesques contrastent avec d'antres ouvertures ou primitives ou tracées par l'agriculture pour l'accession du plateau. Le nom de Châtellïer , la nature de l'enceinte et l'art de sa construction , les noms latins de quelques localités voisines , les gués pavés de la Sée autorisent k donner une origine romaine à cette enceinte castramétique. Les Romains ne pouvaient mieux placer leHr observatoire.
César a raconté dans ses Commentaires 1 la bataille liwéc par Titurius Sabinus , son lieutenant , contre Viridovix , chef gaulois , sur les frontières des Unelles. Sa description du terrain est trop vague et s'applique à une disposition du sol trop ordinaire , une montagne , une rivière, une vallée , pour qu'il soit possible de localiser celte rencontre avec certitude. Voici les expressions les plus caractéristiques : « T. Sabinus in fines Vnellorum pervenit. . . idoneo omnibus rébus loco castris se tenebat... quùm Virïdovix contra eum duum millium spatio consedisset.... Locus (le camp romain) erat castrorum editus et paulatim ab imo acclivis, circiter centum passus.,.. » Aussi cette vague généralité a-t-ellc suscité un nombre considérable de camps de Sabinus : l'abbé Le Franc , et après lui M. Desroches le placent à Champrépus 7 ; M. de Gerville l'établit sur le Mont-Castre , M. Manet près de Pordic , M. Girard au Châlellier que nous venons de décrire. Dans l'état actuel de la question qui n'est éclaircie que par le terrain , on ne peut rien affirmer de plus que son origine romaine. Des fouilles pourraient peut-être avancer et agrandir la solution.
Nous ne savons d'après quelle autorité M. Hairby s'était
i Livre ni. — a Voir cet article. M. Le Franc, qui fut supérieur dw grand séminaire de Coutancc* et seplrnibrisé, a laissé d'inléretsan» Mm. déposés à la bibl. de Coulances, qniontété utilisés par les enli- «juaire*.
ai 3
attendu I trouver au Cbâtellier une ville romaine. Avec son air douleur et narquois , ce toorisle , archéologue sérieux , nous semble jouer le rôle de Lovel , l'interlocuteur profane de Y Antiquaire de Waller-Scott , et imiter la scène d'où notre épigraphe est tirée. Voici ses paroles :
• Between Brecey and Avranches lies the Bois du Châtellier , where the Author expected to bave found the romains oXa roman town; but after accu rate searefi , lie was obliged to enter in bis note book — as the sherifif does on a writ for a person who has absconded and left no property , — non est inventas, nutla bona. The remains however of a fosse still exist , the bill side is pretlily planted , and the prospect magnificenl , so that altho' there is no vestige of a town , one sees what was a most eligible site for one , and as the distance does not exceed six miles from Avranches , a visit to it is by ail means recommended »
Le bois du Ghâtellier renferme deux arbres peu répandus dans l'arrondissement , le Sorbier des oiseaux3, et un autre dont le fruit est excellent , l'Alisier 3.
Dans la commune du Pctit-Celland , quelques villages ont des noms significatifs, le Bois-de-V Évcque t la Maison-du- Celland, les Hauts- Vents , site sur un plateau, la Vouetée, qui dirive de l'ancien mot de douet, ductus. Outre le Cbâtellier , il y a un Gbâtel.
i Deuripiivê and historital Sktlchct of Àvranchct and Ut vicinily, p. i63. — a Pirui aucuparia. — 3 Pirtit tonnmalii. 11 te Tend ter le* marchés dans ta département de l'Orue.
FuUo Paganctitti eafatem in Domino.
rerit univergitas ve*tra me pro amore Dm dédisse Roberto de Aqnila dccano et Capitula Abrincensi unum quarUrium frumenù in moiehdinis de Tirgpie.
(C ha rie du xuv* ficelé. Livre Vert.) Caufrldus Du redent de ho mi ni bus de vidU Seie débet vi ti. pro defectu reeo^nitïo-
WMW.
(Rotulide Scacc. Fin du xw siècle.) tartœ de Crudis.
(Livre Vert, un» siècle.)
go E qui frappe d'abord à la vue du plan de Tirepied , c'est l'insertion de la commune semi-circulaire de Sainte- Eugienne, projetée dans son territoire, dont elle brise la régularité. Ainsi fait, le plan de la commune de Tirepied est difficile à caractériser : c'est en général un hexagone dont la ligne serpentine de la Sée forme la base inéridiouale ; le côté de Test est une ligne mi-naturelle , mi-conventionnelle ; celui du nord est tracé par des vallons ; celui de l'ouest est tracé par un chemin et le ruisseau du Chêne- au- Loup ; les deux autres qui encadrent Sainte-Eugienne sont l'un purement artificiel , l'autre déterminé par la rivière du Prieuré de Saut-Bcsnon. Deux vallées et un vallon sillonnent son terrain et descendent
li angle droit dans la Sée : le talion du Chêne-au-Loup , la vallée de la rivière de Saut-Besnon qui afflue au Bas-Limon, et la vallée de la Piette.
Une étymologie populaire, qui a encore beaucoup de vraisemblance , dérive plaisamment le nom de Tirepied de la difficulté de se dépêtrer de la boue tenace de cette localité. Robert Genalis tire son interprétation de sa fertilité qui est triple de celle des autres lieux : a Aiunt Tirepied , aliàs Tierspicd , ob loci fertilitatem eo quàd vel una tripedaneam in aliis locis terra mensuram superet 4. » Dans le Livre Vert, cette commune est écrite Tirepie, Tyrepic, Tirepeium et Tirepeyum 2. M. Cousin, qui écrit Tirrepeium, assure avoir vu cette orthographe : « Je puis bien assurer que ceux qui écrivent Tirpied n'ont point lu ni entendu lire le Livre Blanc a qui est à l'Évéché d'Avranohes , on trouve dans ce livre Tirrcpeinm , il faut donc écrire Tirrcpied4. » On peut faire beaucoup d'hypothèses sur ce nom d'une explication difficile. Est-ce tertius pes, ou troisième mille sur la voie romaine d'Avranches a Vire? Cette hypothèse s'allierait avec la remarque de M. de Gervillc relative aux noms ainsi terminés qui indiquent un passage sur une voie romaine , comme Taillcpicd. Tertius lapis est une hypothèse de la même portée. Pour nous , autorisé par l'orthographe des manuscrits, qui est la plus authentique, Tirepeium, nous inclinons a faire rentrer ce mot dans l'analogie des noms en è et en ey, et à y voir un nom d'homme.
i, Ilierarchia Ntu$tritt. — a Voir les chartes ci-de«sous. ■ — 3 II désigne le Livre Vtrt qui avait alors perdu «a couleur primitive, tt avait pris une teinte jaune-blanc. — 4 Nous ci oyons que le savant et iniliiilicux docteur se trompe d'un a. Ceci «cit dit sans préjudice de nolie estime pour sa science locale, et malgré le bon rire qu'exciteront ces remarques microscopiques, seulement intelligibles aux homme* de l'espeee du bibliomane de Nodier , qui meurt pour un tiers tto ligne.
Avant l'ouverture de la rouie royale de Vire , Tirepied était une halte très -fréquentée entre cette ville et Avrancbes *, On montre devant l'église les ruines d'une maison que l'on appelle la Grande -Auberge, où s'arrêtaient, dit-on, les caravanes des muletiers. Près de cette maison est celle qu'on appelle le Manoir. C'est une habitation très*- basse, avec le caractère plutôt d'une ferme ou d'une prison que d'une résidence féodale. Deux jolis cintre» inégaux, une porte et une portelctte percent la façade; les fenêtres sout petites et grillées. Celle construction offre une particularité rare dans l'arrondissement, c'est une cheminée hexagone9. En face sont le presbytère, les ruines de la grange décimale 8 et l'église paroissiale. La construction de cette église est de trois époques. La fin du xvi- siècle ou le commencement du xvir a vu bâtir son transept septentrional, la petite porte cintrée, remarquable par sa base à moulures , avec ses doucines et son revêtement de larges dalles. Son arcature intérieure, formée de deux travées à quatre arcs transversaux, se perd dans un gros pilier qui soutient deux arcades ogivales plates, ou retombe sur une colonnette engagée. Le pignon de ce transept a été détruit en partie par l'érection de la tour actuelle sur ses murs et sa voûte. Il reste encore un fragment de ce pignon. Il est probable que celte tour a été élevée en même temps que le pilier et les deux arcades du transept méridional daté de 1683, qui sont une imitation des mêmes parties dans l'autre transept Le reste de l'église, chœur , autel et nef, est du com- • mencemerit du xvm* siècle, de 1719. Une des croix du ci-
metière , dont la date de 1600 est écrite à rebours , des tombes de 1576, de 1599, la pierre qui est auprès de l'if cl qui a
i Voir l'article de Saiot-Georges-de-Livoye. — a Voir celles de la Salle dea Chevaliers au Moot Saiot-Michel. — 3 L'élargissement du chemin d'Avrapches * Brecey vient de la faire disparaître.
porté quatre petites croix, sont des contemporaines de l'origine de cette église ou de celle qoi l'a précédée.
En 1648 , l'église de Tirepied , qui était à la présentation de MM. du chapitre de Notre-dame-de-Cléry, rendait 800 liv. '
En 1698 elle ne valait plus que 600 liv. Elle avait quatre prêtres outre le curé , la paroisse renfermait 380 taillables et payait 2,600 liv. Les personnes nobles étaient alors Henri et Guillaume Barète, Pierre Billevist et la veuve de Faucon de Bordes , Thomas Erard , de La Broise , et la veuve de François Gouvets2.
A la fin du xv* siècle , Montfaut avait trouvé noble à Tirepied Léon Gholet.
En 1452 , l'évêque d'Avranches , Martin Pinard, obtint du roi le personnat de Tirepied , pour l'entretien d'un maître de musique et de cinq enfans de chœur dans sa cathédrale. Le Livre Vert renferme la charte de Louis xi et celle de Charles vu sur 1'ociroi du personnat , ou selon le langage des chartes, du personnage du patronage de Tirepied.
« Loys par la grâce de Dieu savoir faisons que des tan mil quatre cent cinquante deux a loccasion de ce qu'il ny avait aucune fondacion pour laliment substantacion et entre' tenement des cinq enfans de cueur de leglise d'Avranches et de leur maistre ordonné pour les apprendre conduire instruire et gouverner, feu nostre très honore seigneur et père que Dieu absolve, voulu ordonna consenty et ottroia que le personnage de Tirepie situez assiz au diocèse d'Avranches feust annexe uny et incorpore au corps de ladicte église d'Avranches sitôt et deslors quil soit vacant fust par la mort ou resignacion de maistre Jehan Basset lors possesseur diceluy bénéfice ou personnage et deslors en avons converti et employez a (usage nourrissement et entretenement
i PouiUc, p. 5. — % Himoirt dt M. Fouenult.
desdits cinq enfant de cueur et de leur dict maistre*. »
A cette charte succède celle de Charles vu dont nous citerons quelques détails fort intéressans : « Charles nous
avons reçu l'humble supplication de nos bien ornez le doien et chapitre de leglise d'Avranches contenant que eulx et leurs prédécesseurs pour la décoration et plus honorable entretcnement du service divin en la louenge de Dieu et accroissement de la devocion du peuple et ensuivant les belles et notables ecresmonies des autres cathédrales de notre royaume ont de longtemps en ca eu et détenu cinq enfans de cueur en ladite église et aussi ung maistre pour les enseigner et instruire tant en grammaire et musique comme aussi pour les gouverner et réduire en bonnes meurs... Que jamais ny a eu fondacion expressément a ce ordonnée et que toutesfoies a esté et est de tout temps communément en autres églises cathédrales de notre royaume a laquelle cause ladite église qui a longtemps este comme du tout destruicte et désolée a [occasion des guejres qui par lespace de trente troys ans ont eu continuellement cours en notre pays de Normandie ou ladite ville d'Avranches est située. . . et comme il soit ainsy que ung nommé maistre Jehan Basset tenant et possédant de présent le personnage de Tircpie duquel personnage le droict de patromiage et presentacion nous appartient toutes et quantes fois que le cas escheit a cause et par raison de notre terre et seigneurie du Val de Sée estant des appartenances
de notre domaine de la vicomté dudit lieu d'Avranches
Lesdits doien et chapitre seront tenus faire et célébrer une anthienne verset et oraison du Saint Espi'it a genouz devant le grand autel dicelle église pour la prospérité de nous et de notre royaume.., Lan de grâce mil cccc cinquante deux et de notre règne le treiuiesme. »
i La psallette de la cathédrale tubiîsla jusqu'à la Résolution. Elle était dans la rue d'Auditoire.
A peu de distance de l'église , en face du camp du Châlellier, existe encore l'emplacement d'une forteresse, détruite , dît-on , par Louis xi : c'est la forteresse du Val-de- Sée*. L'habitation et la ferme s'appellent encore le Val-de- Sée. Des fossés profonds entourent encore la motte de ce château de tous côtés , excepté du seul où probablement était le pont-lcvis, et où la douve a été comblée. La base des murailles existe même en quelques endroits : c'est une maçonnerie d'un ciment très-dur qui a généralement plus d'un mètre d'épaisseur. Le plan est elliptique ou circulaire et la motte offrg encore un aspect très-fort du côté de l'est : il faut voir dans ces ruines les restes d'une véritable forteresse normande, que ses dépendances plaçaient au bord de la Sée, en face du Châtellier. Des souterrains se dirigeaient , dit-on , de cette forteresse vers ce camp en passant sous la rivière. La croyance a des trésors cachés dans ses* uines est encore forte et répandue. Malgré son importance matérielle , ce château n'a pas laissé d'histoire : il était du domaine royal , d'après la charte précédente , et dépendait de la vi comté d'Avranches ; la tradition seule conserve le souvenir de sa destruction et l'attribue à Louis xi , probablement pour un acte de félonie , car clic ajoute que les arbres du seigneur furent tous décapités. Toutefois le Val-de-Sée est souvent cité dans les Rôles de l'Échiquier : * Mainfredus de Valie Seie débet x. so. prosirmli.*» — Godcfroi Duredent, prévôt d'Avranches, « Débet de hominibus de Valie Seie vi. li. pro defectu recognitionum2, » — Osmundus du Valie Seie*. — -
Les moulins de Tirepied furent donnés, au commencement
i M. de Gerville n'a dit que quelques mots sur le château de Tirepied, en se proposant d'y rerenir ailleurs : mais nous ne croyons pas qu'U l'ait fait. — a Stapleton, tom. 1", p. n et ta. Cet article ferait presque croire que Ceoffroi Duredent était le suzerain de cette forteresse & la fin du xu« siècle. — 3 Tom. i«% p. »3a.
du xiil* siècle , an chapitre d'Avranches par Foulques Paynel , celui-là même qui soutint un siège dans son château de ta Haye contre les troupes de saint Louis «. — Voici la charte de donation :
• Carta Fulconis Paganelli sttper donationem wrius quarterii (rumentiin molendinode Tyrepie.
p Universis Fulco Paganellus salutem in Domino : noverit universitas vestra me pro cmore Dei dédisse Roberto de Aqitila decano et Capitula Abrincensi imum quarterium frumenti in molendinis de Tirepie anmtatim reddendum in festo Sancti Michaelis pcr manummeam aut per mamtm servientis mei illius loci. haque quamdiu ego aut hercdes mei prestita molendina possideremus predictus décernas predictumque Capitulant amplius quam predictttm quarterium in predictis molendinis non petet. Quod si possessionem aut dominium dictorum molendinorum ad heredes Henrici de Sancto Pctro defunctiaut ad ipsorum alium exceptis me etheredibus meis pervenire contigit $ decanus et capitulumjus quod prius kabebant in eisdem molendinis erga illos persequi poterttnt, ita erga me aut heredes meos ex tune ratione donationis predicte nichil poterunt reclamare*. •
Quand, au xvir siècle , l'archidiacre Bragclongne visita l'église de Tirepicd , il y trouva huit prêtres outre le chapelain de Crux. Cette paroisse était le centre d'un doyenné dont le doyen était alors René Le Prieur, curé de la Gohannière, un des trois fondateurs du séminaire d'Avranches. Dans l'Impôt royal de 1522 , Tirepied avait payé 19 liv.
Tirepied renferme encore les restes d'un château dont les seigneurs furent célèbres et les dépendances considérables , le château de Crux. Les seigneurs de Crux sont souvent signalés
i Voir l'article de la HajePeanel. - » Livre Foi, fol. 4o. Charte «i de la première partie.
dans les chartes et la commune est couverte de ses dépendances, Crux, le Ilaut-Crux, leBas-Crux, la Barrière-Crux . la Vesserie-de-Crux. La forme moderne de ce nom ne répond pas à l'orthographe des manuscrits , comme on le verra plus loin.
L'habitation seigneuriale est une maison dn siècle dernier dans laquelle on voit des vestiges d'une construction antérieure, par exemple les pierres des angles et probablement les deux corbeaux qui transpercent le mur et montrent à l'extérieur deux têtes sculptées en forme de modillons. Par derrière , à l'angle du pavillon , dit PavUhn à la Demoiselle, et du corps principal , s'élevait une tourelle dont la base , qui existe encore , est la partie la plus ancienne de la maison. On remarque trois portes cintrées, dont une a quelque intérêt par sa force et sa chambranle arrondie chapitée. Le logis de Crux n'est pas sur un terrain ^levé : on ne voit pas de traces de fossés, mais le sol a été considérablement baissé du côté de la basse-cour où l'on voit un colombier et des cintres rustiques du xvr ou du xvir siècle. U existe une tradition locale qui donnerait une haute idée de la puissance des seigneurs de t^rux f c est c^u iJ-S d\dieûl le dx*oiL d entrer &i cde^âl ^làHs 1 ^^lis^o de Tirepied pour y entendre la messe *.
Mais ce qu'il y a de plus vieux , ce sont quelques parties de la chapelle : on y remarque une jolie piscine du xili* ou du xiv siècle , sous laquelle on voit une statuette décapitée, d'un caractère gothique. Deux modillons intérieurs sont plus anciens et probablement rapportés. Leur caractère roman eu ferait des témoins de la chapelle primitive dont un historien a fixé l'origine au x' siècle3. Ce sont deux têtes grimaçautes
i On cite le nom d'un seigneur : il s'appelait de Vignon ou de Villon. — a M. Dcarochw, Histoire du Mont Saint-Michel, t. f, chop. x.
<dont une porte des oreilles <. la porte -est un cintre décapité. Les deux fenêtres n'ont rien d'intéressant.
Lors de la visite de l'archidiacre Bragelongne, au commencement du xvii' siècle , maître Bertrand Badier était accolyte titulaire de la chapelle de Notre- Dame-dc-Crux a.
Nous lisons dans un Registre de l'Évêché : « Capella seu capeltania Sancta Maria de Crux ad prœsentationem «obitù viri Sancti Pétri de St Dcnys 3. »
Cette chapelle est citée dans la Statistique de M. Foucault faite en 1698, avec un revenu de 400 liv.4 On montre encore 4iue construction, quittent de la ferme et de la maison5, qu'on appelle le Presbytère , et qui servait de logement au chapelain du logis*
©'après Dumoulin8, Renaud de Crues futwi des seigneurs qui accompagnèrent le (lue Robert à la Croisade. D'après Duchesne7, Renaud de Crus était au nombre des chevaliers bannerets du X4T siècle. Il est bien probable qu'il s'agit du même personnage. A la fin de ce siècle est mentionné Cruces au nombre des châteaux que prit Geoffroi d'Anjou ; mais il parait , d'après M. de Gerville , que c'est une altération de Cérences8. Au milieu du xnr siècle existaient an Richard de Crux , et un Robert de Crux , de Cmdis, mentionnés dans sept chartes insérées dans le Cartulaire de l'Évêché0. A la montre qui se tint à Pontorson en 1371 figura Hervé de
•i On sait que ces masques , qu'affectionna le roman et que continua le gothique, symbolisent le mal sous ses diverses variétés de vices ■et de ridicules. — a M. Dcsrocbcs, chap. xvu. — 3 Fonds de Saint» Gênai*. — 4 Mètn. tur la Gcn. de Caen. — 5 Moitié bourgeois, moitié «oanant. — fi Hirt. de Normandie, à la fin. — 7 Recueil des //mi. de JVorm. — 8 Voici les expressions : • Jpte (Geoffroi Ptantagvnct) movens exercitum Cerentiat venil quo sine ferro recepto ad Bricalim (Avranches) venit. » Job. maj. monast. lib. 11, p. ut,édit. Boscbel. — 9 Livre Verlt Charles de la deuxième partie.
Crux1. Dans les comptes de Jcaff Flamant , trésorier des guerres , figurent au xiv siècle Robert de Crux et deux Jean de Crux2. Au XVe siècle , à l'époque de l'occupation anglaise, les biens de Henri de Crux , chevalier , furent donnés à Thomas Bonnet,, et le roi d'Angleterre manda au bailli du Cotenlin de le laisser jouir, l'hommage ayant été fait le 3 mai 1419 , l'an vu du règne*. En 1535, F. de Crux, s* de la Huberdière en Ponts, souscrivit à l'Aveu des biens de l'Évêché. En 161& , Gédéon de Crux, seigneur d'Audi lion , abjura le calvinisme dans la chapelle épiscopale , en présence de Robert de Crux , seigneur de Crnx, et de Pierre de Malhen, seigneur de Pierreville4.
e Carta ex concessione decani et Capituli Abrincensxs Ricardo de Crudis.
» Decanus et Capitulas salutem in Domino notum facimus quod nos concedimus et volwnus quod si non poterimus garantizare Ricardo de Crudis nutricio* Roberti de Crudis clcrici et suis heredibus illud quod feodaliter tradidinuts in parochia de Brafais. Donum sexaginta sol. tur. annui redditus quod predictus Robertus fecit nobis ipsi Ricardo suisque heredibus dimittemus pacifiée solutù prius nobis XXV lib. tur. ab eisdem nec aliud excambium a nobis exigere poterit aut habere. Datum anno Domini M. ce. L vto. *
« Carta ex promùswne Rob. de Crudis Capitulo Abrùtcensi.
» Robertus de Crudis rector ecclesia de Tirepie pro média porcione promisit Decano et Capitulo Abrincensi et obiigavit eisdem se procuraturum inspecturis litteras Roberti de Molta miUtibus kabentis dominium in molendùto de Brafais ad
t Masseville, Hitt. de Normandie, tom. m, p. 4oo. — a M. Desroches, ton. " , chap. xiv. — 3 Registre des dons, confiscations maintenues, etc., par Charles Vaut ter, p. 91. — 4 Registre de l'Évêché, fonds de Saint-Cervaia. Voir l'article d'Avrancbes. Le Grand-Andillon est un fief en Ponts, à la limite de Tirepied. — 5 Nutrictus, qui est chargé de nourrir.
btadum pro toto aut pro parte ut dicitur commenter quocl -dictus miles ratum kabebit... Si continget c/uod rector dictus Decano et Capituto Abrinc. non tradet litteras dicti milùis ut diction est aut equivatenter securitatem non prestaret t encre turpersotvere xx lib. tur. infra octavam Nativitatù... Une procuranda fuieliter et impienda ab eodem promisit coram nobis fide ab eo prœstita conporali ann. eodem »
Plusieurs localités de Tirepied ont des noms intéressai» et apportent leur contingent dans le trésor de mots que les archéologues recueillent ou pour expliquer le passé ou pour enrichir l'avenir2 : Cherruey, rappelle le carruca et le carrucata -des Chartes et du Domesday, il rappelle le Cherrueix de Bretagne, et le Gharruel de Sacey, castrum quod vocatur Carrucas 3. Le Buse ou le Bois est la vraie souche de bosquet, de bocage, de s'embusquer; la Houlerie s'unit à la Houle de Granvillc et à celle du Yal-d'Oir pour rappeler le hole saxon4. Les Surdents1, ou les eaux jaillissantes , sont un enfant légitime du verbe
i Le Livré Vert renferme encore d'autres Chartes relatives a Robert de Crus. Dans l'une, Pévéque conGrme le don fait au chapitra, dans la suivante, le chapitre remet à Robert la somme de 10 liv.; dans la troisième, l'évêque d'A vranch.es lui donne la terre de la Gillebeidière en Braffais; dans la quatrième, Robert de Crux fait diflerens dons au Chapitre , spécialement de terres , de vignes , et de maisons. — a Le xvir» siècle, avec ses deux législateurs, Malherbe et Boiteau , a régularisé la langue du Moyen- Age, mais il fa appauvrie. Celte observalion , généralement acceptée aujourd'hui , était iaile dans ce -siècle môme par des hommes éminens. On n'a qu'a lire la Lettre à F Académie, de Féuélon, et le chapitre de La Bruyère intitulé : De quelques usages. Dans toutes ses débauches , la littérature contemporaine aura rendu un service , celui d'avoir remis au jour de bons archaïsme*. Un grand nombre de bons élémens sont conservés dans les patois qui s'en vont et les noms terriens qui persistent. — 3 Guitl. Gemmeticus, lib. vi. — 4 Voir l'art, de Y aine. —5 La Sourdière dans le Grand -Celiand, et la Sountcrie dans le Pctit-Ccllaud se rattachent à cette racine.
seurdre ; la Ferrée localise la voie romaine d'Avranches 3r Vire 1 ; après son Château et son Logis, Tirepied à son Mès, le Mcs-Le*dri f i\ a son village du &ouei on la Douetèe: ses coteaux dn nord sont appelés les Champs-Monts , lés Hauts- Monts, et sa vallée méridionale et bourbeuse, le Basiimon; il a son fief royal dans la Reauté\
Vernon, FerUmd, r*rtay, Vtrnoit, Ferny, Filant (LUte du monastère de la Bataille.)
)ERNix est un carré divisé de l'est à l'ouest en deux parties presque égales par la Sée : le côté méridional, est tracé par un fragment de la route d'Avranches à Brecey par la rive gauche ; celui de Test est déterminé par une ligne idéale , u» tronçon de la Sée , et la rivière de Bieu ; la ligne da nord est une route qui passe au pont de Bieu ; à l'ouest est une ligne conventionnelle au nord de la Sée , et le ruisseau de Lam balle au sud. A la limite de cette commune et dut Petit-€elland est un étang ou douet, marqué sur les cartes, appelé la Douetèe
Le nom de Vernix , qui a été écrit Vermis et latinisé en, Verni/fia3, semble présenter deux élémens latins* dont une
» Voir les Liroye- — a Voir les Loge«-snr-Brccry. — 3 Nomme la- Un de i;35. Ap. M. Cousin. — K V$r et nia).
interprétation locale, d'ailleurs assez poétique, prétend donner la raison : quand l'hiver et la neige attristent encore les coteaux et la croupe du Châtcllier qui dominent Vcrnix , le printemps s'égaie et rit sur les bords de la Séc , au fond de la vallée. 11 y a toujours un peu de mensonge au fond de la poésie , et les Romains étaient trop positifs pour s'amuser à créer des expressions aussi bucoliques. Le nom celtique de Ver, rivière , explique Pélyraologie de Vernix comme celle de Ver non , de Verneuil et de cent autres1.
L'église de Vernix est située sur un tertre ou motte , au bas d'une longue déclivité douce , près d*un pont de bois jeté sur un gué de la Séc , et en face de la chaîne dont le Ch&tellier est la croupe la plus verte et ta plus saillante. Elle remonte à la période romane par son portail et sa porte latérale: l'ornementation et les dimensions du portail révèlent un roman avancé, probablement de la fin du sir siècle. Deux colonnettes engagées supportent deux archivoltes , l'une intérieure simple et plate, l'autre extérieure arrondie et semée de boules, comme à Sartilly. Les chapiteaux, à tailloirs aigus et saiilans, sont ornés de foliations peu caractérisées et de boules. Ce dernier ornement est prodigué dans tout le pourtour : on en compte environ quarante. Ce joli portaU a été dessiné1. La porte du sud , plus étroite , plus élancée , èst sans doute contemporaine. Une arcature extérieure encadre le cintre et présente un modillon à tête humaine à chacun de ses trois points. Le tympan a été rempli. Quelques plaques de vieille maçonnerie , qu'on retrouve dans les murs de la nef , pourraient appartenir à l'époque primitive. La fenestrelle , qui fend le galbe au-dessus du portail , est romane. Dans l'ordre des temps vient ensuite le bas de la tour à laquelle sa voûte à
i Citons dans le département de la Manche Ver» et le nom primitif de la localité qui porte le nom chrétien de Saint-Lo, Briovcre. — a Par M. Le Cerf.
nervures arrondies, retombant sur des colonnettes très-sveltes,. brisées jusqu'aux chapiteaux , donne pour époque le XIII* ou le xiv* siècle. Le baut de la tour, avec ses ouïes en croisée , indique la fin du xvi* ou le commencement du xvir siècle : le faîte est à double égout1. Une chose peu commune est son escalier t pavillon aplati collé à la façade occidentale , et dont le toit aigu est surmonté d'une croisette. Sur le flanc méridional est un large contrefort du xvn* siècle et une large fenêtre de la même époque en dalles bien appareillées. Elle conserve un reste de ?itrail , clair et jaune ' : c'est un cœur percé de traits , avec de jolies arabesques dans lesquelles on reconnaît des feuilles, un hippogriffe et un corps nu , la tête en bas , ayant une espèce de hotte sur le dos. Le pavé est formé en grande partie do pierres tombales : une d'elles , en caractères gothiques , est de 1575. Il y en a de 1611 , 1612, 1613 ; une de celles-ci est la sépulture d'un deCouvets , seigneur local. Une autre , ornée d'une double croix , porte cette épitaphe : « Cy gist M» Jacques Le Tymmonier, ptre9 &r de La Retottre, chapelain de madame d'Orléans et chanoine de la
i Les expression a de faite en bàiicre, faite cunéiforme, fcdtt à double igoul, dont nous nous servons pour caractériser les toitures des tours, sont synonymes. Ce failage est celui de la plupait de nos églises rustiques : il s'appelle encore bonnet d'evéquo. — a La figure d'un soleil qui pâlit convient parfaitement à la décadence de la verrerie peinte: les teintes fortes, les tons vigoureux du xui» siècle, le midi de l'art , se dégradent et s'effacent dans les siècles tuivans i le jaune domine au xvi» siècle , il pâlit encore au xvu» et s'éteint dans la grisaille , après laquelle le verre blanc. Les tentatives modernes de verrerie peinte , supérieures à l'art ancien, comme dessin et composition, sont au-dessous pour l'opacité et la chaleur. La fenêtre occidentale de la cathédrale de Cou lances encadre un Paradis moderne dans lequel apparaissent ces qualités et ce défaut. On ne peut trop réprouver la manie moderne des vitraux monochromes.
cathédrale de Coûtantes , décéda en 1674 ». * Un des bénitiers est une colonne cordonnéc avec une cuvette décagone. Les fonts consistent en une cuve octogone posée sur une basede même forme avec la correspondance des angles. Le rétable du maîtreautel encadre une copie de la Cène de Le Poussin , d'un bon coloris et d'un bon dessin, mais les têtes manquent d'expression et d'idéal9.
L'église Saint- Martin- de- Vernix était à la présentation du chapitre de Cléry». En 16/*8, elle rendait 400 liv.« En 169&, elle valait 700 Hv. ; elle avait deux prêtres , outre le curé ; la paroisse payait 667 liv. de taille, et renfermait 95 taillables. Les gentilshommes étaient Claude Roger et François de Gou~ vets, seigneurs de Rougemarc5.
Un Verny était a la Conquête , d'après le registre de l'abbaye de la Bataille6. Au xv* siècle, Montfaut trouva noble à Vernit G. Mahias. En 1522, l'église de Vernix paya, dans riinpét royal , 11 liv.T
A Vernix est né , en 1627, Julien Fleury, prêtre de l'église de Saint-Paul à Paris, auteur d'un ouvrage de piété , destiné aux classes les moins instruites8.
1 Cette inscription fixe l'orthographe du nom d'un membre de celte famille, tantôt appelé Desartons, tantôt de PArtour, auteur du poème de la Louisiade {ijji) et de Constant in- le-Grand (1776), né a Avranchei. Voir l'art. d'Arranches. — 2 Restaurée par M* Le Cerf. — 3 Les chartes de ce chapitre pourraient seules fournir des docnmens sur cette église et toutes celles qu'il possédait dans le voisinage ; mais nous sarons od elles sont. — 4 PouUlè, p. 6. — 5 Mém. sur la Gén, de Caen. — G Ap. Duchesne, Bec. de» ffitt. de Normandie. — 7 Mss. de l'Assiette ponr te roi. —8 M. Fulgence Girard , Annuaire, p. 69.
CANTON DE DUCET.
Bolb. Dor§. J?o/to prubyiet. Don, Bote Line, ifo/fe. Hana. Botta, Attimt, liber Homo. Essex. Z7o//o Sommera, efc.
(Domesday 800k.) Betutaccum sacetfum.
(Bob. Cumms.)
\ Boulouze est , avec la Chapellc-Hamclin , la plus petite commune de rarrondissement d'Avranches; quoiqu'elle ail son église et son vicaire , clic est réunie pour le spirituel a Mesnil-Ozénne. Elle forme à peu près un carré qui n'a de limites bien naturelles que du côté de l'ouest où serpente le vallon du Ruandel, et du côté de l'est que sillonne le ruisselet de la Boudazière. Sur le coteau du Raandel est le village de Saint-Ermel , dans lequel a existé une chapelle. Au centre de la commune s'étend un plateau sur lequel s'élève l'église. Une voie rurale coupe la commune en deux parties , et s'embranche , à la Croix de la Boulouze, sur la route départementale de Mortain, sa limite septentrionale. Là Boulouze est latinisée en Bullosa et Bulwia dans la No-
menclalure de t735«. Le mot Saxon House, Hou, habitation, se trouve dans un grand nombre d'expressions topographiques du département de la Manche: Nehou», 0^116110^, Tripchou \ Quibou5, Pirou6, Brehou, signifient l'habitation de Néel, de Kette, de Tripe ou Tribc , de Quibe, de Perc, de Blée ou Brée. C'est le synonyme des mots germaniques tôt et hall et du latin villa. Ainsi , par une curieuse coïncidence , le département présente trois localités dont les noms , avec un radical commun , ont une triple forme avec la même signification : Quetletot, Quettehou, Quettreville signifient également l'habitation de Kette ou Ketter. Le mot House est aussi la terminaison de la Boulouze, dont le radical est ce nom normand commun dans le Doinesday, Bollo, Bolle, Boles Bolla, Trois communes nous offrent encore ce même nom propre, et signifient l'habitation de Bollon ou de Bolle, c'est Bouillon7, Boiteville8 et la Boulouze. C'est d'après une vague ressemblance de sons que Robert Cenalis a traduit la Boulouze par Betutaccum sacelktm, la chapelle des Bouleaux , comme il a latinisé Saint-Martin-le-Bouillant en Sanctus Martinus Betulaceus *. Le Mcsnil-Hou en Saint-Loup offre l'association de deux idées semblables sous une forme latine et une forme germanique.
L'église de la Boulouze est plus considérable que celle de Mesnil-Ozenne , dont elle est l'annexe : elle a des transepts. Elle a été faite en grande partie en 1780. Il y a peu de vestiges de l'église antérieure, seulement les pierres angulaires et
i Jp. M. Cousin. Mas. — a Nigetti humus, dans tontes les chartes.
— 3 Keteftoa dans le Cartulairc du Mont Saiut-Michel , et Katehumus dans le Livre Noir. — 4 Tribelw, Livre Noir. — 5 QhU>o*c, Livre Noir.
— 6 Piru, Livre Noir. Oo devrait écrire Pirhou, et ce mot semble le , même que Pretot, en latin des Chartes Peretoî. — y On lit dans le
Livre Feri : « Palronains medietatit ecclcsite tancti Baptittm de Bolton. Ailleurs : Carta Cmllclmi episcopi sup. ecctesia de Bollon. • — S Bottevilta, Livre Noir. — o Uierarchia Ncustrùc.
la bordure du pignon occidental. Dans le cimetière sont d'anciennes pierres tombales , tirées sans doute du pavé de l'ancien édifice , l'une rayée d'une croix simple , l'autre entaillée d'une croix un peu historiée. La tour est terminée par une lanterne. On remarque dans l'intérieur une bonne vieille gravure du crucifiement qui , coupée en trois, remplit trois cadres , et les quatre médaillons peints aux quatre angles de la voûte de la croisée , représentant les saints spécialement honorés dans l'église , saint Paul , saint Joseph , saint Jean et saint Pierre , le patron. Une statue de vierge , à cheveux longs , à couronne fleuronnée , au corsage à la châtelaine , est d'un assez bon gothique. Les fonts se font remarquer par leur élévation.
On a peu de renseignemens sur cette église : elle appartenait à l'abbaye de Mont mord, dont le Cartulaire et les Registres sont perdus. En 16&8 , elle rendait 200 liv.1 La Statistique de 1698 mentionne celte paroisse en ces termes : « La Boulouze , paroisse située au-dessus du Collant , qui ne contient que trente familles et deux cents personnes environ a. » Dans l'Impôt royal de 1522 , cette paroisse paya S liv.9 En 176/i , clic faisait partie de la sergenterie de Corbelin et comptait 53 feux 4.
Un seigneur de Bellouze est cité par Massevillc parmi les officiersque l'on remarquait dans l'armée de Matignon en 1649, dans les guerres de la Fronde*.
i PouUté du Dioeète, p. $. — » âUm. lur ta Gén. de Caen. - 8 Mss. de l'Amielle de cet impôt. Chat trier de M. Cniton. — 4 Diet. <to$ GanUt par Expllly. — 5 Masseville, tom. vi , p. 166. Qn»nd éclata la Révolution, la plupart des prêtre» de rAvranchin m retirèrent a Jersey pour observer un mouvement qu'ils regardaient comme passager. Ils y portaient le nom de leur paroisse. Dans la respectable famille d'un recteur de cette Ile , qui avait donné l'hospitalité a ces émigrés , nous avons entendu parler du curé de la Boulouie, qu'on appelait simplement la Boulouzc.
Vittam qitw vocal ur Ccls quant dédit Sfo Afichaeti Nigetlui sencx citm monachur effectué est.
(Cartnlaire du Mont.) Le sieur Avënc! preatreet rector de Ceux.
(Charte de i*oy. Livre Vert.) de Sceauix in vieecomitat*
(Charte de i45». GntlU Christ.) Ceaukc, ut ta chartis coUigitur antiquioribvs, appel/a tur Locus Cet si.
(ROI. ClHAI.il.}
IORDANT la grève de la haie du Mont Saint-Micbel dans une étendue d'environ six kilomètres , depnis le Pont- Besnier jusqu'au-dessous de Flaget, Céaux présente deux terrains distincts par leur configuration et leur nature intime , une partie plate et tangueuse ou marais maritime et une partie élevée. Le mouvement d'ascendance du terrain va de l'ouest à l'est, et se révèle le long du littoral par des falaises anfractueuses et boisées , dont les principales sont le can de Montvallon ' et celui de Charbonnel, qui abritent deux ports, l'un appelé le
i C'tit la que Cesaiot a placé le Bac. C'est dana sa crique que le passeur abrite «on baleau dans les grandes mers.
-Grand, lacs calmes et encadres par de vertes rives et des arbres penchés sur les eaux. La Butte de Monlvallou est un site admirable d'où l'on embrasse un horizon complet , autour duquel le regard s'arrête sur une dizaine de clochers1. La partie basse, ou le marais, est un sol presque au niveau de la mer, souvent envahi par cet élément qui a rongé ses digues et dévoré ses salines. Cette petite plaine est côtoyée par le ruisseau fiesnier , qui établit la limite entre Céaux et Courtils , et dans lequel affluent les douves qui la sillonnent. Ces douves , dans lesquelles vivent des forêts submergées de grenouillettes , de potamols , de ruppies 2 , de callitriches , sont bordées de tamarix , ce charmant arbrisseau des grèves \ L'hiver , elles sont pleines ou débordées; l'été, elles se vident et deviennent fétides , surtout si la mer a pu s'y introduire \ Alors l'air est vicié par les exhalaisons de ces cloaques où pourrissent, dans un fumier de plantes aquatiques, les salicoques de la mer, les anguilles, et cette population grouillante et sautillante de sau-
i Cette falaise est aussi intéressante pour !a botanique : on y trouve te Gatium tricorne, la Pfepcta eataria, le Panlcum viride. 11 y a une quarantaine d'années, on voyait de là et de tout ce liitoral d'autres clochers, ceux de la cathédrale d'Avranches. C'était un point de reconnaissance pour les pèlerins dans les grèves , et comme l'a dit l'auteur d'une spirituelle légende inédite, M. le d* B.:
Et l'on quitta le Mont une heure après. Ils regardaient de la la cathédrale Qu'Avraochcs lors aux voyageurs moutrait Et que depuis j'ai vu avec regret Tomber aux coups ou d'une juain vandale, Ou bien du temps qui ne respecte rien. — a liuppia marilima, — 3 Tamarix Guitica. Cet arbrisseau , en couronnant les fossés de ses aigrettes rosées, tendres et penchées, enfonce profondément se» tacîoes, et contribue , comme la luzerne , à affermir le sol sablonneux. — 4 On fuit en ce moment une bonne digue trèsincliuée > gazonnée à fleur d'eau.
riens qui cronpit dans ces fossés, surtout dans la grande douve appelée parfaitement du nom do Gargouille. Limitée à l'ouest par le ruisseau Besnier, au sud par la Guintre et le ruisseau du Gué-de-l'Orvaiaerie , au nord par la grève , la commune de Céaux n'a pas à Test de limites naturelles.
Céaux vient -il de CeUus, comme Chaloneeaolx vient de Castellum Cehum ? Cette étyraologie de Robert Cenalis • n'est pas démentie par le terrain dont la plus grande partie est élevée. Mais le même auteur donne lui-même une interprétation plus probable et plus authentique : « Ceaulx, ut ex chartis colligilur antiqmoribus , appellatur Locus Celsi2. » D'ailleurs ce nom est normand. Il y a un Guillaume de Celsi dans le Domesday. Ceaulx est appelé Cels dans le Cartulaire du Mont Saint -Michel*. Il est latinisé en sanctus Cyricus de Cclsis, dans un registre des Synodes4. Ce nom est altéré en Ceax dans le Livre Vert: « Guillaume Avenel, prestre rector de l'église de Ceax \ » Il représente donc probablement un nom propre.
Céaux renferme deux choses intéressantes , son prieuré et son église.
La chapelle du prieuré remonte à peu près au xvr siècle. Son portail est un cintre rustique et le pignon occidental est tronqué par un clocheton de bois. La fenêtre orientale est une ogive grossière divisée en deux lances avec un quatre-feuille dans le tympan. L'autel existe encore : on y voit la statue de saint Benoît» celle de la Madelaine, la patronne, et un tableau du crucifiement.
Ce prieuré dépendit long -temps de l'abbaye bénédictine de Saint-Florent-sur-Loire. Selon M. Dcsrochcs, il avait été fondé au XIIe siècle ». Au milieu du xvP siècle , il était encore au
i Wcrarchia NcHlriœ. — • Itierarehia Neuilria. — 3 Fol. io3. — 4 Ann. 1598. Mm. de M. Guiton de La Villeberge. — 5 xiy* siècle. — 6 llist. du Mont Saint-Michel , chap. m.
monastère de Saint-Florent : « Est et prioratus de Ceisis (gallicc de Ccaulx ) qui subest legibus cœnobiarckœ Sainct- Florentiani apud Ligerim » A l'époque où fut fait le PouîUé du Diocèse , ce prieuré dépendait du Mont Saint -Michel et valait 300 liv. * En 1698, il avait un revenu de 500 liv. * Le prieur de Céaux était un des réguliers tenus d'assister aux synodes diocésains.
Un différend s'éleva, à l'occasion du prieuré de Céaux» entre l'abbé de Saint- Florent et l'archidiacre d'Avranches, qui prétendait à un droit de visite sur ce prieuré. L'affaire s'arrangea à l'amiable , comme le témoigne une charte insérée dans le Gartulaire de l'Évôché :
« Carta abbatis et cotwentûs de Saurnur super visitatione archidiaconi Abrincensis in prioratu de doux. . » Universis G. Dei permisione abbas totusque cotwentûs Sancti Florencii de Satinurio salutem in Domino : cum controversia inter nos ex unâ parte et G. archidiaconwn Abrincensem ex altéra luiberetur super procuratione et visitatione in domo nostra de Cyaux idem archidiaconus exigebat. Tandem inter nos et ipsum convenit amicabiliter in hac forma quod eamdem domum idem archidiaconus et successores sui de cetero visitabunt semel in anno sciiicet in festo beati Andrée apostoli nomine procuration^ et visitationis ratùme XH solidos turonenses percipient in eadem \ »
C'est sans doute d'après cette charte que Stapleton a écrit :
« The abbey of St-Fiorent-lcz-Saumur in Anjou had subject to it the Cell of Ceaulx , iu the diocèse of Avrancbes5. »
Mais au xvu« siècle, selon le PouiUé, il était au Mont Saint-Michel.
i Wcrarchia Pfeustrtas, a Page 3. — 3 Mèm. tur ta Gin» de Cacn. — 4 Livre Vert* Cette charte est sans date ; mais clic est de la fin du «i» ou du commencement du xm» siècle. — 5 Stapleton, tom. i".
Dans l'Impôt royal de 1523 , le prieuré de Ceaulxpaya la somme de 10 liv. 5 s. , et l'église 13 liv. 10 s. 1
L'église de Céaux est une des plus intéressantes de l'arrondissement. Trois époques y sont représentées , par la tour , par le chœur, et par la nef. La tour est romane dans ses deux premières zônes, et remonte sans doute au xir siècle, époque de la fondation du prieuré. Ses deux angles extérieurs sont contrebutés par deux contreforts très -saillans du xv* siècle, c'est-à-dire de l'époque du chœur. Sur les quatre faces s'ouvrent des ouïes , lancettes cintrées , semblables à celles de Saint-Léonard et de Courtils et sans doute contemporaines. La base de la tour ne présente pas la disposition appareillée ; c'est un cailloutis assez semblable aux foliatious d'une ?eine de schiste. Une bande peu saillante s'élance, sur chaque face, de la ligne de la première zône pour aboutir sous chacune des ouïes. Le sommet de la tour est moderne , et présente des fenêtres à barres ou croisées. U faut joindre à ces parties les contreforts de la nef et un autel de pierre *, et Ton a l'inventaire des parties primitives de cet édifice.
Le xv* siècle avait fait du chœur de l'église une œuvre remarquable , comme on peut en juger d'après les vestiges qui restent de cette époque. Une voûte à trois travées recourbait les vives arêtes de ses nervures dout la naissance existe encore. Des fenêtres flamboyantes élançaient leurs meneaux et Contournaient leurs tympans. Des vitraux peints voilaient et coloraient le jour. Il y a encore , de ce chœur , un très-beau spécimen qui permet à l'imagination de le reconstruire , c'est la fenêtre orientale qui est bien conservée dans son architecture et ses vitraux. C'est une large baie à tracerie prismatique divisée en trots lances trifoliées par deux meneaux , et inscrivant dans son tympan trois cœurs que remplit un vitrail d'an
i Mu. de M. GuitOA de La ViUeberge. - a II est dans l'église près du maître-autel.
coloris pâle et d'un dessin peu remarquable , mais intéressant par sa composition. 11 représente le Jugement dernier. Au sommet de l'ogive est le Père éternel , ayant à ses côtés deux anges sonnant de la trompette. Au-dessous est la Résurrection générale. L'humanité est représentée par des êtres de tout âge et de toute condition qui sortent des tombeaux. Toutes les figures. sont nues, et les conditions sont révélées par les insignes de la tête. On reconnaît le roi , la reine , l'évêque » le moine, le chevalier. Le soleil, la lune et une étoile se trouvent au-dessous de la terre, sans doute comme ornement, et s'adaptent au sommet des trèfles des lancettes. Un phylactère en caractères gothiques a été brisé Cette intéressante fenêtre repose sur une base dallée en talus, et l'angle de son pignon est orné d'une jolie croisette historiée. Sur la face méridionale du chœur est une fenêtre qui reproduit à peu près le style et les formes de la grande. Une antre fenêtre de la même face présente un linteau assez semblable à un trèfle étalé ou ouvert : une autre est en accolade , de sorte que l'on a sous les yeux les trois formes engendrées l'une par l'autre, le trèfle , le trèfle ouvert et l'accolade. Les colonnes torses de l'autel ont appartenu à l'église de Notre-Dame-des-Champs d'Avranches. C'est un grand bonheur qu'on ail sacrifié l'entablement à la fenêtre, a une époque où l'on a tant de fois sacrifié la fenêtre au retable. On remarque au côté de l'autel un fragment de boiserie en style flamboyant dont la grâce simple contraste avec le faste et la lourdeur des colonnes. A l'époque du chœur on peut sans doute rapporter une statue qui est
i Le vandalisme s'est particulièrement exercé sur les vitraux dans l'Avranchin : cette verrière est une des plus intéressantes, quoique ordinaire. Le Mont Saint-Michel a tout perdu sous ce rapport. La plus belle verrière qu'on puisse citer dans l'Avrancbin est celle de Martigny, conservée par la Société d'Archéologie d'Avranches qui en a , dans son Musée, un carton fait par M. Lticerf.
sous le mattre-autel. Le saint Roch , dont les plaies sont cicatrisées par un ange qui tient une fiole , et la grande sainte Catherine appartiennent a la Renaissance.
La nef est séparée du chœur par un grand arc simple du xvil* siècle : elle semble en général appartenir à cette époque, comme l'indiquent son portail et sa porte septentrionale. N'étaient ses contreforts romans, elle mériterait peu d'intérêt. Deux devants d'autel attestent le xviir siècle f. Les fonts ne se distinguent que par leur énorme masse3. La croix du cimetière associe un croisillon rond ou roman à un fût polygonal ou gothique.
L'église de Saint-Cyr de Céaux avait pour patron l'évOque d'Avranches. En 1648, elle rendait 200 liv.3 En 1698, elle valait 400 liv. ; outre le curé , elle avait quatre prêtres ; la taille rendait 1,486 liv., et il y avait 193 taillables*. En 1784, cette paroisse renfermait 153 feux, et dépendait de la sergenlerie de Pontorson ».
Les Rogcron étaient seigneurs de Céaux au xve siècle. Tendant l'occupation anglaise , un Rogeron , avocat , fut conservé dans ses biens par le roi d'Angleterre : « Le 14 mars 1420 , expédition du don fait à messire Robert Le Rogcron, avocat, des héritages qui furent à Louùe Motet, sa mère, et mandé au bailly de Constantin et vicomte d'Avranches , le laisser jouir*. » Jean du Mezcrai Le Rogeron, écuyer , sieur du Mezcrai, souscrivit à l'Aveu des biens de l'évêché d'Avranches
i Ce siècle a laisse partout des devants d'autel , des retables et des fenêtres. — a Les fonts sont un des élémens les plus persislans et les plus respectés du passé. — 3 Pouillè, p. 4» — 4 Mèm. sur ta Gèn. de Caen. — 5 Expilly, Dict. des Gaules, Cet auteur met Céaux au bord de COcèan. Le Guide de Didot donne à celte commune 35 salines. Le nombre en est bien moins considérable : il n'y en a que trois ou quatre eo activité. — 6 Registre des dons, confiscations, maintenue*, etc., par Charles Vautier, p. i54.
que Robert Cenalis présenta à François i*% en 4535 4 . En 1698 , les gentilshommes à Céaux étaient les Rogeron ». L'église offre quelques pierres tombales écussonnées , l'uuc avec deux lions, l'autre avec des losanges : celle-ci porte la date de 1587. Une autre porte le nom de Le Boutcillier et la date de 1701. On remarque encore celle de J. Motays , curé de Servon.
Céaux ne renferme ni Manoir , ni Logis ; mais il renferme plusieurs Mes : le Mès-Godefroi , le Mes proprement dit , le Mcs-Provôt3, et le Mes Zeray ou le Mes Hiray.
C'est à Céaux, à la terre du Val- Hubert, qu'est le berceau de la famille Roger Valhubert , d'où est sorti le général dont Avranches s'enorgueillit d'avoir été la mère et la nourrice , et dont elle est fière de montrer la statue.
La Berthaudière est un fief désigné indirectement dans une charte du Livre Vert dont nous détachons quelques détails locaux : « Par devant nos recogneut G. Avenel prestre rector de lygese de Çeax que il aveit vendu a noble monseignour G, de Broc chevalier pour vint livres de tourneis sur une meson o les appartenances assise en la dite parroisse entre la meson Joh. Lacedune et la place Berthaut. 1307*. » Il y a eu une chapelle.
11 est très-probable que Céaux est désigné dans une phrase du Cartulaire du Mont Saint-Michel au chapitre De perditis hujus ecclesiœ : « Abstulit eciam nobis rex Guilleimus villam quœ vocatur Cels quam dedit Sancto Michaeli Nigcilus
quando monachus effectus est abstulit eciam forum de
Crucc*. » Mais il est plus douteux que cette localité soit désignée par cet Ycius, souvent cite dans les chartes de l'abbaye: « Homo nomine Bayno in villa quœ dicitur Ycius 6. >» Un bis-
i Mss. de M. Cousin, tom. v. Le Mezeray est un fief de Céaux. — s Mèm. sur la Généralité de Caen, — 3 La commune entière semble n'être qu'une famille : ce sont tous Provost. Un ancien fief s'appelle la Provotière. — 4 Livre Vert. — 5 Cartulaire du Mont , fol. io3. — 6 Voir au chapitre du Mont Saint-Michel l'histoire de Baiu et de son enfant qui renversa le rocher de la cime du Mont.
lorien a vu Huynes dans ce mot , que la raison étymologique rapproche plutôt de Céaux Ou le domaiae de Céaux revint *u Mont Saint-Michel , ou celte abbaye y eut d'autres possessions ; car on lit dans le Gallia Christiana, que dans Tannée 1452 , le 19 février, Guillaume il d'Eslouteville et les religieux « Fidem obtigarunt suam régi se daturos kominem viventem et mortuum pro dominio de Sceaulx tn vicecomitatu Abrin~ cen$i\ »
Le prieuré de Céaux nous rappelle de enrieux statuts sur la discipline de ces maisons religieuses.
L'illustre abbé Pierre Le Roy fît des réglcmens pour les moines détachés comme prieurs dans les prieurés et les cures dépendant de l'abbaye : « Injonctiones per nos Petrwn Reyem factœ commonachis nostris commorantibus in prioratibus nostris. » — « Nous vous enjoignons de réciter toujours avec vos prières l'office divin et les heures canoniales , de dire vos messes dans vos églises , d'observer la modestie et la sobriété : l'ivresse est la source de tous les vices : « Ebrietas omnium viciorum radix. — * Nous vous défendons d'entrer dans les cabarets soit de ville, soit de bourg, pour y boire.... De jamais sortir de l'enceinte des prieurés sans permission des prieurs , si ce n'est pour cause de récréation dans le domaine des prieurés — m domanis prioratuum. — Si les prieurs sont absens ne passez jamais l'enceinte surtout de nuit ; si quelque raison forte et juste vous porte à le faire, faites-vous accompagner d'un serviteur , et toujours avec l'habit religieux. Que les prieurés soient fermés au plus tard à l'heure du couvrefeu — non ad tardiùs fiorâ ignitegnii 3. — »
Céaux qui avait autrefois trente-cinq salines 4 , n'en a plus que trois ou quatre , et ne conserve sur ses mondrins que quelques
i M. Desroches, llist. du Mont Saint-Michel, ix' chap. — a Gallia ' Cliratiana , ton», xi, cul. 529. — 5 Mss. n* 14. — 4 0° disait »utrofois qu'une saline valait une terre.
su
débris et pour ainsi dire le squelette des anciennes. Ces vestiges délabrés qui se trouvent surtout le littoral, rappellent une époque plus prospère. Les salines s'en vont : efforçonsnous donc, en les décrivant , d'en conserver le souvenir \
' Les côtes de la baie du Mont Saint-Michel sont bordées de salines. Assez nombreuses autrefois, comme on peut le voir sur la carte de Cassini , elles ont considérablement diminué ; mais il y en a encore assez pour donner à ce littoral un aspect original , et les faire ressembler à des lignes brisées de bastions et de redoutes ; seulement leurs monticules de sable ou mondrins se détachent par leur blancheur sur le fond plus terne de la grève et le fond noircissant de la campagne. Gomme la saline est un des élémens du paysage et un des édifices les plus originaux et les plus antiques de ce rivage baigné par les eaux douces et les eaux salées2, sa description n'est peut-être pas sans intérêt. Son antiquité est attestée par une ancienne charte dans laquelle un seigneur de Verdun dit : * Meum sal de Verdun • , saline d'une terre du Val-Saint- Père , qui appartient encore à un de ses descendans *. Dans une charte de l'abbaye de Cérisy , G. de Mondent fait don de duas satinas \
i Au siècle dernier (en 1758) , un savant, membre de l'Académie des sciences, M. Guettard, écrivit une description des salines de l'Avranebin , p. 99. — a II serait besoin d'un mot spécial pour représenter les embouebures des grandes rivières, et en particulier des trois qui débouchent dans la baie du Mont Saint-Michel. On aurait le nom local de Vey, vadum , appliqué au Petit et au Grand-Vey ; mais Tacite offre un mot excellent , Mtluarium # un estuaire. Ce grand génie , qui peint avec une précision colorée , pittoresque comme la poésie , eiacle comme l'algèbre, a représenté admirablement les Mstuaria : t Lalius dominari mare , multùm ftuminum hue aiqut iliùc ferre, née tittore tenus aeerescerejtut retorberi, ud influer* penitùs a(qut ambire, etjugis etiam atque monlibus inseri velitl in tuo. » — 3 La terre des Landelles. — 4 Essai historique sur Bayeux, par M. Pluquee,
La saline est une cabane ou plutôt une butte , comme celle du Lapon. Quatre mars, souvent d'argile, portent une charpente couverte de chaume. Le toit est percé de deux trous ou ballons par où s'évapore la fumée. Le saunier est enfumé comme le sauvage , et il est proverbial de dire i— Fumer comme une satine. — Il n'y a qu'une porte , sur laquelle la douane a appliqué le numéro d'ordre, et en face de laquelle veille avec son manteau gris le douanier , argus infatigable de cette industrie si nécessaire et qui devrait être si libre. La hutte des sauniers , quelquefois appelée Aneric, est à deux pas des mondrins, ou amoncellemens de sable , qui donnent l'élément môme de l'industrie. Le mondrin se compose de deux parties : le sable lavé et rejeté , et le sable vierge. Le sable vierge entassé sur une aire d'argile appelée Aireux, foulé avec des pelles de bois dites Battes, souvent couvert au-dessus d'une couche argileuse, porte le nom de Mouce, ou simplement Sabfon. Une caisse en Lois assez semblable à Y amer des pressoirs , et appelée Fosse, reçoit le sable vierge , sur lequel est versée , avec des seaux dits Tincs, l'eau qui le dessale. Cette eau , qui est la matière même du sel , sous le nom de Brune, est conduite par un canal de bois ou branche d'arbre creusée , dite Noc, ou plus souvent Anche, dans des tonneaux qui servent de réservoirs. Là elle est essayée avec un instrument primitif que l'on appellerait aujourd'hui un Brunomètre , mais dont le nom populaire est un Essai Plus la brune est chargée de sel , plus les boules de plomb et de cire que renferme cet instrument flottent et nagent. La brune est puisée dans le tonneau , à l'aide d'un seau appelé Ptnsoux, c'est-à-dire Puiscur ou Plongeouv, c'est à-dire Plongeur. Des vases en plomb , appelés Plombs, sont placés sur des fourneaux en terre , au-dessus desquels est posé un pied d'arbre où sèche
p. 7\7. La tangue est déMgiu-c .mus son nom dans les ïïolt * de l'Echiquier : t Adam de Portn dcb. ô6 /. de Tnn^d , » Stapleton , loin, u,
le menu bois qui alimente les fourneaux : ce bois est appelé Funierot. L'eau puisée par le puisoux est versée daus le plomb, où l'évaporaiion la réduit en sel. Quand l'eau salée bouillonne et écume, on Yébrue, c'est-à-dire on en tire la broue, ancien nom de l'écume. Le sel est enlevé du plomb avec une pelle de bois et déposé dans un angle de la saline dite le Gainier ou Grenier. Comme les plombs se débordent sur le feu , ou que leurs rebords s'abattent , il y a une pierre plate appelée la Borderesse ou Bordoire, sur laquelle on relève leurs bords. On dit que cette pierre sale et noire est la maîtresse de la saline , et qu'il faut l'embrasser quand on entre : la figure des hôtes de céans prouve leur politesse excessive. Un pic en fer appelé Pihouet, c'est-à-dire Piquets, sert à crever les sowbaudeurs 1 ou éclairs , éclats du fond des plombs qui , en se soulevant , déterminent sa fusion. Dans un des angles est le moule aux plombs, avec la timballe où le métal se liquéfie : et dans l'autre deux lits tout de paille, liés avec des harts de bois, où couchent les surveillans de la saline , c'est-à-dire les Boidrots et les Boidrotes dont la figure noire , avec leur case , fait croire à une habitation de nègres d'Afrique.
C'est dans ces salines que se fomenta cette fameuse révolte qui éclata sous Richelieu , appelée révolte des Nu- Pieds , qui courut comme une traînée de poudre dans toute la Normandie, et qui ne fut comprimée que par les trois mille hommes de Gassion et les sévices du président Séguier*.
i La plupart de cet expressions techniques , généralement pittoresque* et bien faites, n'ont pas besoin d'explication. Celle-ci nous semble dériver de ce verbe sourdre, si ntile et si abandonné, dont nous avons retrouvé des dérivés, les Sourdant, la Sourderie, la Sourdiàre, qui peignent un sol marécageux soulevé par une eau cachée. — a Voir M. Laisné, l'historien de la partie avianchioaue de la Guerre des Nu- Pieds , et , pour l'ensemble , V Histoire du Parlement de Normandie, par M. Floquet. Les noms de guerre étaient empruntés à l'industrie des
Ex dono episecpi Ricardi décimant mokndini de Charte»
(Livre Vert, xu* siècle.) Dans la paroisse des Chéris, le seigneur commandeur de Villedieu possède les fiefs de l'Ulagrie et Rue-Morin, sur l'on desquels fiefs est assise l'église paroiisiale , dont il est le seigneur honoraire. ( Terrier de la Commanderie de rdlcdicu lèx Sault -Chevreuil.) SanctusMedardus et Gitdardus du Chérit*.
(Mss. des Synodes. 159;.)
A commune des Chéris se présente sous la forme d'un arc dont la courbe est formée par la jolie rivière d'Oir et celle de Choisel. La rivière de Beaulinge , qui part d'au-
salines. Un prêtre s'intitulait le colonel les Mandrins : l'un s'appelait Boidrot, l'autre les Plombs. Une proclamation fut affichée et lue en chaire par les curés qui n'osèrent résister : • De par te général des Vu- Pieds, il est ordonné aux habitons de cette paroisse, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de se fournir d'armes et de munitions de' guerre pour te service du roi et pour te maintien de son état, et ce, sous quinzaint, pour, au premier commandement dttdit seigneur, ee rendre en bon ordr$ et équipage au lieu qui leur sera assigné pour la défense de la patrie op-
près de la Chapelle de Pierres- Aubes1 , la traverse en entier et va se jeter dans l'Oir. Sous le rapport du relief, cette commune consiste en un plateau dessiné en arc , couvert de deux bois assez considérables, dont l'un, le bois Avenel, rappelle une des plus illustres familles du pays 2.
Les Chéris , quelquefois les Chérils , est latinisé dans M. Cousin* eu Cheriliia, comme Yernix en Verniltia, comme Courtils en Curtiltia. Comme ces deux dernières formes sont fausses, et purement d'imagination , on peut supposer que la première n'a pas plus de valeur : d'ailleurs elle ne se trouve pas dans les chartes. L'origine du nom des Chéris est fort obscure, et les noms qui en approchent, les Cerisy , les Cerisay , les Cherisy ne jettent pas beaucoup de lumière sur sa signification. Nous soupçonnons que ce mot se rattache à l'analogie générale des noms locaux de l'Avranchin , et qu'il cache un nom propre normand. 11 n'y a rien dans le Do-
primie par les partisans et les gabeleurs. Enjoint aussi de ne souffrir aucun traître dans leurs paroisses» sans en avertir ledit seigneur ou quelqu'un de ses officiers en prompte diligence* A faute de ce, Us détinquans seront pris et punis comme les monopoliers ; et aux curés et vicaires de faire lecture des présentes. Donné en notre camp, tes calendes du mois d'août , et scellé du sceau de nos armes , par mondit seigneur,
Lês ilondrins, •
I Petrœ albm en Chalandrey. — a t Des Biarz i fut A venais , • dit Rob. Wace. Vincent de Beau vais, dans son Spéculum Historiale, dit que Herold Avenel fut le premier de cette famille qui Tint en Norman- .dic avec Rollon , ainsi que les Fa y ne! , les Tesson , les Giffaid. Osmellinus, qui cognominabatur Avenetlus, signa une charte de 10S0. Dans une charte de 108a, G. Avenel des Biards donna l'église de Vczint au prieuré de la Couture. Mous ne suivrons pas plus loin la suite de cette famille, dont un. brillant rameau s'implanta en Angleterre, et dont l'opéra de la Dame Blanche a rendu le nom populaire en France. Nous renverrousa l'excellente généalogie de MM. d'Anisyet Saiiite-Maiit. — ê Nomenclature de ij35. *
mesday de bien satisfaisant : seulement il y a dans la liste des propriétaires du temps du roi Edouard, un Chericus, Chérie, dans le comté de Suffblk.
A l'extrémité d'un promontoire , baigné par le Beaulingc , se projette le cimetière des Chéris, sur un ravin rongé par les voitures et les pluies. L'humble portail de l'église , avec sa vieille ogive, et la lancette bouchée qui la surmonte, avec ses deux statuettes vermoulues, est ombragé par un if antique. Avec la nef et la croix du cimetière, il représente les parties antiques de l'édiûce 1 ; mais aucun caractère architectural ne permet d'en préciser l'époque. Le chœur et les transepts sont récens. La croix du cimetière est formée d'un fût arrondi avec des nœuds, et d'un croisillon polygonal Cette église frappe à l'extérieur par sa simplicité et sa misère. Ces murs vermoulus , couverts dêVes lichens , qui sont les cheveux blancs des pierres, cachent un intérieur moderne brillant , lavé , peinturluré , d'un pénible contraste. Ce qu'il présente de plus remarquable, c'est le grand nombre et la variété des tombes qui pavent la grande allée , tombes de prêtres , de guerriers , de seigneurs , couvertes de croix et de calices, d'épées et d'écussons. Uuede ces croix est historiée2 ; une croix de Jérusalem , entourée d'un cercle perlé 3 , est encastrée dans un des murs du chœur. C'est celle du commandeur de Villedieu. Quelques pierres sépulcrales ont la forme antique du cercueil Un devant d'autel
i On peut y joindre les fonts qui sont brisés, et un antel ou table de granit. — a Elle a été dessinée par un de nos élèves, M. II. — 3 Assez semblable a la croix peilée, au grenetisdes monnaies mérovingiennes, —ry 4 Naturellement le cercueil ou le sarcophage doit se modeler sur ce qu'il renferme, comme l'habit sur le corps. Les sarcophages ont la forme d'un cône tronqué, comme le cercueil. Le couvercle, et par suite la dalle if pu 1er aie ont dû recevoir la même forme : telle est celle de Juilley. Plus tard, c'était déjà une décadence, la dalle tumulaire fut un carré long : aujourd'hui c'est une table ou carré presque parfait : on veut éloigner autant que possible l'importune image du cadavre.
brille des arabesques végétales do xnil* siècle, ayant au milieu une jolie madone dans un ovale de fleurs. La tour est basse et repose sur des poutres et des madriers qu'on voit à l'intérieur.
Auprès de l'église est une maison ancienne , à laquelle ses cintres, ses contreforts , donnent un caractère religieux: c'est la maison curiale , ancienne demeure des cures blancs * ; car l'église était un prieuré de Montmorel a.
En 1648 , l'église des*Chéris rendait 200 liv. * En 1698 , M. Foucault écrivait :« Les Chéris , paroisse où il y a 118 familles et 700 personnes. Louis de Pierrcpont , écuyer , en est le seigneur , et l'abbé de la Luzerne présente au bénéfice *. » Les Oilliamson y furent aussi seigneurs5. En 1522 , dans l'Impôt royal, l'église paya 10 liv.8
Entre les deux bois est le Plantis , manoir avec une chapelle , auquel on arrivait autrefois par trois belles avenues ou chasses, une de châtaigniers , une de chênes , une de hêtres'. Il n'y a plus qu'une habitation ordinaire , la Cour ou Terme conserve seule quelques traces d'ancienneté. Un autre fief s'appelle le Bardé : aussi l'église paroissiale renferme-t-elle tes chapelles du Bardé et du Plantis.
Le chapitre de la cathédrale d'Avranches avait la dîme du moulin des Chéris : «.'Ex dono Ricardi episcopi* decimam molendinorum des Charis 9. »
Une bulle du pape Luce fait mention de la concession à l'église d'Avranches de la dîme des moulins des Chéris et de Chantereine10.
i Par opposition aux prêtres uoirs, qu'ont les paroisses depuis ta Révolution. — a C'est-à-dire prieuré-cure. — 3 Pouillè, n. 6. — 4 C'est une erreur, c'était l'abbé de Montmorel. — 5 Voir l'article des Cresnays. - G Mss. de l'Assiette. Richard de Pierrepont se soumit au roi d'Augleîerrc. Ch. Vaulicr, p. laa. — 7 Marquées dan» Cassini. — 8 Hicliard de Subligny , qui cathedra de 1 i43 a 1 1 54 - — 9 Livre f'trt , p. 9. — jo Privilegium Lncii pipa, en tôte do Livre i'ert.
« Dans la paroisse des Chéris , le seigneur commandeur de ViUedieu possède les fiefs de l'Ulagrie et Rue-Morin , sur Tan desquels fiefs est assise l'église paroissiale dont il est le seigneur honoraire , sur ce qu'il appert par un procès- verbal et par les armes dei'ordre apposées en relief sur une pierre qui est dans le chœur du côté de l'Evangile *. »
Les Chéris dépendaient de l'Election de Mortain et de la sergenterie de Corbelin. On y comptait 100 feux en 1764 *.
Ex dono Ricardi episcopi ccctesiamde Cortit eu m omnibus pertinenciis suis assensu Hugonis et hcredum ejus,
(Privilegium Lacii pspae.) Le baron de Coulonccs, etc., saillirent de Pontorson et vinrent recontrer ès grève» de la tuer , en un lieu appelé Bas-Courtilt* , sur lea bords de la Guintre près le pont, le seigneur de Scalc , avec grande compagnie d'Anglais.
(Guiixaomb GaeaL, secrétaire du Connétable de Richement.)
OMME Céaux , Courtils est divisé en deux parties par la configuration et la nature du sol , division d'ailleurs consacrée par les dénominations de Haut-Courtils et de Bas-
i Terrier de ta Commandcrie de rillcdUu-Ui-Saull-ChevreuU , aux archive» de la mairie p> Tilledieu. — a Expilly, Dict. de* Gaules, avec
Courtils. Sur le point culminant , position admirable d'où Ton embrasse tout le cercle de l'horizon , s'élève l'église surmontée d'un télégraphe. La forme générale est celle d'un arc dont la Guintre et le ruisseau Besnier dessinent la courbe, et dont la ligne des grèves représente 1a corde , sur laquelle le cap Torin , entaillé par les eaux, figure l'extrémité inférieure d'une flèche au repos. Courtils est séparé de Céaux par le ruisseau du Pont- Iiesnier , et de Précey et de Huynes par un cours d'eau plus considérable, appelé à son embouchure , au Ponl-à-l* Anguille, de l'ancien nom de Guintre, ou Grimta, qui se trouve dans les manuscrits du Mont Saint-Michel 1 , et qui d'ailleurs s'applique dans le pays aux embouchures tireuses des ruisseaux des grèves. La ligne de la côte , ou Barre de Courtils, dentelée et bastionnéc de salines et de mondrins, est beaucoup plus projetée dans la grève qu'autrefois , et cet empiétement forme un sol artificiel. — Vrges simimovcre littora parùm locuples con* ■tinente ripâ 3. — Cette ligne était marquée par un mur ou môle , solidement cimenté , épais de plus d'un mètre , qu'on retrouve partout , derrière les mondrins, depuis le Pont-àl'Anguille jusqu'à Torin. On appelait cette digue maçonnée Chaîne du Port. Ce nom de port , qui s'applique a toutes ces criques amphibies , désigne ici l'anse qui creuse légèrement les terres sous Bas-Courtils, et dont Torin et la Butte-Hamon sont les points extrêmes et les caps principaux. Ce cap, en s'élançant vers le Grouin-du-Sud , ferme pour ainsi dire l'avant-port de la baie , et y forme la seconde barrière de l'Océan. Du côté des terres , s'arrondit un vaste bassin , immense amphithéâtre d'une rotondité parfaite pour le spectateur placé sur les grèves.
la noie suivante : • Cette paroisse est située à quelque dislance de la rivière d'Oir, à a lieues sud-est d'Avrancbes , et à 4 lieues ouest de Mortaio. •
î Livré dos Constitutions, Msa. n* 34. — a Hor. Carm. lib. n, ode xv.
Ce cap de Torin a une certaine importance orographique : c'est le dernier contrefort, et pour ainsi dire l'extrémité du rebord du bassin de la Sélune qui avec la Vire embrasse tout le département de la Manche : au-delà de ce rebord commence le bassin de Sélune et Arguenon qui se dirige vers Saint-Malo et Cancale '. 11 mérite encore d'être signalé comme station botanique 2 , où s'associent les plantes terrestres , fluviatiles et maritimes , comme au Grouin-du-Sud 3. Les vases et les lises sont semées de Salicomie maritime ou Criste-marine * , de Soude 5 , d'Anserine maritime*, de Statice T. Dans les sables et sur le rivage végètent les Plantains maritimes et Corne de Cerf*, le Glaux et la Bette maritime9, de nombreuses Arrochesi0, YAnserine glauque 1 Y Arenaire moyenne l2, le Troscart maritime ,3, et une légumineuse rare , le Trèfle rude <*. Aux flancs décharnés des rochers schisteux se balancent les touffes du Glaucium jaune x* , le Chritkmè maritime {* , la Carotte hispide 17 , le Silène maritime , le Calsile maritime. La surface du cap , qui avec le cap opposé présente peut-être les seules plaines un peu étendues de l'arrondissement , offre le Panais cultivé le Melilot des Champs t90 la Jacée sca-
i Ces rameaux se rattachent au système atpique dont ils sont les extrémités. Orographie de l'Europe, par Louis Bruguicre , i83o. — a Et mériterait d'être noté sur les cartes avec le signe particulier qui veut dire : lieu fertile en simples curieux, selon l'expression de La Martiniètc au mot Cartes. — 3 Voir l'article de Vains. — 4 Salicornia herbacea. — 5 Salsola kali. — 6 Chenopodium marilimum. — 7 Limonium, Oteœfolia, Armeria. — 8 Ptantago maritima. — 9 Glaux et Beta maritima 10 VA triplex portulacoides entre autres. — 1 1 Chenopodium g laucum. — ta Arenaria média. — i3 Trigtochin maritimum. — 4 Trifolium seabrum. — i5 Vulg. Bec de Cor lieu ou de Courlis, ou Pavot cornu. — 16 Vulg. Pcrcepicrre. — 17 Daucas hispidus. — tS rmstinaca saliva. — 19 Melibtus arvensit.
bieuse*, les Panicauts7, la Jusquiamc noire*, la Sauge à feuille de Verveine k, le Silène à cinq taches*. Les fossés qui coupent l'isthme de Torin offrent encore des végétaux propres ou peu communs : la Pkléole des sables9, le Vulpin bulbeux et géniculé7, le Potypogon de Montpellier* , la Rottbolle courbée9 , le Scirpe épingle*0, le Rubanier rameux", le 5amole de Valerand12, la Véronique mouron**. Sur la ligne du flot et des épaves, la Zostère de la mer se mêle à la Grenouillette des rivières.
Ce cap fut un des points de la dernière triangulation de l'habile hydrographe , M. Beautemps-Beaupré, il y a quelques années'*.
Cortis ou Curtis est un ancien mot d'où est dérivé le mot actuel de Court ils , enceinte , jardin : c'est à peu près le sy-
i Jacea scabiosa , vulg. Marfoulon. — a Eryngium maritlmum et campestre. — 5 Hyoscyamus niger, vulg. Hennebanne , deux mots anglais qui signifient poison de ta poule. — 4 Salvia verbenaeea. — 5 Nous ne l'y avons pas trouvé ; mais M. de Gervillc l'indique dans les sables de la baie du Mont St-Micbel , et M. de Brebisson dit qu'il l'y admet d'autant plus volontiers qu'il l'a trouvé un peu plus loin sur la côte de Cancale.Voir le Catalogue des Plantes du département, par M. deGerville, dans les Mémoires de ta Société Linnécnne, et la Flore de Normandie de M. de Brebisson. — 6 Phteum arenarium, — 7 Alopecurus bulbosus et geniculalus. — 8 Polypogon Monspeliense. — 9 Roltbolla incurvata. — 10 Scirpus acicutaris. — 11 Sparganium ramosum. — îa Samolut Valtrandi. — 13 Veronica anagallis. — 14 Du cap Toiin, on peut contempler la mer sous-ses divers aspects, le calme, l'azur, l'écume, que Alcman appelle la fleur des vagues, les îles , les rivages , et l'on pense à ces belles Néréides d'Hésiode , dont les noms expriment les divers accldens de cette mer mobile et changeante, Calenè, le calme, Glauci, l'azur des flots, Cymopolia, la blancheur de l'écume, Cymolhoi, ra fuite des vagues, Ncsaé, la mer semée d'îles, Acicré, ta mer et ses ri* vages , Eulimeni, les ports tranquilles. Ces vivantes personnifications sont bien loin des froides abstractions des modernes.
nonyme du mot [normand Hma*; c'est de lui qu'est dél iré notre mot normand Cour, qui signifie ordinairement la ferme d'une habitation seigneuriale : dans le nord du département il y a peu de communes qui n'aient leur Cour au nom de laquelle on ajoute le nom communal. Ce mot était en plein usage au commencement du XIe siècle, comme nous le voyons dans le célèbre acte de mariage , par lequel le duc Richard m dota en 1026 la princesse Adèle , acte qui est trop local, et trop convenable à notre sujet pour que nous n'en citions pas des fragmens... « Conccdo Curtem de Ver, super fluvium Scnce , et super ewndem fluvium Curtem quœ appellatur Cerencis.,. Concedo Curtem supra mare, quœ dicilur Agon, et eam quœ dicitur Valangias... cum Curte quœ dicitur Moïon*. » Nous croyons donc que le nom communal de Courtils dérive du Cortis de la langue romane normande, et qu'il signifie la même chose que Haia, la Haye , nom si commun d'ailleurs. Aussi les anciennes chartes des xir et xm' siècles écriventelles Cortis*. Et de même que ce mot a formé Curtile, curtillum, Cortillagium, curtillum, aussi l'orthographe du nom communal s'est modifiée et la leçon Courtils est-elle exacte et conforme à l'étymologie \
i Voir l'article de Saint-Jean-de-Ia-IIaize. Aussi MM. d'Anisy et de Sainte-Marie traduisent-ils, dans leurs Rectterches sur te Dometday, le mot Ifaia par Courtit. — a Apud A cher i spicilegium , et dans Yliist. Eeet. de Norm., tom. n, p. 8i-8a«— 3 Voir les chartes ci-dessous. — 4 II y aurait une refonte presque universelle à opérer dans les noms communaux, singulièrement défigurés dans l'orthographe administrative. Nous savons qu'il y a prescription , et que d'ailleurs il serait difficile de reformer ces noms avec une rigueur mathématique. Cependant , il y en a quelques-uns horriblement mutilés, et dont l'origine est certaine : ainsi, Tripehou pour Tribehou, Mcsn'U-Fcneron pour Mesntt- Gueneron, Remilty pour Romiity, Trois golhs pour Tregoz, le Tronchet pour le Tronquet, Or g landes pour Ogtandres, Carquebut pour Çuerquebut.
L'église de Saint-Pierre de Courtils remonte à une époque ancienne : elle existait au moins au xir siècle, puisque Richard de Subligny,qui cathedra depuisll42jusqu'àll53, la donna au Chapitre. La construction primitive ou du moins romane, a laissé quelques témoins. Les trois premières zones de la tour sont romanes ; quatre lancettes cintrées et l'appareil des angles appartiennent à cette époque : l'intervalle a élé-rempli par uncailloutis peu solide ; mais la maçonnerie primitive se révèle très-bien dans la base de l'église. Un couronnement en larges dalles , percé de fenêtres barrées trilobées , a été ajouté à la tour vers le milieu du xvie siècle , et renferme la sonnerie et supporte le télégraphe. Après les vestiges romans , les contreforts sont les parties les plus anciennes , si elles ne sont contemporaines. La fenêtre orientale a été bouchée : elle doit appartenir au xv* siècle , ainsi que le transept septentrional. Le porche , adossé à l'ouest , est dans une position remarquable : il est beaucoup plus bas que la nef à laquelle on monte par cinq degrés. Large , bordé de sièges de pierre , il s'arrondit en un grand ciutre plat sans base ni chapiteaux , et sa voûte est en bois. Le portail , arc surbaissé , à chambranle basée et chapitée , offre le type Tudor , et date du x\T siècle. Dans celte église, on n'a pas encadré le Mont Saint-Michel dans le portail , comme on le remarque à Saint-Quentin et à Vergoncey , ce qui produit une intéressante perspective : on peut bien l'apercevoir de dessous sa voûte , mais il est un peu masqué par les maisons , à la gauche du spectateur. Dans la chapelle latérale , on remarque un écusson porté par deux anges , dont les fleurs de lis ont été grattées- : au-dessous de ce symbole aboli on a écrit le chiffre de 1793. Auprès est une grande statue de pierre, mutilée , en habits pontificaux. 11 n'y a rien à dire du maître-autel, sinon qu'il est horriblemeut brillant. Ce qu'il y a de plus curieux dans l'intérieur de l'église , ce sont deux inscriptions taillées en relief dans la sablière , et deux médaillons en bois. La première est un hiéroglyphe très-difficile à lire : la seconde laisse lire les mots suivans : « Par Macé du
Breil fut parfaicts co mesrain capable communs fut dit palé et satifet. » Sur l'autre , on ?oit deux cœurs et les deux clés eu sautoir du patron saint Pierre. Les deux médaillons représentent un vieillard barbu et casqué , et une femme vêtue à la Marie-Stuart , c'est-à-dire avec le béguin , les bouffantes aux épaules , le corsage en cœur. Il est probable que ce sont les portraits du donateifr du mesrain , ou des bienfaiteurs de l'église.
En 1648 , cette église valait 100 liv.1 En 1698 , elle valait 300 liv. ; il y avait deux prêtres outre le curé ; la taille était de 86A liv. , et le nombre des taillables de 148 3. En 1764 , la paroisse comptait 125 feux*.
La grange décimale, toute défigurée, est non loin de l'église, près d'une antique maison cintrée dont on attribue la construction aux Anglais, selon l'usage général du pays pour l'origine des antiquités.
i Pouillè. — a Uim» eur ta Gin. de Caen. — 3 Expiily, Dût, de» Gaules, Voici la note de Courtils dans cet ouvrage : • Ce village, eut composé de deux espèces de hameaux, qui sont situés au bord de la baie du Mont Saint-Michel^ On y fait beaucoup de sel blanc. C'est presque toujours de Courtîls que l'on part pour aller à pied au Mont Saint-Michel, parce que c'est le passage le plus ferme sur les sables. Il n'y a que deux petites lieues de traverse. On prend ordinairement le temps de la morte-eau, parce que» dans ce temps-la, le reflux de la mer ne monte pas , ou ne monte que très-peu sur le sable du Mont Saint-Michel, a Le Guide pittoresque du Voyageur en France donne à Courtils 733 habitant et 4o salines. C'est la partie du littoral où règne la plus grande activité dans l'industrie salifère. Vers le milieu du siècle dernier s'éleva entre les religieux du Mont Saint-Michel et les fermiers un différend relatif aux franchises de l'Abbaye, établies par te roi d'An» gleterre, Henri 11, pour toutes les denrées tirées des ports de France et d'Angleterre. Les fermiers voulaient que les denrées tirées de la côte fussent déclarées à Courtils, etc. An xn« siècle, Raoul de Fougères donna : « Apad Corti* dce. salie totius reditus. . G. Christ, app.
11 y avait dans le village de Bas-Courtifc une chapelle de Saint-Etienne dont on a lait remonter la fondation au V siècle1, et qui était desservie par les religieux de ÎUllé ou de Fougères, qui avaient la mitoyenneté de l'église paroissiale. Il n'en reste plus de vestiges : quelques vieillards se souviennent d'en avoir entendu parler , et en indiquent l'emplacement dans le champ du Parquet, au bord de la route qui conSuit a la tanguiere de Bas-Courtils ; on y a trouvé des osseuiens. Ainsi , entre les églises qui bordent la côte s'interposaient d'antiques chapelles, détruites ou abolies, le prieuré deCéaux, la chapelle de Conrtils et celle d'Ardevon, comme les stations fréquentes du pélerinage au Mont Saint-Michel.
L'église de Coortils appartenait par moitié au chapitre d'Àvranches et au chapitre de l'abbaye de Riilé de Fougères. Plusieurs actes du Cartulaire de l'évéché d'Avranches sont relatifs au don de ce bénéfice , et aux contestations auxquelles il donna lieu entre les deux chapitres.
Cette église fut donnée au chapitre d'Avranches par Richard de Subligny, au milieu du xn« siècle , d'après l'abandon de Hugues de Courtils. On n'a pas la charte de donation9, mais la concession est constatée par un article du privilège du pape Luce * : « Ex dono Ricardi episcopi ecclesiam de Coriis cum omnibus pertinenciis suis assensu Hugonis et heredutn ejus. »
Dans le môme siècle , l'archevêque de Rouen fit confirmer ce don par le clerc Robert, fils du donateur, comme le prouve la charte suivante :
• Rob. Dei gratta Rothomagi archiepiscopus dilectis filiïs Roulando* Abrinc. decano et IV. thesaurario salutem gratiam et benedictionem. Consiitutus in nostra presencia Ro-
i M. Dcirocbcs , Hatoire du Mont Saint-Michel, chap. t. — a tl y en • quelques expression! dans la charte du fol. i3. — S Primlagium Lme'd papa, en téte du Livra Fart. — 4 Ce doyen eat cilé dans le Catlta Christiana dans la liste de AUquot devant.
bertus de Cortù deviens coram nobis et muttis aixis taetis sacrpsanctis Ev ange lus jwavit et ecclesia Abrincensi et canonicis super ecclesia de Cortis fideUtatem de cetero observaturum nichilque in jure advocationis predictc ecclesie in annua reclamaturum et pensionem v solid. andcg. prefatù canonicis aut eorum arbitrio annuatim redditurum. Inde est quod vobis mandamus et precipùnus quod nostra freti autoritate prescripte ecclesie possessionem inducatis et nomine canonicorum Abrincensis ecclesie pacifiée possidere faciàtis..,. Voleté in Christd. . . 1 »
Le même prélat confirma encore cette concession par la charte dont voici la substance : « Vniversitati vestrœ per présentât scripta duxîmus significandum nos vidisse et diligenter inspexisse cartam felicis memoria Ricardi quondam episcopi de donatione patronatus ecclesie de Cortis quem Hugo de Cortis et Robertus filius ejus et hères Deo et canonicis et sancto Andrée dederunt in perpétuant elemosinam in hœc verba....2 Confirmovimus hanc pretaxatam donationem*. •
Jusqu'ici il n'est pas question du partage avec l'abbaye de Rillé ; il n'en est fait mention que dans une charte ultérieure du Chapitre de Fougères , qui peut être du xui* siècle. Un différend s'éleva entre les deux Chapitres et il s'arrangea à l'amiable par la concession de la mitoyenneté , comme le témoigne cette charte 4 : « Universis abbas et conventus Fulgeriensis.... Pfoverit universitas vestra quod controversia qum erat inter nos et Capitulant Abrincense super ecclesiam de Curticiis est hoc modo sopita : canonici Abrincenses medietatem ejusdem ecclesia de Curticiis et omnium ad eam
i Livre Vert , les premier* folio. — a Ce sont les termes de la charte primitire. — 3 Livre Vert, fol. i3. — 4 Nous n'exprimons pas des chartes que nous citons tout le sens qu'elles renferment : nous laissons au lecteur intelligent le soin d'en saisir les allusions , la portée bUtorique et morale, la poésie» etc.
pertinetitium nobis in perpetuum concesserunt ; nos vero eisdem canonicis Abrincensibus in perpetuum concessimus medietatem omnium decimarum et omnium quœ habcbamus in prescripta proechia excepta décima denariorum domini Fuigeriensis et exceptis tribus atris et virgatam terre de elemosina Hamonis de Cortis *. » Le différend se renouvela encore et fut arrangé par-devant Guillaume , évêque d'Avranches , et Robert , chantre de Coutances , à la condition que les chanoines de Fougères paieraient à ceux d'Avranches cinq sous angevins3. Au xiir siècle , Warinus de Potercl renonça à tout droit sur cette église , cédée par ses aïeux.
Il y a peu de renseignemens sur la série seigneuriale de cette paroisse, qui d'ailleurs ne renferme ni manoir, ni logis, ni château3. U est certain que ce Hugues de Gourlils, qui avait le patronage de l'église au xir siècle , était le seigneur. Son fils Robert était clerc. Ce Hugues , qui donna l'église vers 4150 , vivait-il encore en 1180 ? C'est qu'en cette année figure un Hugues de Courlils sur les Rôles de l*Echiquier : « Hug. 4e Cortilz deb. dec. . marc, arg. p. recogn. versus frem suum*. » Dans une charte du milieu du xir siècle , Hamelin
i Livre Vert, p. a8. Dans cette charte le nom primitif de Cortis, encore accolé au nom de Hamoo , est changé en Curticiis : c'est une altération. Pour confirmer notre étymologie , nous devons dire qu'il y a un très-grand nombre de localités qui ont le mot Cortis pour radical; nous citerons les suivans comme les plus transparens : Cour te vroust , Cortis Ebrutfi, double localité en Brie, Courthierry en Champagne, Courtivon en Bourgogne , Courtaumer, Cortis Audemari, deux localités en Normandie, Courvadoo en Normandie, Courlevêque, Courmartin en Bourgogne, Courneuve dans l'Ile-de-France , le Court, la Court, la Courte, etc. II y a plusieurs Cuitil. — a Livre Vert, fol. 3a et 35. — 3 A moins que le château de la Bretéche , qui est en Scrvon , mais contigu à Courtils, n'ait fait partie de cette paroisse. Il y a un manoir insignifiant à Bas Courtils. — 4 Magni Rot. de Scatcario, «dit. par StapIe(on,t. t",p. la*
de Corlili est souscrit'. Au xw, le seigneur était Guarin de PotereL Noos n'avons point de noms pour les siècles suivans, et nous arrivons à 4754 , où nous trouvons comme seigneur de Gourtils et de Servon M. Bâillon , sénéchal de Rennes3.
Placé comme une sentinelle avancée en face dn Mont Saint- Michel , Gourtils a dû être le théâtre de quelque événement militaire , ou le point de départ de quelque expédition. Les histoires le citent deux fois sous ce double rapport.
Un cours dTeau considérable, nommé la Guintre, se perd dans une grève liseuse en Gourtils , au Pont-à4'Ànguille , pont simple, mais d'une bonne construction. Sur les bords de cette rivière, près du pont , fut livré au xva siècle , pendant l'occupation anglaise et le siège du Mont Saint-Michel , un combat oOr les Français perdirent beaucoup d'hommes , et surtout ce brave de Goulonces qui, peu de temps auparavant, avait si bien battu les Anglais sur la grève d'Ardevon. Guillaume Gruel , historien contemporain, raconte ainsi cette affaire : « Le baron de Goulonces, le seigneur de Château-Giron , le vicomte de la Belière, messire Guillaume l'Evesque , Robin de Qoiste, Olivier Tomelin et autres saillirent de Pontorson et vinrent rencontrer ès grèves de la mer , en un lieu appelé Bas-Gourtils , sur les bords de la Guintre , près le pont , le seigneur de Scale, avec grande compaignéc d'Anglais, lesquels conduisoient vivres en l'ost (des Anglais) devant icelle ville de Pontorson. là se combatirent ils très fort et très longuement ensemble , et finalement les barons de Coulonces, Hunaudaye et Château- Giron furent deffaits et y moururent tous trois , et y en eut plusieurs de pris prisonniers, entre lesquels fut le vicomte de la Belière et ce faict , le dict seigneur de Scales mena et conduisit les dicts vivres jusques au siège que tenoit iceluy comte de Warwic devant Pontorson *. »
« Charte de Sa. lilly, Cari. fol. 81. — a Ms». de M. Cousin. — 5 G. firnel, fie du ConnciabU de Ri cht mont , collect. Pelitot, tom. tin, La Li*le dfH i irj porte lf nom d'un de Conloncci.
Le sr de Boissuzé, qui était capitaine 4ti Mont Saint-Michel, fut cassé de sa charge par le duc de Mercœur , et , dans son dépit, se joignit aux Huguenots qui, ditdom Huynes, « vinrent en ce Mont le 19 de juin 1592 , à une heure après minuit, pour tascher de surprendre la place. Riais le saint Archange , qui veiiloit sur ce lieu pour lequel il avoit si manifestement fait paroistre sa protection par auparavant , les fist descouvrir, et furent contraints de se retirer sans rien effectuer. Leur entreprise de Tan 1594 contre ce Mont ne leur fut pas plus favorable. Estants venus en celte année là autour de la ville, ils appliquèrent un pétard à une grille de fer de la fenestre des escuries de Thostellerie des Trois -Roys qui donne sur les grèves, et, ayant ainsy fait bresche, y entrèrent environ quinze qui furent vertement respoussés, et leur chef, nommé le capitaine de Courtils , demeura sur la place d'un coup d'arquebuse à croc qui lui bascha les deux jambes1. »
Courtils renferme peu de lieux dont les noms soient significatifs; cependant on remarque le Laichet2, le Pont-Jean- Guillaume ou la Planche- Jean-Guillaume , le Prou9.
Cette grève , que borde Courtils dans une longueur de plus de deux lieues, offre de magnifiques spectacles, mobiles comme la lumière et capricieux comme les eaux et les vents. La réverbération des sables et de la surface des eaux , les jeux du soleil, les brises et les tourbillons, les brumes et les brouillards modifient les objets , et produisent même les illusions du mirage. La plus ordinaire, c'est l'apparence flottante des rivages, des caps et des Iles : les côtes lointaines semblent émerger du
i Histoire de la cèlibre Abbaye du A/ont Saint -Michel, par D. Huynes, p. i44* M&s. — s Lieu plein de Laiche. La Laiche est le nom vulgaire des Carex. Ce marécage est dessiné dans la carte de Cassini. — - 3 II y a probablement la un Itou saxon, défiguré par une contraction, comme il l'a été dans le nom de la commune dc Pirou, pour Pershou, comw» Prtlot se dit Peretoi dans les Charles.
sein des flots , les arbres plongent dans les eaux , Tonibelène ressemble à un énorme cétacé échoué sur les bas-fonds , et le Mont Saint-Michel à un gigantesque vaisseau à l'ancre, dans un formidable fcpos. Souvent les brouillards rampent à la surface des sables et des rivières : la tête des arbres , la cime des caps , des collines et des ilôts s'élève dans cette vapeur diaphane , et offre l'idée d'une nature fantastique , dont l'aspect semble être un rêve ; souvent encore le brouillard flotte dans une région moyenne , enveloppe et cache les cîmes , le ciel se rapproche , et mille caprices se dessinent sous ces dais légers et flottans sur lesquels la lumière brode des arabesques d'or ; quelquefois encore , coupant en écharpe les lieux élevés, une bande de brouillard isole les cimes et les suspend sur les vapeurs , en les faisant nager sur les nuages. Non-seulement , la baie , vue de différens points , change d'aspect et semble un autre coin de la terre , mais encore , dans la mobilité de ses vues , de ses horizons , dans la richesse de ses brouillards , de ses iris et de ses parhélies , vue du même point , elle offre à chaque instant un spectacle nouveau*.
En observant les détails , on trouve une multitude d'objets intéressans : les différentes formes des sables , et les accidens du sol des grèves ont reçu des riverains et des pêcheurs des noms curieux , quelquefois pittoresques , qui importent à la couleur des tableaux locaux et à la connaissance du pays.
Les sables mouvans et déliquescens, qui s'affaissent sous le pied de l'homme ou des animaux , comme une boue liquide, s'appellent des lises : s'enliser est un mot de la baie, qui s*em
t Les artistes vont bien loin chercher des vues, et la Normandie les appelle rarement. Cependant l'Avranchin en particulier offre de magnifique* paysages. La Baie seule, avec son riche développement, la variété de ses points de vue, et la mobilité de ses spectacles, offie assez de beautés. Nous citerons encore le site du Tcrtrê dt NcuvUU et surtout les Rochers du Ja fours.
ploie même asset avant dans les terres. Les sables ondés , ces rides qui bossellent la grève de leurs reliefs sinueux , espèce de vagues solides , modelées par le mouvement du flot , portent le nom de côtes ou côtiaux. La PcatmeUe ' est une couche superficielle , de quelques pouces de profondeur , qui s'affaisse sous le pied , et rend la marche très-pénible. Les' Tallards sont les rives à pic que l'eau des rivières creuse et ronge dans les sables : c'est une berge fragile qui se dissout au lèchement des eaux courantes : le silence des grèves n'est guère troublé que par le cri de l'oiseau marin , ou par le plongeon bruyant des fragmens de Tallards qui imite les éclats de la vague contre les rochers. Celle fusion de la berge dans le courant donne le nom de Fonte comme synonyme aux Tallards. Les Mondrins sont les amoncellemens des sables destinés aux salines. Les bas-fonds dans les rivières , là où elles étalent , là où on voit le mouvement des saumons , s'appellent des adresses. Les rivières qui affluent à la grève s'appellent à leur embouchure des Guintres : ainsi le nom de la rivière de Courtils est un nom commun. Les divers états des eaux ont aussi leurs noms. L'intervalle des marées , le temps où la mer ne vient pas dans les grèves , s'appelle morte-eau. La ligne écumeuse et élevée que forme la mer en arrivant à rencontre des rivières , s'appelle barre2. Les aflbuillemcns bruyans qu'elle fait en s'engooffrant s'appellent ardents. Les tournoiemens portent le nom saxon de houle*, c'est-à-dire creux. Les flaques que laisse la mer s'appellent Bordiaux ou
i Ce nom singulier est aussi celui de l'orge dans t'Avianchii). — a It is a niagniflcent sight to sce the barre of the river on a daik night , when Ibe while foam of the wave is cleaily scen on the daik brovvn «and. A Short histortcat account ofMont Saint-Michel ùy James Ifairby, p. i3a. — 3 A une époque fort reculée, d'après Raoul Glaber , les habitant du littoral appelaient le flux et le reflux matinai et ledones. Scaliger dit que ces mots sont saxons.
Bordiviatupt; les profondeurs de la rivière, les fosses s'ap-
pellent Caves, Morts ou Cheites ou Chutes.
A Torin semble finir la rivière et commencer la mer , on plutôt cette— vast grève wich seems tà belong neither to land nor to Océan9. — La Sélune ou l'Ardée, la capricieuse rivière, vient ordinairement faire son dernier adieu à la terre sous les rares arbres et les cultures du cap Torin , et s'étale dans les sables , vers le Mont Saint-Michel et Tombelaine. Un chroniqueur du xr siècle , flaoul Glaber, a bien peint les accidens de son cours : * Est etiam non Longe à prœdicto promontorio* fluviolus cognomento Arduus, qui post paululum excrescens per aliquid teinporis spatium, intransmeabilis effectus, atque ad pradictam ecclesiam ire volentitnts viam impediens, auquantisper ejusdem itineris obstaculum fuit, post moaum vei o in se rediens, profundissinw cursu sulcatum reUquit*. •
Crollo, Hrolf ou Hrollo.
ROixoif est une petite commune traversée par l'antique route d'Avranches à Rennes. Elle consiste principalement en un massif à peu près circulaire dont le plateau s'appelle la
i Eaui far le bord. — a A Short historien! account , p. j>8. — 5 Le Mont Saiot-Ukbcl. - 4 lUdulpb. Glaber, Hiit. Franc, lib. m. Une plume habile, celle de Maiimilien Raoul, a essayé de peindre af de
Lande-de-Crollon et qui est dessiné eû grande partie par la rivière de l1 Heu me qui passe sous l'église , coupe la route de Rennes au bas de la Lande , et va se jeter dans le Beuvron. Le nord est limité par un sous-afluent de la Guintre; Test et l'ouest sont déterminés par une ligne idéale. La Lande-de-Crollon , qui naguère était un commun, offrait avant sa division* les traces d'un ancien retranchement Une vieille croix se voit sur la Lande, au bord de la route de Rennes.
Cette route indique la direction de la voie romaine d'Avranches à Rennes. A ses deux extrémités dans l'arrondissement, a Avranches et à Montauel , on a fait des découvertes importantes. Partant de Legedia , dont les débris se retrouvent avec évidence dans les bancs d'huîtres , les couches de ciment , les monnaies, les tuiles et des mosaïques trouvées à son point de départ, elle suivait la rue Saint-Gervais 1 ; elle franchissait le gué où s'est élevé, dans un véritable médailler9, le pont de Poutaubault, passait à Précey , près de Vaugris , où Ton a trouvé récemment des monnaies3, et entrait dans la Bretagne à Montanel où ont été trouvées ces belles monnaies gauloises d'électrum , décrites par M. Lambert4. La distance de Legedia à Condate ou Rennes est marquée sur la carte de Peutinger à /*8 lieues : ces 68 lieues gauloises représentent généralement la dislance qui sépare les deux cités.
Dans le x' siècle, le fils du duc Rollon , Richard , concéda
caractériser, d'après les noms locaux, les divers états des grèves; mais, avec une description pittoresque, cet auteur a été très-incomplet : il a bieo vu en peintre , maie n'a pas assez pratiqué la cote et ses habitans.
i C'est sur cette rue, assez loin du centre des débris, qu'on a trouvé des mosaïques et des monnaies. Nous possédons un Antonin trouvé à l'extrémité méridionale de cette rue. — a On y a trouvé d'une fois plusieurs centaines de monnaies.— 3 C'étaient des monnaies françaises en or. — 4 Voyez son excellent Traité de Numismatique gauloise, dans le deuxième volume in-4* des Mémoires des Anlia. de Normandie.
aux religieux du Mont Saint-Michel le village qui portait le uom de son père , et qu'il tenait de son héritage*. Il n'est pas difficile de reconnaître dans ce nom communal celui de Rollon , surtout quand on l'aspire , comme il l'était dans l'origine , car les manuscrits originaux écrivent Hrolt Ce nom aussi semble avoir une grande valeur dans l'étymologie générale des noms topographiques normands , qui représentent la plupart les noms mêmes des chefs auxquels Rollon distribua le sol en le divisant au cordeau \ distribution que Robert Wace a minutieusement décrite3 :
A plusors dona viles (village**) è chas tels è citez,
Donna champs, donna rentes, donna roolinz è près
Donna broil* (bois taillis*), donna terres, donna granz éritea
Solonc lor genz servisç9, è solonc lor bonlez,
Solonc lor gentilesce, è solonc lor aez (âge).
A toz en Normandie retenuz è fieufez ,
Mult les a paiez toz a lor volentez,
Mult les a esauciez (élevés), è mult les a aniez.
E bien les a paiez tretoz lor volentez
Por ço ke de lor terre les aveit amenez.
La partie la plus ancienne de l'église de Crollon est son por-
i Nous affirmons ce fait d'après l'autoiité de M. Desroehes, quoique cependant il ne paraisse pas s'appuyer sur autre chose que sur le nom de Sealtci, écrit dans la précieuse charte du duc Richard , et dans lequel il trouverait Crollon. Cette interprétation nous parait très-hasardéc ; mais notre raison étymologique n'en subsiste pas moins. Voici le passage de cette antique et illustre charte, ai tistement historiée dans le Cartulaire: « Maeei, Scallei, Pelelon, dimidium Cromeret, Verguneei. » — a Funieub suis fidelibus terram divitit. Dud. de Su Quentino. —
3 Voir Roman de Hou , v. 1,936 , édit. Pluqnet 4 C'est la villa, le
Tôt , le Hou, l'habitation seigneuriale. — 5 11 y a plusieurs Breuils dans l'Avianchiu. Ce mot est resté dans les noms topographiques et Jes noms d'hommes. 11 vit encore dans le verbe brouiller. Le» Italiens l'ont encore, Brogtio, d'où imbroglio.
tail , qui offre la combinaison rare et précieuse de deux styles. Je gothique et le roman , et semble dès-lors appartenir à la fin du xir siècle , s'il n'est pas une ogive associée à un cintre. L'ogive est obtuse , écrasée , rudimcntaire , encore timide , dans une arcature romane. Les chapiteaux sont sculptés de crosses végétales. L'archivolte extérieure est un cintre surbaissé et le tympan est rempli. Viennent ensuite les contreforts gothiques dont un offre jusqu'à six retraits1. La nef a des fenêtres en styles divers : deux sont trilobées et appartiennent au xv° ou xvi6 siècle. La fenêtre orientale est assez simple : c'est une ogive divisée en deux lances par un meneau bifurqué. Sur la face méridionale entre le chœur et la nef , car l'église n'a pas de transepts, est empreinte la trace d'un porche. L'arc de séparation est de 1717 ; un des murs du chœur date de 1671. On remarque dans l'intérieur deux confessionnaux du xviir siècle, ouvrés à jour. Sur la base des fonts sont une croix et une coquille sculptée , souvenir sans doute de la coquille de Saint- Jean et symbole du salut baptismal Dans la nef de cette église se retrouve un élément qui a presque disparu partout , et qui cependaut était traité avec soin et avec art , même dans les églises rustiques , c'est le dallage de la nef et du chœur a. A Crollon les dalles taillées en écusson sont disposées en croix. La croix du cimetière est de 1786. Le tourillon en bois repose sur des madriers intérieurs.
L'église de Sainte -Marie de Crollon était à la présentation de l'évêque d'Avranches. Dans l'Impôt royal de 1522 elle paya U Uv. 10 s.» En 1648, elle rendait 200 liv.« En 1698 , la cure valait 400 liv. ; il y avait un vicaire ; la taille était de 332
i Dans une église roisine, celle de Precey, les contreforts sont •uni remarquables par leurs retraits multipliés. Voir l'art, de Précey. — a Tanis, Saint-Jean«de-la-Haize conservent des fragmens d'au paré symétrique. — 3 Mis. de YAuUtH. — 4 PouiUi, p. 4.
liv. et il y avait 88 taillables'. En 1764 Crollon, partie dt la sergenterie de Saint-James, renfermait 70 feux9.
Il n'y a pas de uom topographique intéressant , si ce n'est celui d'un Mes ou Mesnil , le Mesnier. Le manoir de Crollon appartint aux moines du Mont Saint-Michel, et ensuite aux de Magny.
Nlgetlus (llitis Roberti débet z. ti. hoc anno de Pîscaria de Dusceiû.
( Magni Rotuli de Scaccaiio.)
Duecy situs est ad fluvium Ardée non procul etb urb. Avranclws.
A commune de Ducey est une presqu'île arquée , dont le contour est découpé par le cours sinueux de la Sélune, et dont la corde, tirée au nord, est tracée par la rivière d'Oir et d'autres petits cours d'eau qui la séparent de Marcilly et des Chéris. Le sol y est pittoresque et varié : on y trouve des vallées, des marais, des montagnes, une belle rivière, des bois, dont le principal est le bois d'Jrdenne*. La Sélune, les rochers du Jalours , le bois d'Ardenne , les vastes prairies
i Mém. sur ta Généralité de Caen. — % Expilly, Dict. de» Gaules. — 5 Celt. Arden, bois : ainsi la forêt des Ardenoes : ainsi l'abbaye d'Ardeinc près Cacn. Ce bois est baigné par la Sélune ou Ardée. I! y a probablement un rspport entra le nom dt la nrièra et celui du boii.
qui s'étendent en face du bourg et du chûteau t présentent la réunion de tout ce qu'on peut désirer pour un paysage complet. En quelques endroits, principalement à l'endroit appelé les Ilots, la Sélune est semée de bas-fonds verdoyans. Dans le bourg même de Dacey , on remarque un ilot planté de peupliers : jeté entre les deux ponts, auprès du vieux moulin, il est le centre d'un fort joli tableau.
le nom de Ducey , écrit Duxeiwn dans les documens antiques, comme on le verra dans ce chapitre, semble être un nom d'homme et fait supposer un chef normand Duc, Duci ou Duxi , comme Vessey , Aucey , Macey , Boucey , Marcey , dérivent des noms normands Veci , Alex , Maci, Boci, Marci , qui se trouvent dans le Domesday. II y a deux Duci dans le Calvados. Quoique ce nom ne soit pas dans le Domesday, il est probable qu'un seigneur de ce nom alla à la Conquête ou passa en Angleterre , car il y a dans ce pays une famille de Ducey.
Parmi les monumens de Ducey se présente en première ligne ie château.
Sur le bord de la Sélune , entre de vastes prairies qui sont une plaine de verdure en été et un lac en hiver, et un champ immense appelé le Domaine, s'élève la masse grise et rouge d'un château qui n'a d'élancé que le coin de ses pavillons et la colonne de ses cheminées. Bâti en 1624 par Gabriel n, fils du grand Montgommcry , il est une imitation lointaine , ou plutôt une dégénérescence de cette Renaissance qui sut associer l'art et la richesse. Le château de Ducey est plus riche que beau , plus fastueux qu'élégant Si l'on excepte les belles voûtes des caves , les lignes dures et sèches heurtent le regard : les arêtes des revêtemens de briques , les italiennes anguleuses , les pilastres de granit, l'entablement du balcon, les cheminées carrées et le couronnement des fenêtres s'associent pour donner une impression générale de dureté et de monotonie. Les lignes * brisées et harmonieuses , les caprices et la variété de la Renaissance disparaissent devant la loi générale d'étiquette * de faste et de tenue régulière du siècle de Louis xiv. L'art, abandonnant
l'architecture , se réfagia dans les intérieurs. Aussi , à Ducey , comme à Brecey, l'ornementation est-elle plus remarquable que l'architecture. Quoiqu'il en soit , cette construction est digne du plus grand intérêt , à raison même de ses imperfections , et comme spécimen de cette architecture de transition de la Renaissance ou plutôt d'imitation italienne4. D'ailleurs elle réveille le souvenir de grands noms : le château de Ducey est le château des Montgommery. Cette grande famille, surtout son illustre chef , est pour le pays ce que César , la reine Anne , Brunehaut sont pour beaucoup d'autres: tout ce qui est vieux rappelle Montgommery : les vieux châteaux , les vieilles armures, les grandes prouesses , la tradition locale lui attribue tout , et son histoire c'est le roman et la légende 2.
Tout d'abord l'œil est frappé de ce qui manque à cet édifice. On reconnaît trois lacunes, car il n'y a qu'un pavillon , une aile, un perron latéral , et une mutilation , car le toit du perron a dévoré quatre fenêtres, et par suite trois lucarnes: or ces lucarnes , un peu fleuries , sont la seule ligne gracieuse de cet édifice fastueux. Quand on a franchi le perron aux colonnes de granit d'un seul jet , avec des chapiteaux corinthiens en tuiïeau , au fronton armorié , on se trouve en face de l'escalier central, dont les quatre piliers carrés plongent dans les caves ou s'élancent vers les combles , et portent sur leurs flancs bordés de raides ha-
i Voir a l'art, de Brecey quelques considération! générales sur cette architecture. M. de Cuumont n'a pas cité te château de Ducey dans ceux du xvn* siècle : il a cité celui de Chiffre vast, son analogue. — a Ainsi le château de Saint- Jeao-le-Thotn as est-il attribué faussement k Montgommery. Ainsi faussement encore le tableau du château est-il interprété comme l'assaut de Pontorson par Montgommery. Tombelaine était a lui : des souterrains rattachaient cette île & Ducey. Le peuple a donné des proportions gigantesques a cet homme, d'ailleurs si terrible , que Garnicr montre dans une vérité plus prosaïque , et qui était un diable quand il avait le cul sur la stlb»
Tiennes les paliers et les volées qui s'enroulent en spirale autour de cet axe gigantesque. On descend sous les voûtes des caves et des cuisines , qui sont la partie architecturale la plus remarquable du château : on peut signaler la vaste cuisine , dont la cheminée ferait un appartement aux hommes de nos jours , la prison et son cachot , le charnier , la salle de bains Plusieurs appartemens des autres étages méritent d'être décrits, et nous remettent en mémoire ces gentilshommes du xvir siècle , dans la richesse de leurs châteaux , et dans l'indépendance de leur isolement. La SalIe-dcs-Gardes nous rappelle le Moyen-Age : mais dans cette salle le chevalier porte autant de dentelles et de rubans que de fer. C'est la plus vaste pièce du château. Ses poutrelles portent des traces de cartons à peintures blafardes. La cheminée est riche : des consoles en granit portent un entablement de bois , orné de trophées et d'emblèmes. Un tableau remplissait le trumeau. La Chambre Dorée a dû mériter 6on nom. Les solives sont ornées d'arabesques , avec de petits pendentifs en cuivre. Une frise peinte court au haut des parois et en bas règne un lambris à compartimens , représentant alternativement un paysage ou des figures mythologiques et des arabesques ; de médiocres grisailles assombrissent les flancs de la cheminée. Celle-ci est fastueuse : huit colonnes se superposent par deux , les unes en marbre rouge , les autres en marbre noir , pour soutenir le manteau dont le trumeau a conservé une mauvaise peinture mythologique. Le cabinet voisin est fort intéressant pour ses briques peintes ou ornées2. Au-dessus de
i Cette zone est très-humide) et » malgré la force do voûtes et des murs, elle a semblé fléchir. Un mur à arcades régue dans. toute ia longueur : il a été constiuit par un propriétaire du château, M. de Cambiazo, ex-maire de Gênes, membre du sénat français, qui avait le château en 1791 , et qui a laissé des souvenirs de noble générosité. Il est question de lui dans l'Histoire d'Italie de Botta. — a Quelquesunes étaient aux armes des Montgommery. Le musée d'Avranches pos- ». 1. 25
ces appartenons est une pièce nue aujourd'hui , qu'on appelle la Chambre-des-Nounïces. La salle dite le Grand-Premier est célèbre 1 , à cause d'un tableau qui orne la cheminée. La plaque du foyer est un écusson. Le manteau porte un fronton ou triangle interrompu à la base. Le fameux tableau est au-dessus. Il représente une ville embrasée et un guerrier en costume antique, brandissant son glaive et levant son bouclier du côté de la ville. Au-dessus est la devise : Marte, non fortuné. On a vu là Montgommery mettant le feu à Ponlorson. Cette idée ne nous semble légitimée par rien : la ville n'est point Pontorson , le guerrier est le symbole du héros qui suit Mars et non la Fortune , symbole d'une grande vérité appliqué à Montgommery* Ce tableau est donc une allégorie et non une page historique : c'est une devise peinte et dramatisée.
Il a dû y avoir à Ducey un château féodal , et tout porte à croire qu'il occupait à peu près l'emplacement du château actuel : cependant la forteresse féodale a dû 6e poser sur une position plus forte , et s'élever sur cette falaise qui est auprès et qu'on appelle le Pâtis3. D'ailleurs, les archives du château attestent l'identité de l'emplacement. Un correspondant de M. de Gerville a cru retrouver les ruines de la forteresse de Ducey à Mortrie, dans un village isolé, à plus de quatre kilomètres de Ducey», et a prétendu que ses matériaux avaient servi à la construction du château de Ducey. Qu'il y ait eu un châteaufort à Mortrie, c'est une chose certaine : l'emplacement, le
sède de belles brique* illustrées de l'abbaye de Hambie. L'une représente des moines , une autre une vierge en prière, une Salutation. C'est dans cette pioce qu'ont été trouTccs dea armures qui sont au musée d'Avrancbes , et une culotte de cuir attribuée a Montgommery.
i Ces dénominations sont tirées de divers inventaires. Extrait de nombreuses archives du château. — a Le lieu s'appelait Motte ou Chastet. — IL* Châteaux du département de ta Manche.
mouvement do terrain , la tradition 4 en font foi ; mais il n'est pas vrai que le château de Ducey ait été à Mortrie , car il n'eût pas été le château de Ducey. D'ailleurs celui de Mortrie a été détruit long-temps avant la construction de celui-ci : il fut détruit en 1473 », et M. de Gerville dit lui-même qu'eu 1562 Montgommery avait à Ducey une habitation qui fut démolie par son fils , quand il bâtit le château actuel , c'est-àdire en 1624 s. En outre, en 1346, les Anglais, commandés par Renaud de Gobehen , brûlèrent les faubourgs d'Avranches, et ruinèrent le bourg et le manoir de Ducey.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle s'éleva un château à Ducey : seulement 0 est probable que ce fut à la fin du ir siècle , du moment où Rollon eut divisé la Normandie entre ses leudes ou fidèles. Ce fut un chef du nom de Duci ou Duxi qui reçut ce fief, et selon l'usage général, lui donna son nom. Ranulfe de Ducey , guerrier de la Conquête , est le premier seigneur cité avant le commencement du xii* siècle. II y a dans le Gartulaire du Mont Saint-Michel une charte de donation du Fougeray 4 par son fils, Robert de Ducey, du temps de l'abbé Bernard. Le donateur y fait mention de son père, ce qui peut reculer la série connue jusque vers le milieu du xr siècle , et même indéfiniment , puisqu'il parle de ses ancêtres. Voici cette Carta de Fulgereio, très-intéressaute par elle-même et par ses souscripteurs :
« Notum sit omnibus présentions et futuris quod ego Robertus de Duxeio pro remedio anime mee et patrù mei vigilia
i La tradition met uo baril d'or dans ces ruines , dont le plan est carré, avec des dépressions de fossés, et qui sont plantées de châtaigniers. Le nom de l'emplacement est les Pctitt-Boit, sans doute par opposition au bois d'Ardenne qui est en face. On prétend qu'on a fait bien des fois , mais inutilement, jouer les vtrgetttt pour découvrir le trésor. — a Richard Séguin , Induttrie du Bocage, p. 6a.— S Châteaux. Art. Ducey. — 4 En Bacilly.
Purificatioms sanete Marie vent in capitulum sancti Mickaetù ibique terram de Fulgereio que alodum patris met et antecessorum meorum fuerat ecclesie sancti archangeli MichaeUs et ipsius monachis fmetenus dedi et concessi, ut hanc terram teneant et perpetuo pçssideant absque omnium sequentium heredum meorum et omnium atiorum calumpnia et contradictions Hoc autem factum est in comitis Rannulfi et baronum suorum abrincatensium presentia, excepto Radulfi de Veim terram quam de me tenebat. Hoc donwn hujus terre concedo ego Guilletmus fiUus Roberti post mortem patris met cum Cecilia. Hujus rei sunt testes Robertus de Duxeio; Rannulfus cornes \ Radulfus de Veim. Radulfus de Brei, Aturedus de Mari*. Gradalonus de Taneia, Turgisus de Taneia. Bertrannus de Verdun. Stephanus de Eschailli ». Rannulfus et Rannulfus de Grandevilla. G. fdius Rob. de Duxeio. Cecilia uxor. G. de Boce. Rogerius de Brafes «. »
Ce même Robert de Ducey signa la charte par laquelle Ranulphe Avenel donna au Mont Saint-Michel l'église de SartOly : « Concilio Roberti de Duxeio et amicorum*. Son fils Guillaume confirma cette donation par la charte suivante, qui rappelle la forme de l'investiture usitée au Mont Saint-Michel, et signale Guillaume comme un homme distingué.
i Ce comte Ranulphe est un des grands noms de l'histoire d'Avranches, et s'ajoute à l'infortuné Richard d'Avranches, le naufragé de la Btanche-Nef, pour continuer la série des vicomtes de cette cité ï ce Ranulphe de Bricqucsart, vicomte de Baycux , fils d'Emma, sœur de Hugues- le-Loup, succéda à Richard dans les comtés d'Avranches et de Chester. C'était un des plus puissans seigneurs de Normandie ; il fut un des soutiens du roi Henri t", selon Orderic Vital, et il acheva le monastère de Saint-Sever , fondé par son oncle. — a Nous ferons remarquer ce nom de Maci écrit dans la charte comme dans le D<h metday. —3 Nous croyons que ce mot désigne Ghassilly, fief de Saint- Laurent-de-Tenegattc. — 4 Cartulaire. — 5 Cartulaire. Cwta dt 5artUlcio.
• Hœc autem datio facta est per brachium sancti
Autberii super attare et juravit ibidem super quatuor evangeliorum qnod hoc donum inconcussum maneret in sempiternum. Ut autem hoc mente libéra concederet Bernardus venerabiiis memorie abbas unum palefredum tanto viro dignum et fratrisuo duos solides in memoriam hujus rei dédit *. »
A la fin de ce siècle, en 1180, le seigneur de Ducey était Joscelin : « Gauf. Duredent reddit de Joscelino de Duxeio pro piscaria a. »
Robert, frère de Guillaume, laissa une fille qui se maria à la fin du xir siècle à G. de Husson. On lit à l'année 1180 des Rôles de l'Échiquier : JVill. de Hueceon deb. c. li. pro relevio honoris de Duxeio. » Les Husson furent seigneurs de Ducey pendant tout le xnr siècle. Dans le xrv* siècle les seigneurs de Ducey étaient les Meullant et les Ponlbriant 3. Dans ce siècle, Ducey fut ravagé et pris par les Anglais, principalement par Renaud de Gobehen ou Cobham. Duguesclin les en chassa et établit son quartier à l'abbaye de Montmorel dont les Anglais et les Navarrais avaient fait un lieu de dépôt pour leurs prisonniers 4. Au commencement du xve siècle , la seigneurie de Ducey, qui était en litige entre' Jean de Meullent et Hector de Pontbriant , fut donnée à G. Nessefeld par le roi d'Angleterre *. En U50, après la bataille de Formigny, Ducey fut sans doute évacué par les Anglais et occupé par les troupes du connétable de Richcmont qui vint recevoir la capitulation d'Avranches. Les Ponlbriant rentrèrent dans leur ancienne seigneurie. En 1465, Marie de Pontbriant était dame de
i La charte suivante. — * Magnui Roiul. de Scaccario. Stapleton , p. 9, ton». Geoffroi Duredent était prévôt d'Âvranchea. «— 3 Noua trouvons dans les archives du château un titre de 1391 relatif au mariage de J. Gornille avec Marguerite Iiacappc. — 4 Voir l'article da firecey et celui de Poilley. — 5 Rêgistr* ét% Dons, Conft$<athnt , •(«., par Charlei Vautier, p. 117.
Ducey '. En 1686 elle l'était encore. Un seigneur du nom de Pierre de la Bouessiere succéda aux Pontbriant ; en 1500, la seigneurie était à Marie de Maros , veuve de P. de la Bouessiere*. En 1528 » Charles de Troussebois , mari de Jeanne de la Bouessière, dame de Ducey , faisait une transaction avec les religieux de Montmorel \ Vers le milieu de ce xvi* siècle, en 1560, mourut Jacques v de Lorges, comte de Montgommery, originaire d'Écosse , capitaine distingué, attaché au service de François l" , qui avait épousé Claude de la Bouessière. Son Gis Gabriel Ier , qui devint le grand Montgommery, celui qui blessa mortellement Henri il dans une joute d'armes , succéda aux biens de ses cinq frères et sœurs. Ce nom célèbre est écrit dans l'histoire générale du pays , dans celle de la province , et est associé dans l'Avranchin à beaucoup de faits et de monumens. Nous le retrouverons en divers lieux , et nous ne ferons pas une biographie spéciale de Montgommery : disons, à notre point de vue, qu'il arrangea en prêche la chapelle St-Germain. H se maria avec Isabeau de la Tirai , qui fut après sa mort dame de Ducey * : il futdécapité en 1574. Il eut de ce mariage quatre garçons et quatre filles. La sentence de Vitlenage portée contre ses enfans* n'eut pas de suite5. A la fin de ce siècle, son fils aîné Gabriel u était seigneur du comté de Ducey • : il était marié à Suzanne de Bouquetot 7 , dont il eut
i Archives du château. — a Archive* du château. Actes de i5oo, i5o3, i5u6, au nom de Marie de Maros. — 3 Archives du château. Il y a un acte de i5a4 relatif & l'acquisition de truis maisons de Ducey appelées le Manoir. — 4 Archives du château. Acte de i58i de dame Isabeau de la Tirai, dame de Ducey, stipulant pour Gabriel de Ducey, son fils mineur. Remarquons qu'elle ne prend pas , selon l'usage, le titre du veuvage. — 5 On connaît ses paroles à l'occasion de cette sentence ; « S'ils n'ont pas la vertu des nobles pour se relever eux-mêmes, j'acquiesce à leur dégradation. » — 6 Acte de i5o8 dans lequel J. Roger-Gabriel de Montgommery est qualifié de seigneur de Ducey, Cherenccy -le Héron, Charopsetvon, etc. Archives du château. — ; Acte
cinq garçons et une fille. Ce fut lui qui éleva le château actuel en 1624, avec les débris de l'ancien manoir de Ducey , ou peut-être aussi du manoir de Mortrie «. Ce seigneur eut une haute position locale par ses richesses et sa place officielle , et comme le chef du calvinisme de l'Avranchin. Il fut le gouverneur de Pontorson , dont les fortifications furent rasées en 1621. Louis xiii , ayant appris qu'il avait fait fortifier cette place, qui était le boulevart des protestans , lui fit proposer de s'en défaire pour un dédommagement. Le comte de Lorges y consentit, et Blamville fut nommé gouverneur3. C'est alors que, quittant Pontorson , sa forteresse et l'habitation dite Maison de Montgommery , il se retira à Ducey où il bâtit son château , dans lequel il mourut en 1635. Il fut déposé dans le caveau du prêche , sur lequel a passé récemment la grande route1. Il laissa plusieurs enfans : Louis de Montgommery
de 1593. Dame Suzanne de Montgommery contribua a la réparation du Pont-aux- Vaches sur Loir.
1 Les titres du château montrent que Mortrie était aux Montgommery. — a Masseville, tom. vi, p. io5. On lit dans un Mémoire du temps : • Pontorson, place d'importance, pouvant donner quelque jalousie à la Basse-Normandie, étant commandée par le comte de Montgommery, personnage de la religion , grand capitaine et pécunieux , pouvant toujours lever à ses dépens un équipage de plus de deux mille hommes, pour tenir ses voisins en bride, s'ils se mettaient à mal faire ; mais il a tellement assuré le roi de son obéissance qu'il a offert de lui rendre la place quand il lui plairait. • — 3 On montre encore son marbre sépulcral, chargé d'une fastueuse inscription, telle qu'on ne l'eût pas faite pour le pére. Il y est appelé Mars Gallicus, têrror hottium, amor tuorum, quem t km audit, virtuUm bellieam animo cogita». Son •pitaphe, et en grande partie son histoire , prouvent qu'il fut sujet fidèle : Benè meritem de regibut suis et de patriâ mentent eatto reddidit iG35. Montgommericum tub marmore cerne, viator
Si tamen harc virlut tania lai ère pot et t. Ktm una hâte tel tut tam grandem conlinet umbram :
Jianc in eorde tuo Gatlia tota gerit.
eut la seigneurie de Ducey : un titre de 1647 l*intitule seigneur de ce lieu \ En 1670, Louis de Montgommery et Anne de Macbcroul , sa compagne , se firent une mutuelle donation de leurs biens2. II mourut en 1680. Sa veuve se retira en Angleterre pour cause dei religion , et on lit dans la Statistique de 1698 : « Le seigueur de Ducey est la dame de Montgommery , comtesse de Quintin , retirée à Londres pour cause de religion a. » Elle épousa ensuite le comte de Mortagne *. En 1714, le château et la terre de Ducey furent vendus. Quelques années après Us passèrent dans la famille du duc de Cbaulnes , ensuite dans celle de Julien de Poilvilain , comte de Cresnay, qui, en 1791 , vendit cette propriété au comte de Cambiazo, alors doge ou plutôt maire de Gênes, plus tard membre du sénat français 5. Les armes des Montgommery étaient « d'azur au lion d'or armé et lampassé d'un casque de comte avec la devise : Garde bien. » Par allusion au coup de tronçon de lance porté à Henri II , un membre de la famille portait une lance brisée dans son cimier *. Par une singulière fatalité , Jacques de Montgommery , dans un amusement de jeunes seigneurs, blessa François V d'on coup de tison à la tête et mit ses jours en danger : Gabriel de Montgommery tua Henri H d'un coup de lance dans une passe d'armes T..
Il y avait à Ducey une église au moins au «!• siècle , car Guillaume de Ducey donna dans ce siècle l'église de Saint- Pair-de-Ducey à l'abbaye naissante de Moutmorel. Il y joignit la chapelle de Saint-Germain , bâtie près de la motte de son chastel. L'église actuelle, sans art ni architecture, est toute
i Archive! du château. — a Archive» du château, — 3 Mim. $ur fa Gin. de Cacn. — 4 Du tempi de Masseville, Ducey était i ta comfesse de Mortagne. — 5 Mm. de Gentti on de M. Dcalandel. — 6 The cre«t of iom« nf the familj i< » broken lance. Air, and Ut nYim'iv, p. 191. — 7 Voir Martin Duhrllar pour 1*» flair» du tisnn.
jeune et n'offre rien à la description. Toutefois il y a un reste d'appareil roman dans le mur septentrional , vestige probable de l'édifice qui fut donné par Guillaume. Le Moyen- Âge est rappelé par des fragmens de vitrail , et deux statues, l'une de saint Fiacre , l'autre de saint Julien , qui sont dans la sacristie. D'anciennes pierres tombales servent de linteau inférieur aux fenêtres. Dans le cimetière est une croix venue de l'abbaye de Montmorel , à laquelle appartenait l'église de Ducey. Ce Guillaume de Ducey fut un bienfaiteur des églises, comme le prouve encore la charte suivante inscrite au Livre-Vert : « Carta G. de Duisseio. Novcrit tmivcrsitas vesira me dedisse in perpétuant elemosinam ecclcsie Dei et sancti Andrée de Abrincis ad opus luminarii ejusdem ecciesie pro sainte anime mee et antecessorum meorum v 50/. cen. ad festum santi Remigii annuatimreddendos, in feodo Ricardi Pitre IUI sol. et in feodo Jnete fdie Vcillon. . . et in feodo Guimundi, etc. » (La terre de la Guimondaie. )
Un curé de Ducey , Simon , reçut en 1273 de Montmorel, pour son église — Clausum au Bei-ger; — un autre, N. Georges, donna dans le XIVe siècle 20 s. de rente au Mont St-Micbel *. En 1648 , l'église du lieu rendait 300 liv.2 En 1698 , la cure valait MO liv. Il y avait deux prêtres avec le curé. La paroisse payait 1087 liv. de taille, versées par 330 taillables3. En 1764, Ducey, qui était de la sergenterie de Pigace , renfermait 206 feux \
1 Nécrologe du Mont Saint-Michel. — a P oui lié, p. 6. — S Mém. sur la Gin. de C acn. — 4 Expilly, Dict. des Gaules. Cet auteur met Ducey au fond d'un petit golfe , dans une coutrée très-abondante, où la volaille est fort commune. Cette dernière note vient au secours d'une curieuse élymologie de Robert Cenalis sur le nom d'une commune contiguë à Ducey, celle de Poilley, dont le nom dériverait do Pulhit , à cause de l'abondance de* poulets. Ificwrhia Vnniria*. Le Guide do Didci a conservé Teneur as*cr cuniuimie qui altiibuc !c chAleau actuel de Ducey au grand Moulgonimeiy. Département de la
La chapelle de Saint -Germain, donnée an XII* siècle a Montmorel par Guillaume de Ducey , servit à bâtir le prêche qui vient de tomber devant l'irrésistible élan de la grande route, qui a passé sur -le caveau sépulcral et le jardin des Montgommery, comme le symbole du passage de la démocratie sur les ruines de la féodalité. La chapelle de Saint- Germain fut transformée en prêche par les Montgommery, ou plutôt le prêche fut bâti de ses débris f. Â Ducey les noms de saint Pair et de saint Germain se trouvent unis , comme ils le furent dans l'histoire : ils se trouvèrent ensemble au concile de Paris en 559 *. Une autre chapelle , dite de Saint- Antoine, s'élevait encore, vers Saint-Laurent-de-Terregatte , à peu de distance du pont de la Sélune , à l'endroit où il y a une croix. Gassini indique encore dans le bois d'Àrdenne une chapelle Saint-Biaise qui était en ruines de son temps , et qui est désignée dans les chartes sous le nom d'Hermùagiwn quod est in Ardena. Le prêche de Ducey formait , avec ceux de Brecey , du Grand-Celland , de Cormeray, de Pontorson , tous les temples calvinistes de l'arrondissement d'Avranches Un historien de l'Avranchin a compris au nombre des dons de G. de Ducey à Montmorel le lieu de la Touche.
La pêcherie de Ducey était importante au Moyen-Age : elle est souvent citée dans les anciens titres, surtout dans les Rôles de l'Échiquier , dont voici quelques articles : « Nigellus filius Koberlir. cp. pro Piscaria de Duxeio... In quietancia terre Roberti Avenel de feodo lorice sue de auxilio vicecom.
Manche, p. 16. Les Charles de Montmorel étant dispersées, on sait peu do chose sur l'histoire de l'église de Ducej.
i M. Foucault dit, dans sa Statistique de 1698, que le prêche était une ancienne chapelle. Mais c'est par erreur que l'auteur de$ Guerres de religion dans la Manche l'appelle la chapelle de Saint-Georges. La rue s'appelle la rue Saint-Germain. — a Annale» Daronii , tom. ru. — 3 Voir eus communes.
pro Piscaria de Duxeto... et de. x. U. hoc anno (1180) de Piscariade Duxeio... Gaufridus Duredentreddit de Josselino de Duxeto x. so. pro eodem *. » La dîme de la pêche dans la Sélune , depuis Ducey jusqu'à la mer , appartint aux rois de France : elle passa ensuite aux évêques d'Avranches. Robert Cenalis, dans son Aveu à François Ier, déclara qu'il avait a le droit d'avoir la dixme du poisson dans la rivière de Sélune , qui anciennement appartenait au roi depuis le pont de Ducey jusqu'à la roche de Genêts ». • Nous croyons que la pêcherie passa aux Montgommery , car dans un mémoire présenté dans le siècle dernier par un entrepreneur à cette famille , il est question de deux bateaux employés à la pêcherie. Ce vieux pont de Ducey est situé sur le chemin Montays, et fait maintenant une humble figure auprès du pout neuf, beau travail de solidité , à trois arches et à tailloirs ronds , où Ton remarque de beaux monolithes s. Le porche de Ducey , qu'on appelle improprement l'Entrée * des -Vieilles- Ecuries , dont l'archivolte ronde repose sur un cul-de-lampe, peut remonter au xiv siècle. 11 nous rappelle que Ducey , parmi ses nombreuses foires, en a trois qui existent de temps immémorial 4. Les Porches ou Halles étaient au nombre de quatre et appartenaient aux Montgommery.
Le Doué Herbert , Doitum Hereberli, est cité dans les chartes et mentionné avec précision dans les Observations du savant Stapleton : t fVallis moritonii usque ad Petras albas
I âfagni Botuli dë Scaccâric. Stapleton , tom. i" , p. 9 et suiv. — a Avtm d* 1 535- Msa. de M. Cousin , tom. vi. — 3 L'ancien pont est cité dans le Traité de la eon$truetion des Ponts de Cauthey , édilé par M. Ravier , arec les notules suivantes : • Séluno a la nier. Duce. Moellon. Cintre arc. 7 orclies de 9,1 à 5, s. Largeur 6,1. Total des ouvertures o8,5. Surface du débouche 107. Ancien. • Tom. 1", p. 1 j(>. — 4 ï»e* donre autres datent du commencement de h Révolution. Ducey a acqui» de l'importance depuis cette époqnc.
et usque ad Doitum Bereberti « Was one of tbe localitie» in Normandy exempt from the custom of fouage. The cbapel of Saint -Marc, called des Pierres- Aubes, in the parish of Chalandrey was formerly of great celebrity , le Ductus Bereberti, le Douet , riscs near it and falls into the Selune between Ducey et Vezins : from this point of jonction the latter river and the Lair, Liger * marked the lirait3. * Outre le Doué Herbert, il y a encore le Bois Herbert, dans le voisinage, à Poilley : il y a aussi la Terre des Doués, et près de l'église de Ducey , le Doué Saint-Pair , auprès duquel est un village d'où la tradition fait sortir Poisson , le père de madame de Pompadour3. Près de Ducey, sur le bord de la vieille route de Poilley on remarque le petit manoir des Bruyères , auquel ses portes cintrées, flanquées de deux tourelles aplaties, donnent une physionomie féodale. Entre Ducey et Saint- Quentin est le village du nom saxon de la Houle «.
i Loir. — 3 Vbserv. on the Rolts ofthe Norman Exchequer, tom. »•*, p. 65. — 3 Noua avons entendu ce jeu de mois d'un cicérone local : un petit poisson sortit du Doué Saint-Pair. — 4 Voir l'art, de Vains. Ou Ut dans la Topographie de Merrian : « Ducey situs est ad fluvium Ardu, non procul ab urbe Avranches. Tassinus ioeum hune œre expressit. Top. Gall. Ces derniers mots feraient croire qoe Ducey était forliûé, puisque Tassin n'a gravé que les places furies ou les lieux importans. D'ailleurs Ducey ne se trouve pas dans l'ouvrage de Tassin, Planta Profils de tous tes principaux lieux de France, par te sieur Tassin, gtog. ordinaire de Sa Majesté. i638. Lamartiniére donne, dans son Diction. Céog., une notice sur Ducey, tirée du Dict. de Corneille et de Mémoire* dressés sur les lieux en ijoS. Il l'appelle Duca>umt fertile en grains, riche en prairies, et parle de son gros marché du mardi, etc. La Flore de Ducey offre quelques plantes intéressantes : VOsmunda regia au rocher du Jalouia, le Panicutn crus Gatti sur la route do Poilley, VOxalis cornicutata très-abondante dans tes jardins, le Lythrum hissopifotium et le Mutaeltium aauaticum sur la route de Saint-Laurent.
tin poète né sur les bords de la Sélune , vers le milieu du ivr siècle, a orné de toutes les fleurs de la mythologie l'histoire des localités voisines , et a donné à Duccy une merveilleuse origine. De l'union du dieu de l'Ile Manière ou Lyrmano avec la nymphe Sélune naît Poilleion. Celui-ci poursuit en la prée une nymphe qui croit l'éviter en se jetant dans le sein de Sélune, et leur fils Duceion fonde la localité que nous décrivons. Le père , pour visiter facilement son fils , construit le vieux pont, et celui-ci bâtit un château sur la place où s'élève le château des Monigommery 1 :
Qui fist après bastir en ce lieu le dongeon
Du cliasteau de Ducey, dressant sur la rivière...'..
En quittant cette localité pleine des souvenirs d'une aristocratie puissante, en saluant d'un regard son château fastueux, édifice silencieux et dégradé , en associant dans notre esprit le passé et le présent , séparés par la large barrière de la Révolution française , unissons-nous à ces réflexions d'un écrivain qui trouve souvent de la poésie et de la philosophie dans les monumens. « The armoriai bearings , which stood proudly at the portais of Brecey and Ducey, now attest in their mutilated state the unsparing warfare wich was waged by the populace againsl every thing that bore the évidence of nobility or bigh birth. Fuimus, non sumus , may now bc the appropriate motto over the mournful remains of ancient aristocracy :
i Exercice» poil, de Jan de Filet, poète avranehoi». Voir le poème de la Prime du Mont Saint-Miehet. Toute cette mythologie est racontée dans cette langue latine de la littérature Française du temps de Ronsard et de La Pléiade. Vitel, dont le mérite poétique est assez médiocre, ne manque pas d'importance dans l'histoire générale de la littérature comme ayant poussé à ses dernières limites ce langage d'imitation. Voir fart* de Poilley.
no blâme bowcTer attaches to tbe successors, by right of pur-
cbasc , to Ihe deinesnes of tbe plundercd owners 1 »
Cependant dans ce Moyen-Age où la force et la fortune étaient au seul noble , où le pauvre et le faible reportaient toute leur espérance vers le ciel f quelques voix protestaient contre cet état social. Voici des vers tirés d*un manuscrit du Mont Saint-Michel* qui révèlent quelques plaintes des bassetgens et la révolte anière et presque impie de la pauvreté:
« Les basses gens quant la noblcce Daulcons des saints oient deserire Dient par courut et par ire Dieu hait tousiours qui est egent Il ne sainctist fors riche gent Le* poures sunt en toux pais Do Dieu et du munde hais Mais cest i très maire langage Quar nul na vers Dieu avantage5. •
i Historicat and descriptive Sketehe* of Jvranches and Ut vicinity, by M. Hairby, p. 161. — a Mss. du Mont Saint-Michel, a la bibliot. d' A Tranches. Poésies transcrites au nv# siècle par un moine du Mont Saint-Michel, J. Delaunay, prieur au Mont Dol.
Medietariam de ta Brouta in ter Jutteium et TUeuee.
(Charte de Savigny.) Richard de Saintray.
(Liste de ta Croisade du duc Robert,)
uilley représente un losange, oo plus rigoureusement un décagone irrégulier, coupé par le milieu, du nord au sud, par la route d'Avranches à Fougères. Cette commune
ment arbitraire et qu'elle a peu de limites naturelles. La vieille route de Saint-James accompagne en zigzags la ligne droite de la route actuelle. Il y a deux étangs assez considérables d'où sort le ruisseau du Gué-au-Râle. Le point culminant est la Butte-des-Quatre- Vents d'où Ton embrasse le cercle entier de l'horizon avec un paysage riche et varié , un des plus beaux points de vue de l'Avranchin Le second plateau est la Landede-Juilley, au pied de laquelle coule le ruisseau du Gué-au- Râle2, et sur laquelle on trouve la Valérianelle dentée. Au sud est le Bois-Rouland où eut lieu, au commencement de la Révolution , un vif engagement dans lequel les bleus furent
i Le véritable point culminant est la Butte des llauU-Vêpres, non lob de laquelle s'élevait la Croix des Vêpres, marquée dans Gasaini. — a Ratlut aquaticut.
complètement battus 1 , le village du Heumelet nous rappelle le ruisseau d'Hcume en Crollon, et parait offrir avec celui-ci l'altération do Ham et du Hamelet saxon. Trois villages portent un nom très -commun dans l'Avranchin, celui de Cbaney ou Chanier 2. Le ruisseau de Creuse-Rue , uni à celui du Bois-Rouland forme une fraction de limite au sud : les Moitiers nous rappellent un bien monacbal ou une métairie Le principal fief est le manoir de Saintrey , dont quelques bâtimens ruraux ont encore une certaine physionomie féodale : il est probable qu'il y a eu là un château-fort. Un seigneur de Saintrey , Richard, était à la croisade du duc Robert *. Selon Dumoulin , il portait d'hermine à un sautoir de gueules'. Marie de Saintrey devint dans le siècle dernier épouse de Bernard de la Biuolaie *. Juilley renferme encore un Mès, le Mès-Martin. Le Bas-Chanier était un fief des Montgommery, comme l'indique un titre de 1601 des archives du château de Ducey.
Le nom de Juilley signifie l'habitation de Jnhel , Ju/te/leium. Ce nom , essentiellement normand , commun dans le Domesday, sous la forme de JuheUus et Judheltus, est encore porté dans le pays. Un Johel « oriundus ex diœcesi Abrincensi » , se retira dans le xi* siècle dans le monastère des Biards , dont il devint abbé. La nomenclature de 1535 l'appelle Jutleittm1. Il y a en France une dizaine de Juilley.
i La force des bleus consistait surtout en trois compagnies d'Avrauchea, casernées dans l'église Saint-Martin, dans l'église Saint- Saturnin , et le château du Quesnoy. — a Probablement l'altération du mot chêne et ehesnaie. —3 Primitivement moilcrU, terre par moitié. — 4 Masseville, i« vol. — 5 A la fin de son Histoire de Normandie. Catalogue des S" de ta croisade du duc Robert et de G. de Bouillon.
6 M. Desrocbes, HUt. du Mont Saint-Michel, chap. ivm. — j Ap. M. Cousin, t Feodum Juetti de ntmore. • Il y a un Juilley en S t Laurent.
11 y a un grand nombre de Juitiac et de JmUy : tous ces mets signifient la même chose et ont la même origine.
L'église Saint-Martin-de-Juilley était sous le patronage de l'évêquc d'Avrancbes. Deux époques se réf èlent dans la construction de cette église, une troisième se laisse entrevoir. La première est le xviir siècle , qui a fait la tour et les fenêtres; la deuxième est le xvi", attesté par le bas-relief de saint Martin , les contreforts , le portail , la fenêtre orientale et la bordure des pignons ; la troisième est représentée par un antique et précieux objet , la tombe sculptée de la nef. Sa forme, qui est celle du cercueil, lui assigne une date assez reculée et son travail atteste le mii* siècle. Elle a un rebord saillant sur lequel sont les vestiges d'une légende illisible. La statue en bas-relief , d'un style éminemment chrétien , représente un personnage , les mains jointes , avec une robe ample et à plis raides et réguliers : deux cordes , comme deux disciplines sont jetées sur les épaules : elle est trèsosée par le frottement , car elle est encastrée dans l'allée de la nef. Nous croyons qu'elle représente un religieux , et pourrait bien avoir été apportée de l'abbaye voisine de Monlmorel1. Au xvi« siècle, outre les parties déjà indiquées, se rapporte une dalle tumulaire de 1583. Le bas-relief de saint Martin mérite une description. Il était dans le principe à la hauteur du maître-autel 3 : il a été malencontreusement encastré a l'extérieur dans le mur de la nef. C'est un grand médaillon ogival obtus représentant le patron lorsqu'il déchire son inan-
» Cette tombe a été esquissée. Cotte tombe antique, et notre rôle de déchiffreur d'épitaphes et d'effigies, nous rappellent le OldMortaRty de Walter Scott : « The armoriai bearîngg are defaced by ttmc, and a*few worn-out letters may be rend, at the pieamire of the decipbcrer. Dm Johan.... de llnmet, or Johan de Lamet. • Old MoritCiiy, chapter i«- — a Le curé qui le déplaça ne voulait pas dire la messe devant un cheval.
teaii poar en donner là moitié à un pauvre. Le mendiant estropié , appuyé sur une béquille , est no et placé derrière le cheval ; le saint porte le costume dn xvi« siècle , la toque p le manteau à l'espagnole , la dague au côté , le juste- au -corps serré par un ceinturon. Le buste du cavalier ne manque pas de vérité. Le cheval est enharnaché à la mode du temps ; il est lourd et bas sur ses jambes. Au xvm* appartient la tour , formant porche , terminée en coin , datée de 1737. Il reste une porte d'escalier de 1643. La nef a été refondue en 1724 : en y a mis d'anciennes fenêtres Dans la sacristie est une belle statue de saint Augustin, dont la crosse offre l'ogive du xiiï* .siècle : elle est lourde, mais les détails, la draperie , la mitre, les gants, la crosse sont assez bien traités. Elle vient de Montmorel , où elle devait tenir une des premières places , puisque cette abbaye était sous l'observance de saint Augustin1. Un vieux confessionnal porte un écusson en bois surmonté d'une crosse : c'est encore un débris de Montmorel a. Au maîtreautel sont deux reliefs médiocres , le Buisson ardent et le Sacrifice d'Abraham. Le devant est une peinture en végétation fantastique du siècle dernier. Ainsi cette église, assez pauvre comme architecture , offre des détails intéressans et des reliques d'une abbaye dont il ne reste presque rien 3.
Dans l'Impôt royal de 1522, l'église de Juilley fut taxée à 6 iiv. 10 s.* En 1648, l'église de Juilley avait 500 Ihr. de
i L'histoire de celle statue est assez singulière : on raconte qu'un ruiû de Juilley la gagna aux cartes à un abbé de Mon! moi cl. Elle se laissa porter jusqu'à la limite de Juilley, mais ne voulut pas aller plus loin* On imagina d'aller la chercher en procession : quand elle rit -la croix et ta bannière, cite consentit à s'expatrier. Les paroissiens de Juilley se prirent d'une grande passion pour la statue miraculeuse. «•» a On peut peut-être lire dans cet écusson la date de i534. 3 Les débris de Montmorcl ont été singulièrement éparpillés. Voir passim. — 4 Mss. de l'Assiette.
revenu *. En 1698 , elle valait encore 500 liv. La taille était de 1,122 liv. payées par 60 taxables. Le gentilhomme à cette époque était René Legrand , écuyer8. En 1764, Juilley, de la sergenterie de Saint-James, renfermait 110 feux9.
A la fin du XIF siècle , Àcbard , évêque d'Avranches , assistant aux derniers momens de Guillaume de Ducey , reçut de lui la confirmation des dons qu'il avait faits à Savigny , et promulgua une charte ; parmi les souscripteurs était Pierre de Juilley , doyen du chapitre d'Avranches , et au nombre des biens on remarque « medietariam terre de la Broissa inter Julleium et Tissues \ »
La croisade de l'aventureux Robert entraîna plusieurs seigneurs de l'Avranchin , au nombre desquels nous citerons entre autres Richard de Saintrey et Adam de Saint-Laurentde-Terregatte. A son retour, le duc Robert vint au Mont Saint- Michel remercier l'arcbange avec sa femme , la princesse italienne Sibylle. « Même septembre Rodbertus dux in Normarmiam venit et cum Sibylla conjuge sua Montem Sancti Michaelis archangelide periculo maris adiit. Ibi pro redxtu salvo de tongingua peregrinatùme egit *. »
i PouUti , p. 3. — a Mim. sur fa Cén. de Caen. — 3 Expilly, DU*, des Gaules. — 4 Chartrc du chartricr de Saint-Lo. Sia*e est une terre voisine de Juilley, eo Poilley. Achard 'descendait d'Acardus qui était a la -Conquête. H mourut en ndeur de sainteté en 1 17a « laissant, disent les auteurs des Recherches sur te Domesday, plusieurs ouvrages encore fort estimés aujourd'hui pour leur esprit de douceur et de véritable philosophie. » Tom. p. 49. — S Orderic Vital.
ttogerius de Mardi fcio mites pre tetvie animé mee et uxcris mee et antecttn*
votuntate Gervmtii mcijUii dedi Deo et Ab bâtie Savigneijut patronatus eccUêie quod mihi et antecessoribus mcU jure hcredilerio noscitur pertinere.
(Charte de Savigny. su« siècle.)
A commune de Marcilly , an milieu de laquelle celle de Saint-Osvin pousse une pointe , est divisée en deux parties par ce coin aigu et un vallon , de manière à présenter l'image de deux folioles insérées sur le même pétiole, ou d'une feuille échancrée. Le pétiole est formé par le Loir, Ligcr\ qui dessine encore le contour inférieur de la foliole orientale, bordée des deux autres côtés par le ruisseau du Moulin-du- Bois et celui du Manoir. Le ruisseau des Crettes , une ligne
i Ce nom de Loir» Lerre, Liger, si commun en France, est an mot celtique qui signifie ririère. L'arrondissement d'Arranches à loi seul renferme trois rivières de ce nom, Lerre, ou la rivière de Genêts, JLair, celle de la Chapelle-Hamelin , et Loir qui se jette à Ducey dans la Sélune. Fidèle à sa latinité fondée sur la vague ressemblance des sons, Bobert Genalts a appelé celle-ci du néologisme Oriut, Les titres portent Liger.
ué
idéale , et la route d'Avranches à Saint-HUaire bordent ta foliole occidentale: le ruisseau du Moulin-l'ÉTêqne ou de Digny se précipite dans le sinus formé par l'invasion de Saint- Osvin, et se jette dans Loir. Ses localités les plus intéressantes pour l'antiquaire et le philologue sont le Vaudoir , le Mes , le Mès-Robert, la Cour, Curtis* 3 le Chêne-ès-Fourmis , la Saudraie, l'Omet, le Pont-Grimaut d'oà une longue avenue1 se dirigeait vers la Planche-Jumelle.
Marcilly est latinisé dans les chartes en Marsitleivm et en Marcilliacum dans la Nomenclature de 1735. La terminaison iily, comme la terminaison gny et ey est paragogique et renferme l'idée d'habitation. Le radical de ce mot Marc ou Marci, qui est dans le Domesday, est peut-être le nom propre qui a formé le plus grand nombre d'expressions topographiques ».
Un Radulphus de Marci était à la Conquête : c'était un sous-tenant qui avait des possessions dans les comtés de Suffolk et d'Essex*. Comme il peut être revendiqué par Marcey, nous n'affirmerons pas qu'il soit parti de Marcilly. La première mention que nous connaissions d'un seigneur de Marcilly date de la fin du xr siècle , et se trouve dans une charte de Savigny. Roger de Marcilly , chevalier , donna à celte abbaye le patronage de l'église et la dlme de la paroisse , qu'il tenait de ses ancêtres.
• Rogeritts de Marcilleio miles eternam in Domino salutem. Noverit universitas vestra quo ego divine pietatis intuitu pro sainte anime mee et uxoris mee et antecessorum meorum et successorum assensu et voluntate Gervasii fiUi mei dedi Deo et abbatie Savignei cisterciensis ordinis et monachis ibidem Dco servientibus in puram et perpetuom etemosinam liberam et guietam jus patronatus ecclesie gnod
i Voir l'art, de CourliU. — a Marquée dans Cassini. — 3 II y a ea Franc* pins de cent Marcilly, Marcillé ou MarcilJac. Les Marci, Marcey , Matriae sont très-nombreux. — 4 Domctday Rwk.
mihi et antecessoribus meis jure hereditarw noscitur pertinere, videUcet jus presentationis eidem ecclesïe et amnes garbas decimi tocius parocfrie nkhil juris omninam eodem patronatumihiautheredibusmeitretinens. Quadsiqim*... »
Dans le siècle suivant, l'abbaye de Savigny fie l'abandon en faveur de Guillaume, évêque d'Avranches , de tout ce qu'elle avait ou pouvait avoir sur L'église de WarciHy. La charte de concession fut rendue par Richard, évêque de Coutanccs, principalement en ces termes : « Dlovcrit wiiversitas vestra abbatein Savignei cisterciensis ardinis nobis preseniibus dirnisisse in disposicione dominiW. Abr. episcopi totum jus quod ipse et domus Savignei habebant aitt habere poterant in ecclcsia de Marcilleio* » Roger de Marcilly consentit à l'abandon , à peu près dans les termes de sa charte de donation 3.
Guillaume, évêque d'Avranches, concéda à son tour uue partie de ses droits à son Chapitre , par la charte suivante :
« Noverit universitas vestra nos dédisse Capitula Abrincensi et in usus perpétuas in augmentum commune sue misericorditer concessisse duas partes decùnarum ecciesie de Marcilleio easque eidem Capitula in perpetutan sicut pernO' tatum est in usus proprios auctoritate episcopali confirmasse. Dilecti vero in Christo magister Hcnricus tune temporis decanus et CapituUtm Abrincense nobh tiberaliter concesserunt quod quinque anniversaria facient in decimis memoratis : itaque in anniversario felicis memarie Johannis quondam Abrincensis episcopi qui dédit maneriwn sancti Philiberti ecciesie Abrincensi percipient xx sot. tur. In anniversaria patris et matris nostre percipient xx sol. tur. Pro Johanne
i Insérée an C art nia ire de la cathédrale. — a Cartulaire de la cathédrale. ■ — 3 Cartulaire de la cathédrale. Ce même Cartulaire offre encore, an fol. 47< la charte de Roger et de l'abbé de Savigny, pour la cession à IVglUe de Saint-André.
fratrç nostro quondam magistro tcolarum x. toi. tur. Pro magistro Rûberto de Ponte quondam camore x. soL tur. Pro Berengeria regina uxore quondam régis Ricardi xx s. tur. Hac autem habebunt juxta consuetucUnem ecclesie Abrincensis per manum ejus qui communam Abrinc. servabit atque predicta anniversaria erunt in capitula Abrincensi celebrata, totumque residuum predictarwn decimarum, in mus communes applicabitur •...»
Le fils de Roger de Marcilly, Gémis, cité dans la charte paternelle, vécut dans la seconde moitié du xir siècle, et concéda aux moniales de l' Abbaye-Blanche de Alortain des droits sur ses moulins a. Il parait qu'il mourut sans enfans , car sa seigneurie de Marcilly passa à la fin de ce siècle à Rolland Avenel, qui vécut encore dans le premier quart du siècle suivant, et mourut en 1228. Il confirma au chapitre d'A~ vranches la donation de ses prédécesseurs par cette charte :
« Universis Rollandus Avenellus miles satutem in Domino, Noverit universitas vestra me ratam et gratam habere donationem et elemosinationem quam Rogerius de Marcillexo miles fecit in feodo meo abbati et monackis de Savigneio super jure patronatus ecclesie de Marcillcio quod jure hereditario possidebat. Quam donationcm et elemosinationem dicti patronatus memorati abbas et nwnachi postnwdo ecclesie Abr. contulerunt. Ergo nos Rollandus Avenellus pro sainte anime mee et antecessorum meorum utrique donationi et elemosina* tioni benevolum prebuimus assensum 3. »
i Livre Vert , fui. vj. Cette charte présente ud mot remarquable , communa, la commune. On sait que ce fut dans ce xu* siècle que commencèrent dans le nord de la France les concession! de commune faites par Louis-le-Gros aux villes. Le germe de la commune préexistait dans les cloîtres et les chapitres : aiosi , comme ou le voit, le chapitre d'Avranches est appelé à cette époque une commune. — a M. Desroches, Histoire du Mont Saint - Michel t chap. xu. — 3 Livre Vert. Catta charte renferme un mot peu commun tlemosinaiio. V. Ducang*.
Rotlaud Avenel eut pour fils aîné et successeur Guillaume Avenel , qui fut aussi seigneur de Marcilly : il mourut en 1258 , ue laissant que des filles , Guillemetie et Guillemine : ses biens furent divisés entre les Sotherel et les La Champagne. Au siècle suivant , nous trouvons un Nicolas de Marcilly sur le Nécrologe du Mont Saint-Michel auquel il avait donné 20 sous de rente. Dans le XVe siècle, Guillaume de Sotherel , qui avait réuni toute la baronnie des Biards ou des Avenel , fut dépossédé par le roi Henri v , qui la donna à Thomas Bonnet , et à la mort de celui-ci à Wilson. Pendaut ce temps-là , un seigneur de Marcilly, appelé François', était dans le Mont Saint- Michel qu'il défendait contre l'étranger. 11 rentra dans ses biens après l'expulsion des Anglais. Au xvu* siècle, nous trouvons le sieur de La Yarioière , seigneur de Marcilly , auquel succéda sa veuve a. Au commencement du siècle suivant , le seigneur était Hippolyte de Uosnivillain qui se noya a Avranches dans le puits de l'Hivet'. Ensuite Marcilly entra dans l'illustre famille des Camprond \ Le dernier Gamprond de Marcilly ne laissa que des filles , et le manoir seigneurial passa aux Grimbaut. Les Marcilly portent au champ de sable, à trois barres d'or horizontales 5.
Le château de ces seigneurs s'élève dans une charmante vallée , au bord d'un étang qui afflue daus le Loir. On reconnaît aisément deux époques dans ses constructions : du côté de la douve est une ancienne tour ronde , qui pourrait remonter au xnr ou xive siècle , et le reste appartient à la fin du gothique.
I Liste des 1 19. — a Màm. sur la Généralité de Caen. — 3 En i;ao: il tomba dans ce puits en revenant d'une soirée avec la maréchale d'£strées. Mss. de M. Cousin. Voir l'art. d'Avranches. — 4 Un Guillaume de Camprond est imposé à un droit de chaitUenie dans les Rôle* de l'ÉcMiquicr pour 1180, envers Geoffroy Duredent , pié?6t d'Avranchea : « De îVill. de Campo rotundo xx. li. de catall. » — a Lista d'armes des chevaliers défenseurs du Mont Saint-Michel.
C'est un charmant cb&telel de cette époque d'architecture éprise du charme des détails, des festons, des feuilles et des fleurs : c'est , dans l'arrondissement , avec Brion 1 , l'unique type d'architecture civile de cette transition qui conduit du gothique à la Renaissance , et dont l'année 1500 est la véritable date. Ce manoir du xvi* siècle n'est plus complet ; mais ce qui en reste est fort joli et fort gracieux. La base est eu talus ; le milieu est festonné d'une guirlande formée de deux câbles arrondis qui encadrent une fleur clans l'ellipse de leurs eutrelacs; le sommet est découpé par les accolades, les guirlandes et les pinacles de deux fenêtres. Sur cette façade se détache une tour hexagone appliquée , qui, est la partie la plus élégante et la plus ornée. Outre la grâce de sa pose f on remarque les sculptures de ses fenêtres. L'élégance de ce manoir se combine avec les souvenirs des chevaliers et des seigneurs dont nous venons de présenter la série , et à sa vue on ressent cette douce et forte impression que produit l'uuion de la poésie et de l'histoire 3.
L'église de Marcilly cache son humble et frêle clocher de bois au milieu des arbres, sur le flanc d'un coteau que baigne la petite rivière qui descend du village de Digny 3. Un if antique, dont le tronc ressemble à un faisceau d'arbres, couvre une des extrémités du cimetière et abrite une croix polygonale élégante , semée de ces bosses par lesquelles ou a voulu
i Voir l'art, de Geuêts. — a Le chAleau est éloigue de l'église de plus de deua kilomètres. On pourrait s'étonner de cet cloigoement. On raconte que l'église fut bâtie dans l'origine sur le même lieu que l'habitation seigneuriale ;mais le seigneur, géné par le bruit des clocbes et des chants religieux , la fît transporter de la vallée sur la montagne, dan» le lieu qu'elle occupe aujourd'hui. Le manoir de Marcilly a clé deasiné par un de nos élèves, M. V. B. — 5 Marcilly est cité dans le Guide pitiortsquê de Didut avec cette notule : Teinturerie, mégisserie. Département de la Manche, p. 18.
imiter les nœuds d'un tronc 4. Les tronçons ronds d'une croii antérieure sont épars dans le cimetière , souvenir de cette église du XI* siècle , que Roger de Marcrlly donna à l'abbaye de Savigny. L'église actuelle offre la disposition en croix; le chœur et les transepts sont récens : l'un d'eux date de 1823 , l'autre renferme une porte en accolade qui a été encastrée. La façade occidentale est assez ancienne : cette église n'avait que des porches latéraux , on vient d'y ouvrir un portail. La partie antique est la face septentrionale de la nef dont le porche ogival offre des caractères assez voisins do roman , surtout son coin intérieur. Un devant d'autel du xvm* siècle, dans lequel des anges parent de fleurs l'Agneau, une statue de saint Dents, un joli béuitier2, et un bas- relief représentant l'Embaumement et la Résurrection , assez grossier sous le rapport des formes, mais avec de jolis ornemens flamboyans», tels sont les principaux objets qu'offre l'intérieur. Nous devons ajouter les nombreuses pierres tombales , ou mutilées par le pic révolutionnaire ou usées par le frottement, quelques-unes avec l'antique formedu cercueil.
L'église Saint-Martin-de-MarcOly était à la présentation de l'évêque d'Avranches; il paraît cependant qu'il la partagea avec le chapitre , à. une certaine époque , car nous trouvons dans la Statistique de M. Foucault : « Marcilly , paroisse où il y a 166 familles et 1500 personnes. La veuve du sieur de La Varinière eu est dame , et l'évêque présente alternativement au bénéfice avec son chapitre , 1598 \ » En 1648 , elle ren-
1 Ce» vieux ir«, plu* durables que les pierres , datent généralciucot de la pëiiode romane, e.t sont, avec la croix roode, puur l'antiquaire qui aboide une églUe, la r> résoin pluiu de l'érection d'un édifice au xi«oii m* siècle. — a II a'éle desniné. — 5 Venu, dit-on, de- l'abbaye de Montmorcl. — 4 Mm. sur la Gin. Va Ctun.
dait M>0 Hv. • En 1 764 clic renfermait 203 feux \ Dans l'Impôt royal de 1522, Marcilly fut uxé à 12 liv. «
ette petite commune , pour le plan , forme une espèce
Qcs? de chevron ou de feuille cordiforme; pour le relief, elle offre principalement un plateau encadré par deux vallons , celui du Ruandel et celui du Manoir. Le ruisseau de Choiscl la sépare de Monigolbier et de l'arrondissement de Mortain ; une ligne presque idéale la limite du côté de la Boulouze , le Ruandel du côté de Saint-Osvin , le ruisseau du Manoir du côté de Marcilly. Comme les Chéris et Marcilly, cette commune a sa Cour*. La localité marécageuse du Souchet lire son nom des cyperus ou souchets qui s'y trouvent 5.
i Fouille, p. ~. L'évoque présente au bénéfice. — a Expilly, Diet. des G au Ici. Un cure de Marcilly, M. Daliguult, publia en 1800, avec M. L'IIeririttc, curé d'Avrancbcs, une lettre ou mémoire pour la défense des prêtre» assermentés. — 7t jfssictto pour le Roy. — 4 Voir GourliU. — S Peu de localile» ont des noms d'herbes : ici le Sviuhet, à Courlils, le Laicbat, à Saint Aubin-îles Piéaux, la Prèle (equisetum), au Luol , la Fraisière.
IS'igetlus ftliui liolerti débet xx to.
de Mulsnillo Oiscnne.
(Magnu.H Itotul. de Scaccario, ann. 11 Su.)
L'étymologie de Mesnil-Ozenne est évidente : la loi générale des appellations topographiqaes , l'union de l'idée de l'habitation et de celle du seigneur , ressort clairement de cette expression dont les deux élémens sont parfaitement détachés. Le nom d'Ozenne ne se trouve pas dans le Domesday , mais il est encore porté dans l'Avranchin. Aussi les étymologistes sont-ils d'accord sur son interprétation. Après les Rôles de l'Echiquier 1 et les chartes qui donnent MaùniUum Osserme, et le Registre des Synodes qui écrit Mesnil-Ozerme, Cenalis a dit Mansus Ozenne 2 , et le docteur Cousin Mansionile Ozaimi ou Manile Ozanni3. D'ailleurs le diocèse d'Avranches renferme beaucoup de localités aussi clairement dénommées : le Mesnil- Rainfray, le Mesnil -Bœufs, le Mesnil-Thébault, le Mesnil- Gilbert , le Mesnil- Adelée 4 , etc. Le diocèse de Coutances , où domine le synonyme de ville, en offre encore beaucoup rGrimesml* , Mesnil-Aubert , Mesnildrey • , Hudimesnil 7 , Mesnil- Bus8, -Yaudrimesnil, Neumesnil, Mesnil- G arnier , Mesnii- Hue f etc.
L'habitation du seigneur primitif , appelé Ossetme, s'élevait sans doute sur l'emplacement do manoir actuel , caché dans le pli profond d'un vallon du' bassin de la Sélune , baigné par le ruisseau qui fait la limite de cette commune et de Marcilly , au pied d'un coteau d'où l'on jouit d'une très-belle vue. Ce manoir, dont l'âge ne remonte guère au-delà d'une centaine d'années, reçoit une certaine physionomie féodale de ses deux tourelles. Les écuries et les murs du jardin sont . plus anciens °. Ce manoir avait une chapelle : on lit dans un
i Magni Rotuti de Scaccario, t(»m. p. 9. — a Hierarehia N tuttri*. — 3 Mss. - 4 Willelmu» AldeleU S. T., chef de la famille de Mesnil -Adelée, était à la Conquête. Add. Exon. Domesday. V. les Recherches sur te Domesday. — 5 Grisi Mesnilum, — 6 Drogonis Mesnitum. Voir l'art, de Mesnildrey. — - Eudi MesnUum. — 8 Mesnilum Buye, — tj Mais la plus grande antiquité est sans doute te niagniGque noyar qui est à l'entrée.
registre do l'évêché, a la date do 1665 : • Erection de la chapelle Saint-Roch-du-Mesnil-Ozenne... Erectùme et fundatione facta per nobilem virum de La Broize scutifierum donvimtm du ChasteUer de quadam capella prope manerium dicti domini du ChasteUer per suos predecessores extructa in parochia de Mcsnil-Ozenne '. • Ces expressions apprennent qne le sieur de La Broize relevait une. antique chapelle bâtie par ses ancêtres. Outre son manoir, cette commune renferme le Petit-Mesnil.
Une belle avenue , gravissant un coteau raidea, rattache le manoir à l'église : celle-ci s'élève sur le plateau , à l'extrémité d'un promontoire. Les parties primitives sont en petit nombre : ce sont les deux contreforts et la feneslrelle du côté du nord . et les quatre statuettes insérées dans le pignon occidental. Une d'elles surtout est une complète expression de l'idéal du Moyen-Age, la mortification de la chair. Au-dessus est une madone mutilée, à la couronne fleuronnée, plus raederne et plus élégante. Les pierres angulaires et la bordure prismatique du pignon occidental viennent ensuite dans l'ordre du temps, et avec la madone peuvent rappeler le xv# siècle. Le reste est assez récent : le portail porte la date de 17M , quoiqu'il semble plus vieux. Le clocher en bois a succédé à un campanier dont les vestiges sont anciens. L'intérieur est sans intérêt , si on excepte une niche trilobée. L'ancienne cuve baptismale est dans le cimetière
Cette église avait pour patron l'abbé de Montmorel , et en 1648 rendait 400 liv. 4
Le chef Ozenne, qui donna son nom à celte paroisse , n'a laissé que son nom comme souvenir historique. La série des seigneurs d'une localité peu importante serait assez difficile à
t Ponds de Saiat-Gcrraia. — s Marquée dan» Cassini. — 3 A l'angle du cimetière est une maiton d'école , qu'on appelle la Frarie. — 4 PouiHé, p. 9.
retrouver. En 1180, Néel, fils de Robert, sénéchal de Mottaio, rendait compte de 20 liv. pour Mesnil-Ozenne : « iVigeltus (Mus Roberrir. ep. de xxsa. de MaisnilLo Osscnne \ ■ La seigneurie passa dans la famille de La Broize : elle y était au commencement do xv* siècle; car le roi d'Angleterre confirma Pierre de La Broize qui rendit aveu de ses biens l'a» vu du règne, et il fut mandé aux bailly de Constantin et vicomte d'Avranches laisser jouir 3. Au XVIIe siècle , Julien de La Broize était seigneur de Mesnil-Ozenne. En 1698 , c'étaient ses héritiers. Plus lard la terre seigneuriale est passée aux Saint-Léger 3.
Dans l'Impôt royal de 1522, Mesnil-Ozenne paya 100 sous. En 1698, cette paroisse comptait 75 familles et 300 âmes*. En 1764, il y avait 85 feux».
i liotuti de Scaccario. Stapleton, tom. i", p. 9. — a Registre des Dont, etc., par Charles Vaulicr, p. i53.— 3 M cm. sur ta Gin, de Caen. — 4 Bfim. sur ta Gin. de Caen, — 5 Expilly, Dict, de» Gaules,
Parrochia quœ Pot Ici dicitur ad fontem Orgutntati,
(Cartutaire du Mont Saint-Michel.)
Poillay on est le fort de mon natal manoir, Terroir que favorât la déesse blêtière, Le bon père vineux, et la nymphe fruitière, Terroir qui est l'honneur du païs A vranchoit,
(Vithl.)
W. de Ducceio canonicis JUoniUmorelU dêdi et concessi et omnmô dimisi in manu domini Hic. Abr. episcopi, etc.
(Charte de Montmorel.)
;oille;y a des limites assez naturelles : partout , excepté à l'ouest , cette commune est bornée par des cours d'eau, surtout par la Sélune qui se contourne en mille sinuosités et forme toute la limite orientale , ensuite par le Beuvron et un«petii affluent , le ruisseau du Gué-au-Ràle. Du coté de Juilley et de Pontaubault , ses limites sont à peu près arbitraires. La forme générale est un arc dont la Sélune forme la courbe : cette courbe est une belle et fraîche vallée , baignée par des eaux lentes et transparentes , bordées de prairies et de vergers — uda mobiUbus pomaria rivis *. — C'est à la limite
i Hor. Odes , h>. i".
de Poilley et de Pootaobaolt qao la Sélune a proprement son embouchure , et comme la Seine , semblant abandonner à regret ses belles campagnes, elle multiplie ses sinuosités en se rapprochant des grèves qui doivent l'absorber , et forme ses nombreuses presqu'îles, ou holmes, nom qui sert d'affixe aux deux dernières localités qu'elle arrose, Poilley-sur-le-Homme, et Saint-Quenlin-sur-le-Hommc. En outre , le ruisseau le Homme et le ruisseau Foucaut , le vieil dieu Foucault, comme l'appelle un poète né sur ses bords, baignent cette commune et se jettent dans la Sélune.
La Sélune sort du bois de Sélune , à quatre lieues d'Àvranches — oritur in silva Senuna, — 1er bois de Sélune , — quatuor leugis ab Jngena dùtanti*, — ou plutôt c'est en cet cudroit qu'elle entre dans l'arrondissement. Elle y forme les deux grandes presqu'îles de Ducey et de Poilley , entre en grève à Pontaubault, et rencontre la mer généralement sous le cap de Courlils. Son synonyme est Ardéc , le nom d'un de ses affl uens. C'est la 2i)voocvot de Ptolemée , la Senuna des chartes3 et des poètes3 : c'est encore par abréviation la Seine ou Setna* ; en6n , c'est YArduus de Raoul Glaner» et du Gallia Christiana,
Les localités de Poilley , intéressantes par leurs noms ou les souvenirs , sont le village de Lentilles , consacré par une charte et par la naissance du poète Jean de yitel , le Châteltier, nom remarquable , mais la tradition ou des vestiges ne semblent pas légitimer les idées qu'il réveille ; Sisse , probablement désigné dans une charte sous le nom de Tessues e ; le ffef des
i Adrien de Valois. Notitia GatCuo. - » Voir l'Introd. du Cariai, du Mont Saint-Michel. — 3 Sevam Senunamque pisciftrot amnes. G. Brit. Ptiilippidos. Lib. ti. — 4 Dumoulin, Histoire do Normandie. — 5 Voir l'art, de Gourtib. — 6 Mtdiotariam de la Brouta Inter Jmltêiam et Tenues, Charte de Savigny.
Jardins , cehii do Homme * ; les moulins de Caquerel et de Quincampoix \
Le nom de Poillcy nous semble dériver d'un nom d'homme, c'«st -à-dire , selon la règle générale , du nom d'un chef normand. Poilgi est le nom d'un sous-tenant, cilé dans le Domesday : Poilgeium, Poilleium, Poillcy, semble être l'itinéraire naturel , et le nom de cette commune signifie l'habitation de Poilgi. Si celte transformation semblait étrange , nous poumons la confirmer par un exemple authentique. L'illustre famille d'Ouilly tire son nom d'Oilgi, son chef, qui était à la Conquête : « Robert d'Ouilly, dit M. Le ProYOSt', reçut des manoirs dans huit comtés. Les Oilgi se sont appelés les seigneurs d'Oiley en Angleterre , et leur postérité existe encore dans les barounies d'Oiley \ •
i Voir plus loin. — i Le premier de ces noms est une onomatopée; le second est trop répandu pour ne pas être un nom commun. Le nom de la Quinquengrogne, titre d'un roman projeté d'un célèbre écrivain, nous a mis sur la voie de son origine. Ce mol était l'inscription fière et provoquante ( qui qu'en grogne ) qu'on mettait sur les bastilles et les écus au Moyen-Age. Le nom de Quincampoix, que la rue oli habitait Law a rendu célibre, signifie qui qu'en peste. C'est le sens que lui donne Roquefort, qui en fait l'étymologie du nom de celte rue. It faut donc voir dans ce mot une expression de déO et de rivalité, généralement appliquée aux moulins, car, dans le département de la Manche, il y a plusieurs moulins de Quincampoix r nous en citerons un à Cherbourg, un à Saint-Maurice, un autre à Sainte-Geneviève. A propos de ce nom de moulin on peut en citer d'autres de l'Avranchin assez intéressans ; Caquerel , assex commun , la Ramée à la Chapellellamelin, Belval a Chereocé-le-Héron , Val-Joie à Mont-Joie, Bameulière à Précey, la Conscience à Sartilly , Claquercl a Sartilly. — 3 Notes du Roman de Rou. — 4 Nous avons déjà fait allusion à la fantasquo étymologie de Robert Cenalis sur Poilley, la voici tout entière : • Kee procut bine titum eut oppidulum , Polley, quod pultmtieum fortan non abiurdè dixerii A puUit alendit. • Hier. Neostrian t. i. Î7
Le nom de cette commune soulève* une question que n'a pu résoudre le savant auteur des Essais historiques sur les Bardes, Jongleurs et Trouvères, M. de La Rue*. Un trouvère du xi r siècle, moine au Mont Saint-Michel, G. de Saint-Pair, a décrit , daus son Roman du Mont Saint-Michel , l'histoire et le site de son monastère , et , faisant allusion à la forêt qui nfofain.it, a composé le, wssuivans:
Dessous Avrancbes vers Bretaigne Qui tous temps fut terre gi if aine Ert la furet de Quokelunde Duut grant parole est par le munde ; Ceu qui or est mer et areine Bo icels tems ert forest pleine De mainte riche venaison, *I«s«r il noet le poisson.
* Dune peast un peu très bien aler
Ni eslu ja craindre la mer, D'Avranches dreit a Poelet
A la cité de tlidolet.
Cette cité de Tlidolet paraît être Dol , selon M. de la Rue ; «nais qu'est-ce que Poelet ? il l'appelle un lieu inconnu. Il nous semble que le Cartulaire du Mont Saint-Michel indique parfaitement cette localité. Il s'agit , non pas du Poilley de Normandie , mais d'une localité de Bretagne , qui devait être bien connue au monastère et presque personnifier la province elle-même , car «lie appartenait à ses religieux. Un duc de Bretagne leur donna Pooheleth — « in regione Britannia quee vocatur Pooheleth \ » Ailleurs on trouve Carta de ecclesiis de Pooleth « in territorio quod vocatur Pooleth , » et à la marge : Donation de Polley par Alain , duc de Bretagne. Ailleurs encore : Carta de Villamers et Poillei.... ecclesiam
* Tom, 11. — a Cartulaire , foU S7.
de Poillei , confirmé par Mainus , évêque de Rennes. Le Poilley de Bretagne esl donc bien le Poelet du trouvère.
Une fontaine de Poilley, appelée Ôrguenlale , est citée dans une charte du xu# siècle , laquelle respire une douce et naïve religion : « Ego Ranulfus , Dei miser atione comptmetus atque permotus qui quem vult indurat et ctti placet tniseretur, do très acras terre in parrochia quœ Poltei dicitur ad Fontem Orgnentali.,.. anmterunt monachi ut si aliquando contigerit nos cul Montera Sancti Michaelis gratta orationum semel in artno pergere de suis beneficiis nos ut fratres suos honorificabunt videlicet de pane et potu nobis caritateni mittentes •
Poilley est une des communes les plus importantes du cercle que nous essayons de parcourir : elle offre trois choses principales, son église, son poète, son abbaye. L'église nous appelle d'abord.
Trois époques se révèlent sur ses murs , le xnr siècle dans le portail et un contrefort du chœur , le xvr dans la fenêtre orientale , le xviir dans le reste. Ce portail élégant , à deux colonnettes élevées , semble , par l'affaissement d'un côté de son arc , avoir été replacé dans l'agrandissement de l'édifice primitif. La fenêtre orientale flamboyante est belle : elle pénètre un pignon à larges dalles, surmonté de deux gargouilles et de crosses végétales , appuyé sur une base à moulures arrondies. Divisée en trois lancettes trilobées , avec trois cœurs dans le tympan , elle encadre un vitrail d'un bon dessin , mais d'un coloris terne. Quoique mutilée , cette vitre montre encore une Crucifixion , avec la Vierge au pied de la croix , et deux pieds qui doivent être ceux de saint Jean. Elle est masquée par un retable , venu de Montmorel , qui est une assez bonne copie de la Descente de croix de Lebrun. Sur ce pignon sont gravées, l'une en creux et l'autre en relief, deux inscriptions :
i CartuUire , fol. j5.
Ad leetoret tetraslycfcon.
MU!» êt quingenti a Domino trigentaque lapte»
Anni aderaot , factutn cùm fuit istud opii». A Stepliano Muntis dnroto ribbale Moreîli *
Prima fuère quïdem sata locala stoiiil.
L'autre inscription est celle de l'architecte : « L'an quinze cent trente sept le deux jnillctpar Piquoys fut ce pignon hault -élevé. • Les deux distiques sont séparés par une crosse. La sacristie , qui est voûtée, offre un singulier anachronisme : ce sont deux assises en opus spicatum, qui , toutefois, ne tromperont pas l'antiquaire. Les transepts , la nef ont été faits en même temps, en 1735 , par le Noir, masson.
L'intérieur offre des objets intéressaas. Lesfonls sont d'une forme peu commune et ressemblent à un tombeau : c'est un teau monolithe brodé d'un cordon vers le bord supérieur. Le •merrain est découpé en une arcature trilobée ou en demi- -cercle formant entrelacs. Une statuette de saint Biaise nous rappelle la chapelle ou l'ermitage du boisd'Ardenne, occupé par on moine de Siontmorel*, et une tradition d'après laquelle elle fut jetée dans on gué de la Sélune qui a gardé son nom, <par un moine aliéné. Mais l'objet principal est le bas-relief peint, venu de Montmorel, appelé dans le pays la Judée, et représentant la Passion en six scènes ou compartimens ; le Jardin des Oliviers, la Flagellation, le Portement, la Crucifixion, la Résurrection , les Limbes. On retrouve la tes anachroniques du XVIe siècle : les soldats sont bardés de panoplies ; saint Jean , avec la chevelure ronde , un livre et l'escarcelle , ressemble à un clerc de l'université , le bourreau est en juste-au-corps, la Vierge est habillée en châtelaine, Malchus
i Etienne m te Bellay. — s Dam une cWte du Mont Saint-Michel noua trouTona la signature de G. mena chat d§ JrdfM. Peut-être «'agitil de l'abbaye d'Àrdeiue , près de Caen,
40fr
tient Km oreille dans une altitude grotesque. La scène dea Limbes offre un grand luxe de dénions : le Christ retire Adam et Eve d'une gueule énorme , armée de dents aiguës. D'un coup de croix , il terrasse un diable, vert et écaillé comme un lézard. Quelques expansions végétales ornent la frise
La croix du cimetière, au moins la base, ornée de coquilles et de fleurs de lis , est de 1605. Un des écbaliers est flanqué de deux bases de colonnes , hiéroglyphées de croix de Sainte André et de Jérusalem2.
L'église de Saint-Martinde-PoiHey fut donnée au xir sièd* a Montmorel par Rualein du Homme.
Le curé ou prieur de Poilley était un religieux de l'abbaye do Montmorel à laquelle l'église appartenait, et il était tenu d'assister aux Synodes diocésains 3. En 1668 , elle rendait 500 liv.4 En 1698 , elle rendait la même somme et avait deux prêtres. La taille était de 2,096 liv., et il y avait dans la paroisse 280 feux5.
Une illustre famille tire son nom du Homme ou Bolme de Poilley, traversé par la rivière du Homme, où se trouvait une habitation appelée le Homme. Les du Homme — de Mulmo — furent les bienfaiteurs du monastère de Montmorel , et disputèrent aux Subliguy le titre de fondateurs. Jean de Vitel avait recueilli la tradition du château du Homme :
Et puis en ce Talion
Sur puissant* fondements haussa un bastiun Que dès lor» il nomma la Coi tresse du Homme.
i La Judée a été peinte par M. Lecerf. La crois de procession mérite quelque attention, à cause d'un vieux saint Martin appliqué «ur son croisillon. — % Semblable à une base gothique qui est dans la coor du Musée d'Avranchcs et qu'on a prise pour une base anliquv. — 3 Prior dé PoilUyo. tyn. Abr. ap, Dom Bcssin. — {Pouilti, page 4. — 5 Mm. sur tu Gén, d§ Ca*n+
Mais le Tans , ô rigueur ! qui tout mine et consomme En a bouleversé jusque» aux fondements ».
Mais la terre du Homme existe encore : c'était , au xvr siècle , un fief de haubert , soumis a une curieuse redevance envers l'évôque du diocèse : « Les possesseurs de ce fief doibvent à l'acquit de l'évcsque le service d'un chevalier , quand les services d'ost sont faicts , et doibvent , quand les êvesques font leur entrée , les conduire à pied dans l'église de Saint-Cervais jusqu'à celle de Saint-André , et les servir à dîner et leur donner à boire dans leur coupe , et ont après le dîner laditte coupe a. <•
11 serait difficile d'établir, d'après les documens historiques, la série de la famille du Homme. Nous citerons seulement quelques membres de cette famille et quelques nobles de cette commune, plutôt comme matériaux que comme histoire*. Vers 1150 , Ruallem du Homme , de Hulmo x fut le premier bienfaiteur de Montmorcl4. Philippe du Homme assista à l'investiture du premier abbé vers 11 70. En 1180, G. du Homme était connétable. Guillaume iv du Homme fut abbé de MontmoreldepuiBl406 jusqu'à 1M1 : il rendit hommage au roi d'Angleterre5.
Comme bienfaiteurs , les du Homme eurent pendant plusieurs siècles leur sépulture dans l'abbaye de Montmorcl. En 1560 , Montfaut trouva nobles à Poilley Richard du Plessis et Robert des Jardins , et non noble Jean -Le Gay 6. Un Mainus de Poilley est souscrit à une charte ile Huynes du xng siècle
i Prinse du Mont Saint -Michel. Vitel donne aux du Homme la plus glorieuse origine : leur ancêtre s'appela l'Homme par excellence.
— a Aveu de Rob. Cenalis. Ap. M. Cousin. — 3 On comprend qu'il serait difficile, pour ne pas dire impossible, d'établir les ligne* seigneuriales d'après les duc u métis historiques. Nous Taisons cette remarque pour expliquer lus lacunes nécessaires qui se trouvent et se trouveront dans nos successions nobiliaires. — £ G allia Chrisliana, Neustria Pu».
— 5 Regitlrccfes Dons. —6 Recherche de Montrant.
dan* le Cartulaire du Mont Saint-Michel <. Vers le milieu du xvr siècle, Jean du Bois, sieur de Poiliey, souscrivit à l'Aveu de Robert Cenalis. Eu 16&7, le seigneur de Poiliey était François du Bois , écuyer *. En 1698 , il n'y avait à Poiliey d'autres personnes appartenant à la noblesse que la veuve du sieur de Campront , écuyer , et son fils ».
Le village de Lentilles offre un double intérêt : il est mentionné dans une ancienne charte du Mont Saint-Michel , et ii fut au xvt* siècle le berceau du poète Jean de Vitel. Nous citerons d'abord la charte et nous essaierons l'étude biographique et littéraire du poète de Lentilles.
« Carta de Lentilleis. In nomine Patrir... Ego Rotbtus de Apenticio* sancti MichaeUs pelcns lumina in firmitatem* monachorum eorum concessu cum uxore mea Maria, et liamelino meo filio entravi. Quam ob rem ego pro met et pro antecessorum meorum animabus dedi sancto Michaeli et ibi Deo servientibus decimam quam ego Itabeo in villa quœ dicilur Lentilleis , concedentibus uxore mea et filiù meis. Jeta est hœc donatio ab incarnatione Domini M, nonagesimo nom indict. septimâ. Hujus meœ donationis testes sunt : signum ipsius Rotbti. Signum ejus uxoris S. Hamelini plii ejus. S. Guillmi Teobti. S. Richard* de Tuschueio. S. Guillmi filii Radulfi. S, Hugonïs, notwn sit omnibus quod monachi tnichi ob hoc concesserunt et uxori et filiis sepiUturam in monte •. *
A Lentilles est né, en 1560, Jean de Vitel, poète avranchois.
Le lieu de son berceau fut le manoir de Lentilles , près duquel est encore la Croix-Vilel , et que baigne le ruisseau Foucaut , divinisé et chanté par lui. Il nous donne lui-même ces détails locaux :
1 Fol. 96. — a M«s. de M. Cousin. — 3 Ofém. sur la Gin. de Caen. — 4 L'Appeati* e*t à la fois le nom d'une commune de l'arroiidiMement de Morlain et d'un village de Poiliey. — 5 Firmitat, forteitwe, d'où la Ferté. — 6 Cartulaire du Mont Saint-Michel.
Le sautelant troupeau tfes Dryades gentille»
Qui cardaient • au frais de» grands bois de Lentille»*,
Mauoir qui fut mon bers
Le vieil dieu Foucaut à la barbe hérissée , Ce bon dieu qui souvent de «on cryslal coulant fieoin rescon for toit mon poulmon pantelant, Lorsque je mesgarois sous les fresches ramée» A poursuivir au trac le9 muses bien ajraées.
Poète seulement quand il écrit sous l'impression des sentimens personnels et des souvenirs, Vitel n'a de vraie valeur que dans l'histoire et la topographie locale dont il a illustré quelques particularités; mais, dans l'histoire littéraire nationale , il mérite une place comme ayant porté aussi loin que personne l'idéal de son époque , l'imitation littérale de l'antiquité. Plus que personne de l'école de Ronsard 3, il a fait parler la muse en latin. Une étude philologique de ses poésies, de ses composés , de ses emprunts , de ses formes , dépasserait le cadre étroit dans lequel nous sommes forcé de renfermer ce personnage , mais servirait à l'histoire de la langue et d'une école qui a outré son principe , mais qui a beaucoup ajouté aux mots et aux formes de la langue. Quelques citations suffiront pour caractériser sa manière et épuiser ce point de vue.
L'emprunt littéral lui a fourni un grand nombre de vocables. Le Haut-Tonuant (altitonarts) , le Bien-Astré, Y obscur des bois (obsettra sybarum), le blanchissant honneur de son pudique sein (niteiu honor), baller d'un pied nombreux*, les
i Nous avons perdu ce joli mot , thonier en dansant : les Anglais l'ont gardé comme substantif et comme vcibe. — a Les grands boit de Lentilles sont tombés. Le manoir a presque disparu : il n'y a plus que quelques portes cintrées, et , dans une étable, une immense cheminée du zvi* siècle. — 5 Pour Vitel, Ronsard est le divin Fendômou. — 4 Montaigne , qui Gt son style latin , comme Rabelais faisait le sien grec , s'est serri de cette expression i • In untenee prctsU an pied nmbrtax de ta poésie. •
chèvre-pieds (capripedes) , les Satyres , etc. Les terminaisons, ce caractère essentiel d'une langue , sont latinisées : le Mont Saint-Michel est le Mont Tombean, ses grèves deviennent les tombeanes arènes , le glaive de de Vicques, seigneur de l'Ile Manière , devient l'estoc Vicquean, etc. Les périphrases sont latines : le chien trois fois têtu, la déesse Dletière, le père vineux, les célestes bourgeois (cœUcoUt), le chien portier, Y aveugle contrée (l'enfer, cœca régna), etc. Voici la contraction antique : les navires fuitifs de la riche Pomone, la . Fortresse, et cet hémistiche, les sablons de Tomblaine. Yoici l'épithète oiseuse des Latins et des Grecs :
Un Deraosthène greo , un Ciceron romain. Aptes avoir quitté Vistule polonoii.
La mythologie se mêle aux idées chrétiennes , fusion bizarre dont quelques bons poètes se sont rendus coupables. Si Voltaire a dit :
Déjà Tange des mers sur le sein d'Arapbilrite ,
Vite! associe Morphée et saint Aubert :
M orphée lui feist voir en habit vénérable Tout mitré , tout crossé et en barbe honorable Le sainçt évesque Aubert....
Quant aux idées, elles sont généralement empruntées à l'antiquité. Le poème de la Prinse du Mont Saint-Michel est un canevas versifié dans lequel il a introduit toutes les machines poétiques : il y a un Bouclier , des Adieux , un Dénombrement , des Généalogies , des substantifs grecs incarnés , des Thrason , des Phantase, des Polydendron 1 , des person-
t Polydendron est le nom poétique d'Avranchcs : cette expression représente l'étymologie de Robert Cenalis. 11 parait que les poète» s« sont plu à lui faire des noms fantastiques : Robert Wace l'appelle Ausonta : Et Rotm out nun Rotoma , et Avrtnche* Autonia. Rom. de Rou. V. 5ao6. Il a été altéré, jusqu'en Bricalim. Voir A Tranche».
ntficaiions sans uombre, et an grand laie de dieux, de déesses, de nymphes , clc.
Après avoir caractérisé Vitel quant à sa manière ef à son rôle dans la littérature générale, esquissons sa biographie dont les éléraeus se trouvent dans ses vers. Gomme le cœur est la véritable muse , ces passages personnels sont aussi les plus poétiques.
Vitel naquit à Poilley 1 , au village de Lentaies *, en 1560 » r de parens nobles , seigneurs de Lentilles , villa quœ dicitur Lentitleis \ Le lieu de sa naissance , un des plus beaux de r Avrancbin , nature éminemment pastorale et riante , était très-propre à former l'âme à la poésie , et réclame sans doute une part de ces peintures champêtres dans lesquelles il s'est complu. Devenu orphelin , Vitel reçut son éducation de son oncle , curé de Granvillc5, qui lui apprit l'art delà versification. Deux de ses parens dormaient dans L'église d'Avranches; ce qui fait supposer qu'ils étaient prêtres ou d'un rang élevé. Il eut deux frères : le jeune , qui voyagea beaucoup pour son temps • , qui prenait déjà place parmi les bons esprits, mourut à Paris, en son beau may ; l'autre , sur lequel s'appuyait son avril nouveau, mourut près du Thabor et Vilaine, c!est~à-dire ï Rennes. Ainsi Jean de Vitel , le second des trois enfans , resta seul sur la mer de la vie. Cet isolement attrista son cœur , et lui inspira quelques poétiques plaintes. Ce sentiment et l'amour du pays natal sont les deux sources vraies de sa poésie. Nous ignorons si Vitel aima ; l'amour , cette autre muse , est absent de ses vers. Il semble pourtant le dire7 ; mais c'est une
i Poilfay , où est te fort de mon natal manoir. — a Manoir oh fut mon bers. — 5 Voir la judicieuse Notice de -M. Boyssou sur Jean de Vitel. Bulletins de la Société d'Archéologie, p. 44» — 4 Cartulatre du Mont Saint-Michel. — * 5 Qui me guidait chez le saint ectur nonain. — 6 II vit Rome, Naptes, l'Allemagne, le Danemarck et l'Espagne. Dise, à Messieurs d'Avranches. — y Dans «n de ses Discours.
vague allusion qui ne peut prévaloir contre la signification générale de ses poésies. Loin de son pays natal , il jurait même qu'il ne se marierait qu'aux lieux de son berceau. Retiré à Condac, en Poitou , il y jouit de l'amitié d'un gentilhomme angevin , qui fortifia son goût pour la poésie. Il passa au moins trente-quatre mois à Rennes , entre les murs renais , où il étudia la poésie latine sous Symon Samson , homme docte et prudent , auquel il dédia plus tard une ode. De là il alla à Paris, où il étudia en théologie sous maître Mauclerc , auquel il adressa une de ses premières odes , comme on offre aux dieux des moissons la première javelle. On le voit encore songeant à la carrière du barreau , aux saintes bistitutes. Toutes ces tendances révèlent dans Vitel un homme qui ne sait se fixer , et que la poésie ne sollicite guère plus qu'autre chose. En 1588 , il publia les Premiers Exercices poétiques par Jean de Vitel, avranchois*. Il avait reçu des félicitations en toutes langues , qui figurent en tête de ces poésies, dont le titre annonce que , dans l'esprit de l'auteur , elles n'étaient qu'un commencement2. Ce qui frappe en lisant ses poésies , c'est le grand nombre de patrons distingués auxquels se recommandait notre poète. Quelques-uns sont des hommes trèshaut placés. L'Hymne à Pallas est dédiée au cardinal de Vendôme. On s'imaginerait à ce titre que , sous une forme païenne , le poète a chanté la sagesse chrétienne personnifiée dans un
i Contenant l'Hymue à Pallas, la Piinse du Mont Saint-Michel , l'imitation de deux Idylles du grec de Théocrile, Discours, Eglogucs, Odes, Élégies, Tombeaux. A très-illustre et révéïendisshnc prélat Monseigneur Charles de Bourbon, cardinal de Yaudosme, archevesque désigné de Rouen. A Paris de l'imprimerie de Pierre Huy, demeurant a la cour d*Albrct, près Saiut-Hylaire. i588. — i II annonce dans sou livre des ouvrages qui ne parurent pas. Une de ces Epi gramme* , dan» le sens antique, est eu jolis vers grecs. L'usage , plus que la modestie , autorisait ces éloges personnels.
prélat ; mais l'ode est tello que Piodare l'aurait pu concevoir en l'adressant au grand-prêtre du Parthenon i c'est L'histoire de la chaste et docte déesse. Si l'antiquaire et le philologue peuvent y glaner quelque chose , le critique y cherche en vain un vers chaleureux , un mot pittoresque , une émotion poétique 4. La Prime du Mont Saint-Michel est le poème le plusconsidérable de Vitel f et aussi le plus rempli d'histoire et de topographie locales. Il est dédié à son héros , de Vicques ,. seigneur de l'Ile Manière. Ce poème est une imitation complète de l'antiquité , et une réunion de machines poétiques ; mais il y a quelquefois de l'intérêt, de bonnes traductions % des vers heureux , et de curieuses descriptions locales. C'est la. mise en vers de la délivrance par de Vicques du Mont Saint- Michel , pris en 1577 par un protestaut appelé de Touchet 3, qui s'était introduit avec ses hommes sous le costume de pèlerins. Le Discours d'un Songe est dédié à M» de Saint-Germain » abbé de CbaKs. Les Élégies ont un plus grand caractère de vérité que les autres poésies , parce qu'elles sont écrites sous l'impression des sentimens personnels. Cependant , il ne faudrait pas y chercher les souffrances morales et sociales du poète, les luttes de l'idéal et de la réalité ; c'est la plainte d'un homme qui cherche une position sociale , le bien-être , le repos , qui hésite entre le droit et la théologie * la poésie ou toute autre carrière, qui sollicite des patrons, etc. VEclogue dressée sur l'accueil de François Pericard est un dialogue entre trois bergers sur les malheurs du temps4. Les Odes sont sans inspiration , les Tombeaux sans tristesse. Le Discours à
i Rien de plus applicable à l'Hymne de Pallas qtieTmvtfa Nhurva. — a 11 y a une intéressante imitation de* adieux d'Hector et d'Andro* maque. — 3 Désigné dan» le poème sous le nom de Tbrason. — 4 Michau et Hirelot. Avranchin, bonne figure rustique, leur apprend que Pan a eu pitié de la bonne Andrine (la cathédrale dédiée à saint Âpdré) , et qu'il lui a envoyé le grand Pêrieardin.
Messieurs d'Avranchcs, en l'absence de mérite poétique, « un très-grand intérêt local «. Les dédicaces s'adressent a des hommes tels que le président de Oarlay, le président Brisson, Louis de Brezay, évêque de Meaux, etc. On ignore la date de la mort de Vite!.
Cependant , en cherchant bien , on peut trouver dans Vitcl quelques passages qui ne manquent ni de sensibilité ni d'éclat. Comme contre-partie de toute critique , nous citerons quelques vers heureux :
Je prise plus cent fois le rameau triomphal
Dont le prince aux crins d'or ses courtisans guerdoone,
Que d'un luisant saphyr le lustre oriental
Dont flamboyé des rois la superbe couronne9.
Les vers cités sur Lentilles sont assez gracieux , les Adieux de de Vicques et de sa femme ne manquent ni de sentiment ni de couleur. La naïveté gauloise a presque disparu a l'époquo ûe Vilel ; cependant le portrait d'Avranchin ne manque pas de vérité : il peut figurer ici comme exemple poétique et illustration locale:
Mais qui est ce berger au meillieu de la pleine , Qui court si fort quil semble avoir perdu l'haleine f N'est-ce pas Avranchin? A voir son chalumeau, Son gros m a* tin Pataut, ses guestres, son chapeau
i Voir passim dans notre livre les citations de Jean de Vite!. — * Vitel a eu les honneurs de plusieurs Notices. Outre celle de M. Boyssou , nous citerons celle de Philippoo de la Magdetaine qui a dit que ses vers sont pleins de poésie. Dict. hist. des Poètes français , celle de Gouget, dans la Bibliothèque française, un* vol., et celle de M. Weiss, dans la Biographie universelle. Tous ces critiques l'ont traité favorablement. Ce dernier dit qu'il y a de l'invention dans sa Prinse du Mont Saint-Michel. C'est le deruier mérite que l'on puisse trouver dans ce pastiche de l'Iliade.
P« moelle de jonc, sa large panetière ,
Sa Itoufotte , son arc , ta fronde et sa louvière ,
C'est Avranchin, c'est luy, ce bon vieillard grison,
Ce bon père chevrier, qui en toute saison
Ne.st jamais desgarny de laict ny de fourmage ,
Qui a dix- gros troupeaux paissans dans «on herbage,
Ce vieillard qui nous a enseigné comme il fault
Dun accord et dun ton ore bas , ore hault
Sonner de nos bourdons. ......... 1
La cathédrale se posait sur les hauteurs, l'église sur le flanc des montagnes et des coteaux , le monastère s'abritait dans le calme et le silence des vallées : ainsi dans l'Avranchin , la cathédrale de Saint-André, les églises rurales, et trois abbayes, Savigny , Montmorel et la Luzerne : le Mont Saint-Michel est une merveille et par conséquent une exception. Dans une vallée profonde , fraîche et isolée , où les eaux ont à peine nn murmure , où ne pénétraient point les bruits des hommes , dans une presqu'île autour de laquelle s'arrondissent les deux bras de la Sélune et du Beuvron , qui confondent leurs eaux dans ses vergers, solitude profonde et riante, reposait l'abbaye augustine de Montmorel Elle tirait son nom du mont escarpé et boisé qui l'abrite , qui , perdant son nom normand de Morcl , a pris celui de Trompe-Souris9. Il est cité dans l'acte de donation du lieu du monastère : « Collent nemoris qui eidem loco supereminet*. » Ce lieu rempli de souvenirs chrétiens , ce bois qu'habitaient les pensées de la solitude, ont aussj une certaine célébrité profane , chantés par le poète
i Dialogue entre Mireloi, Michaut, Mrancltin, — a Ce nom fut porté par des guerriers de la Conquête, et se trouve dans le Domesday. 11 y a un certain nombre de Montmorel en France. 11 y en a un dans le diocèse de Cbàlons... de Monte morelii. Olim, t. u, p. aoa. — 3 Gatlia Christiana.
mythologique de ces lieux , qui dédiait les jeux de son imaginai ion payenne à l'abbé du monastère :
El vous Sylvain* qui habitez les monts Que va léchant Bcvion de se* endettes Venez icy et aux airs de mes «on»
Trépigne» tous sur le verd des hei bette»1.
Intercepté d'un côté par cette muraille à pic couronnée d'un taillis , l'horizon se développe du côté opposé dans de vertes et fastes prairies qu'encadrent les hauteurs tantôt pelées , tantôt boisées des coteaux de Sélunc, le Mont Celune , la Roche du Jalours , les bois de Saint-Laurent et d'Ardenne où se cachait l'Hcrmitage de Saint- Biaise.
Après la peinture topographique , deux choses nous restent à faire, la description monumentale et l'histoire de l'abbaye avec la successiou des abbés2.
Quelques bâtiraens modernes , quelques ruines des anciens, voilà tout ce qui reste de l'abbaye de Montraorcl. En présence de ces faibles élémens, l'archéologue est appelé à opérer, pour ainsi dije , une résurrection , et à faire ce que fait le géologue, qui, avec un membre, reconstitue un corps: tâche pénible , il est vrai , mais allégée par le plaisir qui s'attache 5 l'œuvre par laquelle on fait quelque chose de rien , et à tout
i Dialogue entre Moretot, Klichau, Avranclnn, dédié à m es sire Jean Louvel , abbé de Monlmorel. Le site est ainsi peint dans le Gallia : • Ad coltlt radiées tjuàm maximè prarupti opertique rylvâ emduà in ptninsulâ quant efllciunt duo amnes Ardoi et Bcuvron quorum aller alteri confunditur in extremâ parle teptorum monatterii. » — a Ces deux derniers titres semblent rentrer l'un dans l'autre , mais cette division est celle du Gai. Chruliana et d u Neuet. Pia. Nous l'aurions suivie pour celte raison et pour d'autres que comprendront surtout ceux qui savent combien il est quelquefois difficile d'associer les oeuvres et les autcuis, quand il s'agit du Moyeu-Age ; mais la loi littéraire l'a emporté.
ce qui ressemble à une création. Or ressusciter , c*est créer. Avec les débris épars sur le sol , avec les chartes et les livres , avec les renscignemens d'un vieillard qui avait été pâtre du monastère, nous essaierons de nouveau le travail des architectes : nous rebâtirons les édifices du monastère , nous reconstituerons les [détails et l'ornementation , nous vivifierons les monumens par leur histoire et le souvenir de leurs auteurs» et nous animerons peut-être de la vie des souvenirs celte vallée religieuse où le présent ne dit presque plus rien du passé.
Bâti vers la moitié du xn* siècle , le monastère de Montmorel occupa , dit la tradition , cent ouvriers pendant cent ans son église, à trois nefs, élançait sa flèche jusqu'à la hauteur de la montagne. Son cloître carré s'appuyait aux flancs de l'église et de l'abbatiale ; les écuries et les étables s'isolaient au bord de la rivière ; sur la montagne, au village des Granges, étaient les greniers de l'abbaye, et, dans des temps de moeurs relâchées , s'y éleva un pavillon qui n'était pas un oratoire : cinq ou six ponts franchissaient les rivières3.
L'église de Notre-Dame-dc-Montmorel était divisée en trois nefs par deux rangs de piliers : elle avait des transepts et une abside : c'était une basilique. Elle fut bâtie vers le milieu du xn* siècle, avec la munificence de Guillaume de Ducey , qui, entre autres dons , accorda une voiture à quatre chevaux pour porter le sable nécessaire à sa construction : « Quadrigaria ad sabulum prefate eccUsie construende portanduni s. • D'après l'époque de sa construction , et d'après les arcades mixtes du cloître , elle devait présenter le mélange du cintre
i Ici, selon ton usage, la tradition eiagète : Monlmorel n'était point un monastère de premier ordre , et il était en tout inférieur aux trois antres dn diocèse. — a La nature a fait de Montmorel une presqu'île; mats l'art en a fait uoe lie. Le site de Montmorel est complètement isolé dans Cassini. — 3 Charte de Saint-Lo.
et de l'ogive dans ses parties centrales : le. style prismatique flamboyait dans ses bas-côtés Le seul débris caractérisé qui reste encore, est un fragment de baie, dont le chambranle ou colonnette ronde semble avoir appartenu à une ouverture romane. La tour s'élevait sur la croisée à une hauteur de plus de cent cinquante pieds : sur le portail était la tourelle de l'horloge : derrière étaient les orgues construites au commencement du xvir siècle par Jean tvle Bailleul, et dont il n'y avait plus que l'extérieur quand le XIe volume du Galiia Chrùtiana parut3. Les tombes des abbés ornaient cette basilique, au pied des autels : nous en retrouverons la place dans leur histoire. Des bas-reliels, la Judée , l'Embaumement et la Résurrection, le tableau de la Descente de croix, la statue de saint Augustin, le patron de l'ordre , des vitraux peints, étaient les principaux objets d'ornementation 3. Le chœur, autour duquel étaient les armes des du Homme , était pavé de tombeaux et de lames sépulcrales , dont une se voit à Juilley. Ainsi on y voyait le tombeau de Guillaume iv du Homme , tombeau qui devait être splendide s'il égalait la munificence de cette famille envers le monastère ; celui de Nicolas Eschart — in sanctuario — dit le GalUa — ante majus altare, dit le Neustria ; celui de Jean Eschart — in choro, antè principem aram; — ceux d'Etienne le Bellay et d'Egidiusle Bellay. Celui de Jean m le
i C'était probablement le style prismatique on perpendiculaire : mon vieux cicérone me disait que les fenêtres avaient sept pied* de piliert. Mais le chœur ou odeum, selon le G al lia Chr'uliana, fut refait au commencement du xvi* siècle par Jean u Eschart. — a Commencement du xviii» siècle. On sait que les orgues sont fort anciennes. Un Mss. du xi» siècle du Mont Saint-Michel renferme des choses curieuses sur leur fabrication. Il est intitulé : De fistuUt organteis, et commence par ces mots : Cyprum purissimum (undendo... BihI. d* A franches.— 3 Nous «trouvons ce» objets épars à Poilley, Maicilly, Juilley, etc. Voir ces localités.
Louvel était aussi devant le grand-autel , et sa tombe , quoiqu'il ne fût pas noble , portait un écusson avec trois tètes de loup. Robert n, vingt-sixième abbé, qui portait le nom même du monastère , Morel , fut inhumé devant le grand-autel avec cette inscription dont le latin est fort peu correct : « Robertus Mord, diUgcntià , virtute , obedientid, abbas hujus domus, itlo.adhnc vivente, hic me poni fecit amw D. 1599. Intra vet extra corpus anima ejus requiescat in pace. Amen, » Jean n le Bailleul, celui qui fit des réparations à l'église et aux lieux réguliers , fut inhumé dans l'aile gauche de l'église , aià sinistré non longé à choro, en 1639, ce qui nous fait voir •que l'église avait des transepts. Une pierre placée dans le chœur portait cette inscription Les seigneurs de Houme sont fondateurs^ cette abbaye, «et une vi tre, les armes des Subi igny.
Le cloître offre des témoins plus nombreux et plus positifs , dans les arcades , aujourd'hui bouchées , qui le séparent du jardin , et qui annoncent une galerie. Il était carré selon l'usage et le souvenir de l'atrium romain : une de ses faces était l'église , l'autre l'abbatiale, la troisième était 1a galerie dont il Teste des arcades, 1a quatrième a totalement disparu. Des mouillons indiquent encore l'élévation de la galerie qui semblerait basse , si l'on n'observait que ce sol de décombres est sensiblement exhaussé. Cette série d'arcades est précieuse pour l'art et l'archéologie : elles sont pures et élégantes, et présentent l'itinéraire de l'architecture. Les arcs rapprochés de l'église sont du roman pur et avancé ; les impostes n'ont pas de sculptures. Au centre sont trois grandes arcades ogivales , sans chapiteaux , à chambranles ronds : c'est le pur %uv siècle. Au-delà est un arc à tète ronde, avec les mêmes moulures , arc de transition qu'on pourrait appeler un cintre gothique , ou plutôt qui atteste la persistance du cintre dans l'époque ogivale \ Pour compléter cette double nature , le
i Les transepts de la basilique du Mont Saint.Michel ont des cintres gothignea de cette espèce.
chambranle rond est accompagné du cordon en zigzags. Enfin , à l'extrémité est une porte à cintre surbaissé qui représente la fin du gothique. Avec un type flamboyant , on aurait sur une seule ligne, comme sur un atlas, l'itinéraire de l'art du Moyen-Age.
L'abbatiale n'existe plus qu'en partie ; un corps de bâtiment où étaient les cuisines et les dortoirs offre encore une façade revêtue de larges dalles de granit : c'est une construction du XVIIe siècle, due à l'abbé Jean le Bailleui. Le corps des caves et des écuries est au bord de la Sélune : on y voit encore une porte sculptée en rocaille, et, sur une cheminée, un écusson épiscopal et. abbatial , avec la date de 1609. Alors était abbé Jean le Bailleui , qui obtint le droit pontifical , privilège que consacre sans doute cette double croix. C'est là sans doute qu'était la léproserie que l'archevêque Odon visita au xur siècle \
L'abbaye de Montmorel fut vendue au commencement de la Révolution. L'acquéreur fit détruire l'église et tous les bâtimens , à l'exception de l'abbatiale et des étables , qui ont constitué une ferme. Quelques maisons d'Avranches ont été bâties avec les débris.
Les origines de Montmorel sont assez obscures. Les deux hagiograpbes qui les racontent , le Neusti-ia Pia et le Gallia Christiana, ne s'accordent pas sur l'emplacement primitif. Combinant les deux récits , les complétant par les chartes , les illustrant par nos observations et le détail des lieux , nous essaierons de les concilier ou de les expliquer.
D'après le Ncustria Pia , le berceau du monastère fut un lieu où existe encore une antique chapelle — etiam mine extat capella vêtus. — Nous croyons qu'il s'agit de la chapelle de Saint-Biaise , l'ermitage du bois d'Ardenne , qui existait en-
i « Les lépreux ne sont point disposés comme ils devraient l'être. • Visites d'Odon Rigauit. Voir plus loin.
core lorsque riiagiographe écrivait , et même du temps de Cassini *. D'ailleurs les ermitages ont été très-souvent le germe des monastères. Ensuite , d'après le même récit , les premiers religieux se transportèrent dans un lieu , une villa appelée Longue-Touche, ou encore, selon les frères St-Marthe, 4a Tombe. Mais comme il n'y avait pas d'eau , ils se transportèrent au confluent de la Sélune et du Beovron , dans le lieu appejé Montmorel. Le Gallia Chrùtiana prétend qu'il n'y a pas de lieu du nom de Longue-Touche , dans les environs de Montmorel : ses auteurs ignoraient que dans la commune voisine, Saint-Sénier-de-Beuvron, est le village de Lantoucbe, ancienne propriété de Montmorel , où la tradition place un monastère, terrain sec et montagneux qui s'accorde bien avec ce qu'en dit le Neustria*. Le même hagiographe reconnaît bien qu'il y a parmi les terres de Montmorel un lieu dit la Tombe et Longue-Touche , mais qu'on ne peut pas en conclure que les moines aient habité dans l'une ou l'autre localité. Que les premiers moines aient fait plusieurs essais , avant de choisir un lieu définitif, c'est ce qui est assez ordinaire dans l'histoire des monastères, et ce que les autorités du Neustria, jointes à la concordance des lieux , rendent très-probable9. Mais cette question n'est pas d'ailleurs d'une haute importance. Après ces origines obscures nous aborderons l'histoire de l'abbaye : malgré l'exemple du Gallia Christiana et du Neustria Pia, nous croyons qu'il est plus rationnel de fondre en un seul récit la série des abbés et l'histoire du monastère.
1° Radulphe. Il est appelé fondateur dans une charte de l'évêquc Achard ; il fut tiré du monastère de Saint- Victor-dc- Paris ; il donna le fief sur lequel le monastère fut établi , et il
i Voir l'art, de Ducey. — a Voir l'art, de cette commune. — 3 Ces autorité» sont Robert Cenalis, I'Obitoairc du monastère , le Cartulaire de Ilambie, celui de la Luzerne.
en fut le premier prieur1. II n'est donc pas antérieur à l'année 1162 , dans laquelle Achard fut nommé évêque, et ne vient pas après 1171 , époque où il mourut ïl fut aussi le premier abbé, étant présenté par Jean de Subligny, et il reçut la bénédiction de Richard t successeur d'Acbard. On Ht dans le Nécrologe de l'abbaye qu'il administra huit ans , et on y lit au 10 octobre : « Mourut Radulphe abbé, fondateur et premier habitant de cette église. » L'époque de cet abbé est celle pour laquelle on a peut-être le plus de renseignemens , quoique quelques-uns doivent se rapporter à ses premiers successeurs. D'après la charte d' Achard , que l'on dit la plus ancienne du monastère , Radulphe donna le fief sur lequel il fut bâti ; ses neveux v Galerand et Yalérien , confirmèrent la donation , et y ajoutèrent le lieu d'habitation et la colline boisée qui la domine — « locum habitationis et collem nemoris superincumbentis , n — avec plusieurs parties de terre qui entourent le monastère. Le Neustria Pia lui donne pour fondateur Jean Harcourt, seigneur de Subligny dans l'année 1180 , en 8'appuyant de l'autorité de Robert Cenalis , et lui donne pour premier bienfaiteur Rualem du Homme , — de Hulmo. — Nous voyons déjà en présence les deux familles qui rivaliseront , jusqu'à la querelle , dans leurs bienfaits et leurs prétentions sur le monastère. Le titre de fondateur d'abbaye était un des plus beaux du Moyen -Age, sous le rapport mondain et religieux. Rualem du Homme céda ses droits sur ce que Radulphe le fondateur avait donné, et donna le lieu où le moulin fut construit ; 11 concéda encore quelques droits sur la rivière , de concert avec Hasculphele-Breton. En outre , il donna l'église de Précey et celle de Poillcy ; c'est pourquoi il eut le titre de fondateur dans le Nécrologe de l'abbaye où il mourut moine profès : « 10
i C'est tous ce litic qu'il signa une charte ci-dessous , Radutphui prior.
mai obiit Ruatemmus de Hulrno patronus et fundator hujus domus et canonicus noster profcssus. » Mais le Nécrologe fut revu au xv siècle par un de ses principaux abbés , membre de cette famille , Guillaume du Homme. Sous son successeur , cette famille fit mettre dans le choeur de l'église du monastère une pierre avec cette inscription : « Les seigneurs de Houme sont fondateurs de cette abbaye », et fit peindre sur son pourtour une bande noire avec ses armes. La dame de Saint-Pierre, de la famille de Subligny, dix ans après, fit enlever la pierre , gratter la bande d'armoiries, et mettre les siennes sur la vitre principale du chœur, où on la voyait encore au milieu du siècle dernier. Le principal titre des prétentions de cette famille se fondait sur ce que Montmorel, qui, du temps d'Achard n'était qu'un prieuré, était devenu une abbaye par les efforts de Jean de Subligny. Il présenta le prieur pour l'investiture abbatiale , à Richard , son successeur , en présence de Philippe du Homme 1 , et selon l'attestation des chartes des évêques d'Avrancbes et des archevêques de Rouen et de Henri n , il donna le fonds même où s'établit l'abbaye : ♦ Sedem hujusce loti, sedem ecetesie et collem nemoris qui eidem toco supereminet. » Jean donna encore quatre églises et d'autres biens à RlontmoreL Hasculphe , fils de Jean , y ajouta une église. Philippe de Terregaste, par le conseil du même Jean, en donna une encore, et se montra remarquablement généreux envers le monastère \ Cédant à la même impulsion , Jean Du Bois donna au même lieu le patronage de Saint- Laurcnt-de-Terregatte , et Guillaume de Ducey fit des concessions qui le placent au troisième rang des bienfaiteurs de Montmorel. Comme ce dernier était contemporain de Radulphe, c'est à son gouvernement que
• i Charte de Guillaume , évêque d'Avranchcs; — a Le sceau des Subliguy,appendu à ces chartes, ne laisse pat» de doute qu'il ne fût de la famille de Jean de Subligny. Gali. Christ.
nous rapportons ses dons , en disant que la mort de Jean de Subligny fnt marquée sur l'Obituaire à la date du 30 mai : « Obiit Joh. de Sulignei patronus noster et canomeus ad surcujTenda. » Nous avons plusieurs des chartes de Guillaume de Dncey que nous citerons textuellement , et parce que les • chartes relatives a Montmorel sont rares , et parce que les nôtres offrent d'intéressans détails topographiquesv Par une d'elles il consacra le don de l'église de Ducey , de la chapelle Saint- Germain , des dîmes du moulin de Gerisel et de son domaine de Ducey : « Sciant amnes qttod ego JV. dominus de Duceyo pro amore Dei et spe rétributions eterne et salutis anime mee et antecessorum meorum ecclesie B. M. de Montemorelli concessiet dediscilicet eeelesiam sancti Paterni de Duceyo ac décimas et elemosinas qite ad ipsam pertinent et capellam sancti Germani 1 et décimas molendini mei de Cerisel a et décimas domini mei3 de Duceyo*, » Par la charte suivante il donna les mômes biens et y en ajouta quelques autres , signalés par des détails précis : « G. de Duxeio canonicis Montismorelti dedi et concessi et omninà dimisi in manu domini Ricardi Abr. episcopi posui kermitagium quod est in krdena a casu rùntli Morterie » inserviendum cum stagna superiori eeelesiam sancti Paterni et capellam sancti Germani et omnia que ad servitium ipsius capelle pertinent et octo quartarios frumenti pro décima molendini mei de CeriseL . . . fl et. . . et quadrigaria ad sabulwn prefate ecclesie construende T portandum et a Vado petroso sicut via ducit usque ad vadum sub piscaria Ligneii proanmum et cum nemore terram inte-
i Voir Ducey. — a Gerisel est un flef de Ducey. — 3 Lt> domaine de Ducey, emplacement primitif du manoir de ce lieu. L'immense champ qui est derrière le château porte encore le nom féodal du Domaine.— 4 Cbartrter de la préfecture de Saint-Lo. — 5 Pour Ardeope et Morterie ; voir l'art, de Ducey. — 6 Ghartrier de la préfecture. — 7 Voir et- dessus.
grè..,. *. L'évêque d'Avranches, successeur d'Achard , Richard , à la prière du roi et à la demande de Jean de Subligny , rendit une charte d'excommunication contre ceui qui contrediraient à ces donations :« Richardus notum esse voiumus quod G. de Duxeio prece domim nostri régis et petitione Johanms de Suligneio concessit ecclesie B. M. de Montemo- . relit.. . Sententiam excommunications posui super omnes iUos qui donation* contraire tentabunt.... 9. » L'héritier de 6. de Ducey, qui avait épousé sa fille Mathilde, G. de Husson, approuva ces concessions par cette charte dont le début est solennel et les détails intéressans : <r Justum est et honestum nos tcstimonium prebere veritati ut penitus exstirpentur machinamenta falsitatis testificamus quod cum W. de Duxeio laborarct in extremis et nos de mandato ejus ad suam antecessissemus presentiam W. de Huecon et Mathildis uxor ejus et Fulco filius suus fideivincuio in manunostra interposito firmaverunt se universa bénéficia quce IV, de Duxeio abbatie de MontismorelU contulerat *. Parmi les témoins de cette charte figure Radulphe Prieur , qui ne prend pas le nom d'abbé , quoique le monastère soit appelé Abbaye. C'est encore à l'administration de Radulphe qu'il faut rapporter une charte ornée des plus grands noms , citée par M. Stapleton : « Ranulphe , duc de Bretagne , comte de Chester et de Richemond, donna à l'abbaye de Sainte- Marie-de-iM on tmirel et aux chanoines là serrant Dieu , un lieu situé dans la ville de Saint-Jamesde-Bevron , en présence de Roger de Chester, frère du comte Roger , connétable de Chester , Eude de Chester , et quelques autres4. » — 2°Tualdus, mentionné à l'année 1200, succéda à Radulphe pour sept ans , d'après le Nécrologe où sa mort est
i Chartrier de la préfecture. — s Cbartrier de la préfecture. — 3 Çhartrier de la préfecture a Saint Lo. — 4 Obtervatimu m the Rolt$ oftheExchequer, tom. n, p. ai*. C'est évidemment par erreur que Montmircl csr mis pour Monlmorct.
marquée au 27 d'août, te Neustria dit que son nom était probablement Theobatdus , et qu'il fut témoin dans une affaire de l'abbaye de Hambie. Sous loi , Gérais de Cresnay, prêtre, donna à l'abbaye un quartier de froment assis sur la terre de la Rabeudière, en Saint-Pierre-de- Cresnay — S° Gérais administra pendant dix-sept ans , et son nom se trouve dans une charte de 1216. Sous son administration , en 1210 , Guillaume , évêqae d' Amoches , confirma les dons faits à Montmorel dans les chartes précitées. — U° Durand gouverna deux ans, d'après le Nécrologe dans lequel il est marqué au 2 décembre. — 5° Alberic mourut le 10 décembre , après treize ans de dignité. —6" Ranulpbe , ou quelquefois Âlnulpbe , siégea pendant trois ans, et mourut le 12 d'août. De son temps, Mathilde , fille de G. de Ducey , confirma les dons de son père , et ajouta les dîmes de la paroisse et du moulin de Ducey. En 1231 , son époux , W. de Husson , donna à Monimorel : « Sex quartarws frtsmenti in Terragasta pro custodia de Duxeio in feodo Juelli de nemore... et dimidivm in feodo Pétri de Flachiio 2 , alias duo in feodo Ranulphide Larsiz. » — 7° Richard i" , mentionné dans une chajrte de 1238 , mourut après seize ans d'administration , le 11 mars.— 8° Etienne i", après une administration de quatorze ans , mourut le 2 décembre. En 1250, l'archevêque de Rouen, Odon Rigault, visitant les monastères de la Basse-Normandie et venant de M or tain, arriva à Montmorel aux calendes d'août — apud abbatiam Montis MorellL — Il y trouva quinze chanoines , il y en avait huit à l'extérieur , dans les prieurés. Ils avaient quatre prieurés : un seul demeurait dans un seul prieuré. Mais laissons parler le prélat : « Nous avons ordonné qu'il soit rappelé au cloître, ou qu'un compagnon lui soit adjoint. Ils ont environ 700 liv. tournois de revenu et ne doivent pas plus qu'il
i Vuir cette charte » l'article de celte commune. — 3 Cliat tiier <1«: la préfecture à St-Lo. Fcodum Pelri Ht Flachïtottl le Fléchetcn Boucrj.
ne leur est dâ. Bien qae l'état de la maison 90k souvent calculé,, ii ne l'est pas devant certaines personnes élues par le monastère. Noos avons ordonné que les personnes devant lesquelles ce calcul soit fait soient élues par le monastère. Ils doivent en pensions environ 1 ,400 liv. : ils ont environ dix patronages d'églises. Les lépreux ne sont point disposés dans l'infirmerie comme ils devraient l'être; nous avons ordonné qu'il soit donné à chacun les choses nécessaires que réclame son infirmité. » — 9° Robert Pillon unit son monastère à l'abbaye de Lonlay et à celle du Mont Saint-Michel Après a* oir gouverné dix-sept ans , il mourut le 23 février, et on lit dans l'Obiluaire de l'abbaye de Mondée : « vil cal. Mort. D. Rob. Pillon, quondam abbas de Montmarello pro ettjus anima D. Juliantu de Guilleberviila, dédît nobis centum solidos ad obitum faciendum. » — 10° Richard 11 de Riparià, de la Rivière , se trouve en l'année 1276. Il gouverna dix ans. -— 11° Richard iu de Troittemer , fut abbé pendant dix-sept ans. De son temps , en 1285 , Foulques de Husson , fils de Guillaume de Husson et de Mathildc, douna la Saisonnière, Arenaria, de la Touche pour bâtir ou pour réparer l'église de Montmorel. — 12° Guillaume Ier de Freccy , ou plus probablement de Précey , mentionné dans les registres de son successeur, siégea dixhuit ans. — 13° Guillaume u , Godard , fut éhi par les chanoines, et reçut ses bulles du pape Jean xxu, en 1318. Il administra six ans. — 14° Jean 1er de l'Appentis ' , lui succéda. Avant lui3, en 1329, Fraslin de Husson, seigneur de Ducey , fit un accord avec Montmorel , et stipula que les religieux « aient pour lui la garde d'un cheval d'un lévrier et d'un chanoine , et qu'après la mort du chanoine les charges finiront \ » On trouve le nom de Jean de l'Appentis dans les,
1 il tirait son nom de la commune de l'Appentis ou du village de l' Appentis, voisin de Montmorel. — a 11 y a ici nécessairement une lacune de huit ou neuf ans. — 3 Titre de la préfecture de la Manche.
années 1345, 46, 48 et 53. Le Nécrologe nous apprend qu'il siégea vingt-et-un ans. —15° Etienne il , de l'Appenlis, gouverna huit ans , selon le Nécrologe , ce qui est certainement une erreur, puisque son prédécesseur gouvernait en 1353, et que son successeur siégeait dès l'an 1358. — 16° Robert de Brecey fut inauguré en 1358. Sous lui, en 1364, les troupes navarraises ou anglaises, envahirent Montmorel et s'y retranchèrent. Duguesclin les en chassa , et , persuadé que les moines ne s'étaient point opposés à cette occupation , il les condamna à payer 40 liv. dont il les exempta cependant, quand il eut reconnu que le monastère avait été occupé par force.— 17° Guillaume n de la Chaise, de Cathedrâ, est trouvé abbé en 1390 , 91 , 93 , 95 , 1403 et 1405 , dans des chartes dont quelques-unes ont peut-être rapport à ses successeurs. — 18° Guillaume ni, du Homme, de flulmo, fut peut-être le principal abbé du monastère. Il appartenait à la famille qui se prétendait fondatrice. H se trouve dans les actes , depuis 1406 jusqu'en 1441 , c'est-à-dire pendant presque toute la durée de l'occupation anglaise. Il fut enterré dans le chœur , d'après le Nécrologe dont on le croit l'auteur , ou du moins qui fut revu par lui , et dans lequel on lit que Ruello du Houme est le fondateur de Montmorel. Il fit sa soumission à Henri v , en même temps que les terres de Jean du Homme , probablement son frère , étaient données à l'Anglais , Pierre de Catherton '. M. Desroches* cite un manuscrit qu'il attribue à Guillaume du Homme dans lequel on trouve des particularités sur la liturgie de son monastère. On y trouve mention de saints qui sont peu connus , tels que Meltran , Moi , Lother , Blanchart , Margodon , Affrodosc , Matin , Quirian ,
i Registre de* Dons, etc., par Ch. Vaulier, p. 82. Les du Homme , qui comptèrent un de» leurs parmi (es chevalière défenseurs do Mont Saint-Michel, portaient de sable à six besans et au lion d'or. — a Wst. du Mont Saint-Michel, totn. 11, p. i38.
Tholoméc. Un jour était consacré aux onze mille vierges. On y lit encore ce vers simple et austère : « Transitus in mortem cure plenusque lobons, » Vers le soir les religieux chantaient l'hymne suivante :
Hora comptetorii Datur sépulture Corpus Christi oobilç Spes vite future
Conditur aromate Complentur scripturc Jugis est memorla Mors hcc michi cure.
— 19° Nicolas Eschart, gentilhomme breton de Montaut, prit possession du monastère en 1448, et prêta serment au roi en 1450 , après le départ des Anglais. Il céda son poste à son neveu , et fut enterré dans le sanctuaire. — 20° Jean Eschart sépara le premier la mense abbatiale du couvent et les revenus de l'abbé de ceux du monastère , à la charge de nourrir et entretenir les chanoines. C'est , pour ainsi dire , le seul abbé dont on connaisse précisément les travaux architectoniques f . Il fit construire la grande maison de l'abbé , le cloître , Yodeum ou le chœur de l'église. Nous croyons que ces travaux ne furent que de grandes réparations qui durent donner aux parties excentriques le caractère flamboyant II résigna sa dignité en se conservant une pension de 70 louis. Il fut enterré dans le chœur, devant le maître-autel. — 21° Julien Eschart , frère du précédent , professeur de théologie , fut à la fois abbé de Montmorel et pénitencier de l'église ** d'Avranchcs; il était de Yievy en Bretagne , et jouissait d'une pension sur la paroisse de Vezins. Il fut abbé en 1515 , et fut
i Montmorel est, avec la Luzerne, le monastère de l'Avranchin dont le* titres ont été le plus perdus ou égarés.
enterré près de son frère. De son temps, l'abbaye paya , par son bailly , dans l'Impôt royal de 1522 , la somme de 200 liv. « — 22° Etienne m le Bellay fut promu en 1522 ; il abandonna sa chaire en 1543 , en faveur de son successeur , mourut peu de temps après, et fut enterré dans le chœur, devant le grand- autel II figura dans la charte suivante : « Furent présens révérend père et seigneur Estienne, abbé de N. D. de Montmorel et frère Pierre Le Provost, l'un des religieux... lesquels amortirent Charles de la Trousseboys , sieur de Ducé, etc.3 » Il avait fait le chœur de Poilley. — 23° Egidius Le Belley reçut , en 1543 , ses bulles où il est appelé abbé commendataire. On sait que c'est des Commendataires que date la décadence des monastères ». Il se démit en faveur de son successeur , en retenant une pension de 500 liv. ; ces nombreuses démissions avec conditions accusent ou des difficultés intérieures ou un besoin de bien-être indépendant, qui révèle l'affaiblissement du sentiment religieux. U retint encore la maison de l'abbé avec ses meubles et la présentation à tous les bénéfices. Il fut enterré dans le chœur, devant le grand-autel — 24° Pierre Cornille, ayant fait approuver par Henri il la démission de son prédécesseur, reçut ses bulles en 1558. Il fut tourmenté par Louis de Montgommery, calviniste. Le roi Henri n ayant donné l'abbaye aux seigneurs de Ducey, comme Gabriel de Montgommery était encore trèsjeune , lorsque Pierre Cornille y fut nommé , cet abbé vécut quelque temps en paix ; mais quand il eut atteint l'âge légal , il voulut priver Pierre Cornille de son abbaye, qu'il prétendait lui avoir seulement été confiée. Pierre, ne pouvant résister à
» Àmetle pour U Roy. Mm. de M. de Goiton. — a Char trier de Ducey. Voir cette commune pour les Troussebois. — 3 L'absentéisme fut la principale plaie des abbayes : avec l'élection u\e sentiment personnel diminua : dans l'absence de haute direction , la moralité s'affaiblit.
ses violences , se rendit au Mont Saint-Michel pour se mettre sous la sauve-garde de Charles tx , dont il obtint des lettres de protection. Cependant Pierre céda son abbaye à son successeur, son neveu, se réservant une pension 1,000 liv. 11 fut ensuite curé de Saint-Laurcnt-de-Terrcgattc , bénéfice de Monlmorcl. Il y mourut , et fut déposé dans le chœur de l'église abbatiale , devant le grand-autel. — 25° Jean in le Louvcl gouverna en 1578. Il donna sa démission en faveur de son successeur : il fut enterré devant le grand-autel. Quoiqu'il ne fût pas noble , trois tôtes de loup furent gravées sur son tombeau. — 26° Robert H Morel prit possession en 1594 , d'après le décret du Grand Conseil. Il mourut en 1602 , et fut enterré devant le grand-autel avec cette inscription qu'il avait fait graver lui-même : « Robertus Morel diligentiâ, virtutc, obedientiâ t abbas hujus domus , Mo adhuc vivente , hic me poni fecit anno D, 1599. Intra vel extra corpus anima ejus requiescat in pace. Amen », inscription où la modestie le dispute à la latiuité. — 27° Jean îv le Bailleul », né dans le voisinage de Montmorcl , bachelier en théologie, licencié en droit, aumônier du roi , fut nommé abbé par le sieur de Montgommery. Il fit construire les orgues dont l'extérieur existait encore vers le milieu du siècle dernier , et fit plusieurs réparations tant dans l'église que dans les bâtimens réguliers. Il obtint en 1608, pour lui et ses successeurs, le droit pontifical; mais il perdit l'abbaye pour des conventions entachées de simonie , faites avec les Montgommery , et un autre , non plus intègre , Henri de Boyvin , traita avec eux et fut par eux mis a la place de Jean. Celui-ci mourut en 1639 ; sa tombe fut ( levée dans l'aile gauche , non loin du chœur , mais elle fut enlevée par J. de Boyvin , neveu de Henri a. — 28° Henri de
i Ce nom cal le synonyme de reboitteur. — a Nous possédons un felil meuble de Montmorel présentant, arec de jolies arabesques, les
Boyvin , doyen de l'église de Rouen , coadjatcur d'Avranches , sacré sous le titre d'évôqoe de Tarse , trésorier , puis doyen d'Avranches, neveu de l'évêque F. Pericard, prieur de Sainte- Marie de Mortain, etc. , prit possession de Montmorel en 1625; il mourut en 1637, après s'être démis en faveur de son successeur. Il assista en 1632 a la publication des Synodes de l'archevêque de Rouen , et au sacre de Leonor , évêque de Cou tances , dans l'église d'Alençon* — 29° Guillaume V de Boyvin , son neveu, doyen d'Avranches1, etc., prit possession en 1637. Il mourut en 1665* De son temps fut publié le Pouilié du Diocèse, d'après lequel cette abbaye, dont le roi «t le pape étaient les patrons, avait 15,000 Hv. de revenu8. — 30° Etienne v de Beauvais , conseiller au parlement de Rouen, prit possession en 1677. Il plaida contre ses chanoines avec tant d'opiniâtreté que plus d'une fois il les fit sortir de l'abbaye : « Tanta periitiacia litigavit ut non semel a domo extorres (eceriu » A cette époque , le monastère était taxé , pour droits d'Annales envers la chambre apostolique , à 100 florins d'or. Pendant qu'il était abbé de Montmorel , ce monastère ouvrit ses portes à des malheureux, victimes de deux incendies qui eurent lieu dans le voisinage, à Ducey, en 1689 *it en 1694. Le premier n'a rien de remarquable3. Le second
statuettes de U Foi, de l'Espérance , et de la Charité, qui appartient à ce rrn* siècle.
i II eut pour successeur au décanat , Le Bourgeois d'IIcauville , al)bé de Chammeslé, grand doyen du chapitre d'Avranches. M. Fulgrnee Girard dit que son talent poétique avait jeté sur son nom autant d'éclat que ses dignités délicates. Bpltémèridcs de C Annuaire. — a N eus tria Pia, — 3 Le procès-verbal en fut dressé par J. Troclion , t-cuyer, sieur de Chancy, conseiller du roi, présideut en l'élection d'A-vranchcs, et René de Champenois, sieur de Beaubuisson, procureur du roi. Allumé le a3 avril, fine end te Tut si violent que le 3 mai on Trouva encore du feu , et que les fumiers furent réduits en cendre.
fut complet , et nous en trouvons un curieux récit dans un
manuscrit local : « Il ne resta qu'une petite maison où
il y avait on malade qui avait reçu l'Eucharistie ; cela passa pour un miracle On remarqua plusieurs choses trôsextraordiuairesdans cet incendie, comme le moulin dans l'eau fut totalement brûlé de façon qu'il n'en resta pas on morceau. Le curé de Ducey fut averti de cet incendie quelques jours avant par une jeune fille qui alla le trouver , lui disant que Ducey serait châtié en bref, et qu'il en avertît ses paroissiens; le sieur curé les avertit , mais ils n'en firent pas de cas. Cette fille retourna derechef et dit à monsieur le curé que Ducey serait châtié en bref, si les habitans ne changeaient pas de vie au plus tôt, et que cela était aussi vrai quelle avait sa main derrière elle , dans laquelle il y avait un crucifix marqué. On eut bien de la peine à lui remettre son bras dans sa place ordinaire. Il lui fut remis quelques jours après par un chirurgien * » — 31° Henri de Belzunce, le héros de la peste
de Marseille , évêque de celte ville , fut pourvu par le roi de l'abbaye de Montmorel en 1721 2 , l'année même où Massillon fut pourvu d'une autre abbaye de l'Avranchin , celle de Savigny : c'est ainsi que s'unissent dans un remarquable synchronisme , en se rattachant à l'Avranchin , deux hommes qui personnifient, dans leur temps, l'éloquence et la charité3.—
i Mm. de Ducey, daté de 1810. Ces menaces mystérieuses nous semblent une allusion aux calvinistes Montgommery et aux religionnaires de Ducey. — a Nous croyons qu'entre Belzunce et le précédent abb<: il y a une lacune qui n'est pas comblée par le Gallia Chrisliana. La série sans détails du Neaslria Pia se termine a Guillaume de Boyvin. Une note Mss. a ajouté a la série Etienne de Beauvais dans l'exemplaire que nous avons sous les yeux. — & L'abbaye de Montmorel rapportait à Belzunce 8,077 liv* Lcs religieux, au nombrede dix huit, jouissaient de 5,ooo Uv. Il ne parait pas que Belzunce soit venu à son abbaye.
32° Jean de Brancas, archevêque d'Aix, fut désigné abbé de Moutmore! en J729. C'est à lui que s'arrête la liste du Gallia Christiana. Nous ne savons rien de ses successeurs immédiats, sinon que , dans ce siècle , la discipline de Montmoret était très-relâchée. Dans ce temps fut bâti le pavillon de Trompe- Souris. Le dernier abbé fut M. de Pontevès, chanoine et comte de Saint-Victor de Marseille , vicaire-général du diocèse de Mâcon , et aumônier de Madame Adélaïde de France'. A l'époque de la Révolution , et de la suppression des monastères, le dernier prieur se retira à Ducey, où il courut quelques périls : il partit de là pour l'émigration3.
Aujourd'hui de Montmorel il ne reste plus que ces souvenirs et quelques ruines , destinées à périr bientôt , et dont l'image n'apparaîtra plus que dans les pages qui les auront décrites : les ravages du temps donnent de la valeur à l'histoire. L'éternelle nature reste seule avec la physionomie des temps passés: la verdure est toujours fraîche , les horizons charmans , le bois de Trompe-Souris abrite toujours la vallée , où la Sélune et le Beuvron promènent et marient leurs ondes silencieuses et transparentes. Il reste encore quelque vieillard qui se souvient de l'abbaye et qui , en vous répondant , s'étonne de vos questions , témoin précieux qui va mourir et dont il faut se hâter d écrire les récits : le vieillard conte encore , mais son fils n'écoute plus *.
i M. Desroches, tom. u, chap. 18. — a Son principal ennemi fat un ancien enfant de choeur de l'abbaye , qui était devenu soldat , et qui était revenu à Ducey. Expilly porte à 9,000 liv. le revenu du commendataire, et à 143 florins la redevance à la cour de Rome. La Martinière, d'après Corneille ♦ a dit que Montmorel était un monastère de Genovéfains. C'est aussi le nom des Augustins. Par une grosse erreur, le Guide Pittoresque de Didot bâtif Montmorel au commencement du zvi« siècle. Manche , p. a 1 . — 3 Sur les bords et dans les Dots de cette fraîche Sélune, le botaniste butinera de belles plantes, entre autres la belle Fougère dite rOsmondê royal». Sur le vieui chemin de Poilley, l'ancien chex. 1. 29
mit. de Hom. conttab. r. e. p. de t. /•'. ïio&frfo « rrttsao, <jma cep. coiumvai ,n. licentia.
(Rôles de l'Echiquier, an. 1 180.) Jfee/fe <fe iî«/mo tferfi* «66<iK'<b Afonlû Morelli tccleiiam de Preceio.
(Gallia Chriatiana.)
s^gj^sis «r un plateau d'où Ton commande au loin la cam- <t35 pagne et la baie du Mont Saint- Michel , le village de Précey est situé sur la grande route , à mi-chemin d'Avrancbes a Pontorson. La commune affecte la forme d'un hexagone dont les limites générales sont: an nord le ruisseau de l'Orrainerie qui afflue à la Guintre, au sud et à l'ouest la Guintre, a l'est une ligne à peu près idéale. Précey renferme plusieurs Mes , le Mes Richeux , le Mes Vignier , une Haia, les Hayes ,
min Montais, il trouvera le Panieum cruigalli, l'Inulaputicaria, dont noua
arooi omis la magnifique soeur, Vllelcnium, commune dans le pré de la Provotière à Géaux , et le Bident tripartie. Ce chemin Montai* noua en rappelle beaucoup d'autres, et nous retrace ce Mont Saint- Michel, centre de toutea lea voies du Moyen-Age. Celui-ci est cité dans les vieui titres : • Le cbs de la Taille sb auprès du chemin Montayt. • Chartrier de Ducey, i5o3. Le grand chemin Montayt est cité dans une ctarte de 1 545 du même chartrier.
la Motte' , le Bois-Cbâtel * , la Gaze » , la Bataille , les Tombclles.
Bien que le nom de Prcci ne soit pas dans le Domesday, on ne peut douter que le nom de Préccy , comme tous ses analogues» ne vienne, d'un nom normand. A défaut de Preci, le nom de Perci , si commun et si illustre , explique le nom communal par une simple et naturelle transformation *.
L'église de Préccy , placée sous l'invocation de saint Bertevin, fut donnée , à la fin du xiP siècle, a l'abbaye naissante de Montmorel par Rualem du Homme 5. Elle a subi , depuis cette époque , un grand nombre de modifications ; mais elle a conservé un membre primitif, la tour en grande partie , avec sa maçonnerie mêlée de brique et ses modiUons romans :
i II y a peu de Mottes bien caractérisées dans l'Avranchin. Voir l'art, de Champeaux et de Saint-Michel-des-Loups. — a Noos citons ce nom sans allusion spéciale, et pour reproduire tous les élémeus du passé. Ce bois fut, il y a quelques aonées, le théâtre d'un assassinat nocturne dont on n'a pu pénétrer le mystère. M. de Gerville a indiqué à mi-chemin d* A Tranches * Pontorson , c'est-à-dire à Prccey, une plante peu commune, le Velar giroflée (Eryùmum clieirantlioides). Mém. de la Soc. Linn. — 3 Nom usité dans le canton de Pontorson pour signifier une espèce de bief. — 4 Voir les étymologies des noms communaux du canton de Pontorson, ou plutôt toutes nos étymologies communales, notre système tirant sa force de l'ensemble de nos interprétations. Il y a en France une vingtaine de communes du nom de Preey ou Prtsty. Il y a en Normandie un grand nombre de Prttiot : il y en a même un dans l'Avranchin, et ce nom a la même racine, à peu près, que Précey ou Precy : il y ajoute la terminaison saxonne d'habitation, ce qui démontre la présence d'un nom propre. — 5 Galda Christian* , tom. xi. Saint Bertevin ou Bertewin évangétisa la Gaule : il est cité par Aug. Thierry dans ses Lettres sur Cflistcirc de France. Dans un Mss. du Mont Saint-Michel , Recueil de Vies de Saints, on trouve celle de saint Bertevin : ■ Incipit vita taneti Bertuini « Si quit anteriorum , etc....* N° a 007 in-folio. xiv« siècle. V. plus loin.
le haut est du xvr siècle. La table d'autel -, placée au -devant de la croix du cimetière , est de l'époque primitive, et, auprès de nos autels modernes en bois peinturluré, nous rappelle cette unité complète des églises rurales où tout était de pierre , et où tous les matériaux étaient choisis j non pour un éclat éphémère, mais pour une longue durée. Le calvaire de cette «roix et les fonts sont aussi probablement de la période romane. Le xv9 siècle a fait presque tout le reste , le portail , les contreforts du nord , remarquables par leurs multiples retraits, et la belle fenêtre orientale , aujourd'hui vide de toute «a riche traceric , où le verre blanc remplace une splendîde /verrière'. Le reste est moderne : la face du midi est percée 4e trois fenêtres sans caractère , l'une date de 1760, et l'autre de 1820. A l'intérieur , on n'est frappé que par le retable qui masque l'ogive orientale et qui fait surtout regretter la verrière : il porte un tableau où le matérialisme de la forme s'unit a la fadeur de l'expression.
Précey était un prieuré-cure, dont le prieur , religieux de Montraorel, était tenu d'assister aux synodes diocésains*. Dans l'impôt de 1522 , cette église paya 7 liv. 10 s. s En 1648, elle rendait U00 liv. 4 En 1698 , elle avait un vicaire , et ne valait que 200 liv. La paroisse payait 906 liv. de taille et renfermait i&6 taillables». En 1760, Précey, de la sergenterie de Pigace, comptait 80 feux °.
Il a dû y avoir un château à Précey T. Si Précey tire son nom d'un Percy , cette localité avait un représentant à la Gon-
i Ses fragniens prismatiques sont épars dans le cimetière. Dana ces mutilations, la fenêtre s'est déjetée, et la pureté do galbe a été altérée. — i Mss. de M. Cousin , tom ri , et Syn. de Rob. Genatis. Ap. D. Bessin. - 3 Mss. de lp Assiette. — 4 Pouillé, p. *\ - 5 Mèm. sur ta Généralité de Caen. — 6 Eipilly, Dict. des Gaules. — 7 M. de Gervilfc a soupçonné l'existence d'un château a Précey, sans le localiser. Voir ses Châteaux du département de ta Manche.
quête'. Les Rôles de l'Echiquier font mention de Robertus de Presseio, à Tannée 1180 : G. du Homme , connétable, selon notre épigraphe, rendait compte de 10 liv. pour Robert de Précey , parce qu'il avait pris des colombes sans permis 3. Nous croyons que le château de Précey est a peu de distance de l'église , au bord du ruisseau de la Barbacane , à (a terre de Vaugris. Ce nom de Barbacane indique ordinairement un château ou une tour, surtout une tour de guet». Il y a encore des restes remarquables : on y voit deux tourelles , trèsrapprochées, d'une physionomie très - féodale. Il est vrai qu'elles ne sont pas anciennes; mais elles sont une reconstruction faite de restes anciens : les baies des anciennes tourelles sont restées. Une découverte de sept monnaies d'or a été faite auprès de la Barbacane \ On dit qu'un souterrain partant de ce manoir , se dirigeait vers la campagne , en passant sous la grande route : c'est la tradition des châteaux.
La terre de Larient est un ancien fief, qui a été dans la famille de Clinchamp. En 1698 , les nobles à Précey étaient la veuve de Clinchamp , sieur de Vaugris , J. de Clinchamp de la Blanchardière *. Quelques portes et fenêtres , assez ornées > du xvi* siècle, se voient encore à la terre de Larient.
Le ûef de la Motte devait 20 s. tournois à l'évêque d'Avranebes : « A Precé , dit Cenalis dans son Aveu de 1535 , G.
i JVilUimiH de Perei fut richement récompensé». et eut des domaines dans une dizaine de comtés. Dugdale dit qu'il descendait de MaintYed de Perci qui vint du Danemarck en Normandie avant l'arrivée de Rollon dans cette province. Baron, tom. i", p. 169. — 1 Stapleton , tom. 1", p. io5. — 3 Watch-tovrer, Glostary of termt of Architecture, p. a4.V. la Barbacane d'Avr. — 4 Cette découverte nous remémore ta trouvaille récente de deui hacbes en pierre, k la Godefroi, sur la direction de la voie romaine d' A Tranches à Vire. Voir l'art, de Livoye. Avec les magnifiques hacbes de Chausey, elles sont les seules en pierres trouvées dans l'arrondissement. — 5- Mim. sur la Gin. de Caen.
de La Motte lient le fief de la Motte , et ledit de La Molle me doit 20 sous tournois *. »
De la grande route on aperçoit un châtelet à tourelles, ombragé de vieux chênes : c'est la terre de Précey , propriété des Roger-Valbubert , possédée aujourd'hui par le frère du général.
Au pied de ces tourelles, sous ces vieux chênes , s'est développée en partie l'enfance de l'homme qui est la plus grande gloire militaire moderne de l'Avranchin , et qui se rattache à Précey par ces souvenirs , et par sa mère, M™ de Clin champ de Précey. Yalhubert fut un homme supérieur : nous ne parlons pas seulement du soldat , qui fut tué général , et qui serait devenu maréchal de France : l'homme de cœur et d'intelligence s'élevait aussi haut que l'homme de guerre , et il y a en lui du héros antique. Ce triple caractère se montrera dans sa biographie3, que nous esquisserons rapidement: d'ailleurs en écrivant la vie des hommes actifs et éuergiques de cette époque , la plume a besoin de courir avec la vitesse de leurs victoires.
■ Le général Roger-Valhubert 9 naquit à Avranchesen 1764, de M. Roger , capitaine d'artillerie des côtes , et de M"" de Clinchamp de Précey. Il reçut une parfaite éducation : il se serait fait un nom dans les sciences , sans ses goûts belliqueux et les événemens , et l'on a pu dire que son érudition profonde rendait sa conversation aussi intéressante qu'instructive. Il associait la science à la chevalerie , si nous pouvons citer cette idée d'un vieux poète dans ces pages , destinées cependant à rattacher le présent au passé :
i Mss. de M. Cousin, tom. vi. — a Nous suivrons spécialement le Précis do la Fie de Valhubert, par un homme quia été le mieux placé pour le connaître, par son aide de camp, comte M. D., renversé par l'obus qui tua son général. — 3 Voir à l'art, de Céaux la terre du Valuubert, d'où les Roger tiraient l'aijxc de leur nom.
Quar science o chevalerie Cest ferme tour sur roebe assise Cest fine emeraude en or mise * .
Il préluda aux fatigues de la guerre par les exercices corporels, dans lesquels il excellait , spécialement par la natation, à laquelle il dut de sauver un grand nombre de personnes. Il montrait dès-lors cette résolution et cette fermeté qui ne se démentirent jamais. La Révolution lui onvrit la carrière , et il y marcha à pas rapides. A la formation des gardes nationales , il est nommé capitaine des chasseurs. Quand la Patrie menacée demande des bataillons aux départemens, il est inscrit le premier volontaire, et l'élection le proclame commandant du premier bataillon de la Manche. En trois mois le bataillon est organisé , exercé comme de vieilles troupes , il part pour le camp de Lille , et sur sa route , à Caen , reçoit les éloges de Moreau. Quand l'immense supériorité du nombre des ennemis force les Français à rentrer dans Lille , le premier bataillon de la Hanche couvre la marche, et posté sur une chaussée, il arrête les Autrichiens. Pendant le bombardement , Valhubcrt rend les plus grands services , et ensuite contribue puissamment à la levée du siège s. Onze jours après, il se signale par un de ces actes d'intrépidité , si communs dans sa vie : il enlève , avec son bataillon, à la baïonnette, le plateau de Pellenberg , occupé par 1500 grenadiers hongrois , appuyés de quatre canons. Le général La Bourdonnaye embrasse Valhubert , en
i Usa. du Mont Si Michel. Poésies transcrites au xiv'siècle par J. Delaunay. — a C'est en soutenir de ce siège , auquel le 1" bataillon de 1» Manche prit nue part si glorieuse , que ta rue des Prêtres fut appelée rue de Lille. Jean-Marie-Melon Roger- Valhubert naquit dans une maison située à l'angle de la rue Saint-Cervais et de la rue Gauloise , aujourd'hui rue Valhubert. Il entra d'abord volontaire à Rohaa-Soubisc. Lavallée, Ann.de ta Ug. -d'Honneur, d'apre» la notice du tribun Jubé, • consacrée par l'amitié à ta gloire. »
lui disant, dans le langage solennel de cette époque : « Vous avez sauvé une partie de l'armée par votre courage et votre coup-d'œil étonnant : la défaite de l'ennemi est certaine : aujourd'hui la Patrie contracte envers vous une dette immense. » La Convention décrète que six cents volontaires seront immédiatement dirigés sur le bataillon de la Manche. Le siège do Quesnoy fait briller dans Valhubcrt un autre genre de courage : la patience dans la défense , la discipline sous le feu de l'ennemi, les privations de la faim» les fatigues de la brèche. Mais la garnison est faite prisonnière : Valhubert et ses braves s'acheminent vers la Hongrie : il leur distribue une caisse d'épargne , il montre un grand cœur dans une captivité odieusement cruelle, et resserre entre ses camarades les liens que relâche la misère. Après deux ans Valhubert est échangé , et les débris du bataillon de la Manche sont incorporés dans la 28e brigade , dont Valhubert reçoit le commandement. Cette brigade est organisée à Paris, et envoyée à l'armée d'ilelvétie1. Dans cette guerre , au milieu des glaciers , des torrens , des rochers , la 28» déploie tous les moyens des montagnards euxmêmes. Un trait d'humanité, qui-fut toujours pour lui un souvenir délicieux, signale Valhubert. Au passage de la Gamsa , près de son embouchure dans le Rhône , un de ses soldats est emporté par le courant. Aucun des cinq cents hommes, qui se tiennent pour résister à la violence des eaux , n'ose aller a son secours : Valhubert s'élance et retire de l'eau le soldat. Cette journée doit être magnifique : avec hO hommes , le colonel fait 800 prisonniers. L'attaque du Simplon lui est confiée : cette affaire, merveille de tactique et d'audace , le couvre
a « Les légions do Rbin et de l'Helvétie contenaient les plus chaud» républicains de l'armée » , dit M. Thiers dans son Histoire du Consulat et de l'Empire» Nous sommes persuadé quo Valhubert arec ses antécédens, arec son enthousiasme contenu , le loyal honneur de sa rie, son dédain de l'argent, était une de ces âmes républicaines pures que les camps appelèrent au détriment de l'intérieur.
de gloire. A Stradella , la 28* est choisie par le Premier Consul pour passer le Pô de vive force : Valhubcrt passe daus la première barque , forme ses bataillons , sous la canonnade , culbute l'ennemi , et fait de nombreux prisonniers. Quelques jours après, seul , il tombe sur 200 Autrichiens, s'élance sur leur commandant , lui met Cépée sur la poitrine , et tous se rendent. A Montebello , sa brigade mérite ces paroles de Lannes : • Je me suis trouvé dans bien des affaires , mais vous êtes les plus braves gens que j'aie jamais vus. » A Marengo, sa brigade forme un carré inexpugnable , comme le rempart de granit de la Garde consulaire , contre lequel se rue en vain , pendant toute la journée , la cavalerie autrichienne '. Blessé à huit heures du malin , Valhubert ne se laisse panser qu'à minuit. Dans son brevet d'honneur l'Empereur signale son sangfroid à Marengo. Pendant les quelques jours de repos qui suivirent celte grande victoire , Valhubert , à Parme, à Plaisance , à Modène, par la loyauté de son caractère , fit honorer les Français et se fit chérir de ses soldats par sa bonté : les dons que lui fit le Premier Consul retournèrent à sa brigade. Le combat de Pozzolo3, dans lequel il fut renversé par un boulet qui éteignit sa voix pour plusieurs mois , couronna tant d'ex-
i i Lannes, remplissant la 4o* et la a8a du feu de ton Ame héroïque, les pousse l'une et l'autre sur les Autrichiens. ■ M. Thiers, dans sa magnifique bataille de Marengo, tom. i", p. 44o. Pins loin : • C'est dans ce moment que Lannes et ses quatre demi-brigades font des efforts dignes des hommages de la postérité. L'ennemi qui a débouche en masse de Marengo dans la plaine, vomit par 80 bouches a feu une grôle de boulets et de mitraille. Lannes , à la téte de ses quatre demibrigades, met denx heures à parcourir trois quarts de lieue. Lorsque l'ennemi s'approche et devient trop pressant , il s'arrête et le charge à la baïonnette...... Partout la plaine présente un vaste champ de carnage où le bruit des explosions s'ajoute à celui de l'artillerie , car Lannes fait sauter les caissons qu'il ne peut plus ramener. • — a Voir lbîd. le rùlc héroïque de la i8\
ploits dont la récompense fut an sabre d'honneur décerné par le Premier Gousul avec cette lettre : « .... Je n'oublierai jamais les services que la bonne et brave 28* a rendus à la Patrie. Je me souviendrai dans toutes les circonstances , de votre conduite à Mareogo. Blessé, vous voulûtes vaincre ou mourir sous mes yeux. » 11 reçut 10,000 fr. à titre de gratification : cette somme devint la caisse des veuves et des orphelins de la 28e. Valhubcrt fut nommé général de brigade en 1803, et fit partie du camp de Boulogne : Tannée suivante , l'Empereur le nomma commandeur de la Légion-d'Honneur. La campagne d'Allemagne s'ouvre : le général part avec sa brigade composée des 64e et 88* régimens. Dans cette campagne, il sauve la vie à son aide-de-camp, menacé par on incendie; il enlève le pont de Vienne , et s'empare du grand parc des ennemis fort de cent canons et d'autant de caissons. Sur le terrain Napoléon lui dit : « Ici comme à Marengo. » Dans une marche , traversant un grand bourg brûlé par les Russes , il distribue aux babitans tout ce qu'il possède , à deux pièces d'or près. Le soleil d'Auslerlitz brille : il esta l'avant-garde , sur la route de Brttnn à Olrautz qu'il doit défendre à tout prix : tes masses russes cherchent à déborder sa gauche et l'artillerie tire aux abords de la route : un obus renverse le général et son cheval , et le blesse mortellement. Les officiers et Ie3 soldats accourent pour le relever : Souvenez-vous de l'ordre du jour 1 leur crie-t-il , vous ne me relèverez qu'après la victoire : il . était défendu de relever les blessés. Malgré tous ses refus , il est désarmé , placé sur des fusils et porté à l'ambulance : « Allez à l'Empereur, dit-il à son aide-de-camp , dites-lui que dans une heure je serai mort. J'aurais voulu faire davantage..* Je lui recommande ma famille*. «Napoléon lui envoya des chirurgiens de sa garde; mais il succomba à Brûnn
i Bignon , Histoire diplomatique. Le 3o* bulletin cite Yalhobert le premier parmi les généraux de brigade blessé*»
où il avait été transporté... Mort an feu, il eut, dans l'ivresse de la victoire t de magnifiques funérailles , et on grava celle inscription sur sa tombe de marbre noir :