TOMBÉ DANS LA BATAILLE D'A U8T BEL 1TZ , LB II DÉCEMBRE H. D. CGC. V
Nos ennemi* , qui savent apprécier le courage , sauront aussi respecter , après notre éloignement , ce monument élevé à un de nos généraux , dont le grand caractère , les vertus militaires , sont dignes de servir de modèle à toutes les nations.
.L'empereur donna le nom de Valliubcrt à la place qui est devant le pont d'Austerlilz ; des peintres furent chargés de retracer les principales actions de sa vie, et un célèbre sculpteur, Cartelicr, dut reproduire ses traits dans une statue colossale. Cette statue s'élève maintenant sur la place Valliubcrt à Avranchcs, où quelques rares camarades peuvent reconnaître l'image fidèle du général. Sur le piédestal où l'a élevé sa ville natale , Valliubcrt est un souvenir de gloire , un mobile de courage , un type de bravoure et de fidélité à l'honneur et au devoir1.
i Un Éloge de Valbubert a été composé par un de ooa élèves» E. de V., et la dans une distribution des prît du collège d'Avraucbes. La statue fut inaugurée le 16 septembre i83a, dans la plus belle fête dont Avranchcs garde le souvenir. Un prêtre vénéré dit l'éloge funèbre ; des discours furent prononcés par le général Bei themy , le colonel de Bricqueville , député, M. Muirson , officier anglais; MM. Olivieret Boyssou écrivaient un récit de la cérémonie.Une table de 1 ,4oo couverts réunit des convives da toutes les classes. La statue est une œuvre correcte, mais froide comme la statuaire de l'Empire. La tête est trop juvénile et trop grêle pour un corps colossal , et le geste et l'attitude n'expriment aucun mouvement caractérisé, aucune intention déterminée. Nous aimerions, selon un usage qui se propage aujourd'uui , qu'un bas-relief, animant et déter-
Le châtelet de Précey nous a rappelé le soldat de la République el le général de l'empire : d'autres particularités locales rappellent le soldat chouan et le général royaliste , deux aspects de la plus grande époque de notre histoire , deux images d'une civilisation nouvelle et d'une civilisation vieillie , qui se distinguent par les idées , mais se confondent quelque/ois par le courage; nous voulons parler du comte de Frotté , chef des royalistes de la Normandie , dans lequel nous trouvons le représentant des opinions royalistes dans l'Avranchin et le directeur des mouvemens de la chouannerie. Ses principaux lieutenans clans l'Avranchin , qu'il dirigeait du département de l'Orne, étaient Druey, Boishy , H... , et les principales rencontres eurent lieu à la Croix, au Bois- Roulant, à la Forge , au Petit-Cellant \ Vers l'époque où Yalhubert partait pour la frontière , de Frotté passait sur cette route de Précey , et ses soldats faisaient leur halte dans le châtelet des parens du volontaire républicain ? il était un des chefs de cette émigration vendéenne, qui allait trouver sa dernière déception et sa plu* grande misère sous les murs de Granville. Après la retraite de Granville, de concert avec Georges Cadoudal qui occupait le Morbihan , de Frotté , avec le titre de général de l'armée de Normandie, avait fait, jusqu'à la suspension d'armes3, cette guerre de guérillas , semée de combats héroïques et sauglans.
mioant la vie de la statue, rappelât quelque événement deja carrière de Valbubert , sa mort par exemple , qui est celle du vrai soldat , brave dans l'action et esclave de la discipline.
1 Beaucoup de capitaines de chouan* vivent encore et ne doivent pas être nommés. Le 106* bataillon en garnison à Avranches a cette époque eut pour chef celui qui devint le général Reynier. — a L'abbé de Montgaillard cite un fragment de lettre du baron de Breteuil au com le de Frotté, général de l'armée de Normandie en 1796, qui montre toutes les illusions du parti royaliste encore à cette époque. Le vieux baron se croit encore en pleine .féodalité ; t Pleins pouvoirs du
Un illustre historien l'appelle « un jeune chef, actif, rusé, ambitieux *. » Quand la trêve fut expirée , le Premier Consul pensa que c'était le moment de finir la pacification de l'Ouest ; ses significations aux provinces insurgées, appuyées d'une force de 60,000 hommes, en partie tirés de M Hollande où ils avaient rejeté les Anglais à la mer , y produisirent un grand effet 3 : d'ailleurs le général Bonaparte commençait à paraître faire autre chose que les affaires des Bourbons. Les chefs royalistes paraissaient disposés à signer la paix, deux exceptés , l'indomptable et féroce Ceorges Cadoudal , dans la Bretagne , «t de Frotté en Normandie. Ceux du bord de la Loire se soumirent : mais ces deux derniers continuèrent la guerre. En 1800 , le 21 janvier, le grand anniversaire, le général Chabot marcha sur les bandes du centre de Bretagne , et battit Boutmont qui avait 4,000 chouans. Georges fut obligé de déposer les armes. En Normandie , de Frotté fut poursuivi par les gé- % néraux Gardanne et Chambarlhac , et battu par le premier à la Motte -Fouqué. Un de ses lieutenans, Boishy, essuya une forte perte près de Fougères. Chambarlhac fit passer par les armes quelques compagnies de chouans , non loin d'Àlençon. De Frotté pensa qu'il était temps de se rendre. Il fit des avances à Chambarlhac qui exigea qu'il livrât immédiatement les armes de ses soldats : de Frotté se refusait à cette condition Cependant on avait écrit au Premier Consul qui , dans
baron de Broteuil à l'effet de poursuivre le recouvrement des cens , rentes, droits seigneuriaux de son comté deGacé, de sa baronniede Bticquebec, etc. » Histoire de France , ton*. îv,
i M. Tbiers , Histoire du Consulat et de V Empire, tom. ia>, p. 199. — % Uoe ligne de camps fut établie depuis ta Hollande jusqu'à la Bretagne : il y en av/jit un à Saint-Lo, uu à Hennés ; eelui-ci de 7 a 8,000 nommes. — 3 « Bourmoot commandant des bandes du Maine et de Frotté celles de la Normandie ont eu l'avisement de capituler de bonne heure. i3 fér. 1800. » L'abbé de Montgaillard, tom. ?.
son premier mouvement d'irritation , avait ordonné de ne point lui accorder de quartier. Pris lorsqu'il se rendait auprès de Guibal, qui commandait le département de l'Orne , il fut trouvé porteur de lettres qui dormaient à ses gens Tordre de se rendre en gardant leurs fusils : ces lettres passèrent pour une trahison. Il fut conduit à Yerneuil et livré à un conseil de guerre. Une foule de solliciteurs entourèrent le Premier Consul et obtinrent une suspension de procédure ; mais le courrier arriva trop tard : le jeune et vaillant chef, selon l'expression de M. Thiers, avait été fusillé «. Telle fut la fin de celui , en qui nous avons vu le chef des troupes royalistes de l'Avranchin , dont le souvenir a surgi par contraste devant la figure du général Valhubert , et dont nous plaçons ici l'histoire , à cause de quelques circonstances particulières et du souvenir du passage des Vendéens dans le village de Précey s. Après la mort de Frotté , les chouans restés sans emploi ne se tinrent pas tranquilles : ils ravagèrent les grandes routes, chauffèrent les propriétaires surpris dans leurs demeures , arrêtèrent les voitures , et pillèrent les caisses publiques. L'hiver de 1800 , et les routes de Normandie et de Bretagne furent surtout signalés par ces expéditions qui n'avaient plus la forme , militaire encore, des guérillas, mais celle des bandes de brigands. Les colonnes mobiles et les tribunaux spéciaux balayèrent les routes et traquèrent dans leurs refuges les chouans , enfans perdus qui n'avaient plus de drapeau
I Page *o8. • La duplicité de sa conduite, quoique démontrée, n'était cependant point assez condamnable pour qu'on ne dût pai regretter beaucoup une telle exécution. • — a Voir pour cette eipédition l'art, de Graoville. — 3 Plusieurs des cbeCs de cette seconde chouannerie, celle du brigandage, existent encore parmi nous arec leurs noms de guerre dont la grâce pastorale ou la beauté historique contrastent singulièrement arec les souvenirs de rapine qu'ils portent avec eux.
C'est dans un de ces châtelets qui ceignent l'église de Précey , que nons aurions aimé à placer l'Yseult de la légende du Mont Saint-Michel , plutôt pour l'illustration poétique de notre sujet , que pour sa vérité historique. D'ailleurs cette œuvre d'une poétesse , M"*6 Louise Colet , offre quelques détails qui autorisent notre hypothèse : Yseult, allant vers le Mont Saint-Michel , sur? ant une étoile à l'occident , errait souvent auprès de la mer et dirigeait son coursier vers la plage que domine le vieux couvent. Puis , comme il est dans notre plan d'encadrer l'archéologie pure dans l'histoire et la poésie , nous aurions été heureux de pouvoir semer sur notre terre du nord ces fleurs écloses au soleil du midi , d'entourer dès maintenant notre Mont Saint-Michel de richesses poétiques, et d'ajouter un poème à ce cycle littéraire dont il est la muse , foyer d'où rayonne la poésie , comme de ce mille doré rayonnaient ces voies montoises qui menaient les peuples au monastère de l'Occident; mais les nécessités de notre sujet nous forcent à rejeter cette poésie et à la réserver peut-être pour notre œuvre spéciale du Mont Saint-Michel 4.
À la lisière de Précey et de Céaox est le village de Pommerei. Nous ignorons d'où est sorti le guerrier de la Conquête qui portait ce nom : il est probable toutefois que c'était de ce village ou de Saint -Sauveur -la- Pommeraye. Radulfus de Pomerei était un Tenant en chef, cité dans le Domcsday et dans le haronnage de Dugdale, qui dit que sa plus grande propriété était dans le Devonshire , où Berie-Pomerai était le chef- Heu de sa baronnic \
i Cette poésie des Fleurs du Midi est intitulée Yseutt. Légende du Mont Saint-Michel, erec tine épigraphe de U Boétie : « Ton amour est un fît auquel tient tout* ma vie, «et une de Wordsworth : • Spire* whose ail sitent fmgers point to heaven. • Œuvres complMes de M»# Louise Colet. Fleurs du Midi, p. 5;. — » Voir le Domesday. Someri. 96. 6. Dev. » i3C. Dugd, Bar, tom. 1" , p. 4<j8-
Précey soulève une question topographique : un historien de l'Avranchin a vu dans Précey , le PatricUacus des actes de saint Benoît. Avant d'émettre notre opinion , racontons l'histoire en citant les textes. " Un des Regnanlt , seigneur d'Avranches, donna au monastère de Corbion ou de Saint- Laumer le village de PatricUacus, dans le pagus de PAvranchin , in pagum Abrincadimtm *. Salomon , roi de Bretagne, avait possédé ce village, et il l'avait donné à uaseigneur nommé Gurham, nomine Gurhamius. A l'approche des Normands, le corps de saint Lomer , qui avait été ermite dans le Perche , fut porté à PatricUacus , dans PAvranchin , ce qui est raconté d'une manière trop intéressante pour que nous ne citions pas le texte : « An. 872. cùmjam peccatorum nostrorum magnû tudine justo Dei judicio prominente omnem Neustriam per decem et octo continuas annos longe latèque JSorvnamwrum gens vastasset civitates* castella et monasteria usque ad so- Uim destruens, CurbUmensis monasterii abbas , Guarno nomme**. transtuUt corpus beatissimi Laudomari in pagum Abrincadinum , in villam quai dicitur PatricUacus...2 > D'abord il ne se peut guère que l'abbé Guarno , dérobant le corps de saint Laumer aux profanations des Normands qui ravageaient la Neustrie depuis dix-huit ans, Pçût transporté a Précey, en Neustrie , au bord de la mer. En outre le nom de Précey ne se prête pas assez aux transformations qu'on peut supposer entre lui et PatricUacus*. Nous placerons PatricUacus, non loin de l'ermitage de saint Laumer, à Patrice-le- Désert ou la Lande-Palry. En outre le nom du seigneur Gurham nous donne l'étymologie d'une localité voisine , Goron , ville de la Mayenne qui portait encore au xir siècle son nom saxon de Gorham *. Il est vrai que notre hypothèse est con-
i MabUlon. Aet. ord. S. Ben., ton» nr, p. a{6. — a Ibid Laumer, nom frank , comme Orner, Audemarut. — 5 Acum, comme dunum, est une Gnale celtique. — 4 Smollet* Passage relatif à la pénitence de Uenti u à Avrancbes.
tredtte par le Pagum Abrincadimm ; mais nous oserons dire que c'est une erreur géographique du narrateur ; erreur légère d'ailleurs , puisque ces localités sont sur les frontières de l'Avranchin. Baillet , sans se prononcer, met en note que Pairicliacus est dit quelquefois en notre langue Persy ou Pairly, et qu'on le place dans le diocèse du Mans Mais il ne tient pas compte de la topographie du texte.
Le presbytère de Précey possède un de ces registres que les curés et les vicaires se plaisaient à tenir autrefois, et qui étaient (es Annales paroissiales. Nous retrouvons ce petit chartrier dans plusieurs communes de l'Avranchin , et en ce moment dans quelques diocèses , la rédaction de cette histoire locale est obligatoire pour les curés a. Nous nous rappelons le Registre de Huisnes», celui de la Croix-Avranchin « , celui de Sacey, histoire des seigneurs locaux, pleine de légendes, de vendettes , qui offre l'intérêt du drame et du roman 8 , celui de Ducey • , celui de Villedieu7 , etc. C'est au curé, dans le ' calme du presbytère, dans ses sympathies et ses relations générales , dans sa science présumée supérieure , à rédiger ces modestes Annales , qui deviennent l'histoire de la commune , et un document précieux pour tout le monde. L'élaboration de notre œuvre nous a vivement fait sentir l'utilité de ce Registre que nous rattacherions aux archives de la fabrique , et aux richesses du Trésor. L'analyse de celui de Précey atteindra le double but de donner le cadre d'un travail dont nous ap-
i Fie dêt Saints, 19 janvier. Cette terminaison en aatt, atum est essentiellement celtique, comme celle en dunum. — 9 Le vœu des antiquaires et des historiens , plusieurs fois exprimé sur ce point, a été réalisé par quelques évêques. — S Rédigé eu grande partie par le curé M. Juin, qui avait été professeur au collège d' A vr anches. Voir Huisnes. — 4 Voir la Croix-Avranchin. — 5 Nous en possédons une copie. — 6 Cité à l'article de Montmorel , en Poilley. — y Rédigé par deux prêtres.
pelons l'imitation de tous nos vœux, et d'ajouter aux notions que nous donnons sur cette commune.
L'introduction naturelle à l'histoire de la paroisse est la vie du patron. Ou cette vie est peu connue , alors il appartient au pasteur de faire des recherches sur le point qui lui importe plus qu'a personne , ou elle existe dans les hagiographes avec étendue et authenticité, il reste encore à enrichir, à illustrer celte gloire dont il est le principal dépositaire : d'ailleurs les vies des saints sont très -précieuses pour l'histoire locale et générale. G'est par la vie du patron saint Berthevin que commence le Registre de Précey ; c'est le récit naïf d'une vie que n'ont pas donnée les hagiographes Surius et Baillet , et qu'il fout aller chercher dans des bréviaires très-rares ou des manuscrits'. D'ailleurs traditionnellement saint Berthevin est né dans le diocèse d'Avrancbes. Toutes ces raisons appellent ici sa biographie. La naïveté est le style convenable de ces ré» cils où s'associent la légende et l'histoire : nous ne pouvons donc mieux faire que d'extraire des passages du panégyrique que nous avons sous les yeux.
1° Abrégé véritable de la vie de saint Berthevin , diacre et martyr.
v L'histoire de saint Berthevin assure qu'il étoit originaire de Normandie, qu'on appeloit dans ce temps la Neustrie , et la tradition constante porte qu'il avoit pris naissance et reçu l'6-
i Surius et Baillet ne donnent que la vie de saint Berlin, le successeur de saint Orner on Audomar (comme saint Lomer pour saint Laudomar). Augustin Thierry cite saint Bcrtevrin, ou Bei-tin (Utirtt sur l'H'ut. de France)» en s'appuyant sur l'HUt. Bec de Fleury. Noua avons vérifié et nous n'avons trouvé que Berlin. Cependant, il est bien probable que Bertin est une contraction de Bertevrin, et que ce saint est d'origine Fraôke. Mais il est tout à tait distinct de notre saint Berthevin , dont le Mss. 71 d'Avrancbes contient la vie et l'office.
ducation dans la paroisse de Parigny , au diocèse d'Avrancbes. On ne sait pas les noms de son père et de sa mère. I) se porta tellement à la dévotion qu'on préjugeoit dès ce temps-là de sa sainteté future , et c'est aussi à cause de sa vertu extraordinaire qu'il fut élevé dans l'église jusqu'à la dignité de diacre. Étant encore jeune, il quitta ses parens et tout ce qu'il pouvoit espérer posséder pour se retirer dans le Maine , en un lieu proche d'un château qui se nominoil le Val-Guerdon f , et qui s'appelle présentement le Val-Saint-Berthevin , qui étoit une espèce de désert Dans ce désert son lit étoit la terre dure, sa nourriture des légumes et des racines , y vivant à la manière des Pères du désert ; sa compagnie étoient des arbres et les bêles féroces qui le respectoient ; son emploi étoit la prière ; sa plus douce occupation étoit de parler à Dieu. Il demeuroit ' dans ce château un grand seigneur nommé Blaize ; c'étoit un petit roi du païs , mais peu adonné à la dévotion. Cependant proche son château , il y avoit une église ou chapelle qui étoit dédiée à saint Nicolas , où saint Berthevin ne manquoit pas d'aller très-souvent adorer son Dieu , et on a remarqué que quand il passait la rivière Medene2, pour se rendre à cette chapelle , le batteau qui servoit pour lors à passer les voîageurs, lorsqu'il étoit de l'autre côté du rivage, se détachoit de luimême sans le secours d'aucun batelier et venoit au-devant de saint Berthevin , et , après qu'il avoit satisfait à sa dévotion f le même batteau se présentoit à lui pour le repasser dans son désert. Aujourd'hui en la place de cette chapelle Saiut-Nicolas est une église dont saint Berthevin est le patron3. Or, comme la vertu n'a point besoin de recommandation pour se faire connaître et qu'elle se fait aimer d'elle-même, quoique saint Berthevin fût un étranger et un homme inconnu , Blaize et sa femme voyant en sa personne une vertu consommée , unepm-
i Le Msflt du Mont St-Micbel dit ValtlsGuldonit $ et an lieu de Blaize Bertarius. — a Mcdaana, la Mayenne»— 3 Commune de 6tB«rtbeviiu
dence extraordinaire , une charité angélique , une innocence sans défauts» une intégrité généreuse et sans reproche , le prièrent de prendre soin de l'administration de leur maison , et d'avoir l'intendance généralement sur toutes les choses qui les regardoient tant pour le spirituel que pour le temporel. Le saint , espérant par ce moîen les gagner et les porter à Dieu avec plus de perfection , l'accepta et s'en acquitta avec tant de soin et de prudence que le seigneur Blaize en étoit très-content et le prit tellement en affection qu'il n'agissoit que selon les conseils de saint Berthevin. Le saint , qui ne demeurait dans ce château que pour sanctifier ce seigneur et toute sa famille , volant que tout réussissoit selon ses désirs, fit en sorte, par ses salutaires avis, qu'il commençai fréquenter l'église, faire de grandes largesses aux pauvres.... Pendant que le soin et la prudence de Berthevin font aller toutes choses de mieux en mieux dans la maison de Blaize , il s'y trouve des yeux chassieux qui ne peuvent regarder fixement le jour , des oiseaux de nuit qui ne peuvent envisager la lumière , des âmes malfaites qui n'avoient pas !c courage de voir de bon œil un homme de rien surveillant les serviteurs de la maison , qui ne pouvoient souffrir que leur maître eût tant de confiance en un étranger , qu'il eût mieux l'oreille du maître qu'eux , voïant que sa piété blâmoit leur libertinage , sa sebriété et une censure très- sévère leur débauche, et que sa vertu condamnoit leur vice, ils conçurent une étrange jalousie contre lui. Quoi ! sera-t-il dit que le nouveau venu soit notre maître ? souffrirons-nous qu'il nous mette le pied sur la gorge?... Ils conspirent donc ensemble et font entendre à Blaize que le nouveau venu , Berthevin , en étoit venu jusqu'à un tel point d'effronterie que de vouloir souiller sa couche , qu'il avoit de l'esprit, mais que c'étoit un esprit malin1. Ce crime étoit trop
noir pour être cru de Blaize. Cette imposture n'ayant pas
i /rte Joseph. Proie de «tint Bertfaevio. Mm, du Moat Saint-Michel.
réussi , la jalousie fut changée en fureur , et sans autre» délibération ils conclurent entre eux d'en délivrer le inonde et de le faire mourir. Ils étudient l'occasion où il sortiroit de la maison de Blaize pour se retirer dans le désert. Sous prétexte d'y vouloir rester avec lui pour y apprendre à servir Dieu , ils l'accompagnent par le chemin , et lorsqu'ils furent à couvert de la vue des hommes et comme des loups enragés ils se jettent sur saint Berthevin et lui ôtent la vie. Ils tentèrent à faire une fosse pour l'y mettre , mais Dieu n'ayant pas permis que son serviteur fût enterré par leurs mains profanes et sacrilèges, ils ne peuvent y réussir. Voyant cela , ils le jettent dans un lac voisin , affin que les eaux couvrissent leur meurtre et fût par ce moïen privé de la sépulture. Mais comme tout ce qui a servi à l'ignominie et au supplice des martirs est à présent changé en leur gloire , on a eu tant de respect pour la mémoire de saint Berthevin qu'on a desséché l'étang pour y bâtir une église sous son invocation dans le lieu où son corps avoit été jetté , après l'homicide de sa personne , laquelle église est à présent celle qui porte son nom dans la province du Mans où l'on voit encore l'autel de la vierge qui étoit l'ancien oratoire bâti du temps de saint Berthevin. Blaize surpris de l'absence si longue de son ami Berthevin s'enquit si on ne lui avoit pas rendu quelque mauvais service qui l'eût obligé de se retirer dans la Neustrie. Les domestiques tâchent de persuader à leur maître qu'il s'étoit retiré dans la Neustrie, que c'étoit un bigot qui se scandalizoit de la moindre parole équivoque, qu'il n'avoit ni feu ni lieu , et plusieurs autres raisons dont leur maître ne fut point content. Les misérables bourreaux voiânt que si on retrouvoit le corps , ce seroit leur condamnation , le retirèrent de ce lac et le jettèrent dans une fontaine profonde; mais comme cette fontaine le faisoit connoître par les eaux qui dérivèrent teintes de son sang, ils le retirèrent de rechef tous tremblans pour le précipiter dans la rivière voisine. Ils attachèrent ce corps saint à plusieurs grosses pierres.... Cependant ils éloient toujours en inquiétude ; cela étoit cause que ces
homicides alloient souvent Toir s*il n'y avoit point quelques marques sur la rivière ; mais ils furent uu jour fort étonnés , lorsqu'ils l'apperçurent jetté sur le bord du fleuve, les eaux se trouvant indignées de cacber un corps si saint et redoutant d'être criminelles si elles couvroient le crime de ces parricides.... ils prirent te dessein de transporter encore le saint corps dans un rocher qui étoit proche et inaccessible , sur lequel à force de bras ils le transportèrent et l'y attachèrent avec plusieurs machines.
- Pendant que tout ceci se passoit dans le Maine , une vénérable femme qui avoit servi de marraine a saiut Berthevin dans son baptême , fut inspirée du ciel de se transporter en ce lieu pour donner la sépulture du corps de son filleul qui avoit été martiriié.... Une seconde révélation l'avertit d'attacher a un chariot deux jeunes génisses qu'elle avoit, qui n'avoient jamais porté le joug , mais qui le subirent librement, qu'elle n 'avoit qu'à les suivre. Le chariot fut conduit sans autre guide que la Providence dans le lieu où étoit le corps du martir, du côté où la montagne étoit accessible. Cette bonne dame prend le corps saint pour le transporter où la providence de Dieu le souhetloit. En même temps le chariot reprit la route de la Normandie et chemina de la même manière qu'il étoit venu. Aussitôt qu'ils furent sur les terres de la Normandie, ils rencontrèrent un seigneur qui prenoit le plaisir de la chasse , et qui poursuivoit une biche que les chiens étoient prêts d'arrêter. Cette pauvre biche trouva un azile assuré auprès du corps du martir ; car s'étant réfugiée sous le chariot, les chiens effrayés retournèrent en arrière et n'osèrent approcher. Le chasseur surpris de cet accident , ayant appris ce que cette vertueuse dame conduisoit , se mit à genoux pour adorer Dieu qui est admirable dans ses saints , et après avoir rendu ses respects à saint Berthevin , il fit vœu de faire bâtir une chapelle ou église en l'honneur de saint Berthevin, s'il plaisoit à Dieu que son corps fût inhumé sur ses terres, et Dieu pour rendre le miracle plus considérable fit rejaillir une claire fontaine dans le même
lieu où la biche s'étoit réfugiée sous le chariot , -qui se voit encore et se nomme la fontaine saint Berthevin. A environ cent marches au-delà le chariot s'arrêta et le corps du saint martir y fut inhumé avec toute la pompe possible , et le seigneur fit bâtir une chapelle sur le tombeau, laquelle ensuite fut brûlée par les ennemis de la religion t et depuis on a fait bâtir en la place la tour de l'église de Parigny sous laquelle il y a une chapelle dédiée à saint Berthevin..
» Or , comme la mort et la sépulture de saint Berthevin arrivèrent peu de siècles avant que les peuples du Dannemarcb vinrent en Neuslrie, qui fut l'an 8M 1 , qui étoient idolâtres , qui brûloient toutes les églises et passoient au fil de Pépée tous les chrétiens et qui chassèrent tous les habitans de ce païs, et cela fait qu'on ne sçait point le nom du père et de la mère de saint Berthevin , ni le détail des miracles qui se sont faits à son tombeau ; quelques auteurs ont cru que ce corps saint avoit été transporté à Bourges en Berry pour éviter la fureur des mêmes Danois ou Normands, et mis dans une même châsse avec le corps de saint Ursin , archevêque de Bourges.
» 11 s'est fait plusieurs miracles dans le lieu où saint Berthevin fut martirisé : on a vn souvent une lumière surnaturelle et extraordinaire sur la fontaine où son corps avoit été jetté, d'où vint qu'un nommé Renault9, paralitique, y recouvra la santé si particulièrement que le reste de sa vie il ne souffrit aucune incommodité. Se voiant sain et guéri il fit bâtir une cellule proche cette même fontaine où il mena une vie sainte et vertueuse , et donnoit de l'eau aux malades qui y recouvroient soulagement ou guérison , particulièrement pour paralisie , fièvre et dtssenterie. On y va encore aujourd'hui en péleri-
i t Quasivimut nomina régis, comitis , pontifias sub quitus passas est hiatus Beriivinus et invtnirt nequivimus. Hoe unum dedicimus gestum fuisse po$t infestationem marinorum predenum. • Mus. du Mont Saint-Michel. — % Reginaldus. Mm. du Mont Saint-Michel.
nage, et aux temps de dissenterie les paroisses voisines y vont eu procession de cinq lieues loin , en sorte que les offrandes des ûdelles et des malades furent suffisantes pour faire bâtir l'église du même saint en la manière qu'elle est à présent. Ce même saint a particulièrement un très-grand pouvoir à l'endroit des pauvres captifs d'où vient qu'on voit proche l'autel érigé sous son invocation un très-grand nombre de chaînes qu'ils y out apportées pour monument et mémoire de leur délivrance.
» Cette vie a été tirée de l'église et archives de la paroisse de Saint-Berthevin du Mans et brévière de la même église où l'office et la messe y sont propres. L'office contient neuf leçons qui décrivent la vie du saint et la prose la contient en abrégé. 11 y a plusieurs églises sous son invocation , sa mémoire est glorieuse à Parigny lieu de sa naissance, et l'église paroissiale de Précey le reconnoit pour son patron , et à une lieue proche de Laval on en célèbre la féte. On dit qu'il y a aussi de ses reliques dans l'église cathédralle de Lyzieox et cela est si vrai que je l'ai appris des prêtres de l'évescbé de Lyzieux qui m'ont assuré que dans l'oraison de la fête des reliques il est nommé Bertivini , et Bertkwini, et Berthuini en d'autres églises. Signé Hedou , prieur de Précey. J'ai transcrit cette copie de sur un ancien Registre qui servoit à l'église de Précey depuis Tan 1650. L. Dodeman , vicaire de Précey.1 »
2° Inventaire des titres et contrats concernant les rentes
i La Vie ou plutôt l'Office de saint Berthevin qui termine le Ms». in-f» coté int. 71, offre pour le fond le récit paraphrasé que nous Tenons de transcrire ; mais avec plus de simplicité et de sobriété de développcmens. Il commence par une préface : • Si quis anteriorum vel eciam modernorum quaUb use unique Utteris annotare voiuistet interfectionem beali Bertivini, niclùt auderel tennitas notlra superaddere. Il y a un Évangile, une Hymne, une PiOse : « Bertivini nos mérita pan gam us
onmes indita régi rtgum domino. Or tus fuit Xormannia et un
ortmus ou plutôt un oro. » (Je Mss. est du xir< siècle.
données à l'église do Saint-Berthevin de Précey , tant pour la part des prêtres 1 que pour celle du Trésor. Sous ce chef est le détail des rentes avec la date et le nom des donateurs. Ces titres , pour Précey , ne remontent pas au-delà de 1650 : ils n'offrent pas dès-lors de détails bien intéressans. Parmi les donateurs, ou remarque Madeleiné de La Motte ;
3° Autres rentes dont le trésor jouit seul. Ici les titres sont plus anciens. Le principal relate une rente de 10 liv. due par l'abbé et les religieux de Montmorel et le prieur curé de Précey à cause du trait des dîmes de saint fiertbevin , que les paroissiens leur ont cédé en forme de transaction «i cour d'église* en 1512; . .
Ua Autres contrats dont le trésor n'a rien , mais qui y sont renfermés , et qui regardent la paroisse. Sous ce chef sont quelques détails locaux : on cite la maison appelée autrefois le Luxembourg et alors le Taudis.... Une maison cédée, pour tenir l'école, par l'abbaye de Montmorel... Pierre du Homme, seigneur de Gbassilly, patron de Saint-Sénier... Une fondation pour l'école des filles et celle des garçons ;
5° Réduction des fondations de l'église de Précey, pétition adressée à M. de Durfort, évêque d'Avranches, en 1766;
6° Requête présentée à la chambre syndicale pour avoir la diminution des dîmes en 1767 ;
7° Modèle des charges et de compte aux trésoriers de Précey. Un de ces modèles s'applique à une rente de 1 ,àA9 liv. et à une de 4,478, sur la Grange au Bruman 3 ;
i En 1698 , la cure valait aoo liv. Il y avait un vicaire. Mcai. sur ta Gên. de Caen. En 1648, elle, rendait 4oo liv. Pouillè, p. 4. — a Ce* expressions sont remarquables et rappellent l'antique usage des actes dresses sous les porches et dans les cimetières. Voir l'art, de la Chapelle- Urée. Les décimatcura doivent les cierges des Ténèbres, trois cierges ardens devant l'image de saint Bcithevia... les cordes pour les trois cloche». — 3 Nous ferons remarquer ce nom dérive des langue» du
8° Tableau des Fondations , Messes et Obits, pour chaque mois de l'année ;
9° Choses remarquables. Ce cadre est le plus important , puisqu'il doit recevoir les faits locaux les plus intéressans. L'histoire d'une paroisse , dans les temps ordinaires , est simple comme la vie de ses' habitans : c'est l'état des récoltes , les réparations à l'église , les phénomènes atmosphériques , quelques faits administratifs , le dénombrement , etc. Mais dans les époques agitées» les Annales de la Paroisse sont pleines d'intérêt. Quelles révélations ne nous feraient-elles pas aujourd'hui , si elles avaient conservé les événemens locaux du temps de la Ligue ou de la Révolution P Voici quelque chose de ce que le pasteur de Précey consigua dans les événemens remarquable^. « En 1750 , on a fait bâtir la fenêtre du bout du chœur, aux frais du Trésor et de quelques personnes charitables.... En 1762 , quelques personnes charitables par une quête firent faire et raccommoder la statue de la Yierge qui est dehors contre le pignon du chœur qui a coûté près de
10 liv. • En 1761 , noble dame veuve de Pierre-Louis de
Clinchamp, seigneur de Précey, fit elle-même placer contre la balustrade une stalle avec son dossier pour M. le vicaire2... £n 1762 , la misère excitée par la guerre contre les Anglois a été extrême dans ce païs ; toutes les marchandises , comme laine , lin , filasse étoient à donner parce qu'il n'y avoit plus d'argent ; le bled valJoit U liv. le razeau et il étoit plus cher que s'il avoit vallu 10 liv. dans une autre année. Tout l'été a
nord , resté parmi nous, qui signifie l'homme dt la bru, et s'applique encore an nouveau marié. Parmi d'antres composés saxons , encore Normands on A vi anchinuis, nous citerons Dlnchmar (la mare noire), en Saint-Planchers , la Hannebane (mort de la poule), nom de la Jusqniamc. Quant aux simples, voir passim.
t Cette madone, placée à l'extérieur comme dans les églises d'Italie, a disparu. — a Ce fut une grande affaire qui rappelle le Lutrin,
été très-sec.... mais quand l'eau tomba h la mi-septembre.... c'éloit chose étonnante de voir les pièces de terre nues où l'onze voïok que quelques brins de sarrazin ; des charrettes toutes attelées auroient bien passé à travers sans en casser aucun. A la fin de cette année la paix depuis long-temps désirée se fit avec les Anglois , au désir de Tune et l'autre nation , mais honteuse pour la France qui perdit le Canada , le Cap- Breton , Terre-Neuve. Dieu nous veuille donner de meilleures années que les cinq ou six dernières ! Pendant cette année 1762 , on voïoit des troupes de sept ou huit pauvres de tous côtés tous les jours sept ou huit fois. Quand on avoit un morceau de pain , on étoit obligé de se cacher pour le manger , parce que la grande compassion excitoit à le donner.... En 1764, l'intendant de la Généralité de Caen a prié messieurs les curés de lui envoyer le dénombrement des naissances , mariages , etc.1.... En cette année , on a placé un coq sur la tour.... En 1767, il n'y a eu aucunes pommes dans le pals, pas même a plus de trente lieues à la ronde.... L'année 1768 fut la plus malheureuse qu'on ait vu de mémoire d'homme.... à peine a-t-on récolté la dîme.... Depuis le 1er de juin , à l'exception de quatre ou cinq jours eu août et douze jours en octobre , il ne s'est pas passé un seul jour sans qu'il soit tombé de l'eau abondamment, et sans que Dieu2, qui est fidèle en ses promesses, nous a promis qu'il n'y auroit point un second déluge , on auroit cru le voir.... les bleds nageoient dans les champs.... on les engrangeoit mouillés et germés, on les a vu lever très- haut sur les tas dans les granges.... Les rivières chargées de foin et de paille de sarrazin ont forcé les ponts et chaussées.... Les ponts de la paroisse de Ponts furent percés ,
i Le nombre des habitans, en 1764, était de 53o. Expilly donne pour cette époque un peu moins de 80 feux. En 1698, il y avait 146 taillables qui payaient 906 liv. — • 2 Forme )noraiande pour si ce n'est que.
celui du Pont- Gilbert rompu ; si celui du Pontaubaut n'eût pas été fait de neuf, il n 'aurait pu résister ; celui de la Houssais près Moutmorel , celui de la Crèche proche Ponto/son furent emportés.... On n'alloit dans l'église de Ponts qu'en balteau ; le curé de cette paroisse fut même obligé de monter ses bestiaux jusque dans son grenier.... Il n'y avoit pas 400 gerbes dans la grange des dîmes Toute cette relation est véritable : si quelqu'autres ont fait des mémoires , on n'a qu'à les confronter , ils doivent être sembables à ce que je certifie véritable. »
10° Inventaire du Trésor;
11° Mémoire des vergées de terre, espèce de Terrier et de Nobiliaire pour 1734. Parmi les propriétaires de manoirs et de colombiers on cite Pierre-Louis de Clinchamp, seigneur de Précey, Gilles Angot , écuyer, Jacques L'Empereur, écuyer, Pierre de Clinchamp, id., Julien du Vau Borel, id., Antyme Leduc, id., René de Clinchamp, id., Gaudin, id. La famille seigneuriale avait eu un des siens parmi les chevaliers défenseurs du Mont Saint-Michel au xv« siècle , Richard de Clinchamp 2; ses armes sont au champ d'azur au gonfanon de gueules.
12° Liste des Trésoriers de Précey : elle va jusqu'en 93 ; la Révolution ferme le Registre3.
A ces titres trop modernes , ajoutons les chartes de Montmorcl* : « Ex dono Ruellemi de Hulmo ecclesiam de Presseio, duos garbas feodi de Presseio, et decimam molendini de Presseio \... Hector de Presseio cum toto altalagio ter*-
i La grange décimale de Précey existe encore : elle touche au presbytère. — a Liste des 1 19. — 3 En 1698 , les nobles étaient à Précey Jean de Clinchamp, la veuve de M. de Clinchamp, sieur de Vaugris, et le sieur de Clinchamp de la Blanchat dière. Bfim. tur la Ccn.deCaen. —4 A la préfecture de St-Lo. Nous en devons un très grand nombre à l'habile paléographe qui conserve ces archives, M. Dubosc— iConfirm, epi, Abr. taio. Confirm. arch. Iioth.
€tam partent décime bladi cum ùmni honore et utilitate de cetero habebit Ego Petrus Tyrel dedi abbatic de Monte Morelli duos solidos in mco feodo de la Tyrelière. . . Presse*. . . Ego TV* Albericus promisi quod nos annuatim afferemus tempore messionis omnem decimam omnium tenementorum nostrorum, et tenemur dividere illam de décima que ad ecc. S. Bertivinipertinet9.... Carta Pétri Tyrel super campum de Bosco in parockia de Preseio\
Tel est le cadre que chaque commune rurale devrait remplir : nous y voudrions encore d'autres litres dont l'utilité se révèle d'elle-même , la succession des curés et des maires , les découvertes archéologiques , les traditions t le passage ou le séjour d'hommes de distinction5, les séries nobiliaires, les notabilités c , les chartes , etc. Ceux qui suivent la même carrière que nous comprennent quelle mine féconde ce serait pour l'histoire locale , et combien la tâcbe serait plus facile et l'œuvre plus complète. A ceux qui n'aimeraient pas à voir l'histoire descendre si bas nous citerons les paroles du rapporteur de l'Institut , concernant un ouvrage de géographie diocésaine : « Les moindres ruisseaux , les hameaux les plus obscurs ont leur histoire de même que les fleuves et les cités T. o
i De dceimii quarumdam eeet. Abr. dioeesis. t»3s. La charte de Richard , 1171» sur Poilley et Précey , renferme 1m mêmes
détails. — a ia3(). — 3 Vers la même époque. — 4 i>33.
S M. Cousin , qui a laissé ao vol. de notes Mss., signale souvent les personnages distingues qui sont venus dans son église ou sur sa paroisse. 11 est fâcheux qu'il ait autant dépouillé les gazettes dans sa compilation industrieuse, et qu'il ait attaché autant d'importance à des faits insiguifians , comme de savoir combien le roi de Prusse avait abattu de pièces de gibier tel jour de telle année : nugas non difficiles, — 6 Un abbé de Montmorcl était de Précey : c'est le douzième , G. i« do Prcctio. Voir Poilley. — 7 M« Le Normant. Rapport à l'Institut.
«muni U ^mi-§g$)W*ifo.
Gally-Knight aurait déploré le malheur de ne pas avoir visité une autre église danj le village de Saint-Quentin. Les promenade* qui y conduisent sont également agréables, soit qu'on y arrive par des sentiers entrecroisés , qui peuvent être suivis pendant plusieurs milles, soit qu'on y arrive par nne route plus ouverte qui conduit au magnifique bois de Quenooailles (la foutelaie de 111c Manière.)
(Miss Costillo»)
Un fort bien emparé, an superbe dongeon, lequel on nomme ent ore, h l antique manière, Malgré la faux du Tan», le Fort de Lyrmsnière.
(J. a a Vitei.)
es limites naturelles dessinent généralement les contours de cette commune : au nord la rivière du Lait-Bouilli , à l'ouest la route royale , à Test la rivière d'Oir et un de ses affluens , au sud les méandres de la Sélime , découpant profondément le rivage en cinq ou six presqu'îles ou Holmes, qui expliquent l'affixc du nom communal , Saint-Qoenu'n-suT- Ic-Homme. D'ailleurs cette idée d'île est gravée partout sur le
sol : tous trouvez nie, File Manière , le Homme4. Le sol est très-accidenté et ondulé en trois ou quatre monts qui commandent le bassin de la Sélune et la baie du Mont Saint- Michel. L'un d'eux est couronné d'un dôme de verdure , ou foutelaie de l'Ile Manière ; l'autre porte le village et l'église ; un troisième se dresse au conflueut de l'Oir et de la Sélune, et laisse voir , avec les prairies de Ducey et leurs horizons boisés , le Mont Saint-Michel , dont la base n'émerge pas encore des sables , et qui , par une vue nouvelle , semble faire partie de la terre ferme, à côté de la foutelaie de l'Ile Manière, comme un manoir près de sa forêt. Le ruisseau de Guyot, qui passe entre les deux dernières hauteurs , divise la commune en deux parties à peu près égales, et baigne le Logis de Saint- Quentin La limite occidentale expire à ce Pont au Bault que la tradition attribue au diable ou à cette bonne Anne de Bretagne , la Brette moult regrettée de Louis xii , qui bâtit beaucoup de ponts et tant d'églises qu'elle fut dans son pays la grande logeuse du bon Dieu.
Saint-Quentin est latinisé en Fanum Sanctx Quintini suprà Hutnium. Ce nom est d'origine latine. Le saint qui le porta , et qui vivait au m* siècle , était romain et de famille sénatoriale.
i De ce mot viennent les appellations topographiques suivantes qui appartiennent an département de la Manche, le Hommet, le Homme el , Hommeela t l'Ile Marie ou Hahnus (île de l'Ouve) ; dans le Cartulaire du Mont Saint-Michel, Quettchou, qui est une presqu'île, est latinisé en Ketch ulm us et Ketcho, 111c ou l'habitation de Ketc. Fol. 5i. L'Àvranchia borne à l'ouest le territoire appelé le Houlme, dont Briouze est le centre véritable. Il y a en France, et spécialement en Normandie, ptus.de cinquante Hohn«?, Homme , ITourae , etc. — a Sur les bords de son étang , entre le Logis et le moulin , on trouve le Car*» puudo-cyp&vt , le Polygenum ûtnphiùium , la Lysimachia vulgaris , au Val d'Oir la VaUrianûUa, dioica, vers le Moulinet , le Tanactlum.
Un Bagues de Saint-Quentin était à la Conquête : il était Tenant en chef dans les comtés de Dorset et d'Esscx ♦ ; mais il n'est pas probable que le Hugues de la Conquête appartînt à l'Avranchin. En 1082, les seigneurs Regnault, d'Avranches, étaient , sinon seigneurs de Saint-Quentin , du moins de la terre des Regnauldières , dont le nom a été altéré en celui des Esnaudièrcs9. Le logis seigneurial était à peu de distance de l'église, au flanc d'un coteau dont le pied est baigné par le ruisseau de Guyot : il a conservé une tourelle et une chapelle du xvu* siècle. La tradition conserve le souvenir de quelques droits féodaux attachés à ce castel , que l'on croirait inventés par quelque malin fableor, s'ils n'étaient attestés par l'histoire et si l'on ne savait que la redevance féodale était aussi souvent un signe de suzeraineté qu'une rétribution lucrative. Le seigneur de Saint-Quentin devait condoire au Mont Saint- Michel un œuf garrotté dans une charrette traînée par huit bœufs*. Une autre obligation était beaucoup moins honnête : nous y ferons une simple allusion , en empruntant les expressions d'un grand écrivain , pour un sujet analogue : « Cabrioles accompagnées d'un bruit ignoble et impur4. » La principale famille seigneuriale de cette paroisse fut celle des du Bois. Les seigneurs de Saint-Quentin sont assez souvent cités dans les documens historiques : voici ceux que nos recherches nous ont fait rencontrer. Un seigneur J.du Bois, de Saint-Quentin, est cité au xiv* siècle, dans les comptes de Jean Flamant, trésorier des guerres. Pour le siècle suivant , nous trouvons les du Bois, mentionnés dans les titres du château de Ducey. Au xvi" siècle , uu seigneur de Saint-Quentin était gouverneur de
i Domenday Book, 83, $3 et 99.— » Voir cet acte de \oS% dans les Mss. de M. Cousin. Le logement des Esnaudièrcs n'a rien d'antique : c'est maintenant une asaes jolie habita tioo. — 3 Châteanbriand cite le même fait. Étudié BUt. — 4 Études //<*!., tom« 111, p. S90.
Pontorson et figurait parmi les royaux *. A la fin de ce siècle , en 1580, Jean de Vitel dédiait un sonnet au seigneur de Saint- Quentin sur te Homme, qu'il représente comme un liomme valeureux. Nous savons par une charte qu'il s'appelait Cabriel». En 1575, il avait eu un différend avec Gabriel de Montgommery « parce qu'il avoit faict faire un estang duquel la chaussée rclenoit l'eau tellement que nul ne pouvoit passer par le chemin accoustumé... et faict asseoir barres et porte sur lar chaussée d'un autane estang où estoit le grand chemin ordinaire des charretiers , chemin ancien des paroisses de Saint- Xaurent et Ducey à Avranches \ » Le sounet que lui adressa Vitel exprimait une idée noble et hardie , qui s'est même trouvée une prophétie, appliquée à un homme dont la mémoire n'a guère été conservée que par le poète :
Bien <jue vous esgalUei tous seigneurs raleureus, Soit à bien essayer un cheval en carrière , A rompre courageux nnc lance guerrière Et à dresser de Mars les scadrons furieui.
\ Massevitle, tout, v, p. 43a. — a Char trier de Ducey. Charte de «584. — 3 Ghartrier de Ducey. Les Montgommery étaient d'une humeur bataillarde et processive, comme on peut le voir dans leur histoire et ce cb»r trier. Aussi sont-ils restés dans les croyances populaires comme des types de gentilshommes tracaswers et oppresseurs. Nous croyons que mainte bonne action a racheté leurs méfaits. Cette idée indulgente de compensation, qui se trouve dans tout le Moyen- Age, dans le sujet roman du Pèsement des Ames et dans la charmante scène du Juron de mon oncle Tobie, de Tr'utran Shandy, a été appliquée à un Montgommery par un poète de TAvranchin, homme
aimable et poète élégant , M. de Saint-Victor :
Lors dans la foule un bel ange caché S'avance et dit : par une sainte aumône , Faite en secret pour le Dieu qui pardonne, Fut effacé cet horrible péché, i. i. 31
Bien <rue soubx le fardeau du barnois belliqueox , Soufflant et haletant tout couvert de poussière, Faisant de votre front couler une rivière, Vous costoyex de prés un Hector généreux.
Sonvcneavous pourtant que tous ces braves gestes Qui vous vont enrollant avecques les célestes, rériront par le tant, orfelins de renon ,
S'ils ne sont en grave* au marbre de Mémoire D'une main poétique, ainsi vit or la gloire » Par l'Homeriq' ciseau , du preux Agamemnoa <•
Les du Bois continuent a être les seigneurs de Saint-Quentin durant le siècle suivant En 1691, un d'eux fut l'objet d'une condamnation capitale , prononcée par le Parlement de Rouen*. C'était une Plaine histoire dont l'acte du Parlement n'avait conservé que le fait principal , voilé sous les formes judiciaires et la gravité magistrale. Un Yivien de La Champagne , lieutenant-général du bailliage d'Avrancbes, charge presque héréditaire dans cette famille , avait une fille qui enflamma les désirs du seigneur de Saint-Quentin. Celui-ci avait un fils : la demoiselle fut demandée en mariage pour lui ; mais sous le voile des négociations, René du Bois, le père, suborna celle dont il semblait vouloir faire sa belle-fille , l'enleva de la maison paternelle pendant la nuit , la conduisit à Fougères , chez une sage-femme où elle mit au monde on fils de ses œuvres , qui mourut mystérien-
i Exercice* poèttquêi, par J. de Vitel, poète avranehoU. A propos de ce dernier mot, faisons une remarque : les poètes nous ont appris une double expression pour signifier l'habitant d'Avrancbes et l'habitant de l'Avranchin : Vitel appelle le premier Avranchois, Wace appelle le second Avrancbinois : l'orthographe moderne nous donne la forme d'Avrancbais et d'Avranchinais : nous ne savons pourquoi ce dernier mot prévaut en ce moment pour signifier habitant d'Avrancbes: ce n'est assurément pas pour raison d'harmonie. — a Dossier du château de Ducey. Arrêt rendu en la chambre Tourneile. Mars 1691.
sèment. Le sieur du Bois fut arrêté avec un de ses laquais et conduit dans la prison de Coutances. 11 gagna le geôlier et passa avec lui dans les îles anglaises. Le Parlement de Rouen condamna par contumace le gentilhomme à avoir la tête tranchée , et le laquais et le geôlier à être pendus sur la place du Vieil- Marché. Telle est l'histoire qu'on peut lire dans un parchemin du château de Ducey1. En 1698, nous trouvons comme seigneur de Saint -Quentin F. René du Bois, sans doute son fils , auquel le roi avait rendu les biens paternels qui avaient été confisqués*. Aujourd'hui cette famille est éteinte, le logis est une ferme : il ne reste que ces souvenirs , et nous ajouterons à la pensée de Vitcl que si l'histoire seule conserve la gloire , elle aussi conserve la honte.
Saint-Quentin était une terre de noblesse. Nous avons déjà cité le fief des Regnault , les plus anciens gentilshommes de l'Avranchin , à coup sur, et le Logis du seigneur de la paroisse. 11 y avait encore le fief de Verdun , dont le Tenant au xv* siècle était Jean de Verdun , dont Montfaut constata la noblesse en ; fief qui était en 1644 au sieur de Villcrs avec la terre de Montidière4. Il y avait le fief de la Peschardière , avec sa chapelle de Sainte-Anne , taxée a 40 Ht.* H y avait surtout le château de l'Ile Manière , possédé par les de Vicqaes , dont la terre appartint au Mont Saint-Michel. Quand M. Foucault dressa sa Statistique de la Généralité de Caen , il signala comme seigneurs à Saint-Quentin , F. René du Bois , J. de La Morinière, de La Morinière de Guerout , A. du Quesné, J. et R. du Mesnil-Adelée , et le plus noble de tous , le Mont Saint-Michel6. C'était une ligne de châteaux depuis le Quesnoy jusqu'au castel de Ducey ; c'était une ligne de fêtes , d'intrigues, de chasses, et de joyeusetés aux dépens des vilains.
i L'analyse du jugement est à la marge, d'une main récente. — a Mim. eut ta Gèn. de Caen. — 3 Recherche de Montfaut. — 4 Dora Huynes. -5 Mèm. iur le Gèn. de Caen, — G Mm. sur le Gèn. de Caen.
Saint-Quentin avait aussi ses demi-gentilshommes , ceux qai prétendaient à une noblesse qu'ils ne pouvaient prouver : ainsi Montfaut déclara non noble F. Giraut, de Saint-Quentin, «a même temps qu'il faisait la môme déclaratiou contre* J. le Gay, de PoiHey,qut ne pouvait prouver quatre générations1. Il y avait encore le fief de la Bochonnière9, le Château-Vert, le Mes Henri. Mais de ces terres seigneuriales , la première est l'Ile Manière.
1*116 Manière, ou l'Ile du Manoir, e9t située snr un holme de la Sèiune , au pied du mamelon couvert de cette belle foutelaie qui ressemble à une coupole de verdure ou à un gigantesque tuinutas. Bâti sur la Séluae , aux rives blanches de tangue , a Tendrait où elle n'est plus rivière et n'appartient pas encore a la mer , abrité sous sa luxuriante fOutetaie , entouré de jardins où s'associent la régularité et les caprices d'un art plus récent, le château de l'Ile Manière est la plus belle villa des environs d'Avranches. Nous ne concevrions pas de plus beau site dans le pays , si la vue de la baie du Mont Saint- Michel n'y était pas l'élément le plus beau et dès-lors nécessaire d'une -belle habitation : l'Ile Manière la pressent , mais ne la voit pas. Le château , construction moderne , au caractère italien , empreint dans ses perrons , ses balustrades et ses formes arrondies , ne remoute pas au-delà d'une quarantaine d'au nées3. C'est une chétive antiquité aux yeux de l'archéo-
i Recherche de Montfaut. — a Marqué dans Cassini. — 3 « Élégante habitation , magnifiques jardins , belles futaies , eaux abondantes et d'une disposition heureuse. » M. Kulgence Girard , jinmmhrt, p. »o,4» A l'estacade de l*lle Manière finit la grève et commence la rivière ; c'est ra qu'est la dernière tanguière : on trouve dans cette station les plantes intermédiaires et pour ainsi dire am* pbibies , la Salicomia, la Chtropodium maritimum, VErlgeron Camdenu, le Tamarim. Dans les ruisseau» voisins on trouve abondamment la Feroniea anagattis. Sous la voûte de la Foute raie, portée par sa fantastique et gigantesque colonnade, dominent la tfoUnia et le Gtum.
logue et du poète qui rêvent du château mythologique , aux diamant me$ tours, que fonda sur ce promontoire le diea Lyrmano, dont l'habitation, selon la règle d'alors comme d'aujourd'hui , s'appela Lyrmanière ; c'était le théâtre de ses amours :
......... II contemple el le front et les yeux
D'une nymphe qu'il prend , ejt d'un jeune courage La tenant par la main , sauta dans un bocage Où il feist puis après cimenter de son nom Un fort bien emparé , au superbe dongeon ,
si * «
Lequel on nomme encore, à l'antique manière , Malgré la faux du Tans , le Fort de Lyrmanière *.
Riais les souvenirs historiques de ces lieux sont plus anciens que l'édifice actuel. Le principal est celui de de Vicquea sieur de La Morinière , chanté par Vite! , et illustré par sa reprise du Mont Saint-Michel et par sa mort Dans un temps où les poètes faisaient remonter la généalogie de leurs héros , qui étaient aussi leurs patrons , jusqu'au-delà des temps historiques , Yitel eut le mérite de ne reculer celle de son héros qu'à l'époque de la Conquête t on do moins ne franchit pas les limites de l'histoire de France :
La estoient entaillez les gestes héroïques
Que jadis avoient faicts tous les seigneurs de Viques ,
Snyvant les eslendarts tant des princes François,
Que du duc des Normands sur les sillons Anglois*»
Lorsque le bras vaillant du conquéreur Guillaume
Unit à son duché le metaillier royaume
Des superbes Anglois , qu'Edouard , son cousin ,
Luy légua justement approchant de sa fin *.
i La Prime du Mont Saint-Michel, par J. de Yitel. — a La Printc du Mont Saint-Michel, par J. de Vite!. Les Anglais ont gardé le mot conquéreur. fF, 71ie Conquerou
C'était une flatterie de poète : Vitel ne connaissait fx>i»t les Listes de la Conquête , dont aucune ne porte le nom de son héros*. 11 poétisait sans doute une prétention ordinaire dans la noblesse normande , dont les plus antiques familles datent de la Conquête ; mais de Yicques eut son illustration personnelle, qui en vaut bien une autre.
Louis de La Morinière, sieur de Yicques , enseigne du maréchal de Matignon, était seigneur de l'Ile Manière vers la fin du xvr siècle. L'an 1577, une troupe de vingt-neuf pèlerins pénétrèrent , à huit heures du matin , dans le Mont Saint- Michel , portant sous leurs robes et mantelets des pistolets et des poignards. Ils avaient choisi le jour de la Madelaine , pendant lequel les moines et les habitans du Mont se rendaient en processiou à la chapelle de la Madelaine , qui était au village de la Rive , en Ardevon. Après avoir déposé , pour obéir aux réglemens, leurs armes apparentes au corps-de-garde, ils montèrent au château , entrèrent dans l'église , où ils chantèrent des cantiques et offrirent leurs prières. Quand ce fut le moment d'étaler les présens qu'ils destinaient à saint Michel , ils en présentèrent un qui convenait parfaitement comme offrande au prince des chevaliers3. Chaque homme tira son épée de dessous sa pèlerine , la fit briller aux yeux des moines éperdus ; ils saisirent de fiastarnay, le gouverneur, tuèrent les moines et le prêtre qui avait dit la messe*. Ensuite ils se répandirent dans l'abbaye , et une partie d'entre eux se porta sur le Saut-Gautier, d'où ils firent des signaux qui fureut aperçus par leurs partisans , cachés dans un bois peu éloigné.
i Voir (e Domesday et «es supplémcas , tes Listes de Wace , de Broraptuo, de Taylor, etc. — a Expression de Masscvilte dont ce récit est particulièrement tiré. — 3 « Jeau te Marcel, dit dom Huync», secrétaire du chapitre et maître des novices , qui a écrit cet événement, assure qu'en cette déroute, il eut la moitié du col coupé d'au coup de coutelas. »
Pendant ce temps-là les habilans qui faisaient la garde a la porte du Mont aperçurent une troupe de douze cavaliers qui galopajeutsur la grève , commandés par un gentilhomme protestant appelé du Toucbel La bavollc tomba', et les cavaliers protestans vinrent se ruer avec rage sur la porte , et chercher une entrée. De Vicques , dans son manoir de Saint-Quentin , avait appris tout ce qui s'était passé : il avait couru à Avranches , où il avait rassemblé quelques gentilshommes et quelques compagnies d'infanterie qu'il avait conduits au Mont Saiut-Mtchel. Les pèlerins huguenots , égarés dans tes dédales du monastère, effrayés de leur premier succès , ayant vu repartir à travers les sables le capitaine qui devait les aider et les diriger , se rendirent à la première sommation de de Vicques. Trois gentilshommes qui étaient parmi eux furent décapités ; les autres furent pendus. On prétend que de Vicques leur avait promis la vie sauve. Pour celte reprise du Mont St-Michel, de Vicques fut fait , le premier , gouverneur de la forteresse par Henri iii , et René de Bastarnay , le commandant qui s'était rendu, fut cassé2. Tout ceci , dit dom Huynes , fut tenu pour miraculeux.
Cet exploit iuspira à Jean de Vitel son poème le plus considérable , dédié au très "Valeureux seigneur de Vicques, seigneur de l'Ile Manière , dont les allégories , les personnifications, les épisodes ne pourraient être compris sans une introduction historique. Pour plusieurs raisons il nous semble exiger ici une analyse : Vitel, de Vicques, la reprise de la forteresse peuvent se localiser dans un triangle de quelques lieues de côtés.
Depuis deux ans , Henri m , qui porte sur son front un
i Nom de la fermeture de la porte extérieure du Mont. Voir notre Mont Saint Micbel. — * Notre récit est la combinaison de ceux de dom Huynes, de Thomas Le Boy, et de Masseville. Les prédécesseur» d« de Vicques n'avaient que le nom de capitaine.
double diadème, régnait en paix sur la France , et le soldat avait pendu au croc ses cliquetantes armes, lorsque l'Ambition se glisse dans le cœur de Thra6on Elle lui adresse on dis* cours homérique pour l'engager a troubler la France , à se guirlander de laurieis, et a prendre le Mont Saint-Michel2. Le guerrier se lève à cette voix : il prend avec lui vingt hommes d'armes3, et on jour de Madetaine, il leur fait craquer aux pieds les sablons de Tomb'taine4. Cependant des signes merveilleux se montrent dans le ciel : vingt milans vont se percher a la corne élevée de ce dongeon qui touche à la voûte estoillée du palais flamboyant. Ici l'allégorie est transparente. Un vautour se précipite sur eux, mais quatre ou cinq des oiseaux le mettent en fuite5, lorsque de l'orient6 arrive le roi des oiseaux , YArmeurier de Juppin\ qui seulement de son cri espandu par la nue force cette volée d'oiseaux a trembler devant lui. Déjà les soldats de Tbrason , se pannonnant de gloire, introduits dans le Mont, arboraient, comme signal à leur chef , un drapeau blanc , lorsque la Renommée , se balançant dans la plaine esclairante, s'abat sur les tours aimantmes de Lyrmanière, et raconte à de Vicques l'entreprise de Thrason. Sélunc s'émeut, Avranches frémit, le Couesnon, s'empoulant , hâte sa carrière , les Dryades de Lentilles se tapissent de frayeur dans la nuit des buissons. Au plus tôt de Vicques arme ses soldats et il va monter à cheval , lorsque sa dame , que le dieu nopeier tira de la maison du seigneur de Tessier , accourt avec la nourrice qui portait un enfant dans ses bras : Astyanax a peur , Hector dépose son casque , An-
i Audacieux : c'est du Touchet. — 9 Tu taie où est te Mont sur te iOurci{ duquel , etc.— 3 C'est le chiffre poétique : on a tu qu'Us étaient 39. — 4 Vitel connaissait bien les grèves : les paumelles s'affairent sous le pied en craquant. — 5 Le vautour est Bastarnay, le capitaine du Mont. — 6 D'AvrancIves on de l'Ile Manière. — 7 Nous n'avons p« besoin de nommer de Vicques.
dromaque pleure : i'Homère de Poilley n'* pas mal réussi f. Cependant Pallas se rend devant le trône de Jupiter, et le prie de favoriser l'entreprise de de Vicques. Après un gracieux accueil , le dieu engage sa fille à s'adresser à Morpbéc qui prend la figure d'un moucheron , et envoie au héros un songe où Pbantase lui montre viugt tigres et un lion menaçant la sainte citadelle , et l'évêque Aubert qui l'appelle à son secours. De Vicques se revêt de son armure : sa cuirasse est décrite : c'est la machine poétique du bouclier 3. Entre antres merveilles , elle représente les amours du dieu Lyrmano avec une nymphe, sur les bords enchantés de l'Ile Manière , Pomone sauvée par Cratère ou Homme3, Poiliey fondé par Poilleion, Ducey fondé par son fils Duceion , les exploits des de Vicques. Après la description vieut nécessairement la harangue, un lieu commun de cent soixante vers4. Enfin il part, et arrive au Fort Michelem où les bourgeois d'en bas changent leurs pleurs en riz et en soulaz. Il escalade les remparts , les ennemis tombent à ses pieds , il pardonne et le poète chante : Io , deux fois Io ! Tel est le premier exploit de de Vicques dans la réalité et
i C'est un des bons pastiches de Vilel. — a Si cette description n'a pas un grand intérêt d'originalité et de poésie , elle a un grand mérite a nos yeux : elle est la peinture des lieux du pays , la personnification des rivières, l'histoire merveilleuse des origines. Voir pauim nos citations. — 3 Pomone donne a Ilomme six besans d'or , avec l'image d'un lion : et sont les armoiries des du Homme qui sont d'azur, au lion d'argent, à six besans d'or, trois au chef et trois en pointe. Voir le tableau des Chevaliers. Sur la bosse du bouclier se dresse le Mont Saint-Michel, auprès est Sélune, etc. Sur la targeest une haute montagne, Avranches ou Polydendroo. — 4 Voici comme notre poète et son époque faisaient l'histoire de France : Rejetons d'Hercule, dit de Vicques , qui vîntes d'Hespéric en Neuslric avec Pomone , vous qui avea pour aïeux les Troyens qui accompagnèrent Francus en Allemagne et de là en Danemarck, dont une branche, celle des Normands, conquit la N eu» trie
dans les vers de son poète. Le second eut encore pour théâtre le Mont Saint- .Miche). Le 5 décembre 1569r pendant les vêpres, cinq mois après la mort de Henri m, les Huguenots de Pontorson et des environs , commandés par Gabriel u, fils du grand Montgommery, surprirent la ville du Nont Saint- Michel , et , durant les quatre jours qu'ils la possédèrent , ils la pillèrent et maltraitèrent les ha bi tans. Aussitôt que de Vicques, qui était absent , eut connaissance de ce qui était arrivé, il accourut en toute bâte, et , entrant par une voie inconnue aux ennemis , surprit tellement les Huguenots qu'ils se retirèrent, sans coup férir, à Pontorson. Quand A vra riches, dévouée à la Ligue , fut menacée par le duc de Monlpensier, de Vicques défendit vigoureusement ses faubourgs : il fallut se réfugier derrière les murailles, il soutint énergiquement le siège ; et , quand Odoard eut été tué sur la brèche , il reçut le commandement. Une capitulation fut signée , et Àvranches ouvrit ses portes aux troupes royales4. De Vicques mourut sous les murs de Pontorson. 11 avait déterminé le duc de Mercœur , chef de la Ligue en Bretagne , à venir assiéger ce boule vart normand des protestans , où était leur chef, Gabriel de Montgommery. La ville fut investie par les deux chefs catholiques, le 20 septembre 1580. Montgommery avait sous ses ordres un capitaine , nommé La Coudraye , qui avait autrefois servi sous de Vicques. Celui-ci ayant un jour demandé aux assiégés si La Coudraye était avec eux , ce capitaine parut sur les murailles , et de Vicques , voulant lui faire voir un renfort qu'il avait reçu de Saint-Malo, lui proposa de venir le lendemain dîner avec lui. La Coudraye répondit qu'il demanderait la permission au gouverneur. Le lendemain de Vicques étant alié a la tranchée fit demander si La Coudraye était sur
i L'artillerie royale, postée à Olbictte, foudroy» le» remparts et abattit la Salle Synodale. Une énorme pièce, appelée le Gros-Robin , fit des ra rages épouvantables. M. Fulgeoce Girard, Aimutire, p. ji6.
les mors ; il répondit loi-même , et exigea qoc de Vicques parût loi-même, afin qu'il pût sur sa parole aller dîner avec lui. Le chef catholique sortit alors de la tranchée ; le capitaine protestant sortit de son côté de' ce qu'on appelait le corridor de la contrescarpe et se précipita sur son adversaire qui était de? enu son hôte. Celui-ci surpris mit l'épée à la main , mais il ne fut suivi que de trois de ses gens , et tous les quatre restèrent sur le terrain , après s'être défendus avec un grand courage. L'épée et le chapeau de de Vicques forent portés en triomnho dons la ville nar les assiéffés Dès le lendemain Ips
Normands se retirèrent, et le duc de Mercœur fut obligé de lever le siège quelque temps après*.
De Vicques , qui était pour les religieux du Mont Saint- Michel un sauveur et un héros, devint à leurs yeux un martyr : à celte époque d'ailleurs toutes les croyances étaient exaltées par la lutte. Dom Huynes parie de la mort de « notre bon et pieux gouverneur « , et dit qu'il fut regretté de tous les gens de bien qui le connurent. « Son corps fut apporté en ce Mont, et fut enterré solennellement par les moines dans la chapelle Sainte-Anne , où l'on voit encore3 sa lance et son guidon ; son casque et sa rondache sont aussi conservés en cette abbaye.... Leur fils', J. de La Morioière , grand-doyen de l'église de Bayeux, a baillé l'an 162S à ce monastère 45 liv. de rente pour estre à perpétuité chanté et célébré une grande messe de angelis au 23* jour de juillet de chacun an.... et à la procession avant kelle chacun des religieux porte un cierge bleu en action de grâces à Dieu , à la Vierge , et à saint Michel de ce que ledit gouverneur avait reprist ce chasteau sur les Huguenots , le 22 juillet de l'an 1577. 4 » Sa veuve
i Hùt. de* dues de Bre1*g*e, tom. 11, p. — a Dom Buynat écrivait vert le milieu du xvii* «iècle. — 3 De Vicque» iaiasa quatre entai». — 4 I*>m Huynet. UUt. do te Ulibro Abbeyc dn Mont S*i*t- Michci. Capitaines du Mont.
reçut , en 1 620 , les honoeurs funèbres dans le même monastère. « JU/aii 1614 , dit dom Huynes, le prieur du Mont acquit de Nie. Guichard, sieur de Villers , le fief de Verdun ,. la terre de Tlle Manière et celle de Montidière , et ces biens appartenaient aux enfans mineurs de M. Michel de la Morinière , sieur de Vicques , et avaient été tendus au sieur de Villers par décret1 » Il y avait encore un hommage à de Vicques dans cette pieuse et reconnaissante acquisition.
La Ligue fut ardente dans l'Avranchin : de Vicques en fut le chef militaire , et François Péricard le chef religieux. Les passions y fermentèrent long- temps encore après l'abjuration de Henri iv, et au milieu des mystères qui enveloppent sa mort apparaît le mystérieux complot d'un Avranchinais , en rapport avec le duc de Mercœur. Sully a raconté , à l'année 1609, le fait dans ses Mémoires. Nous le laisserons parler :
« Le 19* doctobre tous eustes advis pari tin gentilhomme d'honneur, de chose qui s'estoit descouverte à la Flèche, que vous estimâtes digne d'approfondir ; et pour ce, le 20*, y euvoyastes personne capable pour en reconnoistre toutes les circonstances. Ledit advis estoit tel : « A la Flèche, en la rué des Quatre- Vents, proche de l'hostelterie qui a mesme nom , appartenante à une veufve nommée Jeanne Huberson v qui loge des escoliers , là estoit logé , il y a quelques mois et est encore , un nommé M. Médor , natif d'Avranches , qui avoit sous luy quelques enfans de bonne maison. La niepee de ladite Jeanne Huberson , nommée Rachel Renaud, qui demeurait en ce mesme logis avec sa tante , âgée de vingt-six ans ou environs, atteste qu'entrant en l'estude dudit Médor, elle trouva
i Dom Huynes. Des bien* de ce monattêre. Nous ne connaissons que deux ciemplaires des Exercice* poétique* do Fitel, celui de la bibliothèque de Gaen, et celui de M. Boyssou. Celui-ci, qui lui a été donné par M. Bunel, propriétaire de l'Ile Manière, est probablement celui de de Vicques lui-même.
un livre espais d'un pied, doré de tous costei et fort curieusement relié avec des rubans d'incarnat et de bleu » lequel elle ouvrit par curiosité, et remarqua que ce livre estoit escrit environ jusques à la moitié, et partie d'ancre, partie de sang; qnil conlenoit aussi plusieurs signatures , la pluspart de sang, entre lesquelles elle reconnut , selon le peu de loisir quelle eust , le nom dudit Médor , d'un sieur du Noyer demeurant autour de Paris , non loin de Yilleroy, et d'un sieur de Gros , natif d'Auvergne, qui a esté autrefois à M. de Mercosur, personnes de la hantise ordinaire dudit Médor , qu'a cette occasion elle connoissoit ; dit qu'elle fut fort estonnée , surtout de cette escriture de sang , et soudain voulut porter ce livre à sa tante pour le luy faire voir ; mais sortant de la chambre rencontra ledit Médor , qui le luy arracha en colère, et luy demanda ce qu'elle vouloir en faire ; respond qu'elle le vouloit seulement monstrer à sa tante , parce qu'H estoit si bien relié; et néantmoîns luy demande simplement pourquoyil y avoit tant de signatures de sang, et entre autres la sienne ; luy respond quelle nen avoit que faire, et qu'on faisoit seulement serment au Pape pour luy demeurer bon et fidelle serviteur avec dévotion entière Aussà-tost fut le livre transporté hors de la maison et de ce n'en dit rien ladite Rachel qoà sa tante et à un sien cousin dont i'advis est venu ; et en parle ladite Rachel si clairement et si constamment , qutl ny a aucune apparence de fraude , mesme dit quelle maintiendra ce que dessus, devant Je Roy et tel autre qnil ordonnera si besoin est La niepee et la tante sont catholiques romaines , le cousin nommé Hnberson est de la religion. Ils ont opinion que ledit livre est de. présent chez le sieur du Gros, auvergnat, cydessus nommé , demeurant chez le sieur DreutJlet , près la porte Saint-Germain, qui sort de la ville à main droite, lequel tient plusieurs enfants de bonne maison « nommément de Bretagne , à cause qu'il a esté autrefois, comme dit est , à feu M. de Mercœur : iceluy est de la congrégation des Jésuites , et y fait bien souvent le sermon , et est celuy qui sollicite
ceux qoi de là viennent signer en ce livre , et par le moyen duquel gc Médor ef du Noyer y ont esté introduits; C'est l'advis simplement tel quil a esté receu de la propre bouche de cette Rachel. Si Ton estime que la chose mérite d'y voir pins avant, j'y donnerai les addresses nécessaires ; moindres choses en matière d'estat ne sont point à négliger , et bien souvent font pénétrer en de plus grandes.' »
La chose la plus intéressante de Saint-Quentin , c'est son église. Elle a été signalée cl décrite par plusieurs auteurs , deux Anglais, M. Hairby et miss Costello, et deux Français, M. de Clinchamp et M. Fulgence Girard. Le premier a parlé de sa curieuse vieille église et de son bel if du cimetière*, et a dit du paysage qu'on voit d'une des hauteurs de la commune que les clochers et les hameaux s'y montrent çà et là pour prouver que ce paradis a ses habitans3. La seconde donne plus de détails : elle abomine la saleté du village , vante ses belles filles , étranges dans ce bourbier, regrette l'absence du curé, zélé antiquaire de 80 ans, et analyse ainsi l'édifice: « L'antique portail est supporté par des arcs-bouUns gradués 4 , et il a un parapet qui court sur le sommet du mur ; la porte extérieure , du style ogival primitif , est plus unie que la porte intérieure qui est cintrée et ornée , quoique sans beaucoup de détails ; les piliers et les nervures de la voûte du porche sont très-délicats. Une ligne de modiilons, semblables à ceux de Saint-Loup, décore la corniche5. » Le troisième a fait do cette église une analyse archéologique *, dont plu-
i BctmomUi R&ymlcs, tom. tiii, p. aoa. Petite*. I! paraît que SuBy ne ©rut pas à ta vérité de cet avis , puisqu'il ne provoqua pas de poursuites contre les accusés. — •* 3 Dtscrtpt tvé ttnd hîstorical Stkttchts of Avranchc* , p. i6*4. — 3 lato*. P. iSi. — 4 Contreforts à retraits. —
5 A tummer amongst the Bocages end tht Wlne»t toin. i*% ebap. vi.—
6 Discours prononcé dans la séance publique de la Société d'Archéologie d'Ananches du aa mai i84i.
sieurs jugemens seront les nôtres. M. Fulgence Girard l'a esquissée en aueloues lianes
L'église de Saint-Quentin offre des spécimen de tous les grands styles : le roman est représenté par le portail , les contreforts de la nef, la porte de la tour ; le gothique pur vit dans le chœur , le porche et la voûte d'un transept ; le gothique flamboyant s'épanouit dans les fenêtres des transepts et du chœur; le gothique expirant réclame le tronc, et peut-être ld bdliisti âd.o do J30iroht3 et cl>6 ld tout* ■ l€ roodillo sg l^omrsoolïlc dans tous les autels : l'argent était (ait pour couvrir d'un dôme moscovite la tour romane gothique , quand éclata la Révolution de Juillet Ainsi , comme ledit M. de Clinchamp, elle offre des morceaux du -xr ou xir siècle , du xiii» et du XV: nous ajoutons quelques traces du xvr et du xviir siècle.
Vue d'un certain point , l'église de Saint-Quentin offre une profondeur plus grande que ses dimensions réelles, et rappelle la sombre vastetè de nos vieilles églises, dont parle Montaigne. L'intérieur , vu de la grande porte du cimetière, offre une longue et sombre avenue, divisée par plusieurs arcades, qui s'enfonce et se perd dans le sanctuaire. Le spectacle est encore plus beau quand on regarde de l'autel le portail : l'œil interroge de vastes lointains où il reconnaît , dans les grèves ou au delà des eaux , les côtes de Bretagne , et un peu de côté le Mont Saint-Michel».
Une ligne de pierres tombales usées conduit de la porte du cimetière au porche occidental. C'est peut-être le plus joli narthex du pays. Son entrée est une bonne ogive reposant sur deux colonnettes ; sous sa voûte se croisent des nervures pures;
i Annuaire t p. 19t. — a Ce lieu était d'ailleurs prédestiné pour l'emplacement de l'église : une tradition , qui se trouve en mille Meux, raconte que l'on voulut d'abord bâtir l'église dans le Champ de la Messe, mais que les pierres revinrent toujours d'elles-mêmes daos remplacement actuel. *
•on toit est brodé d'une balustre trilobée plus récente ; ta façade, appuyée de deux petits contreforts , est pénétrée de deui fenestrellcs. Ce joli antéportique est du xiir siècle».
Les membres romans sont assez considérables : c'est le portail , les contreforts et les modifions de la nef, et la porte méridionale. Le portail , d'un roman avancé , de la fin du xn* siècle , affecte l'élan qui présage l'ogive : les modillons à face humaine sont un soovenir de la frise de l'entablement antique qui disparut avec le gothique ; les contreforts plats attestent la simplicité primitive; La porte du midi , avec le bas de la tour , est du roman primitif , suffisamment accusé par ses formes cryptiques, et ses sculptures grossières d'images d'animaux. Les ouïes de cette tour sont des ogives naissantes, oo ogives romanes , dessinées au sommet plutôt en losange qu'en tiers-point régulier et imitant assez bien la mitre épiscopale. Elles doivent être du commencement du xur siècle. Une balustrade du xvi* brode le sommet. " .
La beauté simple du xm* siècle respire dans le chœor; mais il faut que la pensée renverse cet autel rocaille , ce mur de gauche si lourd et si discordant , reconstruise les colonnes abattues , et débouche la fenêtre orientale , pour faire revivre un charmant sanctuaire de cette époque , où l'art était la beauté simple et sévère. Les deux belles colonnes 3 qui restent offrent dans leurs chapiteaux une Flore délicate et simple , dans l'une des ajustemens de feuilles de vigne, dans Vautre des fleurs fantastiques. Les transepts sont inégaox : quelques restes mutilés de celui du midi rappellent le XM*ou le xiv* siècle : un tableau y masque une jolie fenêtre du xv*> Celui du nord est du x\T. g
i Misa Cofitetlo • Tait de ce porche une des pins jolies tUostrationi de ton bel ouvrage. V. le 1" vol. — a M. deGKnchanp dit : « La beauté graudiose de ces colonnes fait onblier qu'on aurait pu les placer plus régulièrement. »
L'ornementation n'est pas sans intérêt. Le vrai bijou est *ih tronc en bois, ancien tabernacle, qui étincelle de toute l'imagerie du XVIe siècle : il porte la date de 1566. Cette botte hexagone, d'un mètre d'élévation, est comprimée au milieu et se divise en deux étages : l'étage supérieur est découpé d'arabesques sur ses faces et flanqué de colonnettes fuselées sur les angles ; l'étage inférieur présente des colonnettes cannelées sur les angles , et des statuettes d'apôtres sur ses faces. Dans le transept du midi est un bas-relief représentant , en quatre comparlimens , les quatre principales époques de la vie de la Vierge, la Salutation, l'Adoration des Mages, l'Assomption, l'Entrée dans le ciel : cette naïve sculpture représente le Père Éternel avec la tiare papale , et la Vierge avec le cercle ducal. Hlais 14 chose la plus originale que renferme cette église est le tableau du Rosaire. C'est une peinture suave , naïve et essentiellement catholique de l'école de Cimabué et de Fra Angelico, ou de la première époque de Raphaël, école que l'Allemagne, Overbeck à sa tête , voudrait ressusciter aujourd'hui. Le ciel est rempli par le Père Éternel, à la figure douce et vénérable, et par deux anges qui jouent de la viole et de la Quinze médaillons suspendus dans deux rosiers syi chargés de fleurs , qui élancent leurs tiges du même point au bas du tableau pour l'enfermer dans leurs riches développemens , encadrent ce ciel , la Vierge et les dames du Rosaire , et représentent quinze scènes de la vie du Christ. Cette peinture , qui est du xvir siècle , offre une bonne imitation de cette école hiératique , que des artistes et des archéologues essaient de faire revivre*. On lit sur celte toile : Staccony. invertit et fecit 1636. Joannes Blandin dono dédit divo Quentino. Un autel du centre oflre une toile fort mauvaise , mais illustrée par une légende , et , ce qui est remarquable,
i Orcrbcck en Allemagne, M. de Montalembert en France. Voir son li?re «ir le vandalisme en France.
Ml
par- une légende qui date de la Révolution. Elle représente la Salutation : l'ange aies jambes nues : un sabre révolutionnaire en a tranché une. Si le tronçon inférieur est si ronge , c'est <gue le sang a coulé d'en haut , et , quoi qu'on ait fait , on n'a jamais pu lui rendre son ancienne couleur. Le xvnie siècle a orné les autels et peint quelques devants de ses brillantes arabesques. Les Fonts sont deux cuves octogones qui n'appartiennent pas à l'époque romane. En 1750 , on voyait encore dans l'un des transepts un vitrail aux armes de Robert Genalis, qui sont de gueules à la croix d'or, chargée d'un lis à trois brauches de sinople dont les fleurs de lis sont d'argent , avec quatre lettres héraldiques d'or K
L'église de Saint-Quentin avait pour patron le chapitre d'Avranches alternativement avec l'évêque. Nous ne trouvons dans son Cartulaire qu'une charte relative à cette église. C'est une lettre adressée , en 1260 , par l'évêque Richard Langlois, à son chapitre, au sujet de l'église de Saint-Quentin, dont il lui demandait la cession. Elle est intitulée : De petitione donanonù ecctesiarwn de Sancto Quintino tt de Ingleio :
« Dilectissimis in Christo filiis tapitulo Atr. Ricardus misericordXa divina ejusdem ecclesie minuter salutem in Domino Je su Christo : scitis jus conferendi ecclesiam Sancti ijuintini tt ecclesiam de Ingleio ad nos devolutum et perlap- 6um semestis temporis 2 universitatem vestram ténor e presencium attente rogamus quatenus illud nobis concedatis hâc vice. Datum anno Domini 1260 mense maii*. »
i Mss. de M. Cousin. Note sur Saint-Qoentin-sur-le- Homme. Le nom de Cenalis est inscrit maintenant dans un édifice, moins périlsable que les édifices de pierre , la Notrt-Dame-de- Paris de Victor Hugo. — a II y * dans la charte semestis temporis : nous aimerions à y lire semotis temporibus, a moins qu'on ne voie dans la première expression semestum, que Ducange interprète par intêrvatium. (Gtoss.) — 3 Livre Vtrt, fol. 69. Dans l'Impôt royal de i5aa, cette égliio paya ia s, Mss, d§ tAssictU,
Les charles des archives départementales, qui semblent former les originaux du Cartulaire de Montmorel1, renferment beaucoup de particularités relatives à Saint-Quentin.
Dans la grande charte de 1210 , où sont détaillés tous les biens de Montmorel 2, se trouve un article pour cette paroisse : « Ex dono JV. de Bosco-Ivonis 3 très quarterios frwnenti apud S. Quintinum. » Dans une lettre royale sur l'amortissèment de plusieurs revenus du monastère est cité le suivant : « A pud S. Quintinwn ex dono TV '. de Verdun mxluis decetn soiidos turon*. » Une charte de 12S5 consacre la donation d'un champ de cette paroisse : « Ego JV. Bocaut pro saltite anime mee et antecessorum mcorum neenon et heredimi meorum cum assensu Gaufridi de Capetla domim met dvdi abbatie de Monte Morclli unwn campum quem habebom in parrochia S. Quintini qui vocatur Campus Raine..,, dicte abbatie contra omties homines bona fuie tenemur garantizare, et si garantizare non potuerimus alio loco competenti ad va-
i Au dos sont des chiffres romains qui indiquent probablement le fol. du Cartulaire. Ainsi L. p« se traduirait par fol. L. Garta prima. L'habile archiviste, M. Dubosc, a conçu un projet de Cartulaire départemental, qui est en voie d'exécution. Déjà huit cents pièces du Cartulaire de Saint- Lo ont été transcrites ou analysées. Une pièce de Savigny» sur l'utilité des Recueils de Charles, forme une digne introduction à cette collection importante, que tous les départemens devraient organiser. L'utilité historique des chartes pourrait avoir besoin d'être démontrée aux hommes de notre époque ; mais ils ne révoqueront pas en doute leur utilité administrative. Ainsi récemment la question de* lais et relais de Don ville et pré ville était éclairée par des chartes ; celle de la fermeture du havre de Saint-Germain-sur- A y a été en partie décidée par une charte du su* siècle, citée par le préfet de la Manche dans son rapport au conseil général. — s Confirm. epi. Abr. -— 3 Bois- Y von, commune de l'arrondissement de Mortain dont i'égUse était à Montmorel. — 4 Littera Domini Régis (i»q3, iao4) super •mortitaciont ptttrium nddituum.
litudinem tcnemur excambiarc in nostra hcredîtatc. . . abbas et conventus michi caritative dederunt c. sol. tur. * » En 1263, l'abbaye reçut dans celte paroisse un don de froment par la charte suivante : « Ego magùter Thomas de Pinis clcricus donc et concéda pro soluté anime mee et omnium amicorum meorum abbatie de Monte Morelli quatuor quarteria frumenti, videlicet duo ad proprios mus domus et unum et dimidium ad usus pistanciarum et dimidium ad ustts infirmarie\ » Le Mes Henri est cité dans un acte de 1235 dans lequel R. Grimaut confirme au monastère * Tenementum . Stephani le Couvreor quod sitwn est in Mes Henrici in parrochia S. Quintini, quod W. de Verdun miles elemosinavit. * Guyot et la Croûte Chaucon sont cités dans la charte de la même anoée par laquelle « Petrus de Montemorelli tenetur reddere sot» cen. de duabus acris terre quas habebat
in parrochia S. Quintini sitas apud Guiot in Crota que vocatur Crota Chaucon1. • Cette rente reposait sur un fonds aumôné par un illustre seigneur : « Ego FreesUnus de Malesmeins et Johanna uxor mea pro soluté animarum nostrarum concedimus abbatie de Monte Morelli duos acras terre quas ex dono Rieardi Chaucon apud Guiot possidet. . . . Testibus Ranulfo tune priore de' Sace, Petro Chaucon decano, Rotholando de Verdunio*. »
Ces citations paléographiques , empreintes de la foi et de la loi du Moyen- Age , termineront le tableau de Saint-Quentin, tableau relativement riche et étendu. Cette commune possède tous les élémens du passé , l'église et le château , la légende et l'histoire , la charte du moine et les vers du poète.
i Carta W. Bocaut de campo Raine. De S. Quinttno. — a Carta Thome de Pinit. L'archevêque Odon Rigault avait visité cette abbaye quelques années auparavant, et avait signalé la négligence relative* mcnl à l'infirmerie. — 3 Voir pour le* Croûtes Vains et Iluîsnes. Ici encore le nom spécifique de la propriété est le nom du propriétaire. Ducaoge ne cite que la forme Crofta. — 4 Voir Sacey.