‹ Avranchin monumental et historiqueChapitre 10 sur 37 · TA · texte numérisé non relu

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e L'on y voit un grand moulin que des chevaux font moudre, ce qui est grandement commode aux religieux, n’y en ayant d'autre dans le Mont, et les habitants sont obligez de faire venir leur pain des lieux voisins. » V. Le Voyage fait au Mont Saint-Michel par la confrairie de l’église Saint - Pierre de Caen, avec vingt-deux ecclésiastiques et plusieurs habitants des autres paroisses, etc. Caen. (Claude Le Blanc), par l'abbé de St-Martin.

Dom Le Roy ne parle que du moulin à vent:

« Du costé de l'occident est la très-forle tour, nommée Gabrielle, sur laquelle les religieux y ont fait bastüir un moulin à vent, pour le service de leur communauté. Le reste du rocher, du côté du septentrion, est inculte, en forme de garaine, où se nourrissent quantité de lapins (1).»

Le nom de la Pillette, donné à une tourelle par les Montois d'aujourd'hui, avait une autre forme au commencement du xvue siècle : Dom Iluynes dit « la terrasse appelée le Jardin de la Pilaisse. »

Un voyageur, comparant Gibraltar au Mont Saint-Michel, donne la préférence à celui-ci : « La montagne de Gibraltar, cscarpée, jaunâtre, assez longue, est bien moins perpendiculaire et, à mon avis, moins extraordinaire que le Mont Saint-Michel, qui peut, au besoin, servir de point de comparaison (2). »

Nous avons donné un spécimen du style monumental et

brut de l’admirateur de la Merveille, M. Maud'huy; nous.

croyons avoir retrouvé l'étrange et vigoureux écrivain, dans le livre de l’Insecte, de Michelet, qui caractérise son style d’une façon pittoresque, mais qui prouverait qu'il est en progrès : € Autrefois il bâtissait avec d'énormes blocs; depuis, il a divisé les matériaux : Un homme de grès, de

(1) Livre des curieuses recherches. Ms. de la Bibl. de Cherbourg. (2) Alexis de Vallon. L'Andalousie à vol d'oiseau. Rev. des Deux-Mondes, déc. 18490.

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caillou, le breton Maud’huy, retrouve ici (Fontainebleau) sa Bretagne, et fait, à coups de pavés, le livre le plus orinal qu’on ait fait sur Fontainebleau (4). »

En 1814, M. Demons décrivait l’état de la chapelle Saint- Aubert : « De ce même côté, on voit, au pied du Mont, et presque séparée de lui, la chapelle Saint-Aubert, qui paraît ancienne et qui est en très-mauvais état en-dehors, et surtout en-dedans. Il y a un autel et trois petites statues ; on y dit la messe, une fois par an, le jour saint Aubert (2). » On voit encore dans cette chapelle, outre la statue du patron, celle d’un pape; le tableau du rétable est une Annonciation, et le devant d’autel est historié d’arabesques végétales, à la mode du dernier siècle ; d’ailleurs l’autel porte la date de 1710.

Aux archives de Saint-Lo, est un Ms. intitulé : Registrum infirmarie M. S. Michaëlis : un autre est intitulé : Registrum piutanciarie M. S. Michaëlis.

Un directeur de la maison centrale, M. Marquet, aussi zélé qu’intelligent et actif, et qui s’est consacré tout entier à l’œuvre de restauration de l’abbaye, de concert avec un habile architecte, M. Théberge, a restauré le chartrier de l’abbaye, et a retrouvé l'escalier qui le faisait communiquer avec la Salle des Chevaliers. Il a fait de ce chartrier, aux arcades ogivales, un petit musée michelien, commencé avec de jolis débris de la Renaissance, qui donnent à regretter des jambages de porte ou une frise appartenant à cette époque, laquelle n’a laissé au Mont que deux ou trois spécimens.

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(4) Page 97 de l'introduetion. Notre citation de M. Maud'huy était tirée de son livre intitulé : Du Mont Saint-Michel au péril de la mer, dans son élat actuel, physique et social, un vol. in-8e, Paris, 1835, donné à la Société d'Archéologie par M. Laisné.

(2) Ms. de Ja bibl. du Grand-Séminaire de Coutances.

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La mention des échoppes de pierre rappelle la charte d'exemplion de Charles VI, relativement aux objets de pélerinage : « Savoir faisons. avoir ove la supplication des povres gens demourans au Mont Saint-Michel faisans et vendans enseignes de monseigneur Saint-Michiel, coquilles et cornez qui sont nommés quiencaiilerie avecques aultre euvre de plon et estaing gette en moule pour cause des pelerins qui illec viennent et affluent, contenant que pour gaigner et avoir leur povre vie, ilz aient accoustme de vendre lesdites enseignes ausdictz pelerins venans en pelerinage, lesquels ne sauroient vivre d’aultre mestier, lequel mestier est si petit qu'il convient qu'il se vende par maille et par dernier... implorans humblement que en nostre joyeux advenement audict lieu du Mont Saint-Michel, nous plaise leur eslargir nostre grace, avons octroye que eulx et leurs successours marchands faisans et vendans lesdictes enseisnes soient exemps a touzjours maiz de poyer ladicte imposition de 42 deniers pour livre... »

Dans la description des remparts, il ne faut pas oublier de remarquer le grand escalier, dont M. Baude parle en ces termes : « On monte à l’ancienne abbaye par des ruelles obscures ou par un majestueux escalier, qui sert de bordure au précipice. Ce bel ouvrage date du règne de Louis XIV, et l’abbaye qui l’exécuta possédait 450,000 I. de rente. »

On s’est livré à plusieurs conjectures sur la statue de l'église paroissiale du Mont, c'est peut-être l’image de G. de Lamps, duquel Dom Huynes dit, à propos de son tombeau : « Sa figure est relevée en bosse, avec ses armes portées splendidement de deux anges. »

L'ecclésiole paroissiale, riche en sépultures, n'a pas gardé la plus importante, la tombe de celui dont le nom éveille toute l’époque hiératique et légendaire du Mont, de l'évêque Autbert, le principal héros du poëme de G. de

RE Saint-Paier, qui raconte longuement, minutieusement, ses funérailles dans cette église :

Et sepeliz et enterrez

Eo un mostier de seint Perron Anciez eirt de grant reison… Anciez fat miz enz el chancel Ea un sarcoul cheve molt bel De s0z l'autel enterrei l'unt

Li pié de lui de defors sunt.

Mais, presque immédiatement, le corps fut mis duns une fierle et porté à l'abbave. Le bras droit fut enchâssé dans l'argent — le chef détaché, pour

« le pertus qu'ert en la teste. »

( Guillitume de Saint-Paicr.)

Le rom populaire de l'entrée de l'abbaye, qui ressemble à 1 gueule d'une caverne, est le Gouffre.

Philelphe appelle awratos les chevaliers, à cause de leur collier et de leurs épcrons dorés, et Louis XI, qui fut un remarquable promoteur des lettres, établit parmi les officiers de l’ordre : « Ü'num quoque scribam qui Torquatorum res geslas memoriæ sempilernæ mandaret, » (Addit. à l'Histoire de Commines). Dans le méme ouvrage, p. 192, Saint Michel est appelé Prince de la Chevalerie du ciel, « la représentation duquel vous et tous vos roys de France avez toujours portée en vostre étendard. »

Quelques réparations furent faites à la KalledesChevaliers, vers la fin de la Restauration, par M. d'Estourmel, alors préfet. Le spirituel auteur des Sourenirs de France et d'Italie, dans son Voyage en Orient. évoque, à Rhodes, l'ile des Chevaliers, le sonvenir de cette salle : « On me laisse pénétrer dans une grande et belle salle, voütée, soutenue par des colonnes, et qui m'a rappelé celle dite des Chevaliers, que naguère Je faisais réparer au Mont Saint-Michel (4). » Une dame aussi, Mme de la Tour du Pin, à un point de

(1 M. d Estourmel. 1er vol., p. 168.

vue plus poétique que vrai, a fondu en un seul être Île Moine et le Chevalier : « Ici les chants religieux, qui se mélaient aux voix de l'Océan, ne se font plus entendre, l'œil ne suit plus, sous les triples arceaux de ces galerics, perdues dans la pénombre, la procession des moines chevaliers, à demi-cachés sous leur capuchon cramoisi, et laissant traîner de longs manteaux de damas, doublé d’hermine, sur les dalles du monastère (1). »

En 1324, les religieux du Mont firent apporter des mottes de gazon pour le préau de leur monastère : « Pro pratello faciendo et pro gleba fodienda et apportagio (2). »

Une nouvelle main est venue apporter son hommage au cloître : « Cet espace silencieux et retiré n'est ouvert qu'au vent de la solitude, et n’a de perspective que le dôme du ciel (3). » Mais il v a trois erreurs dans cette phrase d’une de ses devancières : « Le triple rang de colonnettes du cloître, et ses vottes en ogives et à nervures, sont aussi dignes de mention (4). »

Le constructeur de cette partie si élégante, € Radulphe de Villedieu, fit venir aussi d'Italie le portrait de saint François d’Assises, copié sur l'original, que l'abbé Joachim avait fait peindre dans Saint-Marc-de-Venise, avant le décès du saint (5). »

Le cloitre est appelé par un savant archéologue anglais : « Un specimen exquis du gothique primitif (6). »

Un touriste a traité ce cloitre sans intelligence de sa signification, et mème avec les préjugés d’un descendant des destructeurs de monastères : « The cloisters supported

(1) Madeleine, la pécheuse de roques.

(2) Comptes du M. S. M., fo 5. Etudes agr. de M. Delisle, p. 486. (3) Clémence Robert. Le Mont St-Michel, roman historique.

(4) Mme Tastu. Voyage en France, p. 454.

(5) M. Blondel, p. 31. Nofice hist. et {upog.

(6, M. Petit, dans son bel ouvrage illustré Architectural studies.

=, 10 = by small graceful pillars,of the most delicate workmanship. Here the monk used to walk in bad weather, contriving the next day’s dinner, or imagining excuses for detaining some of the many pretty female pilgrims who resorted, under various pretences, to this celebrated monastery (1). »

Les travaux récents ont malheureusement inondé -de lumière une des parties les plus fantastiquement belles de l’abbaye, dont on ne peut plus dire ce que nous en écrivions, encore il y a quelques années : « Un laisse à gauche un escalier tournant, éclairé par le haut, qu'on appelle escalier de Robert le Diable, parce qu'on prétend qu'il figure parmi les décorations de l'opéra de ce nom. Entre cet escalier fantastique et le passage de la Lampe est un cacho, dit Cachot du Diable, qui serait profondément noir, si la lampe ne l’éclairait par en haut, comme l'espérance HS sur la douleur et l’expiation. »

Aussi, à chaque visite annuelle que je fais au Mont avec mes élèves de rhétorique, je trouve toujours quelque nouvel acte de vandalisme. Ce bel escalier, dit de Robert le Diable, qui avait déjà été éclairé par le haut, a été inondé de lumière en bas par une fenêtre-lucarne, ouverte sur la galerie, où brülait Ja lampe perpétuelle. Plus de lampe ! plus de ténèbres ! Jamais pourtant le monastère n'en a eu plus besoin (2).

C’est de ce monastère qu’un trouvère normand, Benois et non Saint-Benoît, comme l’a dit un touriste anglais, M. Weld (3), a écrit :

De seint Michel, l'angle des cieux.

Sos ciel n’en out nul leu si bel.

({ Chron. des Ducs de Normandie.)

(1) Aug. St-Johns.

(2) Note prise en mai 1858.

(5) À Vacation in Britanny, p. 27. Le Roman de G. Le Loherinc cite aussi notre momastère . « et jusqu’au Mont Saint-Michel, ce m'est vis,» V. 7,056,

Au-dessous de la voûte de la Roue est une jolie pièce mulilée, à nervures et colonnes du xiu* siècle, avec vue au midi, dont s’accommoderail au mieux un cabinet de savant artiste de nos jours. Elle porte aujourd'hui un de ses noms de prison, un numéro. Aux temps monastiques, qu'étaitelle? On ne le sait plus.

A l’extrémilé de la région souterraine sont des cachots que l’on montre rarement : le plus extrême s’appelle, je crois, Corps-de-Garde ; c'est une tombe de granit. Ces rocs gardent leurs drames d'autrefois dans leur effrayant silence. On connaît mieux leurs drames d'aujourd'hui : dans un de ces cachots, à droite, s’est pendu un détenu militaire, et dans le fond de cette gorge en zigzag un gardien a été tué par un prisonnier.

Un puissant coloriste, M. Théophile Gautier, a fait ainsi la peinture de la basilique : « L'église en elle-mème, quoique charmante, n’a rien qui étonne, après les prodiges des cathédrales ; mais, par sa siluation, au sommet d'une pyramide, dans un bouquet d'édifices, d'où elle s’élance, comme le pistil d’une fleur centrale, elle produit un effet prestigieux (4). »

« Le flamboyant du chœur, châtié, pour ainsi dire, par la dureté de la matière, produit un effet très-agréable, à l'intérieur et à l'extérieur (2). »

Pour l’état des tombes dans l’église abbatiale, nous avons quelques notes intéressantes : « Derrière le chœur est une chapelle de la Vierge, qui était belle; nous y vimes (1814), ainsi que dans plusieurs autres parties de l’église, les débris de plusieurs tombeaux (3). »

« M. de la Touche, sieur de Quérolant, assassiné par

(1) Monileur, avril 1860.— A4rranchin, 15 et 22 avril 1800.

(2) M. Petit. Archeological studies.

(5) Voyage Mss. de M. Desmons, curé de tes - au Grand Séminaire de Coutances.

QT son valet de chambre, fut inhumé dans une chapelle, derrière le maître autel. »

« On enterra aussi dans l'église Mme Vicques, veuve du gouverneur de ce Mont (1).»

Les nervures intéricures du pourtour des chapelles sont d'un style prismalique avancé et remarquable par leur saillie, qui en fait des feuilles larges et amincics. Les pendentifs ont, pour la plupart, été arrachés ; c’est le style de Saint-Pierre-de-Caen.

La porte de la Renaissance, que nous avons signalée (2), a Sa porte correspondante, de mème style, en face, dans l'autre bas-côûté.

Aug. Saint-John (3) parle ainsi de la crypte des Gros- Piliers : e The subterreanean chapel where are seen those prodigious columus upon which the weight of the whole building reposes (4). » — «The scanty light which glimmers among these enormous shaîfts is just sufficient to discover their magnitude to the eye and to enable one to find his way among them. »

Dans un fragment posthume, intitulé le Lac, Nodier a rappelé le Mont dans une comparaison : « Un lac qui porte une autre montagne au-dessus de tout l'horizon, et qui varie la magnificence de son aspect éternel, en lui prètant Je charme passager de ses baies inconstantes et la fraicheur imaginsire de ses eaux. Ainsi s'élève la vieille forteresse de Saint-Michel de la mer au milieu de ses plages blanckes et de ses grèves tremblantes (5). »

Les découvertes faites dans la dernière restauration jus-

(1) Voyage Ms de M. Demons, curé de Cherbourg, déposé au Grand-Sé minaire de Coutances.

(2) Avranchin mon. et hist., 11, 403.

(3) Journal of a residence in Normandy.

(6) Page 220.

(5) Musée des Familles, 1844-45,

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