LENS
üfient cette phrase de M. Bande : « Dans le caveau le plus obscur, dans le recoin le plus abandonné, se découvrent à l'improviste des sculptures dignes du grand jour. »
Sous ces vottes, une porte, à l'extrémité du pourtour, ouvre sur une vaste pièce, étage supérieur de la Salle des Gardes. Nous y avons vu des prisonniers militaires et marins, un Curicux pêle-méle, jouant, lisant, dessinant. [ls avaient mème peint sur les murs une grande horloze campagnarde et une guilare. [l y avait là des prisonniers de toutes nations; il y a eu même des Arabes, dont un s’appelait Abd-el-Kader : l’homme du désert d'Afrique dans le désert de Normandie.
« Le Mont Saint-Michel se tient, comme un géant sombre, au milieu des grèves, inondées de lumière. Sur le rocher noir, les hautes et fortes murailles se dressment, surmontées des édifices du monastère, au-dessus desquels l'éutise s’élançait hardiment. Au-dessus de l’église, la Merveille tenait en équilibre son campanile fier, couronné par la statue d’or de l’Archange. Les vitraux de l’église brillaient. comme des centaines d’élincelles, au milieu de celte masse d'ombre, et la statue ailée de saïnt Michel s’enflammait de tous les rayons du midi (4). »
En 4814, quand M. Demons visita le Mont Saint-Michel, il y avait une cloche dans la tour (2); plus tard elle en descendit; mais elle y est remontée, après une lonsue absence, en 1800.
A la liste des plans que nous avons donnée il faut ajouter : Isle, rocher, ville, château et abbaye du Ment Kunt- Michel, Paris, 14705, 1/2 feuille et le Plan du Mont Saint- Michel, avec une table de renvoi, vers 1710, 1/2 fruille.
On conçoit que le Mont Saint-Michel, qui a inspiré tant
(1) Paul Féval, l'Homme de fer, ch. 8. V. aussi sa Féc des grèves. (2) Mss. du Grand-Séminaire de Coutances.
de dithyrambes, considéré au point de vue des Petites misères de la vie, peut aussi dicter des vers facétieux. C’est le point de vue d’une pièce de vers, intitulée le Mont Suint- Michel (4). En voici le d‘but :
On dirait, eu voyant se dresser dans la nue
Ce fantôme grisâtre, à la tête chenue,
Aux picds ensevelis dans la grève des mers,
Ua obélisque immense au milieu des déserts.
Les moines d'autrefois, architectes sublimes,
A l'archanuge Michel bâtirent sur ces cimes
Ce hardi monument, dont l’art audacieux,
Confondant la pensée, épouvante les yeux.
ls ne se dountaient pas que leur saint monastère,
Par les anges du ciel de tout temps habité,
Quelques siècles plus tard aux démons de Ia terre
Servirait de demeure, en leur captivité ;
Et que le Mont, malgré sa merveilleuse histoire,
De tous les employés à bon droit redouté,
Verrait dans l'avenir exécrer leur mémoire :
Car c'est à la terreur bien plus qu'à la beauté
Que le Mont Saint-Michel doit sa oélébrité.
Henri Cave.
Un savant anglais, M. Petit, dans son bel ouvrage illustré (2, dans un passage vraiment ému d’une œuvre scienufique, a parlé aussi des petites plantes marines (salicornes et ansérines), matheureusement trop grandies dans son dessin du Mont Saint-Michel : « Voulez-vous voir et sentir ce qu'est le Mont Saint-Michel en réalité ? Allez seul à une certaine distance du sentier tracé, et regardez cette rude pyramide, où l'œuvre de l’homme se distingne à peine du roc nu de granit sur lequel il se dresse, s’élancant d'une solitude uniforme de sables mornes sans couleur (coulourless). — Nul autre objet à votre vue que la ligne indécise d'une côte éloignée; nul autre bruit qu'un mystérieux murmure, lorsque le vent souffle dans les cristes-marines