‹ Avranchin monumental et historiqueChapitre 16 sur 37 · CANTON DB VILLEDIEU · texte numérisé non relu

CANTON DB VILLEDIEU

Commune de la Bloutière.

Dans le xrv° siècle, comme aujourd’hui, le prieuré de la Bloutière portait vulgairement le nom d’abbaye : « Prieuré

(1) Inv. des titres du M. S. M. Ms. des Archives de la Manche, fo 298, re. Voir le 1er vol. de l'Avranchin, p. 242. (2) Avranchin, 11, 608.

conventuel et de chanoines réguliers est de plusors incoles en pays tosjur dict l’abbaye de la Blostière. » Ces détails nous sont donnés par le Cartulaire de la Bloutière, en l'an 1369, écrit pendant que « le roy de Navarre estoit à Cherbourg, » par un de ses prieurs, Guil. Le Gros, né à Avranches, dit ce Ms., en la Grande-Rue, c’est-à-dire rue Saint-Gervais (1).

Commune de 1a Lande-d’Atrou.

En 16140, G. de Bricqueville, chevalier de Malte, avait la commanderie de la Lande-d’Airou.

Commane de Villedieu.

Un tourisle anglais s’est complu dans une analyse minutieuse et assez exacte de la ville de Villedieu :

« The town of Villedieu looks exactly as if it had been shot down into an abyss of trees, and had been considerably dislocated in the process. Whoever wishes to see a veritable town of the middle ages, with all its modes and tenements in preservation, ought to go to Villedieu. There is no space round about its staggering gables to enable the inhabitants to enlarge or reconstruct it, even if they were . so inclined. Îts peculiar position renders improvement almost impossible, and its staple handicraft, which owes much of its reputation to the length and strength of its traditions, renders change of any sort undesirable.. I never saw a town which betrays so few touches of the hand of progress. It has the aspect of the place which betrays that it had been thrown into a trance by a powerful wizard ages ago and had remained in that condition ever since. — Sunk in a profound solitude, the gloomy austerity of Villedieu helps out that antique tone which is so curiously realized in its close dark passages. Streets and abrupt turns that

(1) V. de Gerville, Etudes sur le département de la Manche.

resemble broken rows of dominoes placed in and out by the fingers of a man, labouring under a severe fit of palsy. The quaint houses, black, small, and frightfully out ofthe perpendicular, inspire with a horrible suspicion that there is a power of vitality in them, not to step out of their foundations, but to fall upon you of their own volition, being apparently independent of the law of gravitation. »

Le passage de G. de Jumiège, sur Villedieu, « terram in pago Abrincatensi, quam Villam Dei vocant, » est ainsi traduit par un chroniqueur français : « Une ville en Evreein (sic), que on appelle Ville de Dieu ({), » qui a mis Evrecin au lieu d’Avranchin.

Après l’abolition de l’ordre des Templiers, l'hôpital ou maladrerie de Frenaux, au diocèse de Sez, et près de cette ville, fut réuni à la commanderie de Malte de Villedieules-Poëles (2).

Rabelais dit, dans l’enfance de Pantagruel : « Pour lui faire ung paislon a cuyre sa bouillye feurent occupez tous les pesliers de Saulmur en Anjou, de Villedieu en Normandye. »

En 1599, de Vicques, de l’Ilemanière, tenait le régiment de Dragueville assiégé dans l’église de Villedieu (3).

Un carme, nommé Ameline, « avait tué de sa main et de sang-froid, jusques à cinquante ou soixante serviteurs du roy, estans en la tour de Villedieu, laquelle fut prise par la Ligue, et qui s’étaient rendus à discrétion (4). »

. Une pièce du chartrier de Flers, cité par M. de la Fer-

(4) Hist. des Ducs de Norm., éd. Fr. Michel, p. 70.

(2) V. Recherches sur les léproseries de Norm., par M. d'Anisy, art. Frenaux.

(3) Reg. secret de Caen, 18 mai 1590. Floquet, Hist. du Parlement de Norm., m1, 470.

(4) Reg. secret do Caen, 1594. Floquet. Hist. du Parlement de Norm., 11, 519.

rière, Hist. de Flers, p. 85, ferait croire que Villedieu, qui est remarquable par l'esprit démocratique et troupier de ses enfants, avait ce dernier caractère, il y a déjà longtemps : c’est l’ordre donné, en 1616, à Louis de Pellevé de lever un régiment de dix compagnies, de cent hommes chacune, dont trois devaient être prises dans la ville de Villedieu : « Estant le lieu le plus commode à cet effect. »

L’essai que nous avons fait sur le patois normand, à l’article Villedieu (1), a été le germe d’un mémoire couronné par l’Académie de Rouen, sur le dialecte normand, qui, par suite de cet encouragement, est devenu un ouvrage étendu : Histoire et Glossaire du normand, de l’anglais et de la lanque francaise.

Quant à un mot très-important de ce dialecte et de plusieurs autres, l’Anguilaneuf ou Aguignané, qu’on fait si singulièrement venir des Druides, c’est, selon M. de la Villemarqué, le refrain : « Eghinad dé! Eghinad dé! par contraction Eguinané, Etrennez à moi! lequel, changé en Anguilaneuf, hors de la Bretagne, devait faire longtemps le désespoir des étymologistes (2).

Il faut rendre à Villedieu un archevèque de Rouen, que le Gallia Christiana a fait naître à Vernon. Il dit en effet: « Ecclesiæ Rothomagensis canonicus ac thesaurarius Radulfus, libellorumque supplicum magister, ex oppido Vernone in Normannia oriundus (3). » Cet archevèque, du xve siècle, était Raoul Roussel, qui a laissé un curieux Pouillé du diocèse, qu’il fit comme trésorier du chapitre de Rouen (4). Il a consigné à la fin de son recueil ses noms et

(1) Avranchin monum. et hist. 1, 726.

(2) V. le Barzaz-Breiz de M. de la Villemarqué.

(3) V. Éccl. Rothomagensis.

(4) Pouillé du diocèse de Rouen, par Raoul Roussel, en 1451, à la Bibl. du roi. F. 1. No 5197. Ms. de 27 f. vélin, petit in-folio gothique.

qualités, sans oublier le lieu de sa naissance, qui est Villedieu, près Saultchevreuil, au diocèse de Coutances. Dans une vignette du manuscrit se trouvent plusieurs suppliants, dont l’un est notre trésorier, suffisamment désigné par une clef qu’il porte en pal (1). |

Aux détails que nous avons donnés sur l’énergique explorateur du Sénégal, M. Huard, de Villedieu, nous devons ajouter que ses rapports, déposés au ministère de la marine, ont puissamment servi à une publication qui a été faite, il y a peu de temps, sur ce pays.

oo

(1) V. Cabinet historique de M. L. Paris, où se trouve l'analyse du Pouillé.

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