ESQUISSE DE LA VIE DE LE BERRIAYS
Ceux qui enseignent, dans ce riche et beau pays, sont particulièrement heureux, lorsqu'ils voient les enfants des campagnes venir s'asseoir au banquet des études. Parmi leurs camarades des villes, plus mobiles et plus déliés, ils apportent, avec de fortes facultés, des éléments d'ordre, de solidité et d'énergie, qu’ils ont pris à l’école de la so- . briété et du travail, dura paupertas tulit. On les accueille . comme des colons de Îa civilisation qui iront reporter ses semences et ses fruits dans leurs villages, pour ainsi dire dans des contrées semi-barbares et lointaines. Sans parler de la science, qui n’est pas le premier des bienfaits du collège, ils viennent — chose plus difficile que d’apprendre — désapprendre le mauvais langage, l'expression
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. (4) Ce discours, inspiré par les choses locales, a été prononcé Fe soton des prix du Collége d’Avranches, au mois d'août
naivement grossière, la dureté des mœurs , la parcimonie cupide, la déloyauté et le mensonge, l’étroitesse des idées, l'immobilité qui s’appelle routine, pour remporter chez eux la langue nationale qui unife la famille française, le langage chaste de l’homme honnête, la sympathie pour la famille et nos semblables, la générosité prudente, la noble franchise qui s'harmonise avec toute la vie rustique, l’intelligence ouverte au dévouement et au progrès, enfin, cette réunion d'intelligence, de loyauté et de courage, qui donne à l’homme moderne ses lettres de noblesse. Mais je ne connais rien de plus noble que l’agriculteur : si à la pureté religieuse et morale, sa compagne ordinaire, 1l ajoute la science, il représente alors la plus haute des professions.
Mais ils viennent en petit nombre, ces fils des laboureurs aisés. On s’afflige quand on pense que, dans nos colléges d'arrondissement et dans les écoles libres, qui sont placés comme des phares au centre des divisions territoriales d’un grand pays, il n’arrive encore des campagnes qu'une si faible portion d’étudiants. L’arrondissement d'Avranches compte plus de cent vingt communes et plus de cent mille habitants ; de tout le département, c’est celui où l’impôt rentre le plus facilement, et c’est à peine si chaque commune rurale envoie trois ou quatre élèves aux études classiques. Cependant la richesse règne dans les campagnes, le progrès y est général, la transformation matérielle est sensible, le paysan monte visiblement dans l'échelle de la propreté et du bien-être. Bien loin de nous est le temps où La Bruyère pouvait écrire : « L’on vit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus dans Ja campagne, noirs, livides et tout brülés du soleil , attachés à la terre, qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine. En effet, ils sont des hommes. »
Voilà le paysan d’avant la Révolution. Pourquoi donc le: nôtre, émancipé et riche, envoie-t-il si peu ses enfants dans les séminaires ou dans les colléges? A cela, ily à plusieurs causes sans doute. Il y a la cause générale de ne pas sentir le besoin d’une culture élevée, de ne connaître que des jouissances matérielles et d’èbre à peu près étranger à des jouissances d’un autre ordre, car il est d’un monde qui ne chante pas, qui ne danse pas, qui ne lit pas. Mais il y a deux causes particulières.
L’ignorance du père, qui fait d’aillleurs bien ses petites . affaires, l'empêche de comprendre l’importance de linstruction pour son fils ; il ne sait pas que l'intelligence est le plus merveilleux des instruments, que, par exemple, un homme qui sait deux langues, vaut deux hommes, et que l'individu se multiplie mathématiquement par toutes les connaissances qu’il possède. Enfin, il y a une cause plus puissante encore : c'est que cet homme a un amour plus fort que celui de son corps, et, le dirai-je, de ses propres enfants : il a l'amour de la terre; s'agrandir , s’arrondir, voilà ce qui lui passe le plus près du cœur. C’est là aussi. son orgueil , car au village, il n’y a qne cela qui classe un homme. Bien rare en Normandie est le père qui vend un champ pour instruire son fils. Get héroïque travailleur , si bien secondé de sa femme, plus laborieuse encore, dompte la terre du lever jusqu’au coucher du soleil, et, comme dit un illustre écrivain : « À midi , lorsque les rocs se fendent, lorsque le planteur fait reposer son nègre, le nègre volontaire ne se repose pas. » Pour avoir de la terre, chose grave, il empruntera : empruntera-t-il pour agrandir l’esprit et l’âme de son fils?
Le petit bourgeois, le marchand, l’ouvrier des villes, c'est autre chose. Il souffrira le travail, le besoin, l'emprunt, tout, pour faire de son fils un employé, un fonctionnaire, un monsieur; son fils, à lui, c’est son orgucil,
sa noblesse, Je vois souvent jeter la pierre à cet artisan vaillant et fier : 1l se trompe peut-être, mais je n’ai pas le courage de le blâämer. Cet homme pratique ce qu’il y a de plus grand au monde, le sacrifice, et je ne connais rien de plus beau qu’un père qui travaille à faire de son fils un être plus élevé et plus heureux que lui. Il est un des plus puissants moteurs de ce mouvement de bas en haut, qui fait la gloire et la force de la nation française. Mais, comme disait cet illustre artisan, qui brüla jusqu’à son lit pour cuire ses poteries, que l’on paie aujourd’hui au poids de l'or, Bernard de Palissy : « Pauvreté empêche mérite de parvenir. » Ne faudrait-il pas que l'Etat, avec un système de bourses ascensionnel, permit, par une série d’épreuves, à l’enfant pauvre de passer de l’école primaire à l’école supérieure, de là dans le collége, de 13 dans les facultés, j'allais dire dans les Universités, si nous possédions ces écoles suprèmes où se forme l'élite forte et savante d’une nation.
Voilà donc notre élève de la campagne façonné par le collége et la ville. La ville lui a appris la politesse, celte bienveillance dans les petites choses, qui est aussi le sentiment de l'égalité morale, la propreté qui est à la fois la santé et la dignité du corps, une certaine élégance, qui est une des formes du beau. Le collége lui a donné le savoir : il connaît les graminées de ses prés, les éléments chimiques de sa terre; il peut attacher à chaque phénomène le vers d'un poète, la pensée d’un philosophe; il associe les sciences et les lettres ; il a l’art de persuader et de convaincre, basé sur le vrai et dirigé par ce sens pratique, qui est le cachet de notre époque; il possède ces langues classiques, sans lesquelles il n’est pas encore permis d’être un gentleman, et qui établissent une confraternité immédiate entre deux inconnus. Il va sans doute porter dans la campagne le type d’un homme comme il faut, d'un
homme lettré « sine lilteris squalet ager, » d’un propriétaire ntelligent et progressif, d’un arbitre judicieux, d’un magistrat rural. Il pourra faire une allocution de banquet, de comice, de distribution de prix. En outre, son avenir est tout fait : le lieu natal l’appelle, l’aisanee lui sourit, les serviteurs, la famille l’attendent, la liberté lui ouvre les bras. Tout lui chante ces vers d'un poète qui a aimé et pratiqué la vie agricole avec la poésie :
» Gazons entrocoupés de ruisseaux et d’ombrages,
Seuil antique, où mon père, adoré comme un roi,
Comptait ses gras troupeaux, rentrant des pâturages, Ouvrez-vous ! Ouvrez-vous ! c'est moi. »
Cette royauté champêtre, représentée dans ces vers, nous offre un nouveau point de vue, un curieux contraste. Dans nos peittes villes, et surtout dans Avranches, la population aisée se compose de propriétaires terriens. Ces hommes , qui ont de beaux biens au soleil, qui pourraient se faire sur leurs terres une existence large, influente et bienfaisante, on les voit, pelits bourgeois obscurs, contestés et contestants, vivoter entre une rue sans horizon et un jardinet sans soleil. On a donc pu dire que les Français n’aiment pas la campagne ; il n’y a pas même longtemps qu'elle est découverte. C’est Jean-Jacques Rousseau qui la leur a montrée. Or, l’absentéisme, c’est-à-dire la non résidenee personnelle du propriétaire, est une des plaies de la France agricole et retarde considérablement ses progrès, d’ailleurs incontestables.
Tout est là en effet, non-seulement le bien moral, mais les trésors intellectuels. C’est là que les lettres et les sciences s’embrassent tendrement. Le livre de la nature, voilà le livre d’or, le livre de la vie. Je ne puis m’empèécher de croire que le seul poète du xvn siècle, qui com-
prit la na'ure, motre La Fontaine, fils d’un garde des eaux et forêts, reçut sur son génie la grande influence de la profession paternelle. Je le vois enfant et adolescent , cheminant dans les bois, regardant déjà l’invisible , et écoutant des bruits qui n’existaient que pour lui. Celui qui a dit : « Les forèts parlent peu, si ce n’est dans mon livre, » avait entendu les forèts, puisqu'il les fait parler. La littérature moderne, quelque chose qu’on en pense, fille sous ce rapport de Jean-Jacques Rousseau et de Châteaubriand, a beaucoup contribué à répandre le goût et l’intelligence de la nature. Le chemin de fer a fait un rapide trait d'union entre la ville et la campagne. En outre, nos diverses révolutions ont rejeté dans la retraite et l’agriculture de grands propriétaires, et plusieurs — magnifique alliance — associent le travail de la plume à celui de la charrue. Enfin, une grande part dans le progrès agricole revient au Souverain qui colonise par lui-même les sables des Landes et le désert de Ja Sologne, qui peut prendre pour symbole une charrue couronnée de lauriers et pour devise : « Ense et aralro. »
Mais notre jeune élève, Messieurs, à qui nous, professeurs, avons donné toute la substance de notre esprit et presque toute la littérature et la science de notre temps, qui peut maintenant former une unité distinguée dans cetteclasse d'hommes heureux et utiles, qu’on appelle les gentlemen farmers, les messieurs de la campagne, les servitudes dorées de la ville l’ont séduit : l’habit brodé de M. le Sous-Préfet et de M. le Maire, la simarre de M. le Président, la toge de M. le Principal, l’empêchent de dormir, il s’écrie, à l’encontre de César, qu’il vaut mieux être le second à la ville que le premier au village, et notre jeune villageois, qui a la force physique, la tradition agri- , cole, l’habitude du travail, qui a des prés dans la vallée, des champs sur le coteau et une maisonnette cachée dans
le feuillage, 1 s’en ira tomber dans les ombres d’un bureau après avoir connu les ennuis ou Îles humiliations du solliciteur ou les luttes fiévreuses des concours. Puis, il vivra là trente ou quarante ans, face à face avec cette idée fixe, qu’on appelle l’avancement , et l’œil tendu vers cette espèce de mirage, qu’on appelle la retraite.
Il eût cependant contribué à former dans notre pays la classe moyenne des campagnes qui sera l’âme et le bras de la France agricole. Vous le savez, Messieurs , les nations fortes aujourd'hui sont celles qui ont des classes moyennes ; c'est ce noyau énergique, qui fait la force des deux nations qui sont à la tête de la civilisation en Europe. La Russie, le colosse aux pieds d'argile, travaille en ce moment à se faire une classe moyenne, et il faut compter l’absence de cette classe, qui est le ciment des deux extrémités sociales, comme une des causes de la défaite du Sud de l’Amérique. Il n’y avait dans les Etats confédérés que l’aristocrate et l’esclave. C’est cette classe, qui existe dans nos villes, qu’il s’agit de créer et de développer dans les campagnes ; il faut que la maison bourgeoise s’élève entre la ferme et le château : ce sera une digue au torrent de la dépopulation. C’est le Collége communal, cette école de la nioyenne et de la petite propriété, celle qui instruit dans les études classiques la majorité de la jeunesse française, c'est lui qui doit élever ces recrues du labourage qui formeront les officiers dans la grande armée des cultivateurs. C'est pour cela, mes jeunes amis, que je vous prèche la sainte agriculture et pour la prospérité nationale et pour votre bonheur. |
Toutefois, comme les exemples frappent plus fortement vos jeunes esprits, je trouve dans ce pays, et, pour ainsi dire, dans cette enceinte, un homme qui illustre mon sujet, et qui réalisa cette noble alliance des lettres et de la culture, qui, né dans les champs, passa dans les champs une
grande partie d’une de ces longues et calmes existences qu'ils ont le privilége de donner , qui revit dans les murs de ce collége, élevé par ses mains, et où vont se réunir dans quelques jours un grand nombre de ses enfants dans un banquet fraternel, un homme qui, dans l’ordre intellectuel, est le premier personnage de ce pays, qui est devenu populaire par cette modération d'idées et de sentiments, laquelle va à la moyenne des esprits, et est au fond la sagesse et la vertu. Cet homme est Le Berriays. Si Avranches est la cité des fleurs et des fruits, c’est à lui que nous le devons; ce fut lui qui créa notre spécialité industrielle et notre richesse commerciale. Son nom, donné à une rue sans maisons, n’est pas un hommage digne de lui. Bientôt, nous l’espérons, son buste s’élèvera dans notre Jardin des Plantes, arrangé d’après ses conseils, où quelques vieillards le voient encore passer avec sa fine et intelligente physionomie. Permettez-moi d’esquisser cette vie que nous ayons racontée plus longuement ailleurs.
Louis-René Le Berriays naquit à Brecey, en 1722, d’une famille de cultivateurs, il fit la plus grande partie de ses études au collége d’Avranches, il les termina à quatorze ans. Il fut appelé à Paris par un oncle qui était membre de l’Oratoire, et il me semble que Le Berriays répond trés-bien à ce type d'hommes, que forma cette belle et savante congrégation. M. Gilbert des Voisins lui confia l'éducation de son fils, et ce nom brille dans les annales de l’éloquence du ministère public, ou, comme on disait alors, des gens du roi. Le précepteur se livra tout entier à son élève, jeune homme de grande espérance, et, profitant
des leçons de ses différents maîtres, il apprit l'italien,
l'anglais, le dessin, l’architecture et la musique. L'élève de Le Berriays devint Président à mortier du parlement de Paris. Quand le parlement fut dissous, et que Gilbert des Voisins se retira sur ses terres, Le Berriays le suivit ;’et
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c'est alors que commença sa carrière agricole, ce qui lui a valu quelquefois le titre d’agronome, vos il ait été plus spécialement un horticulteur.
À Paris, Le Berriays avait été honoré de l’amitié de Racine le fils, de Gresset, de Coffin, Lebeau, Crevier, Mirabeau père, Malesherbes , de Buffon , de Vilmorin , de Duhamel du Monceau. Cette société représente ses deux tendances et opère en lui l’union des lettres et de l’histoire naturelle. Il fut le collaborateur de Duhamel dans son grand ouvrage, le Trailé des Arbres et des Arbustes. Le livre eut un succès extraordinaire. Duhamel en retira toute la gloire, et Le Berriays n’eut que la simple mention de son nom dans la préface. Dupetit-Thouars a cependant dit que ce livre était en grande partie son ouvrage. Mais Le Berriays méditait son œuvre à lui seul. En 1775, il publia le Nouveau La Quintinye, ou Traité des Jardins, qui lui valut une grande réputation. C’est à ce moment glorieux de sa vie, au milieu des charmes de l’amitié et de la société des savants , alors que ses amis lui faisaient entrevoir un siége à l’Académie des Sciences et que M. Gilbert des Voisins voulait le fixer près de lui, ce fut alors qu'il voulut revenir dans son pays.
N choisit pour retraite la terre du Bois-Guérin , le plus beau site du voisinage d’Avranches. Dans un de ses voyages à Paris , il offrit au roi Louis XV des greffes que ce prince voulut placer lui-même. Pour populariser l’art de la culture, il réduisit son ouvrage en un abrégé, sous le titre : le Petit La Quintinye, qui parut pendant la Révolution. Il eut une grande part de conseils et d'influence dans l’organisation de l'Ecole centrale du département , établie dans cette enceinte vers 1798. À cette époque, se groupait autour du vieillard, le philosophe du Bois-Guérin, comme on l'appelait, une réunion d'hommes remarquables , particulièrement d'amis de la nature, pour prendre le larsagc du
temps. C'étaient M. Le Chevalier, professeur d'histoire
naturelle à l'Ecole centrale et fondateur dun Jardin des
Plantes ; M. Dubuisson, conservateur du jardin de l’Ecole ; M. Cerisier , littérateur de goût et helléniste distingué; M. Le Moine des Mares, de l’Ermitage, que M. Le Chevalier proposa pour son successeur , M. le docteur Guérin, ce médecin si dévoué à la science et à la l’humanité, M. Le Court, homme instruit et imprimeur habile , et les professeurs très-distingués de l'Ecole centrale. On ne peut s'empêcher de regarder cette époque comme la plus lumineuse de l’histoire intellectuelle d’Avranches. Voici comment M. Le Chevalier terminait alors une de ses leçons sur les fruits : « C’est avec la plus sincère reconnaissance que je rendrai hommage au citoyen Le Berriays, l’illustre auteur du Nouveau La Quintinye, homme profondément versé dans l’agriculture, qui, dans un corps affaibli par les années, conservant toute l’ardeur de la jeunesse, écrit constamment pour le bonheur des hommes. » Vous aimeriez sans doute à savoir comment causait cet homme, ce sage, alors le centre intellectuel du pays , et dont le portrait respire la bonté et la finesse. Un de ses élèves nous l’apprendra : « Sa conversation, toujours instructive, s'étendait sur beaucoup de matières. Il la rendait piquante par des citations, des anecdotes et des faits, qu’il racontait avec un talent particulier. Au milieu de ses autres travaux, il avait continué à se livrer à l’étude des langues grecque, latine, italienne et anglaise. Il se fit même un plaisir d’enseigner le grec à l’âge de quatre-vingts ans à un jeune homme qu’il avait pris en affection. »
La mort le surprit le 7 janvier 14807, à l’âge de quatrevingt-cinq ans, l’âge où moururent d’illustres herticulteurs, Le Nôtre, Evelyne, Duhamel et La Quintinye. Il semble qu’une vieillesse longue et exempte d’infirmités, s’allache aux doux travaux du jardinage.
Qu'il soit donc permis, Messieurs, aux défricheurs des ütelligences de porter envie aux défricheurs du sol, à ceux qui vivent dans l’ombre des classes d’aspirer au plein air et au soleil, et de crier avec Horace : « O rus, quando ego le aspiciam! » Pour vous, jeunes gens qui cherchez avec hésitation l’emploi de vos vingt ans , vous surtout qui, nés sous le chaume, allez retourner sous le chaume, suivez cette voie que nous vous ouvrons : c’est celle de la moralité, du bien-être, de la paix, du bonheur, oui, du bonbheur, car le bonheur, c’est l’espoir. Or, ce que le laboureur jette à pleines mains dans le sillon, ce sont les grains d'or de l’espérance. Vous contribuerez ainsi à la prospérité de cette France que la Providence a faite agricole et guerrière, et de notre chère et laborieuse Normandie, de qui Napoléon Ier écrivait : « J'aime cette belle, bonne Normandie, c’est la véritable France. » Vous monterez vers cet idéal que Le Berriays réalisa : « Mens sana in corpore sano. »