‹ Avranchin monumental et historiqueChapitre 22 sur 37 · L.'— ORIGINES ONOMATOPIQUES · texte numérisé non relu

L.'— ORIGINES ONOMATOPIQUES

Le patois normand BLÉCHIER, signifie bégayer, mais à nos frontières brelonnes, il veut dire interroger sournoisement, être curieux, inquisitif : de là le surnom des gens de Romazy, les BLÊCHEURS. |

Les noms d’animaux, surtout les plus cruels et les plus immondes, sont pris souvent, surtout dans l’arrondis-

sement de Saint - Lo, pour termes de comparaison, exemple : Les CrapAuDS (pron. crapaôs) de Jerry, c’est-àdire les Jersiais, ce qui est à la fois une injure et une allusion à la grande quantité de ces bêtes dans cette île, d’où il s’en fait sur Londres une certaine exportation ; sur ce marché, un bon « gentleman de Jersey » se vend un shilling. Le mot bolterel, le vieux français pour crapaud, n’est resté que dans les noms propres, où il s’est introduit comme sobriquet : or, il est de principe que les animaux ont été nommés d’après leur cri. Ainsi dans l’Avranchin on appelle Cliopaud un petit crapaud qui fait entendre cette double note, surtout les soirs d'orage, après les pluies.

Un sobriquet d’un réalisme assez prononcé est celui des habitants de Moidrey : on les appelle des « CLIAPE-A- L'AUGE. » On devine quel animal est sous cette périphrase.

On sait que le hanneton est le symbole de l’étourderie ;

* on dit : « LES IlANNETONS de Mesnil-Drey. » Une onomatopée de notre pays « HomBran et HormBrous, lascif, qui se dit du cheval, s'applique à une localité de l'Orne : « Les Howsrans de Briouze. » On dit les Houris de Champsecret, du normand Hocri, mauvais petit cheval, à cause des petits chevaux qui portaient l'argile pour les poteries de cette commune. |

Le Chat-Huant, mot qui en se contractant donne Chouan, terme moderne, partisan de la Chouannerie, blasonne un grand nombre de localités, car Chouan est le vieux patois normand, pour désigner l'oiseau, et ce sobriquet, qui veut stigmatiser de nocturnes rapacités , est bien antérieur

à nos dernières guerres civiles. On dit les CHouaxs et Caouerres de Milly, les CHouaxs de Subligny, les Conans (un synonyme) de Marcey.

Quant aux CHowans de la Croix-Avranchin, la chouan-

nerie y a eu un théâtre si important, qu'on hésite sur l'ancienneté et le sens de ce sobriquet. Nous en dirions

autant des Cuouans de Tallevende, commune près Vire, qu’on appelle encore dans le pays La Chouanetrie. Mais il n’y a pas à douter sur les Huanrs de Beslon, les Huanrs de Catteville. Pour confirmer notre étymologie , nous dirons que la famille Chouan, en Bretagne, porte d’argent à la chouette de sable, d’après un sceau de 1306. (Voir Le Nobiliaire de Bret., de M. Pol de Courcy). Un dicton de Valognes est « voleur comme une chouette. » On dit les Caouerres de Juilley. On dit les TurLus de Secqueville : or Turlu désigne l’alouette dans le Calvados , d’après les turlures de l'oiseau.

A St-James, Loser signifie flâner niaisement ; de là les LoBARTs, appliqué à une commune voisine, que nous croyons être Tremblai. De l’onomatopée Béer, ouvrir la bouche, vient les BÉGAUDS de Fourneaux, c’est-à-dire les niais, les badauds.

On dit par sobriquet les Tarps de Ste-Cécile, près Villedieu, peut-être synonyme de tardif. Parmi les sobriquets que Rabelais cite de certaines villes, on trouve les Forreux de Bayeux.

Le nom de PrroTs (oies) s'applique aux gens de Pirou par calembourg et pour ses marais, où paissent beaucoup de ces animaux : c’est de là qu’on a fait la légende bien connue des Oies de Pirou. C’est aussi pour les oies de leurs vastes marais, que les habitants de St-Georges-de- Rouellé, sont dits les PrrorTs de St-Georges.

L’onomatopée Sap, imite le bruit du glouton qui avale, d’où le normand SAPpaRD», gourmand : de là les SApas de Lintot (Seine-Inférieure).

La Tique des chiens et autres bêtes est un insecte parasite très-laid et très-méchant, dont le nom scientifique est l’Ixode : à St-Pois on dit Tisse ; de là les TissEs de St-Martin-le-Bouillant, les TIQUES ou LOUVETTES (son synonyme) du Grand-Celland. Touin, brutal, maladroit,

— 133 — | selon M. G. Mancel, est le sobriquet de quelques communes près de Cerisy. |

Nous avons entendu dire les GARICACA du Mont St-Michel : ce terme qui à Valognes désigne une espèce de jeu, qui est au fond la #0ora ou moure italienne, nous semble caractériser la coiffure des Montois, espèce de casquette appelée encore Carapousse.

Le français Cochon, n’est pas, croyons-nous, un mot très-ancien : porc est le vieux terme ; bien qu’on l’ait tiré du celtique cawch, sale, nous croyons qu’il est plutôt une onomatopée et reproduit le grognement de l’animal. On dit les Cocos de Relluveille, parcequ’il y a un bon nombre de marchands de porcs, et les Cocæons de Bohon.

L’onomatopée CRIQUET, nom normand du grillon et de la sauterelle, s'applique aux gens de Varanguebec, d’après le dicton « maigre comme un criquet, » ou pour blasonner la stérilité de leur sol et de leurs lundes. |

On dit les PrAFFEUX d’Evreux : faire de la piaffe, signe de l’étalage. On dit les Trorrins des Andelys : or frottin signifie pied de mouton.

Page 1