‹ Avranchin monumental et historiqueChapitre 24 sur 37 · ORIGINES LATINES · texte numérisé non relu

ORIGINES LATINES

Elles forment la classe de beaucoup la plus nombreuse des sobriquets ; elles ont un caractère plus moderne et plus précis.

Au latin Avena se ratlache le sobriquet d’Isigny-le- Buat, c’est-à-dire PAIN-D'AVEINE , ce qui n’est pas la caractéristique d’une localité fertile et opulente ; c’est en ce sens qu’on dit : Mortain, plus de pierres que de pain. Il y a, relativement à Isigny, un chant d'enfant assez singulier, qui est un appel pour aller aux noix ; nous ne connaissons que ce fragment mutilé :

Hou, hou, hou, à Pain-d'Aveine, Hou, hou, hou, és noyers, How, hou, hou, casser du bois.

Le gros coleoptère noir, qu’on appelle Bousier, s'appelle en Normandie Barbelotte, Barbelette : il émet un liquide rouge quand on crache dessus; c’est pour cela que les enfants disent en crachant : Barbelelte, donne-mé d’ten sang, j'te donnerai de men vin blanc. Il est ainsi appelé du duvet qu’il a sur le thorax, ressemblant à une barbe. On dit les BARBELOTS d’Angey. Or ce dernier mot, avec Guerpelé, désigne un autre gros insecte qui vit sur les bêtes bovines et leur perce la peau.

Du latin bullire, vient le français bouillir et bouillie : or le sobriquet de BouLIEUx, ou mangeur de bouillie, est caractéristique des Normands, comme le témoigne. le dicton : Normands boulieux, Normands bigots. Le nom de BoibroT appliqué aux Sauniers de l’Avranchin, qui obtenaient naguère encore du sel en faisant bouilhr l’eau de

tuer, semble être la réduction de BouiLzeror. Ce goût des Normands pour la bouillie, ils: le tiendraient de leurs ancêtres, car les Danois, selon M. Fabricius (Recherches sur les hommes du Nord), sont nommés par les Allemands Groedvcdende, mangeurs de bouillie. De là le dicton :

Chapon de Normandie, à Une erôte dans la bouillie.

Ce mets national est attaqué par un autre dicton de l'Avranchin : Ventre de bouillie dure une heure et demie.

Les localités appelées Chauvet, Cauvet, semblent représenter Calvus, chauve, ainsi Montchauvet signifierait le Mont chauve, pelé; or ce nom entre dans un dicton, qui du reste atteint d’autres lieux :

A Montchauvet, Pus d'p..….. que d'vaques à lait.

Le patois normand dit toujours, comme le vieux français, Kaire et chaere, pour chaise, du latin cathedra, et réserve chaise pour la chaire à prêcher; mais le français chaise est plus probablement issu de casa, d’où le français chez.

C’est à ce radical que nous rapporterons le sobriquet des gens de Saint-Cornier (Orne), les Kaïsors, pour Chaiserols, qui aurait la nuance de mauvais chaisier. Quant à notre commune de la Chaise-Baudouin, elle se dit toujours dans les chartes Casa Balduini, habitation de Baudouin. Il y a de ce côté un dicton rimé qui frappe à la fois La Chaise, Braffais, la Trinité : | |

Un demi-cent de Braffillons,

Un demi-—cent de Chaiserons, Un demi-cent de Trinitons l'ont uu cent et demi de fripons.

En Haute-Normandie on appelle Caristaux, les membres de confréries inendiantes, du latin caritas, et on dit encore

chez nous d’un souvenir monacal « aller à la caristade , » c’est-à-dire demander la charité : de là le blazon des gens de Villers (Seine-Inférieure) : les manants de Villers, caristaux l’été, caristaux l’hivé.

On dit les Cniens de Tessy, les CHIENS de Périers, les CmEens de Turqueville (prononcez Tchïins), on dit aussi les Cmens d’Exmes : or cette ville avait deux lévriers dans ses armes et on prête ce mot à un roi de France : mes chiens d'Exmes sauront bien se défendre.

Du latin Cornu vient Cornard, mari trompé, appliqué à quelques localités : on dit les Contaux de Barou, près Falaise, et un « Tour de Barou » veut dire une sottise. Le sobriquet de Torchamp, près Domfront, est tes CoNILLOTS, à cause des bois de cette commune, remplis de corneilles.

Le français Coucou, du latin Cuculus, est devenu synonyme du mari de femme infidèle : on dit les Coucous du Mont St-Michel, qu’on explique par l’affluence des étrangers en ce lieu de pèlerinage et de curiosité, les Cocus de Servon.

Le mot couteau (cultellus) se trouve dans un dicton et un sobriquet de l’arrondissement de St-Lo : on dit les PeriTs-Couriaux de Percy et on lit dans les Menus propos (xvure siècle) :

Qui veut avoir bons cousteaux, Il faudroit aller à Saint-Lo.

Dans le même arrondissement on dit des gens de

Carentan qu’ils sont marqués aux trois F : Fripon, Fai-

néant, Friand.

Le français Coque, en patois Cokle, est le latin Cochlea : on dit les Coqueliers du Mont Saint-Michel.

Le latin Culus entre dans plusieurs sobriquets : on appelle CuLs-JAUNES les gens de St-Martin-de-Landelles, Cuzs-CoLLés, ceux de Tinchebray, comme collés, dans

leur industrie de cordonniers, sur leur chaise par le brai ou pougeard; les gens de Bacilly, les CULS RHABILLÉS.

On dit les DrABLEs de St-Pois, parce qu’ils habitent près de la Vallée-d’Enfer, un mot qui ne signifie nullement ce qu’il a l'air de dire : il y a des Enfers, Enfernet, Enferne, en beaucoup de lieux, et ces termes désignent un terrain bas, inferus. Mais c’est bien l'Enfer qui est désigné dans ce dicton :

Pont-Anthou, Pont-de-l'Arche, Pont-l'Evêque, Pont-Audemer :

Quatre pays d'enfer.

Le latin foris, dehors, donne le vieux français fors et le français hors : de là les HoreTTEs de Livoye, selon l’explication de M. Denis, de Brecey, parceque les habitants, en partie protestants, ayant été chassés, se retirèrent au Cheffresne, localité encore protestante, et furent remplacés par des horsains, c’est-à-dire des étrangers.

Le nom de moines ou de fils de moines est assez fréquemment donné aux habitants d’une paroisse où il y avait un grand monastère : on dit les Fics DE Moines, de Lonlay, près Domfront, les Fizs ne Moines, de Savigny, près Mortain.

Du latin morbus vient le français morve, morveux : on: dit les Monvous de Saint-Maur-des-Bois ; on dit aussi:

Poilley le Morvoss.

Du latin muscus vient le français mousse, moussu : on

appelle les gens de la Lande-d’Airou les Meussus, des côteaux stériles et moussus de cette localité , sur les bords de l’Airou. Cette commune, où fleurit le sobriquet individuel , se distingue par la causticité de ses habitants : un menuisier s'y appelle Fernuche, lisez ferluche, le terme patois pour la dolurc que fait le rabot, d’où le français fanfreluche ; une personne qui marche vite s’appelle Vad’ardeur ; le rieur, Jean-qui-rit; le lambin, Jean-le-long ;

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