AU
dit-on, ils sont habiles à mettre une laize en fil à des pièces de coton, pour faire croire que toute la pièce est en fil.
Loup, du latin lupus, figure dans un bon nombre de sobriquets : nous avons les Lours de Moyon, les Lours de Saint-Michel-des-Loups, les Loups de Varangueber, près de la forêt de Limor, les Menous ne LouPs de Servon, or mener le loup signifie mener le diable où l’on veut, avoir fait un pacte avec lui; on dit les LouverTTEs ou Tiques du Celland, la louvette étant un insecte qui dévore les loups et les moutons; quant à tique, il désigne en patois normand un objet aigu, piquant, comme astique, aiguillon, asfiquier, aiguillonner, en vieux français sfique, bâton, d’où l'anglais stick, bâton : la racine probable est le latin instigare, exciter, aiguillonner.
Au latin malum se rattache ‘un dicton sur la commune de Bréhal :
Qui ne fait ni bien ni ma, Comme les gens de Bréha.
Au latin merx, mercis, se rattache le sobriquet de Saint- Lo, et ce qui prouve que les sobriquets viennent de trèsloin, c’est que le sien n’est plus vrai. Nous citerons ce surnom dans un dicton indivisible :
A vrancbes le pimpant, Granville le puant, Coutances le gourmand, St-Lo le marchand.
On fait allusion à ses anciennes fabriques de draperies. Les Anglais, qui prirent cette ville, la trouvèrent aussi riche que Nicole (Lincoln), et voici ce qu’en dit Froissard: « Saint-Lo en Costentin qui, pour le temps, estoit honnè ville, riche et marchande, et valoit trois fois tant que Ia cité de Coustances. »
Quant à p.... dérivé de putere, puer, c'est comme les
bass et les f..... de Vert-Vert, il voltige sur le bec des Normands, témoin ces dictons :
Granville, grand vilain,
Une honnête femme et une p...… Un sentinelle qui tremble,
Voilà Granville tout ensemble.
Alençon.
Petite ville et grand renom :
Autant de p. .… que de maisons, Et si elles étaient bien comptées Tout autant que de cheminées.
: A Bonneville-la-Leuvet, Pus d'p.... que d’'vaques à lait.
Les mariés de St-Sauveur, Où la p...…. épouse le voleur.
Un secret de prononciation locale se révèle dans une tirade contre quatre communes sur la Seine :
Que l'bon Dieu te préserve
Du feu du tonnerre,
Des bancs de Berville
De la roce à Zervais (la roche à Gervais),
Des ciens de Zobles (Zobles, village de Fatouville), Et des loups de Grestain.
Le blason de Quettreville est fort énigmatique : c'est comme un portrait du diable :
Quettrevillois,
Gambe de bois,
Talon de fer,
Musiau ner,
Un cheval her (hergne, maigre), Le porte en enfer.
Le français sauce est le latin salsus, d'où le patois normand Saussous, friand : de là les Saussous de Saint- Georges-de-Livoye.
Sorcier, dérivé de sors, sortis, est un sobriquet assez
‘commun : les SorciErs de Fougères, les SorcIERs de Domjean, les Sorciers de Montreuil.
Le latin sfurnus, élourneau, est peut-être une forme de stolidus ; on dit les ETOuRNEAUXx de St-Ursin.
Le singulier nom de TARTARINS, des Pas, n’a rien de tartare en soi, si l’on s’en rapporte à l’explication : cela veut dire les Tard-tard, c’est-à-dire deux fois tardif, par- -ceque leur horloge était toujours en retard.
Le vieux verbe cuider (cogitare), resté dans le français outrecuidant, subsiste dans les SorquiDÉs de Coutances, c’est-à-dire les outrecuidants. On trouve ce mot en vieil anglais : « In his surquiderie, » dans Spenser (p. 250).
Le faux témoignage est stigmatisé dans les Faux-TÉMoINs de Rouxeville, dans le dicton : « Les témoins de Cérences, coume je bérons, j'dirons » ; et dans ce trait appliqué aux gens d’une localité voisine de Bayeux : Quelle est votre profession ? — J'iémoignons. — On peut placer ici le blason de ceux de Lisieux : |
C'est un donneux De Lisieux, Ï baille un sou d’une main, Et de l’autre il en prend deux.
Et le blason des gens de Trévières :
Si je vous dais, je vous paierai :
Ce sont les gaiges de Trévières.
Le latin gyrare donne virer : de là le sobriquet-calembourg, les Devirés de Virey, c’est-à-dire les égarés. La localité voisine, St-Hilaire-du-Harcouët, a un double sobriquet, qui représente le peuple et l'aristocratie de l'endroit, les PINTIERS et les SUCRIERS, ceux qui boivent la pinte de cidre et ceux qui boivent la tasse de café.
Le sobriquet des gens de Bourguenolles n’est pas ancien : Le RESTANT DES TREIZE, parce qu'il y avait treize chouans fameux dans cette commune.
Le français huppe, oiseau, est le latin wpupa, de son cri #pup, selon Varron : de là les Hurpés de la Chaise- Baudouin.
Le français brûler est la contraction du latin perustular'e : de là les BruLous (brûleurs) de Coulouvray.
Le normand velin pour venin, s'applique aux ordes bêtes, sauriens et reptiles : On dit les VELINS de St-Brice (arrondissement de Mortain).
Ventre-pelé est le sobriquet, difficile à expliquer, de Brecey, puis de St-Laurent-de-Cuves, « où, dit-on, il y a plus de chouans que de chiens. »
On sait qu’une grappe figure dans l’écusson du Grand- Andely, et on dit : Le verjus d’Andely, les têtes n’y mürissent guère.
L'idée de vol se trouve dans beaucoup de blasons normands : on dit les VocEurs de la Chapelle-Cécelin ; Quatre-vingt-dix-neuf Normands et un pigeon font cent voleurs. « À Lithaire, quand on crie au voleur, tout le monde f.. l’camp ; » puis le dicton sur Domfront, où l’on remarque le mot harasse, jument :
Domfront, ville de malheur,
Arrivé à midi et pendu à une heure, Pas seulement l'temps de diner.
— Qué donc qu'il avait fait ?
— Ïl avait volé un lineou (licol).
— Rien qu'ça ?
— Et la harasse au bout.
Voici le courageux Argentan : « À la mode d'Argentan : ne tirez pas, nous nous rendons. »
Le vieux mot gore, porc, truie et prostituée, le grec Xotpos, porc, forme le sobriquet de Rouen, qui est appelé la Grand’gore de Rouen par Rabelais, qui dit aussi les VÉroLÉs de Rouen ; au xrrr° siècle les Garsilleors.
Les gens de Villedieu sont dits les Sounnins, de leur étourdissante industrie de poëliers.