ORIGINES CELTIQUES
Le fameux cri des étrennes Aguilaneu avec ses variantes est très-répandu : en Normandie c’est Aguilaneu, en Bray Aguignetle, à Guernesey Oguinane, comme le vieux français Hoguinane, en Espagne Aguinaldo, en breton Eghinat, en Berry Guilané. Un a prétendu que c'était un cri druidique : Au gui l'an neuf; c’est supposer que les Druides parlaient français, et que gui, qui pourtant est le latin viscum, vi en normand, est un terme celtique. De toutes ces variantes, c’est la forme bretonne Eghinat, qui est la meilleure, elle représente : « Eghinad dé ! Etrennes
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à moi. (v. La Villemarqué, Barzas-breiz, t. 2.) A St-Polde-Léon, on crie la veille de la fête des Morts, en recueillant des étrennes par les rues : Inguinané ! C’est le
” dialecte léonais. Ce cri existe même en Angleterre : dans
son Glossary du Nord de ce pays, Brockett cite Hagmena, un mot appliqué aux dons de la fin de décembre, aux étrennes. A Newcasile les enfants vont souhaitant la bonne année en disant: « Please will you give us wor hogmena. » De Brieux a conservé un ancien chant sur les Haguinettes, étrennes, et dit qu’en Haute-Normandie, on les appelle Erivières. ; Si vous véniéz à la despence, A la despence de chez nous, Vous mangeriez de bons choux, On vous servirait du rost, Hoquinano !
Donnez-moi mes haguignettes Dans ua panier que voicy.
Je l'achetai samedy D'un bonhomme de dehors, Mais il est encorc à payet, Haguinelo !
Ua proverbe de Bayeux dit : « Ce qui s’apprend au ber ne s’oublie qu’au ver. » C’est le vieux français ber, berceau, terme celtique, selon Mabillon qui cite berciolum, diminutif de bara, cité dans la vie de St-Bernard : « delata in quadam capsa seu bara. »
« Rester le bec dans l’eau, » une locution qui signifie demeurer sans réponse ; € être à qui, » est une locution dont l’origine nous échappe. Quoiqu'il en soit, Bec est un mot gaulois, selon Suétone (Vie de Vitellius, p. 18).
De la famille de bulga, donné comme celtique par Nonnus (page 55, édition de Gerlach), il n'est resté en français de dérivé direct que bougelte, sac de voyage, car budget, qui est le même mot, nous est venu des Anglais ; indirectement, il nous reste poche, en normand pouque
el pouguelle, en anglais pocket ; ce mot entre dans ce dicton :
Quand i plieut le jou Saint-Ma (Marc), J ne faut ni pouque ni sa (sac).
A Pont-Audemer, aux baptèmes, on crie ironiquement : Pouques cousues ! pour que le parrain jette de l’argent.
Pour ne pas sortir proprement, honorablement d’une affaire, on dit: « ne pas s’en tirer les braies nettes. » Or braie et braguette est le celtique bracca, cité comme tel par Suétone (Vie de Jules César), d’où le nom de la Gaule Narhonnaise, Gallia braccata. En normand Debraguier, c’est ôter les braies : de là le français débraillé ; on trouve Debreler dans la Muse normande. Les Normands ont, pour dire un banqueroutier, un homme privé de ses droits, trois Lermes métaphoriques, appartenant à trois familles différentes : Déhanné, déculotté, débraguié. On dit dans ce cas que c’est la femme qui porte les hannes, les culottes, les bragues : or hanne, est probablement une onomatopée, culotte est d’origine latine, et brague d’origine gauloise. Le français Anicroche (latin hanicroche), se rattache à hanne, ce qui accroche la hanne, le vêtement.
Le français bourrique vient de buricus, cité comme gaulois par Vegèce et Isidore de Séville : « mannus equus brevior est quem vulgù Buricum vocant, » en espagnol burro, âne, en normand bourri et bri. Il entre dans la locution singulière : « Saoul comme la bourrique du diable. »
Le seus primitif de brave est paré, orné, bien habillé ; il est resté dans le peuple avec cette signification, et c'est celle des idiômes celtiques : brao en breton, briaw en kymri, breagh en irlandais et en gaëlique ; de même dans le patois anglais, braw, signifie beau, bien habillé. En vieux français, il se disait même des choses. « C’estoit un brave édifice ressemblant au Collysie. » De mème en vieil anglais, Shakespeare parle ainsi de la splendeur du
ciel dans Hamlet : « This brave v’erhanging, this majesdical air. » Par le rapport de la beauté et de la parure à la fierté et de celle-cr au courage, on s'explique sa signification moderne. Le peuple dit : Brave comme un César, brave comme un St-Georges.
Le français Bran, son, et le pop. Bren, semblent venir d’un mot que Pline tire du gaulois : « Galliæ suum genus farris dedere quod illic brance vocant. » Ord. Vital donne à bren cette origine. On appelle en Normandie Bran de Judas les taches de rousseur au visage. « Faire de l’âue pour avoir du bran, » c’est faire l’ignorant pour savoir quelque chose. Brance et brace, froment et méteil, sont cités dans le Dictionnaire du vieux langage, de Lacombe.
L’os saillant de la gorge est dit « la pomme d’Adam, » en patois normand bruchet, en francais bréchet. C’est dans les oiseaux l’os saillant de l’estomac. Ce mot est le breton bruched, estomac, le gallois braighead, l’irlandais braghad; en anglais brisket. Sa forme en vieux français bricket, donne l’étymologie du normand soubriquet, le français sobriquet : c’est litt. un coup sous le menton, comme cela ressort des textes suivants : « Percussit super mentonem faciendo dictum le soubriquet, » (acte de 14335). — « Donna deux petits coups appelés soubzbriquets des dois de la main sous le menton. » (acte de 1398). C’est ainsi qu’en rouchi le sobriquet se dit chabot, litt. coup sur la tête, sur la caboche. |
Il y a quelques dictons sur les chats (le cattos des inscriptions gauloises) : on dit des personnes d'expérience qu’on veut tromper : « Faut pas traîner fêtu devant vieux cat. » D’un petit objet partagé en plusieurs, on dit: « C’est une souris pour ciuq chats. » Le dicton des Normands qu'un chien regarde bien un évêque est, en Angleterre, qu'un chat regarde bien un roi.
Le normand Couline, torche de paille, usité en vieux
français est le breton goulaouen, luminaire : on chante en Normandie, le jour de l’Epiphanie, en brülant la mousse des pommiers avec cette espèce de torche :
Couline vaut lolo, Pipe aa poramier, Guerbe au boisset.
« Etre à son gru et à son bouilli » c'est être à son ménage, litt. à son gruau, groel en breton, gruel en kymri; autrefois grudum et gru, blé pour la bière.
Avranches est une localité de fondation gauloise, l’Ingena Abrincatuorum de Ptolémée : son nom, selon M. Hore, philologue irlandais, signifierait la baie des îles, de Aber, port, havre et de inch, île, deux mots communs dans les contrées celtiques, et il répond bien à la situation de cette ville sur une baie, où se trouvent les deux flots du Mont- St-Michel, de Tombelaine et diverses presqu’iles. Il faut rattacher à ce nom un dicton, qui n’a cependant pas fait proverbe chez les paysans, comme le prétend M. Sainte- Beuve, dans une étude sur Daniel Huet : « Etre tout évèque d’Avranches, » c’est-à-dire indisposé : correction, euphémisme assez bizarre substitué par M. de Froulé, évêque de cette ville, à l'expression de sa petite-fille, une enfant qui répétait naïvement le mot grossier d’un charpentier: « Etre tout Jean-f..…. »
Moysant de Brieux a conservé un dicton normand qui fait allusion à la fécondité des ressources : € Elle a bien d’autre lenfais à sa quenouille. » Or lenfès et lanfois, filasse fine, est le breton lanfes, filasse.
Le dicton : « Taupin vaut bien Morette, » veut dire l’homme vaut bien la femme, ou mieux Île noir vaut bien la noire, de Taupin (noir comme une taupe), et Morette (femme noire). Le français a encore cheval moreau ; c’est le celtique more, noir.
« Faire un drôle d'Olibrius, » c’est-à-dire un bizarre
personnage, ne vient pas de l'empereur de ce nom : c’est le vieux français Adlobrius, rustre, c'est-à-dire Allobroge, Savoyard ; ce dernier mot est encore appliqué comme une injure.
« Etre élevé comme un poulet dans un bingot, » c’est être élevé délicatement, exactement comme « coq en pâte.» Or en normand bingot est un panier en natte pour mettre la pâte, et bine est une ruche, de forme en pointe, le vieux français beigne, enflure, d’où le français beignet, pâtisse- : rie soufflée. Ces mots se rattachent au celtique pinn, objet en pointe, qui est surtout resté dans la topographie.