ORIGINES ORIENTALES
Le nom du Baptiste et du disciple bien-aimé est l’hébreu Jona, colombe, d’où Jean, dont les variantes sont presque innombrables. Par allusion à la presque nudité de saint Jean-Baptiste, on dit d'un homme pauvre qui arrive dans un pays :
Venu comme un saint Jean, Nu par derrière et rien devant.
On dit ironiquement : « Doux, gentil comme un petit saint Jean. » Un mari trompé par sa femme s’appelle un Jean, un Jean-Jean ; ainsi en vieux français Janin : « A. Guillin de trois femmes fut Janin. »
L’arabe Job (littéralement, le gémissant}), « le saint homme Job, » a fini par devenir le type risible du caractère patient et débonnaire, d’où est venu le terme populaire Jobard, ridiculement niais.
Le français tambour vient de l’arabe tabal, par l’espagnol tabor ; la caisse a donc été importée en Europe par les Sarrasins. On dit : « Ce qui vient de la flûte s’en va par le tambour. »
Le surnom de Judas (louange) Iscariot vient de Keriott, le lieu de sa naissance; c’est à tort que Roquefort, däns
son Glossaire de la langue romane, prétend qu'on appelle Iscariots les habitants de la Haye-Pesnel. Ce qui put donner lieu à cette invention, c'est sans doute le dicton : « La Haye-Pesné, où le diable fut né. » On peut rapprocher du nom maudit de Judas, le traître aux cheveux rouges, un dicton sur la servante de Pilate : « Ch’est coume la servante à Pilate, cha n’se pliaît que dans le brit (bruit). » L’hébreu Michaël (égal à Dieu) a donné le français Michel, aux mille variantes, fréquent dans les dictons populaires :
À la saint Micheu, ” Veille, si tu veux; A la Toussaint, Veille pas meins;
Et à la Noé, Ergard’ c'qu't'as fait.
Comme les pèlerins au Mont Saint-Michel s’appelaient Michelots, un mot qui est encore dans le dictionnaire de l’Académie, et ceux à Saint-Jacques de Compostel, Jacquots, voyage plus dispendieux que l’autre, on dit proverbialement pour représenter la différence des rangs et des fortunes : « Les Michelots vont à Saint-Michel, les Jacquots à Saint-Jacques ; » ou « Les petits pèlerins vont à Saint- Michel, les grands à Saint-Jacques. » On dit par sobriquet et pour la rime, des habitants du Mont Saint-Michel : « Les * gens de Saint-Micheu, yeux de bœu. » Dans Rabelais les Miquelots sont des petits garçons qui vont en pèlerinage au Mont Saint-Michel « en gueusant le long de la route. » L’hébreu Joshua, dont Jésus est une variante, signifie Seigneur et Salut. Un dit d’un hypocrite de douceur : « Il a l'air d’un petit Jésus ; il fait le bon, le doux Jésus. » On : dit encore : « Comme un petit Jésus sur une pelle à four, » par allusion à ees gâteaux en forme de bambino, ou d'Enfant- Jésus, qu’on vend aux foires et aux assemblées.
L'apôtre Thomas (jumeau, en hébreu) cst resté le type de l’incrédulité, on dit donc € Incrédule comme saint Thomas, » ou bien € Ïl est coume saint Thomas, i n’creit pai, quand 1 n’veit pas. »
Le nom de Barnabé, qui signifie fils de la consolation, reste dans un dicton :
La saint Barnabeé, L'pus long joa d'l'été.
Celui d'Adam (fait de terre rouge), et celui d’Éve (vie), s'emploient dans « Je ne le connais ni d'Éve ni d'Adam, » c'est-à-dire ni du côté de la mère ni du côté du père; le peuple le nomme « Le père Adam, » et il appelle le nœud de la gorge « La pomme d'Adam. » Le Yucca, aux feuilles acuminées, se dit « L’aiguille d'Adam. »
On dit d’un homme injuste préféré à un homme de bien: « Ch’est coume Baraba à la Passion. »
Le français gène vient de Gehenna (vallée de tristesse), vallée près de Jérusalem, où l’on avait supplicié ; on dit proverbialement : « Où qu'il y a d'la gène, n’y a pas d’phiaisi. » | Samson (splendide soleil) figure dans le dicton : « Fort comme Samson. »
Le nom de Mathieu (don du Seigneur), le péager, le pu- - blicain, entre dans le sobriquet € Fesse-Mathieu, » avare, . comme on dit « Issu de la fesse d'Adam. » Quant à Mathusalem (qui aspire à mourir), le plus vieux des patriarches, il figure dans la comparaison « Vuus coume Mathieusalé. »
La femme de Magdala, la pénitente Madeleine, est citée dans le dicton « Plieurer coume une Madeleine. » L’aigremoine est dite herbe de Sainte-Madeleine, en anglais Maudlin, parce qu’elle guérit les yeux pleureurs.
Le nom de Macabée est donné par injure à Valognes aux vendeuses de fruits, aux harengères , comme mara, macaque, vicille guenon, macasse, Juive ; nous croyons que c’est le mot macabre (danse), ou danse de la mort ou du cunetière, de l’arabe mugabir, cimetière. En effet, on la rencontre sous ce titre : « La grande danse Machabée des hommes et des femmes. » Il y avait dans la cathédrale d'Amiens une chapelle des Machabées, qui renfermait une danse macabre. Le sobriquet : « Les danseurs des Andely, » et le dicton : « Il est comme la mort d’Andely, » sont des allusions à la danse macabre du cimetière Saint- Nicolas de cette ville.
Le nom de Mahomet (en arabe Mahumet) était une injure très-forle au moyen-âge, el elle remonte sans doute à l'invasion des Sarrasins en France ; à Avranches : « Tète de Mahom, et Mahom, » désigne une tête grosse, lourde et stupide, comme on se figurait qu'était Mahom, l’idole des Musulmans : aussi en anglais, HMaiwmet signifie idole.
L’hébreu Alleluia (louez Dieu) figure dans l'expression : « Ch’est coume si no chantait alleluis, » c'est-à-dire inutile.
« Faire des rabis, » signifie à Vire faire des politesses perfides ; cette expression vient de € l’ave rabi » (Salut, maître, que dit Judas à Jésus-Christ dans le Jardin des Oliviers) ; c’est de ce mot hébreu que vient Rabbin.
Le nom de l’ange Gabriel (en hébreu héros de Dieu) figure dans ce dicton : « En aveir jusqu’au noud Gabriel, » être gorgé de nourriture jusqu’au nœud de la gorge, et dans celui-ci : |
En mars pour fêter Gabriel
Revient la premiére hirondelle;
Mais toutes elles sont en chemin, . Le jour de la Saint-Benjamin.
Le peuple appelle ironiquement Ie bœuf, attribut d’un apôtre saint Luc : « L’oisiau saint Luc. »
Le français Marie est l'hébreu Marah (eau amère) ; de là mille variantes, entr'autres le français Marotte et Marionneite, petite Marie, petite poupée représentant une madcne; Marolte est aussi la forme rustique, la femme de campagne.