SCENE II
entrant par la porte basse, en habit de voyage et en manteau noir.
Il est bientôt minuit: demain, à pareille heure, je serai loin. ... Je viens vous dire adieu.
HERR ZACHARIAS
tressaillant douloureusement.
Oh ! vous partez, mon cher maître ?
GOTTHOLD balbutiant.
Monseigneur, nous sommes très âgés: nous eussions bien voulu que votre main nous fermât les yeux, dans quelques jours.
AXEL les regardant, et après un profond silence.
Amis, — amis! mes vieux enfants! — il le faut. Pardonnez I
(A Ukko:)
Tu commanderas ici, en mon absence — excepté à ceux-ci, que tu aimes et qui t'aiment.
UKKO déconcerté, balbutiant.
Quoi! tu ne m'emmènes pas? Tu ne m'emmènes pas ?
AXEL tout bas, avec un sourire triste.
Et ta fiancée, enfant! et ta patrie! — Je dois partir, sans vous revoir, au lever du soleil, en ce jour de Pâques. Si vous voulez me faire fête, eh bien, que l'on sonne, dès l'aurore, nos plus belles et anciennes fanfares; je les entendrai de loin; cela me rappellera l'autrefois superbe. Cette nuit, si vous n'avez pas sommeil, buvez et chantez! Enterrez au fond du verre les souvenirs d'ancienne gloire et de ferraille! — Embrassez-moi.
HARTWIG, MIKLAUS, HERR ZACHARIAS ET GOTTHOLD
Adieu, Auërsperg!
après les avoir serrés dans ses bras l'un après l'autre, — à Ukko:
J'ai réveillé le maître forestier, le bon père Hans Gliick, tout à l'heure, dans la forêt. Tu sais qu'il t'attendra demain, dès l'aube, pour tes fiançailles?
UKKO
0 mon maître !
AXEL l'embrassant.
Mon fils!
Il ouvre les bras ; Ukko s'y précipite et, tout en larmes, l'embrasse.
Tu trouveras, sur ma table, un parchemin signé d'Axel : à toi ce château, si je n'y reviens plus.
sanglotant.
Hélas !
Vos mains, — et adieu. Laissez-moi seul, à présent; et voici mon dernier ordre: que personne, à l'avenir, ne descende ici.
Les quatre vieillards s'inclinent, les yeux en pleurs.
GOTTHOLD à demi-voix.
C'est la dernière fois que nous le voj'ons.
MIKLAUS s'essuvant les paupières d'un revers de main.
Lui, dont le regard nous nourrissait !
HERR ZACHARIAS à lui-même un peu hagard.
O consternation! le grand trésor, perdu, perdu! J'ai vécu trop de jours, moi, depuis ce matin.
Ils marchent vers la porte basse. Ukko, le front dans les mains, hésite un instant, — puis revient et se jette sur la main d'Axel, qu'il baise avec une désolation muette.
AXEL Adieu !
Le page, en chancelant, rejoint les quatre vieillards et sort avec eux en sanglotant. La porte se referme. Axel jette son manteau sur le prie-Dieu.