‹ AxelChapitre 41 sur 47 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

seul, — regardant autour de lui.

Cendres, je suis la veille de ce que vous êtes.

Un silence.

Ici, l'adieu retombe, vide, en son propre écho. — Contempler des ossements, c'est se regarder au miroir. — A quoi bon parler, ici ?

Il s'assoit sur une tombe et, joignant ses mains pendantes, les yeux fixes, il s'abandonne au cours d'une méditation mystérieuse. Au bout de longs instants, relevant la tête:

— 0 dormeurs, ô rose-croix, mes devanciers! S'il est des paroles qui troubleraient vos sommeils, je les oublie, n'ayant pas à fatiguer vos ombres de puériles obsécrations — et l'objet de ma songerie n'étant, devant la Mort, qu'une vanité.

Regardant le grand écusson sculpté dans la muraille et sur lequel tombe une effusion de lumière de la lampe:

Mais vous, granitiques sphinx aux faces d'or, qui semblez supporter le secret de la Toute-richesse, soyez évoqués, êtres de rêve ! — ô figures d'au delà, je vous adjure, — par la plus effroyable des choses, par l'indifférence du Destin! Je vous ordonne de relever de son normal silence la solitaire Tête de mort qui aggrave, d'un symbole, le signe d'une race que je résume, afin que cette Tête me donne à entendre, — soit d'une lueur de ses orbites, soit de tel acte miraculeux, d'une parole, — l'énigme de ces pierres radieuses qui ornent son bandeau, — afin qu'elle me révèle ce que signifie, enfin, l'auréole de ces mots sacrés: Altius resurgere spero

GEMMATUS.

A peine a-t-il prononcé les paroles de cette devise, qu'il tressaille, comme écoutant un bruissement de pas qui se rapprochent, invisibles.

Relevant la tête, il semble oublieux, tout à coup, de ces mêmes paroles, — et comme en proie à quelque humaine distraction, provenue de ce bruit de pas inattendu.

Qu'est-ce donc ? Est-ce le cri du vent ? Depuis un instant, je crois entendre . . . oui . . . l'escalier est sonore et quelqu'un marche très doucement. — Ukko, sans doute? . . . Non! J'ai défendu tout à l'heure que personne revînt ici.

Il regarde à travers les battants de la grande porte de l'escalier de pierre; puis avec un mouvement de surprise :

Une femme! — J'ai bien vu. C'est une femme. — Ah ! sans doute, celle de cette nuit ! Qu'est-ce donc ? Son flambeau, qu'elle tient au-dessus de sa tête, m'empêche de voir son visage. Elle descend vers ces caveaux perdus ... et sans hésiter, comme si elle les connaissait! — Quelque chose brille et reluit, par instants, dans sa main: — c'est un poignard, je crois. Que signifie ceci? . . . Mais, en vérité, son insomnie ressemble à la mienne! Sa démarche est bien assurée. . . .

Il regarde autour de lui.

Quelle mystérieuse curiosité s'éveille en moi? Elle approche. , , . Ah! je veux savoir! . . .

Il se cache dans un angle des murailles.

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