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Elle répondit qu'elle n'avoit que la Bible. Le prisonnier pria la geôlière de lui confier le livre saint... Le lendemain on trouva aux marges de la Bible quelques mots à peine lisibles. Auprès du quatrième vers du septième chapitre de V Ecclésiastique^ on déchiffroit ces mots :
« Comme cela est vrai ! la tristesse du cœur est une « plaie unis^erselle I Dans le chagrin toutes les parties « du corps deviennent douloureuses ; les os meurtris « ne trouvent plus de couche assez molle. Tout est « triste pour le malheureux, tout saigne comme son « cœur : c'est une plaie universelle 1 »
D'autres passages étoient commentés dans le même esprit.
Ce premier verset du dixième chapitre de Job, mon âme est fatiguée de ma pie, étoit souligné.
Ainsi, non content de feuilleter la Bible, il la commente, il la souligne, il s'en fait des applications personnelles. C'est là une lecture qui ne tardera pas à fructifier en lui. Déjà^ dans ces nuits de Beccles, s'élabore à son insu chez le sceptique d'aujourd'hui le croyant qu'il redeviendra demain. Mais, pour Tinstant, c'est de l'Essai sur les Révolutions, non du Génie du Christianisme qu'il a cure. « Lorsque, pour la première fois, je conçus le plan de ce livre — dit-il à la fin du premier volume *, — je revis les classiques, qui m'introduisoient aux révolutions de la Grèce. » Durant la période d'exécution, qu'est-ce qu'il ne lit ou ne relit pas ! Et avec quelle fougue I Avec quelle
AU PAYS d'exil de CHATEAUBRIAND 103
fièvre I Par moments, il vit si intensémeal sa lecture qu'il en est comme halluciné. Penché sur Tacite, il assiste au meurtre d'Âgrippine, « maintenant «étirée dans une chambre obscure, à peine éclairée d'une petite lampe », — tout comme sa chambre à lui.
Il voit rimpératrice tombée faire un reproche touchant à la seule suivante qui hii reste, et qui ellemême Tabandonne, il observe l'anxiété augmentant à chaque minute sur le visage de celte malheureuse princesse, qui, dans une caste solitude^ écoute attentiventent le silence. Bientôt on entend le bruit sourd des assassins qui brisent les portes extérieures; Agrippine tressaille, s'assied sur son lit, prête l'oreille. Le bruit approche, la troupe entre, entoure la couche ; le centurion tire son épée et en frappe la reine aux tempes; alors: Ventrem feri\ 9'écrie la mère de Néron K
« Mot dont la sublimité fait hocher la tète », s'empresse-t-il de déclarer, en se ressaisissant. 11 n'en a pas moins réalisé la scène dans toute sa beauté tragique, dans toute son horreur. Je me garderai, d'ailleurs, de prétendre qu'il ait assimilé la moitié, ni même le quart, des innombrables ouvrages cités en références au bas des pages de VEssai. Mais je n'aurai pas non plus, comme Sainte-Beuve*, l'injustice de lui en faire un grief».