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148 AD PAYS d'exil DE CHATEAUBRIAND
Une jeune fille parât à l'entrée de la cabane. Sa taille haute, fine et déliée, tenoit à la fois deTélégance du palmier et de la faiblesse du roseau. Quelque chose de souffrant et de rêveur se mèloit à ses grâces presque divines. Les Indiens, pour peindre la tristesse et la beauté de Géluta, disoient qu'elle avoit le regard de la Nuit et le sourire de TAurore. Ce n'étoit point encore une femme malheureuse, mais une femme des* tinée à le devenir.
Céluta entre en rougissant dans la cabane, passe devant les étrangers, se penche à l'oreille de la matrone du lieu, lui dit quelques mots à voix basse et se retire. Sa robe blanche d^écorce de mûrier ondoyoit légèrement derrière elle, et ses deux talons de rose en relevoient le bord à chaque pas^
Vous avez, je pense, salué au passage « le regard de la Nuit », traduction en style pseudo-indien du « large dark eyes ». Quant aux « grâces presque divines » de Céluta, Chateaubriand les retrouvait encore, yingt-sept ans plus tard, dans Charlotte, devenue Mrs. Sutton : « Elle n^était point née du sein d'une autre femme; sa beauté portait l'empreinte de la main divine qui l'avait pétrie »•. Au moral, il la représente inclinée à la tristesse : elle est « la triste »». Peut-être lui prétait-il un peu de