‹ Ay pays d'exil de ChateaubriandChapitre 94 sur 138 · Atala, p · texte numérisé non relu

Atala, p

174 AU PATS D^EXIL DE CHATBAUBRUND

rent du symbole^ Charlotte disant au blessé : « Vous n'avez rien de grave ; vous allez bientôt être libre », et le blessé répondant : « Libre I Pourrais-je l'être désormais, quand je suis attaché ici par le plus puissant des liens! » En vain Atala veut délivrer Chactas : il force <( ses beaux doigts à se fermer sur sa chaîne ».

(( Vous êtes un insensé, dit Âtala d'une voix émue; malheureux I... Que prétends-tu? Songes-tu bien que je suis la fille d'un redoutable Sachem? » — « 11 fut un temps, répliquai-je avec des larmes, que j'étois aussi porté dans une peau de castor, aux épaules d'une mère. Mon père avoit aussi une belle hutte, et ses chevreuils buvoient les eaux de mille torrents; mais j'erre maintenant sans patrie. Quand je ne serai plus, aucun ami ne mettra un peu d'herbe sur mon corps, pour le garantir des mouches ; le corps d'un étranger malheureux n'intéresse personne. » Ces mots attendrirent Atala. Ses larmes firent le bruit des grandes eaux, en tombant dans la fontaine. — (( Ahl repris-je avec vivacité, si votre cœur parloit comme le mien!... Faut-il donc, pour être heureux^ tant de choses aux enfants des cabanes? O fille plus belle que le premier songe de l'époux! ô ma bien-aimée I ose suivre mes pas dans la solitude ^ »

Les pleurs de Charlotte s'échappèrent, sans doute, plus silencieusement que ceux d'Atala; mais, comme elle, quoique en d'autres termes, elle dut répondre, à demi vaincue : « Mon jeune ami, vous avez appris le langage des blancs, il est aisé

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