Préface de la première édition de Parise la Duchesse
p. XIV.
Aye d} Avignon. b
xviij Préface.
Nous dirons tout à l'heure notre sentiment sur ce Huon de Villeneuve ; examinons seulement ici l'argument sur lequel M. de Martonne s'appuie pour faire vivre la fille avant la mère, chose très admissible en elle-même dans les familles héroïques , mais que nous n'admettons point dans ce cas particulier. M. de Martonne ne comprend pas que l'auteur de Parise la Duchesse, dont l'action est postérieure à celle d'Aye d'Avignon , puisque Parise est fille d'Aye , ait pu faire vivre dans son poëme « la plupart des personnages félons, des adversaires de Garnier, que l'auteur d'Aye avait tués. » Mais il comprend très bien que ce dernier, « quoique racontant des faits antérieurs à l'action du roman de Parise, ait bien pu postérieurement embellir sa fiction de ces épisodes variés qui font de Garnier de Nanteuil (Aye d'Avignon) une production moins naïve (en quoi?), mais également attachante et pleine d'intérêt. »
Il nous semble, à nous, que, si la composition du poëme de Parise est antérieure à celle de la chanson d'Aye, l'auteur de cette chanson n'aurait pas dû tuer des personnages qui vivaient et mouraient dans un ouvrage déjà connu et dont l'action était postérieure à celle du sien. L'argument est le même de part et d'autre. D'où il suit qu'il n'y a rien de prouvé, dans ces termes , ni pour ni contre l'antériorité dont il s'agit.
L'auteur d'un poëme moins ancien que celui de Parise, puisqu'il le cite, et fort au courant d'ailleurs de l'histoire littéraire de son temps, l'auteur de Gaufrey, a fait une allusion très-courte, mais très-claire, à la chanson que nous publions :
Préface. xix
c'est à propos des douze fils de Doon de Mayence, dont
...le secont après si ot à nom Doon ,
De Nantueil fu puis sire, si en ot le renon ;
Chil fu père G ar nier de Nantueil le baron (i).
Dans le roman de Richars li biaus, dont le seul manuscrit connu est conservé à la bibliothèque de l'université de Turin (2), il est encore fait mention d'Aye d'Avignon. L'auteur, au début, dit franchement lui-même tout le bien qu'il pense de son œuvre, supérieure pour lui à tous les poèmes du cycle de Charlemagne ou de la Table Ronde :
Pour nient orrés de Charlemainne Qui en Espaigne ot mainte painne...
D'Orson ne d'Ughe son compère , De Parise ne d' U gechon ()) , Ne de dame Aye d'Avignon.
Tout chil que je vous ai conté N'ont de valour ni de bonté Vaillant .il. nois enviers chestui.
La pièce bien connue des Deus trovéors ribaus rappelle notre poëme en ces termes :
Et si sai d'Aye de Nanteuil
2. H. I, 13. Les vers que nous citons ont été publiés inexactement dans le catalogue de Pasini (t. II, p. 471), et par Graesse , qui les a reproduits (Die grossen sagenkreise des Mittelalters, p. 395). Nous les avons revus sur une copie faite à Turin par M. H. Michelant.
j. Nouvelle allusion au poëme de Parisela duchesse, et
3uJil faut joindre à celles qu'ont déjà recueillies les éditeurs e ce poëme. (V. la préface de la 2e édition.)
xx Préface.
Si corn elefu en prison,
Si sai de Garnier d'Avignon ,
Qui moult est ores bon romans.
c'est-à-dire, en rétablissant l'ordre des noms, interverti à dessein : Aye d'Avignon et Garnier de Nanteuil.
Il paraît que ce poëme avait pénétré dans les pays de langue d'Oc, et qu'il était au nombre de ceux que tout bon jongleur devait savoir, puisque le troubadour Giraud de Cabreyra reproche au sien de ne pas connaître
Bell' Aya d'Avinhon.
Cabra juglar (i).
M. Fauriel, après avoir cité ce texte et trois autres de différents troubadours, ajoute (2) : « l'allusion d'Arnaud de Marueil au roman de belle Aye lui assigne pour date le XIIe siècle. Ce roman , qui existe encore en français , nous apprend que la belle Aye était la nièce de Charlemagne. »
Une paraît cependant pas possible de rapporter ces allusions au poème d'Aye d'Avignon. Voici les textes tels qu'ils sont cités :
Am vos mais que Landrics no fetz Aya.
Arnaud de Marueil (3).
1. Manuscrit de la Bibl. d'Esté, à Modène, XVII, F. 6. La pièce a été publiée en entier pour la première fois par M. K. Bartsch (Denkmaeler der prov. Uteratur, Stuttgart, 1856, in-80, p. 90.)