V. Choix de poésies, etc., t. II, p. 295 et
xxij Préface.
par l'abbé Lebeuf , et que rapporte à son tour M. Fauriel à l'occasion de la fable de Narcisse (I).
Un chantre de la cathédrale de Paris , nommé Pierre, qui vivait à la fin du XIIe siècle , nous apprend dans son Verbum abréviation (chap. xxvi ii) que certains prêtres, après avoir dit une messe jusqu'au moment de l'offrande , et voyant que personne n'apportait rien, en commençaient une deuxième , parfois une troisième et une quatrième , jusqu'à ce qu'ils fussent plus heureux. Il les compare en cela aux jongleurs : ce Hi similes sunt cantantibus fabulas et gesta, qui, videnies caniilenam de Landrico non placere auditoribus , statim incipiunt de Narcisso cantare; quod si nec placuerit, caniant de alio. »
Même en retranchant du nombre des allusions qui se réfèrent à notre poëme celles qui sont relatives, selon nous, à une chanson perdue de Landry et d'Aye, il en reste encore assez pour établir la vogue qu'il a eue en France et pendant longtemps. Nous ne saurions dire si ce succès s'est étendu plus loin ; nous n'en connaissons aucune traduction ou imitation en langue étrangère. Toutefois, nous ne sommes pas
i. Hist. delà poésie provençale, III, 489. — Le poëme d'Alexandre contient aussi une allusion à celui de Landry :
Je ne vus commanc mie de Landri ne d'Augier.
(Ed. Michelant, p. 2.)
On lit encore dans le poëme de la Prise de Jérusalem :
Baron, ceste chançons n'est mie de folie, D'Auchier ne de Landri
(Bibl. Imp., ms. fr , 1374, fol. 75, col. 2).
Préface. xxiij
éloignés de croire qu'il a été connu en Italie, et cela sur un indice assez significatif, s'il n'est pas tout à fait concluant. Il nous reste d'un manuscrit perdu d'Aye d'Avignon un fragment dont on trouvera ci-après la transcription ('), et dont le texte est italianisé, faiblement il est vrai, mais cependant de façon à ce qu'on ne puisse s'y méprendre, l'écriture d'ailleurs, semblant attester en même temps que la langue une origine italienne. Seulement, il est fort possible que le manuscrit dont ce fragment faisait partie ait été écrit par un Italien ailleurs qu'en Italie.
Fauchet a consacré une page de son Recueil de l'origine de la langue et poésie françoise (2) à la chanson d'Aye d'Avignon ; il l'attribue à Huon de Villeneuve ainsi que plusieurs autres rcmans. Depuis lors un grand nombre d'auteurs ont répété cette assertion sans prendre la peine de la vérifier et sans dire où ils l'avaient prise , et Huon de Villeneuve est devenu un trouvère ni plus ni moins que Chrétien de Troyes ou Adenez. Comme sa réputation nous paraît usurpée, au moins en très-grande partie , il est bon de rechercher sur quoi elle repose. Voici les paroles de Fauchet :
« Je croy que les romans de Regnaut de Montauban, Doon de Nantueil, et Aye d'Avignon, Garnierde Nantueil et Guiot son fils, sont tous d'un mesme poète. Premièrement pareeque c'est une suitte de contes et que je les ay veus cousus l'un après l'autre. Car il fault confesser
i Aux notes, p. 130.