Paris, 1581, p. m
xxiv Préface.
que le livre ne vint jamais entier en mes mains : et encores le fueillet des commencemens de chascun livre ( pour ce que les lettres estoyent dorées et enluminées) avoyent esté deschirez. Toutefois, en l'un qui estoitdemi rompu, je trouvay le nom du Trouverre. » Et il cite quelques vers du début d'un poëme dont il n'indique pas le sujet, vers dans lesquels figure, en effet, un Huon de Villenoeve.
Que ce Huon de Villeneuve fût l'auteur du poëme dont il s'agit, c'est encore une question ; il pouvait fort bien n'en être que le réviseur. Mais, ce point même fût-il établi, il serait bien difficile d'accepter les raisons que donne Fauchet pour attribuer de plus à son trouvère les autres poëmes cousus dans le même volume. Nous croyons donc qu'il faut nous résigner à ignorer l'auteur d'Aye d'Avignon, comme nous ignorons ceux de toutes ou presque toutes les autres chansons de geste.
Nous avons dit qu'un seul manuscrit d'Aye d'Avignon était parvenu jusqu'à nous. Celui dont parle Fauchet est sans doute perdu , comme aussi celui que signale la Bibliothèque protypographique de M. Barrois (■), car le seul qui nous reste ne saurait être ni l'un ni l'autre des deux. C'est un petit in-40 conservé à la Bibliothèque Impériale sous le n° 2170 du fonds français (ancien n°| 79894). Il se compose de deux parties bien distinctes, réunies sous une même couverture. La première contient le
1. Inventaire de la librairie de Charles V, n° 117. Ce manuscrit contenait d'autres poëmes , parmi lesquels le Doon deNanieuil, qui n'existe plus.
Préface. xxv
seul fragment conservé du roman de Brun de là Montagne ; notre poëme remplit le reste du volume.
L'écriture assez négligée de cette seconde partie date du commencement du XIVe siècle. Il s'en faut bien que le manuscrit soit bon : on ne s'en apercevra que trop, malgré les soinsque nous avons donnés à cette édition. Au bas du dernier feuillet, on lit ce vers :
Oy avez d'Ayen la bêle d'Avignon.
C'est le premier vers de Gai de Nanteuil. Les deux poëmes sans doute étaient parfois transcrits à la suite l'un de l'autre.
Le fragment dont nous avons parlé ci-dessus se trouve à la bibliothèque royale de Bruxelles , où il fait partie de la reliure d'un manuscrit (I). Il a été publié une première fois, en 1841, par M. le baron de Reiffenberg ^2), lequel, d'après l'analyse d'Aye d'Avignon que M. de Martonne avait fait paraître l'année précédente , reconnut qu'il appartenait à ce poëme (3). M. Achille Jubinal l'a publié de nouveau en 1 846 , le croyant inédit (4) ; nous le reproduisons encore , après en avoir revu le texte sur l'original. L'écriture
1. Inscrit sous le n° 14637 au Catalogue des Manuscrits de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, t. i,p. 293.
2. Bulletin de l'Académie royale des sciences et belles -lettres de Bruxelles, année 1841, t. VIII, 2e partie, p. 122-4.
3. Voyez aussi sur cette attribution le tome XX (nouv. série, t. XV) des Mémoires de la Société des Antiquaires de France, p. xxi-xxiv.
4. Lettres à M. le comte de Salvandy sur quelques-uns des manuscrits delà bibliothèque de La Haye. Paris, 1846, in 8°, P. 2J.
xxvj Préface.
est de la fin du XIIIe siècle et ressemble beaucoup à celle de quelques manuscrits français écrits et conservés encore aujourd'hui à Venise. C'est un feuillet qui avait été collé sur l'un des ais du manuscrit auquel il adhère encore, en partie. Aussi n'est-il lisible en entier que d'un côté, et ce côté, qui se présente aujourd'hui comme recto, est en réalité le verso du feuillet. Il faut donc lire d'abord ce qui est au dos. Parmi les formes de langage qui décèlent dans ce fragment une main italienne , nous signalerons surtout Çarle par un c cédille. C'est un trait caractéristique, auquel il faut joindre nevo pour neveu, raixon pour raison , tang et dotaron pour tiens et douterons.
Le XVe volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de France ([) contient une analyse du poëme d'Aye d'Avignon, due au premier éditeur de Parise la Duchesse, M. de Martonne , et M. Paulin Paris a aussi consacré à ce poëme une notice qui se trouve au T. XXII de Y Histoire littéraire de la France (p. 334-347).
C'est à tort que Graesse (Die grossen Sagenkreise des Mittelalters, p. 291) indique une prétendue édition de notre poëme sous ce titre : Li roman de Garnierde Nantuelou de dame Aye, la bêle d'Avignon, composé par Huon de Villeneuve, vers 1200, avec notes et complément par de Martonne. Paris, 1837, z/z-80. Cette édition, jadis annoncée, il est vrai, comme étant sous presse , n'a jamais vu le jour.